34 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 Pour en savoir plus • Aigrain P., Agostini D., Lerbourg J., « Les exploitations agricoles comme combinaisons d’ateliers », Agreste Les Dossiers n° 32, juillet 2016. • Barry C., Polvêche V., « Recensement agricole 2020 – Surface moyenne des exploitations agricoles en 2020 : 69 hectares en France métropolitaine et 5 hectares dans les DOM », Agreste Primeur n° 13, octobre 2022. • Cour des comptes, « La politique d’installation des nouveaux agriculteurs et de transmission des exploitations agricoles », Communication à la commission des finances du Sénat, avril 2023. • Hugonnet M., Bernard‑Mongin C., « Géographie environnementale du système alimentaire français : tendances et perspectives d’évolution », Documents de travail n° 16, Centre d’études et de prospective, ministère de l’Agriculture et de l'Alimentation, septembre 2022. • Piet L., Saint‑Cyr L. D. F., « Projection de la population des exploitations agricoles françaises à l’horizon 2025 », Économie rurale n° 365, pp. 119‑133, juillet‑septembre 2018. • Piet L., « Concentration des exploitations agricoles et emplois », Notes et études socio‑économiques n° 46, pp. 35‑58, Centre d’études et de prospective, ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, décembre 2019. • Sirami C., Midler E., « Hétérogénéité des paysages agricoles, biodiversité et services écosystémiques », Analyse n° 163, Centre d’études et de prospective, ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, mai 2021.
35 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – Les exploitations agricoles biologiques ... Les exploitations agricoles biologiques : des structures plus petites et économiquement plus performantes à taille donnée Les exploitations en agriculture biologique (AB) ont une taille moyenne inférieure aux exploitations en agriculture conventionnelle. Elles recourent souvent à des circuits courts de commercialisation (une sur deux), notamment à la vente directe de leur production (une sur dix). De plus petite taille, les exploitations en agriculture biologique perçoivent toutefois un niveau moyen d’aides par structure presque équivalent à celui perçu en agriculture conventionnelle, grâce aux subventions spécifiques au secteur biologique. En dépit d’un endettement plus élevé en moyenne (les dirigeants étant notamment plus jeunes), les exploitations bio affichent généralement un niveau de rentabilité économique équivalent aux structures en mode conventionnel. Quatre filières agricoles concentrent 42 % des exploitations AB : maraîchage de plein air, viticulture, élevages de bovins lait et élevages de poules pondeuses. Parmi celles‑ci, les résultats économiques rapportés à l’unité de production (hectare, vache, poule) sont bien souvent supérieurs en agriculture biologique, mais les résultats par exploitant non salarié ne le sont pas toujours car les exploitations biologiques sont souvent de taille plus petite. L’agriculture biologique s’est fortement développée en France, tant côté production que consommation. Toutefois, alors que le nombre des exploitations en agriculture biologique (AB) continue sa progression selon les récentes données de l’Agence Bio, l’année 2021 marque pour la première fois une baisse de la consommation des produits biologiques. La nouvelle politique agricole commune (PAC) 2023‑2027 réaffirme les orientations politiques vers une transition agroécologique, pour une agriculture plus respectueuse de l’environnement, avec notamment un objectif de poursuite du développement des surfaces cultivées en bio. Ce dossier propose une analyse des performances économiques de l’agriculture biologique en 2020, en les mettant en regard de celles des pratiques conventionnelles. Le champ de l’étude comprend les exploitations recensées en France métropolitaine, imposées au régime réel agricole (dont le chiffre d’affaires dépasse donc 82 800 euros), soit 18 000 exploitations totalement converties à l’agriculture biologique et 184 000 exerçant totalement en agriculture conventionnelle ; les 8 400 exploitations en conversion ou mixtes en sont exclues encadré. Des exploitations biologiques plus petites, commercialisant davantage en circuits courts et des chefs d’exploitation plus jeunes Les exploitations totalement converties à l’agriculture biologique (100 % de leur production certifiée AB) sont généralement de plus petite taille que les structures conventionnelles. Par exemple, la surface agricole utilisée (SAU) des exploitations viticoles biologiques imposées au réel est en moyenne de 25,3 hectares (ha), contre 31,3 ha en conventionnel, et la surface moyenne d’une exploitation maraîchère AB est de 16,1 ha, contre 24,7 ha en conventionnel. Un producteur de lait biologique détient en moyenne 66 vaches laitières, contre 77 pour un éleveur en conventionnel. La comparaison des performances économiques entre agriculture conventionnelle et agriculture biologique doit donc s’apprécier en prenant en compte ces différences structurelles. La production brute standard (PBS) est une autre approche économique de la taille d’une exploitation agricole. Toutes orientations confondues, la PBS moyenne d’une exploitation AB atteint 192 060 euros, contre 242 350 euros en conventionnel figure 1 ; 41 % des exploitations totalement converties à l’agriculture biologique sont des petites structures (PBS inférieures à 100 000 euros), contre 30 % des exploitations conventionnelles. À l’inverse, 22 % des exploitations en agriculture biologique ont une PBS supérieure à 250 000 euros, contre 32 % pour les conventionnelles.
