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39 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – Les exploitations agricoles biologiques ... L’analyse est approfondie ensuite pour quatre filières agricoles (Otex) avec une forte présence des structures totalement en agriculture biologique    figure 2b : maraîchage (22 % des exploitations de cette spécialité sont bio), viticulture (14 %), élevages de bovins lait (11 %) et élevages de poules pondeuses (30 %). Les structures fruitières et horticoles, bien qu’ayant une part de bio élevée, n’ont pas été retenues dans cette analyse du fait d’une très forte hétérogénéité des cultures. Ensemble, ces quatre orientations productives retenues concentrent 42 % des exploitations entièrement engagées en agriculture biologique au sein de la population étudiée. Selon l’Agence bio, ces Otex constituent même, en 2020, l’essentiel des principaux postes d’achat en produits biologiques par les ménages français : 1,103 milliard d’euros pour le vin, 1,039 milliard pour les légumes, 431 millions pour le lait (et 902 millions pour les produits laitiers) et 630 millions pour les œufs. Maraîchage de plein air : des résultats économiques à l’hectare en agriculture biologique supérieurs à ceux du conventionnel Les productions de légumes recouvrent des modes de production extrêmement variables, induisant une grande diversité des modèles économiques au sein de la filière. Dans la mesure où les exploitations maraîchères en agriculture biologique sont majoritairement spécialisées en production de plein air, la comparaison des résultats avec les exploitations conventionnelles est concentrée sur le maraîchage de plein air et ne porte donc pas sur les productions sous serre. En 2020, les exploitations maraîchères de plein air conduites en conventionnel présentent des surfaces supérieures en moyenne de 63 % à celles en mode biologique (32,8 ha contre 20,1 ha). Leur production en valeur par hectare s’élève à 13 650 euros, contre 15 170 euros en agriculture biologique    figure 3. Les structures AB enregistrent un niveau de consommations intermédiaires à l’hectare supérieur de 9 %. Les besoins de main‑d’œuvre y sont aussi un peu plus importants : les charges salariales représentent 40 % de la valeur ajoutée (VA) en agriculture conventionnelle et 47 % en agriculture biologique. Pour autant, leur EBE moyen par hectare s’affiche avec 250 euros de plus que celui des maraîchers conventionnels, écart qui s’explique essentiellement par les 200 euros supplémentaires de subventions. Nombreux sont les maraîchers totalement convertis à l’agriculture biologique qui commercialisent tout ou partie en circuits courts (77 %, contre 21 % en conventionnel).  3. Comparaison des performances économiques en maraîchage de plein air en 2020 0 2 000 4 000 6 000 8 000 10 000 12 000 14 000 16 000 Production (hors subvention) Consommations intermédiaires Valeur ajoutée Subventions Excédent brut d'exploitation en euros par hectare Agriculture conventionnelle Agriculture biologique Lecture : En 2020, les exploitations maraîchères de plein air conventionnelles obtiennent un EBE moyen par hectare de 3 293 euros, contre 3 543 euros pour celles totalement converties à l'agriculture biologique. Champ : France métropolitaine, exploitations au régime fiscal des bénéfices réels agricoles (BRA), hors exploitations en cours de conversion au bio et exploitations mixtes (bio et conventionnel). Source : Agreste, recensement agricole 2020 – AGRFIN 2020.

