AGRI24.pdf

Type: Document | Status: ready

63 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – L’agriculture face aux enjeux environnementaux Parmi les substances les plus fréquemment retrouvées figurent trois herbicides (83 % AMPA, métabolite du glyphosate, 70 % glyphosate et 51 % diflufenican) et trois fongicides (69 % fluopyram, 68 % fluxapyroxad et 47 % epoxiconazole) [Froger et al., 2023]. L’usage des pesticides peut également induire des teneurs en métaux élevées dans certains sols, du fait notamment de traitements fongicides récurrents à base de sulfate de cuivre (bouillie bordelaise) en viticulture et arboriculture. Les teneurs totales en cuivre mesurées dans la partie superficielle des sols varient ainsi localement de 1 mg/kg à 508 mg/kg en France métropolitaine, 53 % des teneurs de plus de 100 mg/kg se situant dans des zones occupées à plus de 20 % par des vignes ou des vergers. La Gironde et le Languedoc‑Roussillon rassemblent 62 % des teneurs en cuivre de plus de 100 mg/kg.  5. Taux de stations dont l’indice Pesticides dépasse 1 sur la période 2018‑2020 en % Indéterminé 40 20 60 80 © MTECT-CGDD-SDES 2024 Lecture : Pour le sous‑bassin de la Corse, la proportion des stations de surveillance des eaux de surface dont l’indice Pesticides (IPTC) dépasse la valeur 1 sur la période 2018‑2020 est comprise entre 0 et 20 %. Champ : France, cours d’eau et plans d’eau. Sources : Eaufrance, base de données Naïades ; Ineris ; the NORMAN Network ; traitements : SDES, 2023. La population des auxiliaires de culture, comme les pollinisateurs, se réduit La contamination généralisée de l’environnement par de nombreux polluants a des incidences sur les organismes vivants. À titre d’exemple, le pouvoir reproducteur des vers de terre, qui assurent des fonctions essentielles en modifiant la structure du sol et en l’enrichissant grâce au produit de leur digestion, est affecté et leur population diminue [Pélosi et al., 2013]. De même, en favorisant l’asphyxie des milieux aquatiques (phénomène d’eutrophisation), l’apport d’effluents agricoles (nitrates, orthophosphates) participe à l’érosion de la biodiversité dans ces écosystèmes. Parmi les auxiliaires de culture, les pollinisateurs constituent un maillon essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes et jouent un rôle déterminant dans la production alimentaire (72 % des espèces cultivées en France pour l’alimentation humaine présentent une dépendance plus ou moins forte à l’action des insectes pollinisateurs [CGDD, 2016]). Or la biomasse, l’abondance et le nombre d’espèces d’insectes, dont les pollinisateurs, chutent. Leur déclin s’explique en grande partie par l’usage des pesticides et

