26 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 Un accroissement de la superficie des exploitations sur l’ensemble du territoire de France métropolitaine En 1970, les grandes exploitations (superficie supérieure à 50 ha) étaient principalement concentrées dans les régions de grandes cultures du Bassin parisien figure 2, méthodes. Depuis les années 1950 et l’avènement de la motomécanisation, les grandes cultures étaient en effet associées à des exploitations de grande taille. Certaines zones d’élevage extensif bien localisées (Cévennes et Baronnies dans la région du Dauphiné) se caractérisaient également, dès les années 1970, par une SAU moyenne par exploitation élevée. 2. Surface agricole utilisée (SAU) moyenne par exploitation de 1970 à 2020 SAU moyenne des exploitations, en ha 30 40 20 10 150 100 200 75 50 d. 2000 e. 2010 f. 2020 a. 1970 b. 1979 c. 1988 © IGN - MASA-SG-SSP 2024 Lecture : En 2020, sur une majorité des territoires de la Bretagne, la SAU moyenne des exploitations est comprise entre 50 et 75 ha, contre moins de 20 ha en 1970. Champ : France métropolitaine, toutes exploitations agricoles. Source : Agreste, recensements agricoles de 1970 à 2020. Au fil des décennies, la SAU moyenne croît dans tous les territoires et dépasse presque partout 40 ha en 2020, y compris dans les régions d’élevage (Grand Ouest, Auvergne, Rhône‑Alpes, Franche‑Comté). Ceci résulte vraisemblablement du fait qu’à partir des années 1970, le développement des stabulations libres a permis de simplifier les tâches de nourrissage des animaux (couloir d’alimentation) et d’évacuation de leurs déjections. Simultanément, la généralisation des salles de traite a allégé le travail des éleveurs d’animaux laitiers. Ces évolutions ont favorisé l’augmentation de la taille des troupeaux et des surfaces prises en charge par les éleveurs. Par ailleurs, certaines exploitations d’élevage ont été converties à la production céréalière, ce qui a certainement concouru à l’accroissement de la SAU moyenne de ces territoires. En 2020, seuls les territoires viticoles et arboricoles (vignobles champenois, alsacien et bordelais ; vallée du Rhône ; pourtour méditerranéen) font exception et présentent une SAU moyenne inférieure à 40 ha.
27 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – 1970‑2020 : des exploitations agricoles moins nombreuses, plus grandes... Des emplois de plus en plus concentrés dans un petit nombre d’exploitations et de territoires À l’inverse de la SAU, la concentration de l’emploi (chefs d’exploitation, co‑exploitants, salariés hors prestations) dans un petit nombre d’exploitations s’accroît au fil du temps. Le coefficient de Gini pour l’emploi est de 0,52 en 2020, contre 0,38 en 1970 figure 3. Un quart des exploitations mobilisent 61 % de la main‑d’œuvre agricole totale en 2020, contre 49 % en 1970. Plus éloquent encore, 25 % de la main‑d’œuvre est concentrée dans 4 % seulement des exploitations en 2020, contre 9 % en 1970. 3. Distribution de la main-d’œuvre des exploitations part cumulée des exploitations part cumulée des ETP totaux a. En 2020 1,00 0,75 0,50 0,25 1,00 0,75 0,50 0,25 0,00 0,39 0,18 0,59 etp 1,00 etp 2,00 etp 0,04 0,61 1,25 etp 2,50 etp 5,12 etp 0,84 0,96 coefficient de Gini : 0,52 part cumulée des exploitations part cumulée des ETP totaux b. De 1970 à 2020 1,00 0,75 0,50 0,25 1,00 0,75 0,50 0,25 0,00 1970 : 0,38 2000 : 0,50 2010 : 0,49 2020 : 0,52 1988 : 0,43 1979 : 0,40 coefficient de Gini : Lecture : En 2020, la moitié des exploitations emploient moins de 1 ETP et mobilisent 18 % de la main-d'œuvre agricole nationale. Champ : France métropolitaine, toutes exploitations agricoles. Source : Agreste, recensements agricoles de 1970 à 2020. Cet accroissement de la concentration de l’emploi date principalement des années 1990, les courbes de Lorenz associées aux années 1970, 1979 et 1988 étant assez proches, de même que celles de 2000, 2010 et 2020. Des analyses complémentaires seraient nécessaires pour identifier les causes de cette inflexion : développement du salariat, réformes de la politique agricole commune (PAC), etc. Cette augmentation des inégalités de répartition de la main‑d’œuvre résulte surtout d’un accroissement
28 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 de l’emploi au sein des exploitations qui mobilisent le plus de main-d’œuvre. Ces résultats sont cohérents avec les travaux conduits par Piet (2019) à partir de l’échantillon d’exploitations du Réseau d’information comptable agricole (RICA). En 2020, les emplois agricoles en équivalent temps plein (ETP) sont concentrés sur un petit nombre de territoires : régions d’élevage de l’Ouest et régions viticoles et arboricoles précitées ; auparavant, ils étaient répartis de façon plutôt homogène, quoique moins densément dans les régions de grandes cultures figure 4. L’importance de l’emploi agricole dans ces territoires en 2020 résulte d’orientations productives plus exigeantes en main‑d’œuvre, mais aussi d’une densité d’exploitations plus élevée qu’ailleurs, car de plus petite taille en moyenne. 