40 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 En productions maraîchères de plein air, l’EBE moyen par ETP non salarié s’élève à 85 860 euros en conventionnel, contre 58 330 euros en mode de production biologique. Des élevages de bovins lait biologiques moins intensifs permettant de dégager de meilleurs résultats par vache laitière Les élevages spécialisés en production biologique de lait de vache présentent une productivité moyenne par animal plus faible, en valeur, inférieure de 13 % à celle des élevages conventionnels    figure 4. Cet écart s’explique principalement par des différences dans les rations alimentaires (moindre recours aux aliments concentrés et au maïs ensilage) et le choix de races souvent plus rustiques (moins productives en lait, mais plus résistantes aux maladies et mieux adaptées aux milieux naturels) alors même que les prix du lait bio sont supérieurs de 37 % aux prix conventionnels en 2020. Un niveau moyen plus faible de 18 % des consommations intermédiaires permet aux élevages AB d’aboutir à une valeur ajoutée supérieure d’environ 10 euros par vache laitière. En effet, en agriculture biologique, 60 % de l’alimentation doit être constituée de fourrages grossiers (herbes des prairies ou fourrages annuels) et au moins 50 % de l’alimentation doit provenir de l’exploitation (ou d’exploitations AB de la même région). Les élevages bio utilisent donc davantage de surface herbagère par animal (0,7 ha, contre 0,6 ha en conventionnel) et achètent de fait moins d’aliments concentrés. Au total, grâce en partie à un niveau moyen de subvention par vache laitière supérieur de 46 %, soit 250 euros par tête, l’EBE des producteurs de lait biologique est supérieur de 210 euros en moyenne par animal. La rentabilité économique est également bien supérieure en production de lait biologique, avec un écart de 8 points par rapport au conventionnel (45 % contre 37 %). En 2020, les exploitations conventionnelles élèvent en moyenne 77 vaches laitières, soit 11 de plus qu’en élevages AB. L’EBE par vache ou par ETP non salarié est toujours plus élevé dans les élevages AB avec un rapport qui varie peu selon la catégorie de taille, physique ou économique, des exploitations. L’EBE par ETP non salarié des producteurs de lait bio est de 62 290 euros et de 61 820 euros en conventionnel.  4. Comparaison des performances économiques des élevages de bovins lait en 2020 0 500 1 000 1 500 2 000 2 500 3 000 3 500 4 000 en euros par vache laitière Agriculture conventionnelle Agriculture biologique Production (hors subvention) Consommations intermédiaires Valeur ajoutée Subventions Excédent brut d'exploitation Lecture : En 2020, les élevages de bovins lait conventionnels assument 2 884 euros de consommations intermédiaires par vache laitière, contre 2 372 euros pour ceux totalement convertis à l'agriculture biologique. Champ : France métropolitaine, exploitations au régime fiscal des bénéfices réels agricoles (BRA), hors exploitations en cours de conversion au bio et exploitations mixtes (bio et conventionnel). Source : Agreste, recensement agricole 2020 – AGRFIN 2020.

41 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – Les exploitations agricoles biologiques ... Des élevages biologiques de poules pondeuses moins intensifs et économiquement plus performants Les résultats économiques des élevages de poules pondeuses totalement engagés en agriculture biologique sont supérieurs, grâce notamment à un prix de vente des œufs supérieur de près de 70 % en 2020 [FranceAgriMer] et deux fois plus de subvention par tête (1,3 euro contre 0,6 euro). Ainsi le niveau moyen de production est plus élevé pour des valeurs de consommations intermédiaires équivalentes, ce qui induit une meilleure valeur ajoutée par tête (+19 %) et un écart conséquent au niveau de l’EBE par animal (+73 %) en faveur des élevages bio    figure 5a. La rentabilité économique (EBE rapporté aux capitaux permanents) comparée entre les deux modes de production confirme les meilleurs résultats obtenus par les filières biologiques : 37 %, contre 27 % pour celles en conventionnel. La dispersion du résultat est particulièrement forte dans les plus hauts niveaux d’EBE/tête parmi les élevages en conventionnel    figure 5b. La dispersion est nettement moins marquée en agriculture biologique, les normes de production AB réduisant en effet le panel des choix possibles en matière de conduite des élevages, ce qui semble induire une plus grande homogénéité des résultats économiques.  5. Comparaison des performances économiques des élevages de poules pondeuses en 2020 a. Principaux indicateurs de la performance économique des élevages 0 5 10 15 20 25 30 35 40 en euros par tête Agriculture conventionnelle Agriculture biologique Production (hors subvention) Consommations intermédiaires Valeur ajoutée Subventions Excédent brut d'exploitation 0 5 10 15 20 25 30 Agriculture conventionnelle Agriculture biologique en euros par tête 1er décile Médiane 3e quartile b. Dispersions comparées de l'EBE par poule pondeuse 1er quartile 9e décile Lecture : En 2020, les élevages de poules pondeuses conventionnels dégagent une valeur ajoutée de 6,7 euros en moyenne par tête, contre 8,0 euros par tête pour ceux intégralement convertis à l'agriculture biologique. La moitié des élevages de poules pondeuses conventionnels obtient un excédent brut d’exploitation (EBE) par poule pondeuse de 5,7 euros, contre 8,0 euros en agriculture biologique. Champ : France métropolitaine, exploitations au régime fiscal des bénéfices réels agricoles (BRA), hors exploitations en cours de conversion au bio et exploitations mixtes (bio et conventionnel). Source : Agreste, recensement agricole 2020 – AGRFIN 2020.

