18 Sécurité et société – Insee Références – Édition 2021 De plus, le géocodage des adresses de commission des infractions, des victimes et des personnes mises en cause établit une localisation de plus en plus précise et ouvre de nouvelles thématiques : par exemple, la spécificité des QPV où les victimes sont plus nombreuses qu’ailleurs, tout comme les mis en cause [Pramil, 2020a], les approches locales de la délinquance représentées sous forme de « carte de chaleur » [SSMSI, 2019b ; Pramil 2020b] figure 6 et les analyses des distances entre le lieu des infractions et le lieu de résidence de la victime dossier 3 ou le lieu de résidence du mis en cause [Estival 2018]. Par ailleurs, l’exploitation d’informations détaillées portant sur le lieu de commission de l’infraction permet notamment de repérer les délinquances qui se déroulent dans les transports en commun : en 2019, selon les services de sécurité, 18 % des vols sans violence sur les personnes se sont déroulés dans les transports en commun fiche 5.3. Au cours de l’année 2016‑2017, un collégien sur quatre a été victime de cyberviolence sur les réseaux sociaux et internet dans le cadre scolaire dossier 4 ; fiche 5.2. La sécurité en milieu scolaire fait l’objet d’un suivi spécifique par la Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance (Depp) du ministère de l’Éducation nationale, à travers deux dispositifs spécifiques : les enquêtes mensuelles SIVIS (Système d’information et de vigilance sur la sécurité) pour recueillir auprès des chefs d’établissements les faits graves survenus dans les établissements, et les enquêtes de climat scolaire et de victimation pour interroger périodiquement des élèves et des personnels sur le climat scolaire et les éventuelles atteintes subies à l’école, que ces actes aient été ou non officiellement signalés au sein de l’établissement ou auprès des autorités académiques, policières, judiciaires ou administratives. Les enquêtes de victimation ont ainsi permis d’établir que, dans les collèges publics, 25 % des élèves et 9 % des enseignants se sentent en insécurité aux abords de leur établissement, mais beaucoup moins dans l’enceinte ; toutefois, à l’intérieur de l’établissement, le sentiment d’insécurité est plus fort dans les lieux où les adultes sont moins présents, notamment dans les couloirs et les toilettes. 5. Infractions liées à l’usage de stupéfiants pour 1 000 habitants par commune, en 2019 Champ : France. Sources : SSMSI, base des infractions enregistrées par la police et la gendarmerie 2019 ; Insee, recensement de la population 2017.
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Insee Références – Édition 2021 – Vue d’ensemble – Mieux mesurer la délinquance et son suivi pénal…
Identifier les populations de victimes pour adapter la prévention
La population est diversement touchée par des faits de délinquance. Ces disparités sont
principalement évaluées à travers les enquêtes de victimation qui déclinent notamment les
prévalences selon le sexe, la nationalité, l’âge (sur le champ restreint des 14 ans ou plus), mais aussi en
fonction du niveau de revenu
fiche 3.5.
S’agissant des mineurs, il s’avère que 90 % des victimes de moins de 10 ans et 66 % des victimes de
10‑14 ans sont enregistrées par les services de police et de gendarmerie pour des violences physiques
ou sexuelles
fiche 3.2 ;
figure 7. Depuis 2016, un éclairage inédit est désormais possible sur
les victimes enregistrées par les forces de sécurité, notamment en fonction de leur âge ou de leur
nationalité. Ainsi, les plaintes des personnes étrangères concernent davantage des vols ou tentatives
de vol sans violence sur personne (36 % contre 23 % pour les Français), notamment en raison de
la prise en compte des atteintes visant les étrangers présents pour des raisons touristiques ou en
voyages d’affaires, etc.
fiche 3.3.
Enfin, 15 % des plaintes déposées auprès de la police et de la gendarmerie sont le fait de personnes
morales
fiche 3.6. En effet, les victimes enregistrées par les services de sécurité intègrent les
personnes morales relevant du droit public (État, collectivités territoriales, établissements publics, etc.)
ou du droit privé (sociétés privées, associations, etc.).