4. Nombre d'emplois agricoles a. En 1970 b. En 2020 ETP agricoles sur le territoire 500 750 300 100 3 000 2 000 1 000 © IGN - MASA-SG-SSP 2024 Lecture : En 1970 en Bretagne, tous les territoires comprenaient plus de 1 000 ETP agricoles. En 2020, la majorité des territoires bretons en ont entre 300 et 500. Champ : France métropolitaine, toutes exploitations agricoles. Source : Agreste, recensements agricoles de 1970 et 2020. Des exploitations de plus en plus spécialisées Les exploitations ont tendance à être de plus en plus spécialisées, et leur indice de Simpson diminue de façon marquée entre 1988 et 2020 méthodes, figure 5a. Une proportion élevée des exploitations sont très spécialisées : en 2020, 145 247 exploitations ont un indice de Simpson compris entre 1,00 et 1,05, ce qui correspond à des exploitations dont un seul atelier génère au moins 97,5 % de la production brute standard (PBS). Ces exploitations représentent 35 % des exploitations de France métropolitaine, contre seulement 19 % en 1988 figure 5b. 33 % d’entre elles sont des exploitations viticoles figure 6. Cette production a toujours été la plus représentée parmi ces exploitations très spécialisées, mais sa proportion a diminué depuis 1988 puisqu’elle était alors de 42 %. À l’inverse, une proportion croissante des exploitations comprenant un seul atelier produisent des grandes cultures standard (26 % en 2020, contre 21 % en 1988) ou des fourrages sans production animale (12 % en 2020, contre 7 % en 1988).
29 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – 1970‑2020 : des exploitations agricoles moins nombreuses, plus grandes... 5a. Densité de la distribution des exploitations selon leur diversité économique de 1988 à 2020 diversité économique (indice de Simpson sur 18 ateliers) 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0 3,5 4,0 6 5 4 3 2 1 0 densité de la distribution des exploitations 1988 2000 2010 2020 Lecture : La densité de la distribution des exploitations représente les fréquences relatives de l'indice de Simpson : les valeurs de l'indice ayant une densité de 3 sont trois fois plus fréquentes que celles ayant une densité de 1. Ainsi il est presque deux fois plus fréquent d'avoir des exploitations avec un indice autour de 1 en 2020 (densité 5,1) qu'en 1988 (densité 2,6). Champ : France métropolitaine, toutes exploitations agricoles. Source : Agreste, recensements agricoles de 1988 à 2020. 5b. Part des exploitations avec un seul atelier significatif de 1988 à 2020 0 5 10 15 20 25 30 35 1988 2000 2010 2020 en % Lecture : Les exploitations avec un seul atelier significatif représentent 19 % des exploitations en 1988, contre 35 % en 2020. Champ : France métropolitaine, toutes exploitations agricoles. Source : Agreste, recensements agricoles de 1988 à 2020.
30 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 Enfin, 11 % des exploitations comprennent deux ou trois ateliers qui contribuent significativement à leur PBS. Elles ont un indice de Simpson compris entre 1,9 (deux ateliers contribuant à 60 % et 40 % de la PBS totale) et 2,2 (trois ateliers contribuant respectivement à 55 %, 40 % et 5 % de la PBS totale) en 2020. Le nombre de ces exploitations a beaucoup diminué entre 1988 et 2020 (‑64 %), mais leur part dans l’ensemble des exploitations s’est maintenue (‑1,5 point de pourcentage). Environ un tiers de ces exploitations comprenant deux ateliers économiquement significatifs associent un atelier d’élevage et un atelier de productions végétales. Cette proportion est restée stable sur la période considérée. Toutefois, une proportion croissante de ces exploitations à deux ateliers combine grandes cultures standard et industrielles : elles sont 17 % en 2020, contre 6 % en 1988. Le maintien d’une diversité territoriale, malgré des exploitations très spécialisées La diversité de la production à travers les différents territoires de France métropolitaine est stable au fil du temps figure 7. L’indice de Simpson des PBS partielles calculées à l’échelle des territoires de 1988 à 2020 est souvent supérieur à 2, ce qui témoigne de la présence a minima de deux productions économiquement significatives, et la comparaison des cartes met en évidence une remarquable stabilité. Chaque zone conserve donc une diversité relative de productions. Certaines régions (les Pays de la Loire notamment) se caractérisent même par une diversification marquée, avec un accroissement notable de l’indice entre 1988 et 2020. 6. Orientation productive des exploitations avec un seul atelier économiquement significatif de 1988 à 2020 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 en % 1988 2000 2010 2020 Viticulture Grandes cultures standard Élevages spécialisés (équins, apicoles, cunicoles) Fourrages Arboriculture Grandes cultures industrielles Volaille Autres Lecture : Parmi les exploitations avec un seul atelier économiquement significatif, 33,3% ont un atelier viticulture en 2020, contre 42,3 % en 1988. Champ : France métropolitaine, toutes exploitations agricoles. Source : Agreste, recensements agricoles de 1988 à 2020.