42 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 Les tailles d’élevages en conventionnel et en biologique sont très différentes : alors que les premiers concentrent en moyenne 33 025 poules pondeuses, les structures AB n’en comptent en moyenne que 9 660, soit 3,5 fois moins. De ce fait, les résultats économiques par exploitant sont plus élevés dans les exploitations conventionnelles : 134 660 euros par ETP non salarié en conventionnel et 75 090 euros en bio. Une valorisation plus élevée du vin en agriculture biologique Les viticulteurs en agriculture biologique génèrent une production moyenne, hors subventions, de 19 260 euros par hectare, soit 49 % de plus qu’en conventionnel, notamment grâce à des prix de vente supérieurs (d’environ 45 % en moyenne par bouteille en 2020)    figure 6a. Malgré des frais de personnel 1,4 fois supérieurs en bio (près de 0,12 ETP salarié par hectare en bio, contre 0,07 en conventionnel), cette meilleure valorisation permet d’obtenir un excédent brut d’exploitation de 4 800 euros par hectare, contre 4 050 euros par hectare pour les viticulteurs conventionnels. Plus des trois quarts des producteurs de vins biologiques commercialisent tout ou partie de leur production en circuits courts (contre 42 % en conventionnel), 18 % étant même en vente directe (contre 12 % en conventionnel). Le différentiel observé est accentué par un niveau de subvention à l’hectare supérieur en viticulture biologique (508 euros, contre 355 euros en agriculture conventionnelle). L’EBE médian par hectare est plus élevé en agriculture biologique, quel que soit le bassin viticole    figure 6b.  6. Comparaison des performances économiques des exploitations viticoles en 2020 a. Principaux indicateurs de la performance économique des exploitations 0 2 000 4 000 6 000 8 000 10 000 12 000 14 000 16 000 18 000 20 000 Production (hors subvention) Consommations intermédiaires Valeur ajoutée Subventions Excédent brut d'exploitation en euros par hectare Agriculture conventionnelle Agriculture biologique en euros par hectare Agriculture conventionnelle Agriculture biologique b. EBE par hectare médian selon la région de production 0 4 000 8 000 12 000 16 000 20 000 24 000 28 000 32 000 Alsace Bordelais Bourgogne- Beaujolais Champagne Languedoc- Roussillon Sud-Est Sud-Ouest Val-de-Loire Lecture : En 2020, les structures viticoles totalement engagées en agriculture biologique réalisent une production moyenne hors subventions de 19 256 euros par hectare, contre 12 911 euros pour celles en conventionnel. La moitié des structures viticoles alsaciennes biologiques atteint un excédent brut d’exploitation (EBE) supérieur à 7 072 euros par hectare. Cette valeur médiane s'élève à 5 190 euros pour celles en conventionnel. Champ : France métropolitaine, exploitations au régime fiscal des bénéfices réels agricoles (BRA), hors exploitations en cours de conversion au bio et exploitations mixtes (bio et conventionnel). Source : Agreste, recensement agricole 2020 – AGRFIN 2020.

43 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – Les exploitations agricoles biologiques ... La surface moyenne en vignes s’élève à 25 hectares en viticulture bio ; elle est inférieure de 6 hectares à celle de la viticulture conventionnelle. L’EBE moyen par ETP non salarié atteint 114 530 euros en conventionnel, contre 102 540 euros en AB. Le différentiel en EBE par hectare en faveur du bio se confirme au fur et à mesure que croît la taille physique (en hectares) ou économique (en PBS) de l’exploitation. Cet écart est plus faible dans l’ensemble des vignobles du Sud. Il est à l’inverse nettement plus marqué en Val‑de‑Loire, en Champagne, en Alsace et en région Bourgogne‑Beaujolais. Ce constat pousse à l’agrandissement et à l’endettement des structures viticoles totalement converties à la production biologique. La filière viticole est la seule Otex pour laquelle les exploitations engagées en agriculture biologique affichent en moyenne un patrimoine (total de l’actif du bilan) plus élevé que celui de leurs homologues en agriculture conventionnelle (1,8 million d’euros contre 1,3 million d’euros). Le niveau de capitaux propres moyen nettement supérieur dans les exploitations viticoles biologiques (de 18 %) et un EBE moyen légèrement inférieur conduisent à une rentabilité économique plus élevée des exploitations viticoles conventionnelles (17 % contre 14 %). Cela s’accompagne d’un niveau d’endettement bien plus marqué en viticulture AB, qui reflète aussi des installations plus récentes en moyenne (64 % de dettes parmi l’ensemble du passif de l’exploitation, contre 57 % en conventionnel). Auteur : Nicolas Devauvre (Service de la statistique et de la prospective)