64 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 le changement de pratiques agricoles (abandon de l’élevage extensif, intensification de l’exploitation des milieux). En France métropolitaine, deux espèces de papillons de jour floricoles sur trois auraient disparu d’au moins un département qu’elles occupaient au siècle dernier. La mécanisation a supprimé 70 % du linéaire des haies bocagères depuis 1950 Milieux longtemps maintenus en l’état pour des pratiques agropastorales, les landes agricoles ont disparu progressivement avec l’essor de l’agriculture mécanisée plus favorable aux grandes cultures en lien avec le remembrement agricole opéré dans les années 1960‑1970. Entre 1982 et 2018, 546 000 hectares de landes ont ainsi disparu au profit d’espaces boisés principalement couverts de bouleaux ou de pins sylvestres (soit une perte annuelle de 0,6 %). Cette disparition menace plusieurs espèces d’oiseaux spécialistes comme le busard et l’engoulevent. De même, le linéaire de haies bocagères a diminué de 70 % depuis 1950 pour faciliter la circulation d’engins agricoles de plus en plus imposants. Seules les régions du Grand‑Ouest sont épargnées par cette dynamique. Réservoirs de biodiversité, les haies permettent aux sols de constituer des réserves hydriques en bloquant l’eau grâce à leur système racinaire, elles protègent les cultures du vent, offrent du fourrage aux animaux d’élevage en période de sécheresse et les abritent contre les intempéries ou les fortes chaleurs. Les bandes herbeuses qui les bordent maintiennent sur les terres agricoles les pollinisateurs et les prédateurs utiles aux cultures. Leur rôle dans la régulation du climat a un effet bénéfique sur les rendements. Ainsi, le programme de recherche Resp’Haies estime qu’une parcelle agricole de 4 ha délimitée par une haie en bon état présente un rendement 12 % supérieur à celui d’une parcelle dépourvue de haies. Aujourd’hui, malgré les campagnes de réimplantation de haies, notamment dans les secteurs agricoles couverts par le dispositif de protection européen Natura 2000 (environ 7 000 km linéaires de haies replantés chaque année en France depuis 2020), les linéaires de haies continuent de se réduire (‑6 % entre 2017 et 2021, soit 94 000 km sur les 1,55 million de km de linéaire de haies recensées en France). 36 % de la population d’oiseaux des milieux agricoles ont disparu depuis 1989 Lorsque leur gestion alterne les cycles de fauchage raisonné et de pâture, les prairies constituent l’habitat essentiel pour de nombreuses espèces, de l’insecte au micromammifère (mulot, campagnol, musaraigne, souris domestique, loir, crossope, etc.) en passant par les oiseaux. Depuis 1990, sur le territoire métropolitain, près de 16 000 km² de prairies ont disparu, soit une perte de plus de 11 %. Si un tiers de cette perte est imputé à l’artificialisation des sols, 60 % résulte de changements de pratiques agricoles, les prairies devenant des territoires de grandes cultures avec, pour certaines exploitations, le développement du maïs fourrage. La disparition et la fragmentation de ces habitats naturels affectent également la faune. En France métropolitaine, sur la période 1989‑2021, l’abondance des populations d’oiseaux spécialistes a décliné de 24 % en tendance, alors qu’elle a augmenté de 19 % pour les oiseaux généralistes. Les espèces des milieux agricoles sont celles qui ont vu leur abondance le plus fortement baisser (‑36 %), traduisant une uniformisation des communautés d’oiseaux vers des compositions d’oiseaux peu spécialisées dans tous les milieux    figure 6. Cette homogénéisation de groupes d’espèces est également caractéristique des champs constitués de vastes parcelles de monoculture. Les espèces sauvages particulièrement sensibles à cette modification du paysage sont éliminées et la résistance des cultures s’amoindrit (effets du changement climatique, maladies, attaques de ravageurs). Par le labour, les terres arables sont travaillées pour permettre l’enfouissement, le mélange des fertilisants, l’aération et la restructuration du sol. Toutefois, une intervention trop fréquente peut réduire la diversité, la densité et l’abondance dans le sol des vers de terre et avoir un impact négatif sur le développement et la persistance des communautés microbiennes comme les mycorhizes retrouvées sur les racines des cultures, ce qui limite les échanges entre le sol et les plantes et affecte leur croissance. Une terre labourée aurait une diversité de vers de terre inférieure de 30 % en moyenne à une prairie permanente où aucune action n’est effectuée. Enfin, le drainage des terres, désormais encadré, a eu des répercussions notables sur les milieux environnants. Cette pratique, qui vise à réduire la quantité d’eau dans les sols pour faciliter l’intervention sur les parcelles et accroître le rendement, a modifié le fonctionnement hydrologique, voire asséché, plus de 20 % des zones humides françaises d’importance internationale Ramsar.

