80 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 1.4 Prix des produits agricoles à la production Les prix des produits agricoles à la production, en moyenne annuelle et tous produits confondus, évoluent de manière cyclique : ils ont augmenté de 89,2 % entre 2005 et 2022, avec trois pics importants en 2008, 2013 et 2022. Sur cette période de 17 ans, ces prix ont plus que triplé pour les œufs (+234,3 %), en raison d’une offre faible notamment due à la grippe aviaire, ainsi que pour les céréales (+218,7 %) et pour les oléagineux (+202,9 %) sous l’effet de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, deux des principaux pays producteurs et exportateurs figure 1. La hausse des prix est en revanche plus contenue pour les fruits frais (+73,1 %), les vins (+72,1 %), le lait de vache (+53,5 %), les animaux (+53,4 %) et les légumes frais (+52,6 %). Entre 2005 et 2009 et entre 2009 et 2016, les variations des prix étaient principalement dues aux évolutions volatiles des prix des céréales et des oléagineux. Malgré un léger repli en 2020 dû à la pandémie de Covid‑19, les prix augmentent depuis 2017, hausse accentuée en 2021 sous l’effet de la reprise économique et encore plus en 2022, du fait notamment des bouleversements occasionnés par la guerre en Ukraine. Inédite en 2022, la hausse des prix agricoles à la production atteint 20,9 % pour l’ensemble, 24,1 % pour les animaux, 28,3 % pour les oléagineux, 41,5 % pour les céréales et 80,6 % pour les œufs. Toutefois, les prix agricoles décélèrent progressivement en rythme annuel depuis mai 2022, principalement en raison d’une concurrence accrue avec la reprise des exportations ukrainiennes, et dans un contexte de crainte d’une récession mondiale. Les prix d’achat des moyens de production agricole, en moyenne annuelle et tous produits confondus, ont augmenté de 70,6 % entre 2005 et 2022. Ils ont plus que triplé pour les engrais et amendements (+202,7 %) et presque doublé pour les aliments pour animaux (+94,3 %), ainsi que pour l’énergie et les lubrifiants (+92,0 %). Quatre cycles se sont produits lors des vingt dernières années, avec des pics en 2008, 2013, 2019 et 2022 figure 2. Les cycles sont essentiellement dus aux évolutions des prix de l’énergie et notamment du prix du gazole non routier, dont les fluctuations sont marquées. L’envolée du prix du gaz en 2022, en lien avec la guerre en Ukraine, a entraîné une forte augmentation des prix des engrais et amendements. Les cycles sont un peu moins prononcés concernant les aliments pour animaux, qui dépendent en grande partie des évolutions de certains prix de produits agricoles. En revanche, il n’y a pratiquement pas de cycles pour les semences et plants ainsi que pour les produits de protection des cultures, l’entretien et la réparation du matériel, les frais généraux et les biens et services d’investissement, dont les prix augmentent de manière assez régulière entre 2005 et 2022. Les hausses et baisses sur ces postes sont atténuées, car l’impact des évolutions des prix de l’énergie y est limité. Au total, les variations des prix agricoles annuels à la production sont plus prononcées que celles des prix annuels de leurs moyens de production figure 3. Les prix agricoles dépendent de nombreux autres facteurs comme les conditions météorologiques ou les épidémies, difficilement anticipables par les producteurs. Sources L’indice des prix des produits agricoles à la production (IPPAP) permet de mesurer l’évolution des prix perçus par les agriculteurs en contrepartie des produits qu’ils livrent. Il est fondé sur les prix mensuels d’un échantillon de transactions représentatives. L’indice des prix d’achat des moyens de production agricole (IPAMPA) suit l’évolution mensuelle des prix des biens et services utilisés par les exploitants dans leur activité agricole (intrants de production et dépenses d’investissement). Pour en savoir plus « Indices des prix agricoles (IPPAP, IPAMPA) », Informations Rapides, Insee.