6. Taux lissés de cambriolages de logement enregistrés en 2018
dans l’agglomération lyonnaise
Taux pour 1000 logements
Jusqu'à 7
de 7 à 11
de 11 à 14
de 14 à 18
de 18 à 23
de 23 à 29
Plus de 29
Note : extrait de la publication [Pramil, 2020], zoom sur Lyon et sa proche périphérie, pixel de 200 mètres de côté et quelques
ajustements : 7 classes (contre 10 dans l’étude initiale) et un rayon de lissage de 1 385 mètres (contre 1 500 mètres).
Lecture : les zones en orange foncé correspondent à des endroits où les forces de sécurité ont enregistré plus de
29 cambriolages pour 1 000 logements en 2018.
Champ : Lyon et sa proche périphérie, enregistrements de cambriolages de 2018.
Sources : SSMSI, base géolocalisée des crimes et délits enregistrés par la police et gendarmerie nationales 2018 ; Insee, Filosofi
2015 ; données cartographiques Lyon Métropole.
20 Sécurité et société – Insee Références – Édition 2021 Mieux comprendre les parcours de délinquance Les auteurs présumés d’infractions ne sont connus que lorsqu’ils sont mis en cause par les services de police et de gendarmerie ou lorsqu’ils sont déférés devant la justice. Ils ne sont donc pas représentatifs de l’ensemble des délinquants et leur profil peut varier selon les priorités données aux services en matière de lutte contre la délinquance. Depuis 2016, des éléments plus détaillés sur ces personnes sont utilisés, notamment au regard de leur âge ou de leur nationalité détaillés fiche 4.2 ; figure 85. Le croisement de ces éléments donne une description plus fine de cette population. Par exemple, si la part des personnes étrangères 5 Il est possible également de connaître la situation au regard du travail des personnes mises en cause. Elle doit cependant être expertisée avant d’être exploitée. 7. Victimes enregistrées par les services de sécurité selon la nature du crime ou délit subi et l’âge, en 2019 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Moins de 10 ans 10‑14 ans 15‑19 ans 20‑29 ans 30‑39 ans 40‑49 ans 50‑59 ans 60‑69 ans 70 ans ou plus en % Autres délits Escroqueries et autres atteintes économiques et financières Destructions et dégradations Autres vols et tentatives de vol (y c. sans violence sur personne) Vols ou tentatives de vol liés aux véhicules Cambriolages ou tentatives de cambriolage Vols ou tentatives de vol avec violence Autres atteintes à la personne1 Atteintes sexuelles Atteintes physiques 1 Y compris atteintes à la famille. Note : catégories construites à partir des 107 index utilisés dans l’« État 4001 ». Lecture : en 2019, 7 % des victimes de 15 à 19 ans enregistrées par les services de sécurité ont porté plainte pour un vol avec violence. Champ : France. Source : SSMSI, base des victimes de crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie en 2019. 8. Personnes mises en cause par les services de sécurité selon l’âge, en 2019 0 50 000 100 000 150 000 200 000 250 000 300 000 5‑9 10‑14 15‑19 20‑24 25‑29 30‑34 35‑39 40‑44 45‑49 50‑54 55‑59 60‑64 65‑69 70‑74 75‑79 80 ou plus Âge en années Nombre de personnes mises en cause Part pour 100 habitants (échelle de droite) 0 1 2 3 4 5 6 en % Note : quand une infraction pénale est constituée, les services de sécurité se doivent de recevoir la plainte quel que soit l’âge de l’auteur présumé mis en cause. Lecture : en 2019, 238 000 personnes de 15 à 19 ans ont été mises en cause par les services de sécurité, soit 5,7 % des 15 à 19 ans. Champ : France, mis en cause, hors infractions routières. Sources : SSMSI, base des mis en cause pour crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie 2019 ; Insee, estimations de population 2019.
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Insee Références – Édition 2021 – Vue d’ensemble – Mieux mesurer la délinquance et son suivi pénal…
parmi les mis en cause a progressé depuis 2010, notamment en matière de vols (+ 18 points pour les
vols de véhicules, + 14 points pour les vols violents sans arme, + 14 points pour les vols sans violence
contre des personnes, + 12 points pour les cambriolages), cette hausse n’est pas homogène. Entre
2016 et 2019, l’augmentation du nombre d’étrangers mis en cause est portée à hauteur de 77 % par
10 nationalités seulement, en lien avec la présence de filières criminelles internationales
fiche 4.3 ;
dossier 1.
