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67 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – L’agriculture face aux enjeux environnementaux Conscients des enjeux, les agriculteurs s’engagent de plus en plus vers des pratiques agricoles plus soucieuses de l’environnement Plusieurs dispositifs ont été instaurés pour promouvoir des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Mise en place en 2012, la certification HVE (Haute valeur environnementale) concerne 36 000 exploitations au 1er janvier 2023, dont près des deux tiers en filière viticole. Par ailleurs, fin 2022, plus de 60 000 exploitations françaises sont engagées dans une démarche de production dite « biologique » [Agence Bio, 2023], un nombre multiplié par 2,5 en dix ans    figure 10. Elles représentent 14 % des exploitations et couvrent 10,7 % de la surface agricole utilisée (SAU), le programme Ambition bio ayant fixé un objectif de 18 % d’ici à 2027. Les principales productions végétales concernées sont les légumes secs, les plantes à parfum, aromatiques et médicinales, la vigne et les fruits. En ce qui concerne la production animale, le bio est plus fréquent en apiculture, en production d’œufs ou en lait de brebis. Sous l’impulsion de la réglementation européenne, les surplus azotés ont diminué, passant de 57 kg/ha de SAU hors jachères sur la période 1981‑1990 à 38 kg/ha sur 2011‑2020 [Poisvert et al., 2016]. Dans le même temps, les ventes de phosphore ont été divisées par quatre entre les années 1970 et 2020.  9. Indemnisations versées en réponse aux dommages subis à la suite des évènements climatiques de 2010 à 2021 0 100 200 300 400 500 600 700 800 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 en millions d’euros (M€) dans le cadre de l'assurance récolte multirisques climatiques subventionnables au titre du régime des calamités agricoles Indemnités versées : Note : Les indemnités versées au titre des calamités agricoles en 2021 ne sont pas connues ; les données relatives aux indemnités versées dans le cadre de l’assurance récolte ne comprennent pas les indemnités versées au titre des assurances monorisques climatiques. Lecture : En 2010, les indemnités versées au titre des calamités agricoles s’élèvent à 98,2 millions d’euros. Champ : France. Source : Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.

68 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 Si les ventes de produits phytopharmaceutiques demeurent à des niveaux élevés, celles des substances actives qui n’entrent pas dans les usages de l’agriculture biologique ou dans le cadre du bio‑contrôle ont toutefois diminué (‑17 % entre 2009‑2010 et 2020‑2021)    figure 11. Par ailleurs, la part des ventes de substances actives classées « cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques » par rapport au total des ventes de produits phytopharmaceutiques est passée de 29 % à 11 % entre 2009 et 2021.  10. Surfaces agricoles et nombre d’exploitations en agriculture biologique de 1995 à 2022 0 10 000 20 000 30 000 40 000 50 000 60 000 70 000 0 500 1 000 1 500 2 000 2 500 3 000 3 500 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2022 nombre d'exploitations surface, en milliers d'hectares Surfaces certifiées AB Surfaces en conversion AB AB : agriculture biologique ; SAU : surface agricole utilisée. Note : Les données pour Mayotte ne sont disponibles qu’à partir de 2016. Lecture : En 2022, la France compte 60 483 exploitations agricoles engagées dans une démarche de production biologique. 2,43 millions d’hectares sont certifiés en agriculture biologique et 0,44 million d’hectares en conversion vers l’agriculture biologique. Champ : France. Source : Agence Bio.  11. Substances actives de produits phytopharmaceutiques vendues par type d’usage de 2009 à 2021 Substances actives utilisables en produits de biocontrôle et/ou utilisables en agriculture biologique Substances actives hors usages en agriculture bio et hors produits de biocontrôle Substances actives classées CMR (cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques) 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 en milliers de tonnes Note : Les substances classées CMR sont les substances les plus toxiques. Lecture : En 2009, 54,8 milliers de tonnes de substances actives hors usages en agriculture bio et hors produits de biocontrôle ont été vendues en France. Champ : France. Source : BNVD ‑ données des ventes au code Insee des distributeurs extraites le 27/11/2020 pour les données 2009 à 2019 et le 17/10/2022 pour les données 2020 et 2021 ; traitements : OFB, 2022 ; SDES, 2023.