81 Insee Références – Édition 2024 – Fiche 1.4 – Prix des produits agricoles à la production 1. Évolution des indices de prix agricoles à la production de 2005 à 2022 60 80 100 120 140 160 180 200 220 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 indice base 100 en 2015 Céréales Vins Oléagineux Animaux Lait de vache Œufs Lecture : Entre 2015 et 2022, les prix des céréales ont augmenté de 97,6 %. Champ : France. Source : Insee, IPPAP. 2. Évolution des indices de prix des moyens de production agricole de 2005 à 2022 60 80 100 120 140 160 180 200 220 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 indice base 100 en 2015 Aliments des animaux Produits de protection des cultures Semences et plants Énergie et lubrifiants Biens et services d'investissement Engrais et amendements Lecture : Entre 2015 et 2022, les prix des engrais et amendements ont augmenté de 102,8 %. Champ : France. Source : Insee, IPAMPA. 3. Évolution des indices de prix annuels agricoles et des moyens de production agricole de 2005 à 2022 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 indice base 100 en 2015 70 80 90 100 110 120 130 140 150 IPPAP2 total IPAMPA1 total 1 IPAMPA : indices des prix d'achat des moyens de production agricole. 2 IPPAP : indices des prix des produits agricoles à la production. Lecture : L'IPAMPA total est passé de 111,5 à 135,8 entre 2021 et 2022, soit une hausse des prix des moyens de production agricole de 21,8 %. Champ : France. Source : Insee, IPPAP et IPAMPA.
82 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 1.5 Évolution des revenus agricoles et part des subventions L’excédent brut d’exploitation (EBE) reflète les ressources générées par une entreprise du fait de son activité. En 2021, sur le champ des exploitations agricoles dont la production brute standard (PBS) est supérieure à 25 000 euros (15 000 euros pour les DOM), il s’établit à 91 020 euros en moyenne par exploitation. Rapporté au nombre d’équivalents temps plein (ETP) non salariés, il s’élève à 67 130 euros. L’EBE par ETP non salarié progresse de 28 % par rapport à 2020, atteignant ainsi un niveau record sur les vingt dernières années figure 1. Le niveau élevé de l’EBE en 2021 s’explique par la hausse globale des prix agricoles ainsi que par de bons niveaux de production dans certaines filières. À l’inverse, il a été plus faible en 2009 et 2016, années marquées par des aléas climatiques et économiques qui ont affecté les revenus agricoles (chutes de rendements, accidents climatiques, baisses des cours agricoles). La dispersion des résultats des exploitations agricoles a tendance à augmenter en période de hausse des prix, et à se contracter en phase de prix décroissants. Ainsi, la dispersion de l’EBE par ETP non salarié s’était fortement accrue en 2007 et en 2010 figure 2. Après avoir été particulièrement stable entre 2017 et 2020, elle augmente fortement en 2021 : un quart des exploitations ont un EBE par ETP non salarié qui dépasse 87 370 euros (3e quartile) et un quart ont un EBE inférieur à 30 020 euros (1er quartile), soit un écart de 57 350 euros entre ces seuils. À titre de comparaison, l’écart était de 44 840 euros en 2020. En 2021, 94 % des exploitations bénéficient d’au moins une subvention d’exploitation figure 3. Ces exploitations perçoivent en moyenne 35 940 euros d’aides. Les subventions d’exploitation versées en 2021 représentent en moyenne 38 % de l’EBE pour les bénéficiaires. Sans subvention, 18 % des exploitations auraient un EBE négatif, contre 3 % après prise en compte des subventions. Alors que dans certaines orientations technico‑économiques (Otex) toutes les exploitations ou presque bénéficient de subventions d’exploitation, ce n'est le cas que pour 81 % des viticulteurs, 78 % des éleveurs de volailles, 63 % des maraîchers et 48 % des horticulteurs. Le niveau des aides augmente avec la taille économique des exploitations. Les exploitations les plus grandes perçoivent un peu plus de 1,9 fois le montant de subvention des plus petites structures (26 530 euros contre 49 400 euros) figure 4. En revanche, la part des aides dans l’EBE décroît avec l’augmentation de la taille des structures (68 % pour les petites ; 27 % pour les grandes). Définitions L’excédent brut d’exploitation (EBE) est la somme de la valeur ajoutée (production de l’exercice diminuée des consommations intermédiaires) et des subventions d’exploitation, de laquelle on déduit les charges salariales, les impôts et les charges de fermage. Il permet de rémunérer les exploitants, rembourser les annuités d’emprunts et constituer une réserve pour l’autofinancement. Un équivalent temps plein (ETP) correspond au travail d'une personne à plein temps pendant une année entière (un ETP = au moins 1 607 heures travaillées sur l'année). Les ETP agricoles non salariés sont les effectifs en ETP des chefs d’exploitation, co‑exploitants, aides familiales et autre main‑d’œuvre non salariée travaillant sur l’exploitation. Les subventions d’exploitation sont les aides accordées à l’exploitation par l’Union européenne, l’État, certaines collectivités publiques, ou éventuellement d’autres tiers, pour lui permettre de compenser l’insuffisance de certains produits d’exploitation ou de faire face à certaines charges d’exploitation. Production brute standard (PBS), orientation technico‑économique (Otex), taille économique : voir Glossaire. Pour en savoir plus • Agreste Graph’Agri 2023, janvier 2024. • « Une forte hausse des résultats économiques en 2021 pour le secteur agricole », Agreste Primeur n° 14, décembre 2022.