36 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024
Encadré – Sources et méthode
Pour permettre une analyse portant sur un nombre suffisant de structures agricoles, l’étude est
réalisée à partir d’une base de données issue de l’appariement entre le recensement agricole (RA)
de 2020, conduit par le service statistique du ministère chargé de l’agriculture, et les déclarations
fiscales 2020 des exploitations agricoles relevant du régime des bénéfices réels agricoles (désignées
par exploitations agricoles « imposées au réel »). Les exploitations dont le chiffre d’affaires annuel est
inférieur à 82 800 euros ne relèvent pas de ce régime fiscal et sont de facto exclues du champ de l’étude.
Les exploitations soumises à l'impôt sur les sociétés (IS) sont également exclues du champ de l'étude.
Une étude à partir de données sur 210 000 exploitations
Ces 209 900 exploitations recensées en 2020 en France métropolitaine et imposées au réel représentent
54 % de l’ensemble des structures agricoles métropolitaines et plus des trois quarts de la production
brute standard (PBS), de la surface agricole totale et des cheptels. Afin de cibler une approche
comparative plus explicite entre les exploitations en agriculture biologique et celles en agriculture
conventionnelle, au sein de cette population, les 8 400 exploitations en conversion au bio ou mixtes
(conduites conjointement en biologique et en conventionnel) sont exclues du champ de l’étude.
L’étude porte donc sur 201 500 exploitations métropolitaines imposées au réel : 17 800 totalement
converties au bio et 183 700 totalement conventionnelles.
Une étude sur les performances économiques des exploitations bio avait déjà été réalisée en 2017 à
partir d’un appariement entre données de structures des exploitations et déclarations fiscales
[Dedieu et al., 2017]. Elle n’était alors pas adossée à un recensement agricole, mais à une enquête
non exhaustive, l’enquête Structure des exploitations agricoles (ESEA) de 2013, ce qui en limitait la
robustesse, d’autant que les exploitations en agriculture biologique étaient moins nombreuses en 2013
qu’aujourd’hui. De ce fait, les résultats obtenus pour l’année 2020 ne peuvent pas être comparés à ceux
obtenus pour l’année 2013.
Peu d’exploitations en agriculture biologique dans les départements d’outre‑mer
Dans les départements d’outre‑mer (DOM), en 2020, 2 700 exploitations agricoles imposées au réel sont
recensées : 100 exploitations en conversion au bio ou mixtes, 2 500 en conventionnel et 100 totalement en
agriculture biologique. Ces dernières représentent moins de 1 % des exploitations agricoles ultramarines
et pèsent 3 % de la production brute standard agricole des DOM. Avec 4 % du cheptel, elles couvrent
1 % de la surface agricole totale des DOM et emploient 1 % de l’emploi agricole de ces départements.
Les structures ultramarines ne sont donc pas incluses dans le champ de cette étude.
Concernant la forme juridique des entreprises, 63 % des exploitations en agriculture biologique
sont sociétaires. Cette proportion est proche, légèrement supérieure, à celle des structures en
conventionnel (61 %).
Les chefs d’exploitation engagés en mode biologique sont plus jeunes que leurs alter ego en
conventionnel : 37 % de ces producteurs ont moins de 45 ans (30 % en conventionnel) et 31 % ont plus
de 55 ans (39 % en conventionnel). Ce constat s’observe quelle que soit la filière agricole.