69 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – L’agriculture face aux enjeux environnementaux  Définitions Le terme écosystème agricole est employé pour désigner le compartiment biophysique support de la production agricole. Il est inscrit dans une matrice paysagère et, au sein de celle‑ci, est en interaction avec d’autres écosystèmes (exemple : forestiers, aquatiques). Les services écosystémiques désignent l’utilisation par les humains des écosystèmes à leur avantage. Un service peut être décrit à travers les dimensions des écosystèmes considérées comme directement utiles, appelées fonctions des écosystèmes (dimension biophysique), les avantages dérivés des fonctions d’un écosystème (dimension socio‑économique) ou les usages associés. Les services écosystémiques, qui découlent ainsi de valeurs utilitaires, sont organisés en trois catégories : les services culturels (par exemple, les usages récréatifs des écosystèmes), les services de régulation (par exemple, la régulation des cycles hydrologiques), et la fourniture de bien (par exemple, la production agricole). L’indice de pressions toxiques cumulées (IPTC) est, pour un prélèvement d’eau, la somme des quotients « concentration / valeur toxique de référence » de chaque pesticide présent en mélange. L’indice est dit « élevé » quand il dépasse 1, la survenue d’effets néfastes sur l’environnement étant alors hautement probable ou possible. En raison du nombre limité de pesticides pris en compte, l’indice sous‑estime la pression toxique qui s’exerce réellement sur les organismes. Un auxiliaire de culture est un organisme utile aux plantes cultivées, soit en tant que prédateur ou parasite des bioagresseurs des cultures, soit en tant que pollinisateur indispensable à la fécondation de nombreuses espèces. Une mycorhize est une association symbiotique contractée par les racines des végétaux avec certains champignons du sol qui permet aux plantes de puiser les nutriments dans le sol. Enfin, des mesures agro‑environnementales et climatiques (MAEC) constituent un dispositif prévu dans le cadre de la PAC depuis 2015 pour accompagner les exploitations agricoles qui s’engagent dans le développement de pratiques combinant performance économique et performance environnementale ou dans le maintien de telles pratiques lorsqu’elles sont menacées de disparition. Sur la période 2014‑2020, 7 % du territoire métropolitain était concerné par une MAEC avec un large éventail d’actions mises en œuvre : maintien des surfaces en herbe dans les zones riches en biodiversité, conservation et développement des infrastructures agroécologiques constituant des habitats d’espèces et des corridors de circulation, ou encore préservation d’une biodiversité fonctionnelle (pollinisateurs, plantes messicoles, etc.) ou génétique (variété des races animales). Auteurs : Véronique Antoni (CGDD/SDES) Alexis Cerisier‑Auger (CGDD/SDES) Anthony Coulmin (CGDD/SDES) Valérie Dossa‑Thauvin (CGDD/SDES) Didier Eumont (CGDD/SDES) Julien Hardelin (CGDD/SEVS) Irénée Joassard (CGDD/SDES) Aurélie Le Moullec (CGDD/SDES) Gregory Obiang Ndong (CGDD/SEVS) Sandrine Parisse (CGDD/SDES) Éric Tromeur (CGDD/SEVS) CGDD : Commissariat général au développement durable SDES : Service des données et études statistiques SEVS : Service de l’économie verte et solidaire

70 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024  Pour en savoir plus • Agence Bio, Les chiffres clés, 2023. • Brisson N., Launay M., Mary B., Beaudoin N., “Conceptual basis, formalisations and parameterization of the STICS crop model”, Quae éd., 2008. • CGAAER, « La haie, levier de la planification écologique », Rapport n° 22114, avril 2023. • CGDD, « EFESE – Le service de pollinisation », Théma, juin 2016. • Citepa, « Gaz à effet de serre et polluants atmosphériques – Bilan des émissions en France de 1990 à 2022 », Rapport d’inventaire Secten, avril 2023. • Froger C., Jolivet C., Budzinski H., Pierdet M., Caria G., Saby N.P.A., Arrouays D., Bispo A., “Pesticide residues in French soils: Occurrence, risks and persistence”, Environmental Science et Technology, mai 2023. • Inrae, Ifremer, « Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques : résultats de l’expertise scientifique collective Inrae ‑ Ifremer », communiqué de presse, mai 2022. • Lobell D.B., Di Tommaso S., Burney J.A., “Globally ubiquitous negative effects of nitrogen dioxide on crop growth”, Science advances, juin 2022. • Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, « Tout savoir sur le régime des calamités agricoles », mai 2021. • Pélosi C., Toutous L., Chiron F., Dubs F., Hedde M., Muratet A., Ponge J.‑F., Salmon S., Makowski D., “Reduction of pesticide use can increase earthworm populations in wheat crops in a European temperate region”, Agriculture, Ecosystems and Environment, novembre 2013. • Poisvert C., Curie F., Moatar F., “Annual agricultural N surplus in France over a 70‑year period”, Nutr. Cycl. Agroecosyst, 107(1) : 63‑78, décembre 2016. • Schucht S., Tognet F., Colette A., Létinois L., Lenoble C., Agasse S., Mathieu Q., « Coût économique pour l’agriculture des impacts de la pollution de l’air par l’ozone – ApollO : Analyse économique des impacts de la pollution atmosphérique de l’ozone sur la productivité agricole et sylvicole en France », Rapport, mai 2019. • SDES, « Bilan de la qualité de l’air extérieur en France en 2022 », Datalab, ministère de la Transition écologique, novembre 2023. • SDES, « La pollution chimique des cours d’eau et des plans d’eau en France de 2000 à 2020 », Datalab, ministère de la Transition écologique, juin 2023. • SDES, « Vers un suivi national des résidus de pesticides dans l’air extérieur – Principaux résultats de la campagne nationale exploratoire », Théma essentiel, ministère de la Transition écologique, juillet 2021. • Seibold S., Gossner M.M., Simons N.K. et al., “Arthropod decline in grasslands and forests is associated with landscape‑level drivers”, Nature 574, p. 671‑674, octobre 2019. • Tibi A., Therond O., « Évaluation des services écosystémiques rendus par les écosystèmes agricoles. Une contribution au programme EFESE », Synthèse du rapport d’étude, Inra, novembre 2017.