31 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – 1970‑2020 : des exploitations agricoles moins nombreuses, plus grandes... 7. Diversité des productions à l'échelle des territoires de 1988 à 2020 diversité des territoires (sur 18 ateliers) 1 1,75 2 1,5 1,25 1 5 4 6 10 18 3 2,5 a. 1988 b. 2000 c. 2010 d. 2020 © IGN - MASA-SG-SSP 2024 Lecture : Dans la plupart des territoires des Hauts-de-France, les ateliers économiquement significatifs sont entre 3 et 4, en 1988 comme en 2020. Champ : France métropolitaine, toutes exploitations agricoles. Source : Agreste, recensements agricoles de 1988 à 2020. Si les territoires restent relativement diversifiés, ceci ne résulte plus, comme jusqu’à la fin des années 1980, d’exploitations elles‑mêmes diversifiées. En effet, en 1988, pour une large part des hexagones du territoire métropolitain méthodes, l’indice de Simpson moyen des exploitations dont le siège se situe dans l’hexagone considéré était supérieur à 2 figure 8. Ce n’est plus le cas en 2020, exception faite de certaines régions (nord de la France) où les doubles spécialisations grandes cultures standard et grandes cultures industrielles sont fréquentes. Désormais, la diversité territoriale des productions résulte d’exploitations très spécialisées, mais dans des productions distinctes.
32 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 8. Diversité des exploitations de 1988 à 2020 diversité moyenne des exploitations (sur 18 ateliers) 1,75 2 1,5 1,25 1 5 4 6 10 18 3 2,5 a. 1988 b. 2000 c. 2010 d. 2020 © IGN - MASA-SG-SSP 2024 Lecture : Dans la majeure partie de la Nouvelle-Aquitaine, les exploitations ont en moyenne entre 1,25 et 1,50 atelier économiquement significatif en 2020. Elles en avaient entre 2,0 et 2,5 en 1988. Champ : France métropolitaine, toutes exploitations agricoles. Source : Agreste, recensements agricoles de 1988 à 2020. Auteurs : Jean‑Noël Depeyrot (Service de la statistique et de la prospective) Mickaël Hugonnet (Service de la statistique et de la prospective)
33 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – 1970‑2020 : des exploitations agricoles moins nombreuses, plus grandes... Définitions La surface agricole utilisée (SAU) comprend les terres arables (y compris pâturages temporaires, jachères, cultures sous abri, jardins familiaux, etc.), les surfaces toujours en herbe (STH) et les cultures permanentes (vignes, vergers, etc.). La contribution de chaque culture et cheptel à la PBS permet de classer les exploitations selon leur spécialisation (ou orientation technico‑économique – Otex). Une exploitation est considérée comme spécialisée dans une production quand au moins deux tiers de sa PBS est générée par cette production. L’indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique permettant de rendre compte du niveau d’inégalité pour une variable et sur une population donnée. Il varie entre 0 (égalité parfaite) et 1 (inégalité extrême). Entre 0 et 1, l’inégalité est d’autant plus forte que l’indice de Gini est élevé. Un équivalent temps plein (ETP) correspond au travail d’une personne à plein temps pendant une année entière (un ETP = au moins 1 607 heures travaillées sur l’année). Les surfaces agricoles et les cheptels déclarés au recensement agricole sont valorisés selon des coefficients permettant de calculer leur production brute standard (PBS). Cette PBS est une production potentielle de chacune des exploitations, calculée selon les prix et les rendements d’une année donnée. Les coefficients de PBS représentent la valeur de la production potentielle par hectare ou par tête d’animal présent, hors toute aide. Ils sont exprimés en euros. Leur valeur est régionalisée lorsque c’est possible. Ces coefficients sont volontairement structurels, calculés en moyenne sur cinq années. Les grandes cultures standard désignent ici les céréales, y compris le blé tendre et dur mais à l’exception du riz, les protéagineux (pois, féverole, lupin doux), les oléagineux (colza, tournesol, etc.) et les plantes à fibres (lin, chanvre, etc.). Les grandes cultures industrielles recouvrent la betterave sucrière, la pomme de terre et les légumes d’industrie ainsi que les autres cultures