65 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – L’agriculture face aux enjeux environnementaux La dégradation générale de l’environnement a, à son tour, des incidences directes sur le secteur agricole Le secteur agricole subit les effets négatifs de la présence de certains polluants dans l’atmosphère. Les oxydes d’azote (NOx), rejetés majoritairement par le transport routier et l’industrie, peuvent ainsi occasionner des pertes de rendements en endommageant les cultures, ou en favorisant indirectement la formation d’ozone (O3) et d’aérosols qui à leur tour portent atteinte aux cultures. L’ozone troposphérique diminue les rendements agricoles, en quantité comme en qualité, en perturbant les processus physiologiques des végétaux, en particulier la photosynthèse. Ces pertes de rendement, bien qu’en diminution depuis 1990, ont été estimées en 2010 à 15 % pour le blé tendre, 11 % pour les pommes de terre et 2 % pour les tomates de plein champ par rapport à une production idéale sans impact de l’ozone, selon l’étude APollO de 2019 [Schucht et al., 2019]    figure 7.  6. Évolution de l’abondance des populations d’oiseaux communs spécialistes de milieux agricoles depuis 1989 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019 2021 indice base 100 en 1989 Note : Les oiseaux communs « spécialistes » correspondent aux espèces communes des milieux agricoles, forestiers et bâtis. 24 espèces des milieux agricoles ont été suivies (Alouette des champs, Alouette lulu, Bergeronnette printanière, Bruant jaune, Bruant ortolan, Bruant proyer, Bruant zizi, Buse variable, Caille des blés, Cochevis huppé, Corbeau freux, Faucon crécerelle, Fauvette grisette, Huppe fasciée, Linotte mélodieuse, Perdrix grise, Perdrix rouge, Pie‑grièche écorcheur, Pipit farlouse, Pipit rousseline, Tarier des prés, Tarier pâtre, Traquet motteux et Vanneau huppé). Lecture : L’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs spécialistes de milieux agricoles en France métropolitaine est de 54 en 2021, alors qu’il était de 100 en 1989. Champ : France métropolitaine. Source : Programme STOC de Vigie Nature ; traitements : CESCO – Patrinat (OFB‑CNRS‑MNHN), janvier 2023.  7. Pertes de rendements liées à l’ozone estimées pour trois types de cultures 0 5 10 15 20 25 30 1990 2000 2010 en % Blé tendre Pommes de terre Tomates de plein champ Lecture : En 1990, le blé tendre a subi 25 % de perte de rendement liée à l’ozone par rapport à une production idéale sans impact de l’ozone (basée sur les niveaux préindustriels d’ozone). Champ : France métropolitaine. Source : Étude APollO, mai 2019.

66 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 Les restrictions d’usage de l’eau, prises essentiellement en période estivale pour gérer les risques de pénurie et préserver les utilisations prioritaires (santé, sécurité civile, eau potable, salubrité), peuvent également contraindre l’agriculture. Lorsque sur un territoire donné le seuil maximal de crise est déclenché en raison de la situation de la ressource en eau observée et prévisible (niveau des nappes, débit des cours d’eau, etc.), les prélèvements pour l’agriculture sont totalement ou partiellement interdits. Les restrictions pour les eaux de surface (cours d’eau, lacs et plans d’eau) sont plus pénalisantes pour les agriculteurs de la partie Sud de la France, qui utilisent principalement cette ressource, tandis que ceux de la partie Nord et de la façade Sud‑Ouest recourent majoritairement aux eaux souterraines. Depuis 2017, les restrictions se sont intensifiées dans un contexte d’augmentation des températures et de fréquence accrue des sécheresses. En 2017, les mesures de crise ont ainsi concerné 14 % du territoire pour les utilisations des eaux de surface, et 5 % pour les eaux souterraines, et respectivement 51 % et 13 % en 2022    figure 8. Les épisodes ont duré en moyenne 75 jours.  8. Part du territoire métropolitain concerné par des mesures de restriction des usages de l’eau de niveau de crise, de 2012 à 2022 0 10 20 30 40 50 60 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 en % Eaux superficielles Eaux souterraines Note : La superficie du territoire métropolitain est de 550 000 km2. Lecture : En 2015, 9,2 % de la surface du territoire métropolitain a été concernée par des mesures de restrictions de type « niveau de crise » pour les usages de l’eau superficielle. Champ : France métropolitaine. Source : Propluvia, ministère de la Transition écologique et ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ; traitements : SDES, 2023. Entre 2010 et 2020, 1,25 milliard d’euros (Md€) d’indemnisations ont été versés au titre des calamités agricoles, tous périls confondus    figure 9. La sécheresse, qui affecte majoritairement les prairies, représente près de 70 % des indemnisations, suivie par le gel et les températures basses (17 %) qui concernent plutôt l’arboriculture. Près de 4 Md€ d’indemnisations ont par ailleurs été versés dans le cadre de l’assurance récolte multirisques climatiques entre 2010 et 2021, les deux tiers des sommes concernant la période 2016‑2021. Les céréales et fourrages y compris semences représentent ensemble près de la moitié du montant total versé, suivis par la vigne avec environ le quart.