1. Comparaisons selon les modes de production
Caractéristiques Exploitations
conventionnelles
Exploitations en
agriculture biologique
PBS moyenne (en euros) 242 352 192 062
Proportion de petites structures (PBS < 100 000 euros) (en %) 30,5 40,7
Proportion de formes sociétaires (en %) 60,9 63,0
Proportion de structures en vente directe (en %) 4,3 8,6
EBE moyen / ETP non salarié (en euros) 66 492 64 603
Montant moyen de subvention par exploitation (en euros) 35 830 35 422
Taux d'endettement (en %) 63,1 66,6
Rentabilité économique (en %) 24,4 23,3
Lecture : En 2020, 30,5 % des exploitations conventionnelles ont une production brute standard (PBS) moyenne inférieure à
100 000 euros, contre 40,7 % pour les exploitations totalement engagées en agriculture biologique.
Champ : France métropolitaine, exploitations au régime fiscal des bénéfices réels agricoles (BRA), hors exploitations en cours de
conversion au bio et exploitations mixtes (bio et conventionnel).
Source : Agreste, recensement agricole 2020 – AGRFIN 2020.
37
Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – Les exploitations agricoles biologiques ...
Les dirigeants d’exploitation, qu’ils soient en conventionnel ou en agriculture biologique, ont le plus
souvent suivi un cursus en enseignement agricole (autour de 80 % dans les deux cas). Les chefs
d’exploitation AB ont en revanche un niveau de formation plus élevé : 55 % ont suivi une formation
de niveau au moins baccalauréat et 29 % une formation de niveau supérieur (respectivement 40 % et
17 % en conventionnel).
Le modèle économique des exploitations en agriculture biologique s’appuie enfin davantage sur
les commercialisations en circuits courts. Aucune filière ne fait exception à ce constat. Ainsi, toutes
orientations technico‑économiques des exploitations (Otex) confondues, 51 % des exploitations
AB imposées au réel ont recours à ce mode de commercialisation, dont 9 % en vente directe, contre
respectivement 19 % et 4 % au sein des filières en conventionnel. Ce type de commercialisation
peut permettre au producteur de capter une part plus importante de la valeur finale du produit et
d’améliorer ses résultats économiques [Devauvre, à paraître], en réduisant le nombre d’intermédiaires
avec le consommateur final.
La présence de l’agriculture biologique dans les différentes filières
Les exploitations biologiques ne sont pas orientées vers les mêmes filières de production que les
structures conventionnelles : en 2020, 22 % des exploitations certifiées AB et imposées au réel sont
spécialisées en viticulture, 15 % sont des élevages de bovins lait et 12 % produisent des céréales et
oléoprotéagineux, alors qu’en conventionnel, la production de céréales et oléoprotéagineux est la
première filière (22 %), suivie par l’élevage de bovins lait (13 %) et la viticulture (12 %)
figure 2a.
2. Répartition des exploitations selon les filières et les modes de production
Agriculture
biologique
Agriculture
conventionnelle
Céréales et oléoprotéagineux
Autres grandes cultures
Maraîchage
Horticulture
Viticulture
Fruits
Bovins lait
Bovins viande
Bovins mixte
Ovins et caprins
Autres herbivores
Porcins
Volailles
Granivores mixte
Polyculture, polyélevage
en %
a. Répartition des exploitations selon les filières
0
5
10
15
20
25
en %
Maraîchage
Fruits
Viticulture
Horticulture
Volailles
Bovins lait
Ovins et caprins
Polyculture, polyélevage
Bovins viande
Autres herbivores
Granivores mixte
Autres grandes cultures
Céréales et oléoprotéagineux
Bovins mixte
Porcins
b. Part des exploitations en agriculture biologique par filière
Lecture : La filière horticole regroupe 1,5 % des exploitations conventionnelles et 2,3 % des structures totalement converties à
l'agriculture biologique. En 2020, 12,7 % des exploitations horticoles sont totalement engagées en agriculture biologique.
Champ : France métropolitaine, exploitations au régime fiscal des bénéfices réels agricoles (BRA), hors exploitations en cours
de conversion au bio et exploitations mixtes (bio et conventionnel) pour la part des exploitations en agriculture biologique.
Source : Agreste, recensement agricole 2020 – AGRFIN 2020.