Mieux connaître les délinquants suppose aussi de mieux identifier les parcours de délinquance,
d’évaluer les risques de passage à l’acte, de réitération ou les comportements de désistance. Les
données du ministère de la Justice apportent des éléments objectifs sur la réitération et la récidive
légale des condamnés, dont l’intensité varie selon le profil démographique du condamné (par
exemple, les femmes sont sous‑représentées parmi les condamnés avec antécédents) et l’infraction
principale à l’origine de sa condamnation (56 % des condamnés pour outrages ou rébellions sont en
état de récidive légale ou de réitération contre 18 % des condamnés pour délits à caractère sexuel)
fiche 4.4. Des travaux complémentaires donnent des éléments de calendrier, précisant à quel
horizon les personnes récidivent et réitèrent, d’autres portent sur la récidive des sortants de prison
[Cornuau, Juillard, 2021]. La situation particulière des mineurs nécessite un suivi spécifique dans le
cadre de la constitution, par le SSM du ministère de la Justice, d’un panel des mineurs (population
suivie jusqu’à 26 ans).
Cependant, ces données extraites du casier national judiciaire des personnes physiques concernent
les seules personnes ayant fait l’objet d’une composition pénale ou d’une condamnation inscrite au
casier et les notions de réitération ou de récidive s’appuient sur des définitions juridiques strictes qui
en limitent l’ampleur. D’autres pistes sont en cours d’exploration, notamment l’exploitation du fichier
du traitement des antécédents judiciaires (TAJ).
Les relations entre la population et les personnels en charge de la prévention
et de la répression de la délinquance
L’analyse des phénomènes délinquants passe également par l’étude des acteurs en charge de la
prévention, de la répression et des sanctions, de plus en plus variés. Ainsi, policiers et gendarmes,
personnels de la justice font l’objet d’analyses spécifiques abordant principalement leurs missions
et leurs caractéristiques démographiques
fiches 6.1 et 6.2. D’autres acteurs intervenant sur les
questions de sécurité, par exemple les policiers municipaux
fiche 6.3 ou les autres salariés de droit
privé exerçant des fonctions de sécurité et de surveillance
fiche 6.4, sont également décrits dans
cette première édition, contrairement aux douaniers, aux pompiers ou aux personnels de contrôle des
transports en commun par exemple.
La question des conditions de travail des policiers et gendarmes peut être approchée à partir de
l’enquête Conditions de travail de la Dares. Elle met en évidence leurs horaires longs et atypiques et le
fait qu’ils sont nettement plus nombreux à déclarer avoir toujours ou souvent peur dans leur travail
pour leur sécurité ou celle des autres (88 % contre 38 % des autres agents publics en contact avec le
public)
fiche 6.5.
Le thème des relations entre population et forces et sécurité est abordé au regard du contexte
français
fiche 6.6 ;
figure 9 mais aussi dans le contexte plus général de l’Union européenne
à 28 (UE). En France comme dans l’UE, certaines populations sont plus défiantes à l’égard des forces
de sécurité (les hommes, les moins de 35 ans, etc.). En revanche, en France, contrairement au reste
de l’UE, un relatif décrochage du sentiment de confiance envers les forces de sécurité s’est amorcé
à partir de novembre 2018, dans un contexte national de mobilisations sociales récurrentes. En juin
2020, 68 % des Français déclarent avoir plutôt confiance dans la police et la gendarmerie, contre 72 %
dans les pays de l’UE
fiche 7.5. L’expertise approfondie des données administratives françaises
sur les violences et outrages commis envers des professions ou des fonctions davantage exposées,
dont les acteurs de la sécurité (comme les policiers et les gendarmes) ou les élus, est en cours,
au même titre que le volet thématique de l’enquête VRS investiguera, en 2022, les attentes et la
satisfaction exprimées par la population concernant l’action en général des services de sécurité et les
procédures dématérialisées.