Fiches thématiques

Fiches thématiques Économie du secteur agricole et agroalimentaire

74 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 1.1 Poids économique de l’agriculture et de l’agroalimentaire en France En 2022, les exploitations agricoles françaises produisent 88,2 milliards d’euros de produits agricoles (31,4 milliards d’euros de productions animales et 56,9 milliards d’euros de productions végétales). Avec une part de 17,9 % de la production en valeur de l’Union européenne (UE), la France est ainsi le premier producteur agricole européen. Outre la France, trois pays européens dominent : l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne    figure 1. À eux quatre, ces pays réalisent 54,2 % de la production animale et 58,4 % de la production végétale en 2022. La production des industries agroalimentaires (IAA) françaises représente 15,7 % de la production de l’UE en 2020. La France se situe au deuxième rang de l’UE en matière de production en valeur des IAA, juste derrière l’Allemagne et devant l’Italie et l’Espagne. Les activités de production liées à l’agriculture, la sylviculture, la pêche et les industries agroalimentaires emploient 1,4 million d’équivalents temps plein (ETP, salariés et non‑salariés) en France en 2022, soit 5,0 % de l’emploi total national    figure 2. Depuis le début des années 1980, la part des emplois au sein de ces branches d’activité a diminué de plus de moitié (11,8 % en 1980). Cette baisse s’explique essentiellement par celle de l’agriculture dans l’emploi total, qui a diminué nettement, passant de 9,1 % en 1980 à 2,7 % en 2022. Pour les IAA, en revanche, la part dans l’emploi total a baissé beaucoup moins fortement, de 2,6 % en 1980 à 2,4 % en 2022. En 2022, la valeur ajoutée dégagée par l’ensemble des activités agricoles et agroalimentaires représente 99,5 milliards d’euros, soit 3,8 % du produit intérieur brut (PIB) français (répartis à parts égales entre la production primaire issue de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche et les activités de transformation réalisées par les IAA)    figure 3. Malgré des petites variations conjoncturelles, la part de la valeur ajoutée des activités agricoles et agroalimentaires est stable depuis le milieu des années 2000. Cette relative stabilité intervient après une nette baisse entre 1980 et 2005 : la part des activités agricoles et agroalimentaires dans le PIB était alors passée de 6,6 % à 3,8 %.  Définitions Les produits agricoles sont les productions issues des activités agricoles, c’est‑à‑dire principalement la culture de végétaux (y compris maraîchage et horticulture) et l’élevage d’animaux. Les industries agroalimentaires (IAA) sont définies ici selon une approche par branche ; il s'agit donc de l'ensemble des activités de fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac, y compris lorsque ces activités ne sont que des activités secondaires d'une entreprise. Un équivalent temps plein (ETP) correspond au travail d’une personne à plein temps pendant une année entière (un ETP = au moins 1 607 heures travaillées sur l’année). La valeur ajoutée est la valeur créée par les unités économiques résidentes dans le cadre de leur activité de production. Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire. Le produit intérieur brut (PIB) est le principal agrégat mesurant l’activité économique d’un pays. Il correspond à la somme des valeurs ajoutées nouvellement créées par les unités économiques résidentes de ce pays une année donnée.  Pour en savoir plus • « Rapports présentés à la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation ‑ Session du 6 juillet 2023 », Agreste Les Dossiers n° 2, juillet 2023. • « Les comptes de la Nation en 2022 », Insee Résultats, mai 2023. • « Les industries et le commerce de gros agroalimentaires en 2020 : résultats économiques », Agreste Chiffres et données n° 5, mars 2023.