83 Insee Références – Édition 2024 – Fiche 1.5 – Évolution des revenus agricoles et part des subventions 1. Excédent brut d’exploitation (EBE) par ETP non salarié de 2002 à 2021 0 15 30 45 60 75 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 en milliers d'euros 2021 Lecture : Les exploitations françaises dégagent en 2021 un EBE moyen par ETP non salarié de 67 130 euros. Champ : France métropolitaine, Guadeloupe et La Réunion. Source : Agreste, Rica 2002 à 2021. 2. Dispersion de l’excédent brut d’exploitation (EBE) par ETP non salarié de 2002 à 2021 15 25 35 45 55 65 75 85 95 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 en milliers d'euros 2021 Note : Pour chaque rectangle, l'extrémité basse (resp. haute) représente le 1er quartile (resp. le 3e quartile) et le trait blanc la médiane. Lecture : En 2021, un quart des exploitations ont un EBE par ETP non salarié inférieur à 30 020 euros (1er quartile). Champ : France métropolitaine, Guadeloupe et La Réunion. Source : Agreste, Rica 2002 à 2021. 3. Subventions d’exploitations agricoles selon leur orientation technico‑économique en 2021 en % Orientation technico-économique Exploitations bénéficiant de subventions d’exploitation Exploitations ayant un EBE négatif hors subvention Exploitations ayant un EBE négatif avec subvention Montant moyen des subventions (en euros)1 Céréales et oléoprotéagineux 100,0 7,8 1,7 33 115 Autres grandes cultures 98,5 8,9 3,1 31 631 Maraîchage 62,8 9,3 5,9 18 959 Horticulture 47,6 3,1 2,1 12 924 Viticulture 81,2 18,1 11,0 20 685 Fruits et autres cultures permanentes 91,6 23,9 2,7 37 965 Bovins lait 100,0 6,9 0,6 36 657 Bovins viande 100,0 55,1 0,7 50 940 Bovins mixte 100,0 14,6 0,2 57 976 Ovins et caprins 100,0 48,6 3,4 46 537 Porcins 90,2 17,2 9,6 24 329 Volailles 78,2 5,9 0,5 24 109 Granivores mixtes 100,0 7,0 1,3 41 256 Polyculture, polyélevage 97,8 17,8 3,4 42 810 Ensemble 93,7 18,5 3,5 35 939 1 Les montants moyens de subventions sont calculés pour les exploitations ayant bénéficié de ces aides. Lecture : En 2021, 62,8 % des exploitations maraîchères bénéficient de subventions d’exploitations, ces dernières percevant un montant moyen de 18 959 euros. 9,3 % de ces structures auraient un EBE négatif sans ces aides, contre 5,9 % avec ces aides. Champ : France métropolitaine, Guadeloupe et La Réunion. Source : Agreste, Rica 2021. 4. Excédent brut et subventions des exploitations agricoles bénéficiaires, selon leur dimension économique, en 2021 0 40 80 120 160 200 Petites exploitations Moyennes exploitations Grandes exploitations Ensemble en milliers d'euros 2021 EBE Subventions d'exploitations Note : Les petites exploitations sont celles dont la PBS est inférieure à 100 000 euros, les plus grandes ont une PBS supérieure à 250 000 euros et la catégorie intermédiaire réunit celles qui sont entre les deux. Lecture : En 2021, les plus petites exploitations agricoles affichent un EBE moyen de 39 200 euros pour un niveau moyen de subventions de 26 530 euros. Champ : France métropolitaine, Guadeloupe et La Réunion. Source : Agreste, Rica 2021.