38 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 De fait, les taux de conversion à l’agriculture biologique sont très variables selon les filières. Des subventions spécifiques à l’agriculture biologique, mais un soutien économique apporté par les aides équivalent à celui du conventionnel En dépit de la différence de taille, les exploitations en agriculture biologique perçoivent un niveau moyen d’aides par structure presque équivalent à celui en conventionnel : 35 420 euros contre 35 830 euros. Ce résultat s’explique par les aides spécifiques à l’agriculture biologique. En 2020, il existe deux types d'aides directes (le crédit d'impôt en faveur des exploitations en agriculture bio n'est pas pris en compte ici). D’une part, les aides à la conversion à l’agriculture biologique (CAB) visent à accompagner la transition des agriculteurs vers l’agriculture biologique, en compensant tout ou partie des surcoûts liés à l’adoption des pratiques et des méthodes de production de l’agriculture biologique. Cette aide est accessible aux exploitants dont les surfaces sont en première ou en deuxième année de conversion. D’autre part, les aides au maintien financées par les régions sont accessibles aux exploitants dont les surfaces sont déjà converties, ces derniers souscrivant des contrats d’engagement sur 5 ans de respect du cahier des charges de la mesure. Hors ces aides spécifiques AB, le niveau moyen de subvention par structure est moins élevé pour les exploitations en AB du fait de l’effet taille, mais il est similaire lorsqu’il est rapporté à l’hectare ou au cheptel. De même, les parts des différentes catégories de soutien (droit à paiement de base, paiement redistributif, aides aux productions, aides directes pour compenser un handicap géographique, mesures agroenvironnementales et climatiques, etc.) sont proches entre exploitations conventionnelles et structures en agriculture biologique. La moyenne des aides spécifiques à l’agriculture biologique s'élève en 2020 à un peu moins de 6 500 euros par structure. Sans les subventions, 23 % des exploitations biologiques seraient déficitaires, avec un excédent brut d’exploitation (EBE) négatif ; ce pourcentage est le même que pour les exploitations conventionnelles (22 %) alors même que celles‑ci sont plus grandes et dégagent un revenu supérieur (cf. infra). De même, le poids des aides dans la composition de l’EBE est équivalent entre agriculture conventionnelle (44 %) et agriculture biologique (44 %). Ainsi, de façon générale, le soutien économique apporté par les aides n'est pas plus important en bio qu’en conventionnel. Le facteur de différenciation est surtout lié à l'orientation productive. Le poids des subventions dans les résultats économiques est beaucoup moins élevé en production maraîchère, horticole et viticole (moins de 20 % de l’EBE) que dans les élevages de bovins viande, d’ovins‑caprins ou dans les exploitations céréalières (plus de 70 % de l’EBE). La part des aides spécifiquement liées aux pratiques biologiques est également plus conséquente dans les élevages d’herbivores, en grandes cultures et en productions fruitières, avec un apport de plus de 10 % de l’EBE. Deux modes de production aux rentabilités économiques équivalentes, avec un niveau d’endettement légèrement plus élevé en agriculture biologique Le rapport de l’EBE au nombre d’équivalents temps plein (ETP) non salariés permet de mesurer un revenu brut agricole par exploitant. Toutes Otex confondues, il est légèrement favorable, de 3 %, à l’agriculture conventionnelle (66 490 euros, contre 64 600 euros en bio). Bien que nettement plus petites, les exploitations en agriculture biologique dégagent finalement un revenu par exploitant non salarié qui n’est que légèrement inférieur à celui de l’agriculture conventionnelle. Le revenu rapporté à la taille de l’exploitation est en effet souvent supérieur en filière bio, comme analysé ensuite plus en détail pour quatre filières. Au‑delà de la rémunération du travail des associés, l’EBE sert également à rembourser les emprunts et leurs intérêts. Le taux d’endettement (poids des dettes sur le total du passif) est supérieur en moyenne de 4 points dans les filières biologiques (67 % contre 63 %), en lien sans doute avec l’installation plus récente des chefs d’exploitation, plus jeunes, et donc avec un endettement plus élevé en début de cycle de l’entreprise. La rentabilité économique, mesurant le retour sur investissement par le ratio entre l’EBE et les capitaux permanents engagés dans l’exploitation, est similaire dans les exploitations en agriculture biologique (23 %) et celles en agriculture conventionnelle (24 %).