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172 Sécurité et société – Insee Références – Édition 2021 6.5 Conditions de travail des policiers et des gendarmes en 2016 Sur le plan physique, policiers et gendarmes exercent un métier relativement moins pénible que les autres agents de la fonction publique au contact du public : ils sont moins amenés à porter des charges lourdes, à effectuer des mouvements douloureux ou fatigants ou à travailler dans un environnement bruyant, mais restent toutefois aussi longtemps debout    figure 1. En revanche, leurs horaires sont souvent longs et atypiques : 29 % travaillent plus de 42 heures par semaine, 40 % au moins 20 dimanches par an et 20 % au moins 50 nuits, nettement plus que les autres agents publics en contact avec les usagers. L’intensité de leur travail est proche de celle des autres agents publics en contact avec les usagers : 36 % d’entre eux disent travailler sous pression (contre 32 %). Seule différence concernant l’intensité du travail, ils indiquent nettement plus souvent recevoir des ordres contradictoires (70 % contre 41 %). Leurs rapports avec leurs supérieurs et leurs collègues sont plutôt bons : ils reçoivent plus souvent que les autres agents publics du soutien en cas de difficulté dans le travail et se sentent plus souvent faire partie d’une équipe. Leur autonomie au travail est élevée, comme celle des autres agents publics : 75 % d’entre eux peuvent développer leurs compétences dans leur travail, 85 % apprendre des choses nouvelles. Ils bénéficient également d’une forte sécurité socio‑économique, du fait de leur statut de fonctionnaire mais aussi parce qu’ils craignent beaucoup moins que les autres agents publics d’être mutés sur un autre poste de travail contre leur volonté (13 % contre 25 % pour les autres agents publics en contact avec les usagers). En revanche, leur exposition à d’autres risques psychosociaux, comme l’intensité émotionnelle ou les conflits éthiques, est très importante. La plupart d’entre eux (88 %, contre 38 % des autres agents publics en contact avec le public) disent avoir toujours ou souvent peur dans leur travail pour leur sécurité ou celle des autres ; 58 % (contre 28 %) ont subi une agression verbale de la part du public au cours des douze derniers mois et 28 % (contre 3 %) une agression physique.
Du côté des conflits éthiques, 38 % disent n’éprouver que parfois ou jamais la satisfaction du travail bien fait, et la moitié d'entre eux estiment ne pas avoir la formation ou le matériel suffisants pour faire correctement leur travail, nettement plus que les autres agents publics en contact avec les usagers (respectivement 43 % et 32 %). Cela peut les amener à douter que leur travail soit utile aux autres (26 % disent parfois ou jamais contre 14 % des autres agents publics en contact avec les usagers). Au vu de ces fortes expositions à certains risques psychosociaux et du fort taux d’accident
du travail (20 % ont eu au moins un accident au cours des 12 mois précédant l’enquête, contre 10 % des autres agents publics en contact avec les usagers), 52 % des policiers et des gendarmes jugent leur travail mauvais pour leur santé (contre 31 %). Pourtant, ils se déclarent plutôt en meilleure santé : 13 % (contre 27 %) signalent une santé moyenne, mauvaise ou très mauvaise ; ils sont aussi deux fois moins nombreux que
les autres agents publics en contact avec les
usagers à présenter des symptômes dépressifs, avec toutefois une proportion légèrement
plus élevée déclarant avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois
(8 % contre 6 %). L’exposition à la violence et à la peur, particulièrement néfaste dans d’autres professions, peut ne pas être vécue de façon aussi délétère par les policiers et les gendarmes, comme si elle faisait « partie du métier ». Avertissement L’étude porte sur les métiers de la filière « sécurité publique » au sens de la Dares (inspecteurs, agents police nationale, agents police municipale, gendarmes). 199 d’entre eux ont répondu à l’enquête Conditions de travail et risques psychosociaux 2016 menée par la Dares, la Drees et la DGAFP ; ils sont ici comparés aux autres agents des trois volets de la fonction publique qui travaillent en contact avec le public (6 411 enquêtés) et au reste des salariés des secteurs public et privé.