industrielles (racines d’endives, chicorées, etc.). Méthodes Projection du nombre d'exploitations en 2035 La méthode utilisée, dite « des chaînes de Markov » et décrite par Piet et Saint‑Cyr (2018) et la Cour des comptes (2023), a consisté à mettre au point plusieurs modèles d’évolution des effectifs d’exploitations agricoles à partir des données COTNS. Pour ce faire, les changements de statut juridique et/ou de classe de SAU entre deux années consécutives ont été dénombrés afin d’élaborer des « matrices des probabilités de transition », constituant chacune un modèle de projection à part entière. Ces modèles ont ensuite été appliqués de façon itérative, d’abord jusqu’en 2020 à partir des effectifs initiaux observés dans le RA 2010, puis jusqu’en 2035 à partir des effectifs initiaux observés dans le RA 2020. La première série de simulations a ainsi permis de déterminer que le modèle fondé sur la matrice des probabilités de transition moyenne calculée sur la décennie 2004‑2014 présentait le meilleur ajustement à l’évolution des effectifs observée entre 2010 et 2020. L’effectif total simulé en 2020 est en effet de 394 600 exploitations agricoles en France métropolitaine, soit un écart de seulement +1,2 % avec celui effectivement observé dans le RA correspondant. La seconde série de simulations a ensuite permis de projeter l’effectif observé en 2020 jusqu’à l’horizon 2035, en utilisant la matrice moyenne calculée sur la décennie disponible la plus récente, c’est‑à‑dire 2011‑2021. Analyse territoriale des évolutions des exploitations Analyser les dynamiques territoriales d’évolution des exploitations nécessite d’utiliser un zonage géographique avec des aires comparables entre elles et comparables dans le temps. Le zonage communal ayant été écarté du fait de superficies différentes et de modifications des limites au cours du temps, il a été choisi de découper le territoire en hexagones de 225 km², soit un peu moins de la superficie moyenne d’un canton en France en 2020. Diversité des productions et indice de Simpson Pour analyser la spécialisation ou la diversification économique des exploitations, celles‑ci ont été considérées ici comme étant la combinaison de 18 ateliers différents [Aigrain et al., 2016]. Dix ateliers en productions végétales ont ainsi été retenus (arboriculture, oliviers et fruits à coques, vignes, serres, plantes à parfum aromatiques et médicinales (PPAM), maraîchage, grandes cultures standard, grandes cultures industrielles, fourrages, cultures végétales spécialisées) et huit ateliers en productions animales (bovins laitiers, veaux de boucherie, autre viande bovine, ovins et caprins, porcs, productions animales spécialisées, poules pondeuses, volailles de chair). Pour chaque exploitation présente aux différents recensements de 1988 à 2020, les 18 productions brutes standard (PBS) partielles correspondant aux cultures et élevages ont été calculées. Ces PBS représentent la valeur moyenne potentielle générée par les différents ateliers. Afin de permettre des comparaisons intercensitaires, elles ont été calculées aux « coefficients de 2017 », c’est‑à‑dire en utilisant les rendements et prix moyens observés sur les cinq années centrées sur 2017 (2015 à 2019). Rétropoler toutes les PBS aux coefficients de 2017 permet de s’affranchir des effets de rendements et de prix, et de se focaliser uniquement sur les évolutions structurelles (superficie et production). L’indice de Simpson des 18 PBS partielles a ensuite été calculé pour chaque exploitation. Il s’agit d’un indicateur de diversité utilisé en écologie [Sirami, Midler, 2021], proche de l’indice de concentration Herfindahl‑Hirshmann utilisé en économie. Il revient ici à pondérer le nombre d’ateliers des exploitations par leurs contributions respectives à la PBS totale. Cette approche permet de ne pas considérer qu’une exploitation constituée de deux ateliers, dont l’un génère l’essentiel de la PBS, est aussi diversifiée qu’une exploitation comprenant deux ateliers contribuant de façon comparable à la PBS totale. L’indice varie de 1 (exploitation avec un seul atelier significatif) à 18 (exploitation avec 18 ateliers de taille économique équivalente).