173 Insee Références – Édition 2021 – Fiche 6.5 – Conditions de travail des policiers et des gendarmes en 2016  1. Conditions de travail des policiers et des gendarmes, en 2016 en % Policiers, gendarmes Autres agents de la fonction publique en contact avec le public Ensemble des salariés (secteurs public et privé) Ambiance physique       Porter des charges lourdes 19 40 40 Effectuer des mouvements douloureux ou fatigants 40 59 47 Rester longtemps debout 34 33 34 Bruit élevé 6 14 18 Horaires atypiques       Durée hebdomadaire supérieure à 42 heures (salariés à temps plein) 29 17 21 Au moins 20 dimanches par an 40 13 10 Au moins 50 nuits par an 20 6 6 Intensité du travail       3 contraintes de rythme 33 27 35 Travailler sous pression 36 32 31 Devoir penser à trop de choses à la fois 44 47 38 Recevoir des ordres contradictoires 70 41 42 Autonomie       Travail pas répétitif 84 63 58 Développer ses compétences 75 75 68 Apprendre des choses nouvelles 85 87 81 Soutien social       Aide du supérieur en cas de difficulté 73 61 67 Aide des collègues 94 88 81 Faire partie d’une équipe 84 78 72 Conflits éthiques       Devoir faire des choses que l’on désapprouve 12 9 10 Ne pas avoir la formation suffisante pour faire correctement son travail 52 43 34 Ne pas avoir le matériel suffisant pour faire correctement son travail 50 32 20 Ne pas ressentir la satisfaction du travail bien fait 38 28 27 Ne pas faire un travail utile aux autres 26 14 28 Intensité émotionnelle       Avoir peur dans son travail 88 38 31 Devoir cacher ses émotions 34 32 25 Ne pas pouvoir s’exprimer, donner son avis 31 22 16 Devoir contraindre des personnes 33 5 3 Avoir subi au moins une agression verbale du public (12 derniers mois) 58 28 15 Avoir subi au moins une agression physique du public (12 derniers mois) 28 3 1 Agressions des collègues ou des supérieurs 16 12 11 Insécurité socio-économique       Ne pas connaître les tâches du prochain mois 74 43 52 Craindre pour son emploi dans l’année à venir 7 19 24 Craindre une mutation forcée 13 25 19 Santé       Travail jugé mauvais pour la santé 52 31 30 Santé altérée (moyenne, mauvaise ou très mauvaise) 13 27 25 Symptôme dépressif (score WHO 51 inférieur ou égal à 8) 6 11 10 Pensées suicidaires (12 derniers mois) 8 6 5 Au moins 1 accident du travail (12 derniers mois) 20 10 10 Absences maladie supérieures à 10 jours (12 derniers mois) 18 16 15 1 Le score WHO 5 est un score de bien-être psychologique calculé à l’aide de 5 questions, qui prend des valeurs allant de 0 (très faible bien-être) à 25 (bien-être maximal). Un score inférieur ou égal à 8 indique un risque de symptôme dépressif. Lecture : en 2016, 19 % des policiers et des gendarmes portent des charges lourdes dans le cadre de leur travail, contre 40 % pour l’ensemble des salariés. Champ : France hors Mayotte, salariés. Sources : Dares, Drees, DGAFP, enquête Conditions de travail et risques psychosociaux 2016.

174 Sécurité et société – Insee Références – Édition 2021 6.6 Relations entre les services de sécurité et la population En 2019, 60 % des personnes âgées de 14 ans ou plus considèrent que l’action de la police ou de la gendarmerie est très satisfaisante à satisfaisante (respectivement 5 % et 55 %) et 31 % peu à pas du tout satisfaisante (respectivement 25 % et 6 %). Ces différences d’opinion s’expliquent notamment par les spécificités des missions des forces de sécurité, relatives à la fois à la protection des personnes et des biens mais également au maintien de l’ordre public avec toutes les contraintes que cela peut entraîner. Complexes, les relations entre la population et les forces de sécurité dépendent également des événements qui ont pu se dérouler dans la société. Ainsi à la suite des attentats de 2015, la part des personnes satisfaites ou très satisfaites de l’action des forces de sécurité a augmenté de plus de 10 points, passant de 48 % sur la période 2012‑2014 à 59 % en 2015 et 60 % sur la période 2016‑2019. Les femmes sont un peu plus satisfaites de l’action des services de sécurité que les hommes (62 % contre 59 %). Les différences sont plus marquées selon l’âge : plus les personnes sont âgées, plus elles sont satisfaites (73 % des 75 ans ou plus sont satisfaits ou très satisfaits contre 52 % des 14‑24 ans)    figure 1. L’opinion des personnes sur l’action des services de sécurité diffère également selon les atteintes individuelles subies. Pour les personnes n’ayant subi aucune atteinte individuelle, la satisfaction est largement positive : 61 % de personnes satisfaites à très satisfaites. À l’inverse, plus l’atteinte subie est violente, moins l’opinion des victimes est positive. Ainsi, seules 35 % des victimes de vol violent et 40 % des victimes de violences physiques hors vol jugent l’action des forces de sécurité très satisfaisante à satisfaisante. Les victimes de vol sans violence, menace ou injure sont davantage satisfaites (respectivement 53 %, 49 % et 49 %)    figure 2. Parmi les personnes peu ou pas satisfaites, 20 % d’entre elles ont cité explicitement le manque de moyens humains, financiers et matériels, 20 % le manque de réactivité et de présence sur le terrain. Par ailleurs, 6 % dénoncent les « violences policières », notamment lors des manifestations des « gilets jaunes » pour un quart d’entre elles. 8 % ne citent aucune raison. Concernant la présence des forces de sécurité dans le quartier ou le village, 49 % de la population la jugent suffisante tandis que 18 % considèrent qu’elle est insuffisante, 17 % inexistante mais pas nécessaire et enfin 10 % inexistante mais nécessaire. Dans les quartiers de reconquête républicaine (QRR), la population est un peu plus critique : 44 % la jugent suffisante tandis que 21 % la trouvent insuffisante, 16 % inexistante mais nécessaire et seulement 8 % inexistante mais pas nécessaire. Plus spécifiquement, l’action des services de sécurité contre la délinquance dans leur quartier ou village est jugée efficace ou très efficace par 47 % des personnes de 14 ans ou plus    figure 3, mais cette satisfaction tombe à 42 % pour les personnes résidant dans les QRR. Satisfaction globale de l’action des services de sécurité et opinion sur leur action dans le quartier ou le village sont liées : parmi les personnes qui jugent l’action des services de sécurité dans la société française très satisfaisante ou satisfaisante, 58 % considèrent que leur présence est suffisante dans leur quartier ou leur village, contre 34 % parmi celles qui jugent l’action des forces de sécurité peu ou pas du tout satisfaisante. Lorsque les victimes se déplacent dans un commissariat ou une gendarmerie, leur satisfaction vis‑à‑vis des conditions d’accueil au sens large est étroitement liée au type d’atteinte individuelle subie. Ainsi, en moyenne, sur la période 2017-2018, 38 % des victimes de violences physiques hors vol considèrent que cette démarche s’est très bien passée. Cette part atteint 45 % pour les victimes d’injures, 52 % pour les victimes de menaces et 53 % pour les vols sans violence    figure 4.  Définition Quartier de reconquête républicaine : voir Glossaire.  Pour en savoir plus « La satisfaction envers l’action de la police et de la gendarmerie : une influence déterminante des attentats de 2015 », Interstats Analyse n° 22, SSMSI, octobre 2019.

175 Insee Références – Édition 2021 – Fiche 6.6 – Relations entre les services de sécurité et la population  1. Satisfaction vis-à-vis de l’action des services de sécurité selon l’âge, en 2019 en %   Très satisfait
ou satisfait Peu satisfait
ou pas satisfait Pas
d’opinion 14-24 ans 52 36 11 25-34 ans 52 38 10 35-44 ans 58 34 8 45-54 ans 59 33 8 55-64 ans 59 33 8 65-74 ans 65 29 6 75 ans ou plus 73 18 9 Note : enquête réalisée au cours du 1er trimestre 2019. Lecture : en 2019, 52 % des 14-24 ans se disent très satisfaits ou satisfaits de l’action des services de sécurité. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire. Sources : Insee-ONDRP-SSMSI, enquête Cadre de vie et sécurité 2019, traitement SSMSI.  2. Satisfaction vis-à-vis de l’action des services de sécurité selon l’atteinte subie, en 2019 en %   Très satisfait
ou satisfait Peu satisfait
ou pas satisfait Pas
d’opinion Vols ou tentatives de vol avec violence 35 57 8 Vols ou tentatives de vol sans violence 53 38 9 Menaces 49 45 6 Injures 49 44 7 Violences physiques 40 54 6 Note : enquête réalisée au cours du 1er trimestre 2019, atteintes subies au cours de l'année 2018. Lecture : en 2019, 49 % des victimes de menaces se disent très satisfaits ou satisfaits de l’action des services de sécurité. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire. Sources : Insee-ONDRP-SSMSI, enquête Cadre de vie et sécurité 2019, traitement SSMSI.  3. Opinion sur l’efficacité des services de sécurité dans la lutte contre la délinquance
dans le quartier ou le village, en 2019 en %   Ensemble
des personnes Personnes vivant
en QRR1 Très efficace 3 4 Efficace 44 38 Peu efficace 15 23 Pas efficace 5 12 Ne se prononce pas 32 23 1 Quartier de reconquête républicaine. Note : enquête réalisée au cours du 1er trimestre 2019. Lecture : en 2019, 44 % des personnes jugent les services de sécurité efficaces dans la lutte contre la délinquance dans leur quartier. Elles sont 38 % à avoir cette opinion parmi les personnes résidant dans les quartiers de reconquête républicaine. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire. Sources : Insee-ONDRP-SSMSI, enquête Cadre de vie et sécurité 2019, traitement SSMSI.  4. Satisfaction vis-à-vis de leur démarche des victimes s’étant déplacées dans un service de police ou de gendarmerie, sur la période 2018-2019 en % Violences physiques hors vol 38 Injures 45 Menaces 52 Vols ou tentatives de vol sans violence 53 Notes : enquête réalisée au cours du 1er trimestre 2019. Les données relatives aux victimes de vol ou tentative de vol avec violence ne sont pas diffusables en raison des effectifs. Lecture : en moyenne annuelle, sur la période 2018-2019, 38 % des victimes de violences physiques hors vol s’étant déplacées dans un service de police ou de gendarmerie considèrent que leur démarche s’est très bien passée ou bien passée en matière d’accueil, de conseil et de prise de déclaration. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 14 ans ou plus vivant en ménage ordinaire. Sources : Insee-ONDRP-SSMSI, enquêtes Cadre de vie et sécurité 2018 et 2019, traitement SSMSI.