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45Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – La diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles… religiosité s’accompagne pour les musulmans d’une forte différenciation de genre : 30 % des hommes musulmans et 10 % des femmes musulmanes fréquentent régulièrement la mosquée, alors que les secondes déclarent un peu plus souvent (78 %) que les premiers (73 %) que la religion est importante dans leur vie. Parmi les catholiques, 8 % des hommes et 9 % des femmes assistent régulièrement à la messe. La religiosité hors des établissements religieux se manifeste par la pratique de la prière et le respect de différentes normes, notamment alimentaires ou vestimentaires  encadré 2. Les musulmans pratiquent la prière le plus fréquemment : 58 % au moins une fois par semaine, seuls 21 % ne prient jamais    figure 5b. Les bouddhistes comptent le moins de croyants qui ne prient jamais (15 %), mais ils ne sont que 32 % à prier au moins une fois par semaine. Enfin, la prière est nettement moins répandue parmi les personnes se déclarant catholiques : 44 % ne prient jamais et seulement 15 % prient au moins une fois par semaine. Dans le catholicisme et les autres confessions chrétiennes, pratique de l’office et pratique de la prière sont très liées : parmi les catholiques, 64 % de ceux allant régulièrement à l’église prient au moins une fois par semaine, contre 5 % de ceux qui ne vont pas à la messe. Cette corrélation est moins observée dans la religion musulmane, pour laquelle l’observance de la prière est une exigence : si 58 % des musulmans prient au moins une fois par semaine, c’est encore le cas de 35 % de ceux qui ne vont jamais à la mosquée. Toutes les religions ne préconisent pas des restrictions alimentaires mais des périodes de jeûne existent dans la plupart des religions (le jeûne du carême, le ramadan, Yom Kippour ou Pessah, l’invitation à manger maigre le vendredi). Les pratiques de jeûne sont pratiquement tombées en désuétude dans les confessions chrétiennes : seulement 3 % des catholiques et 5 % des autres chrétiens disent respecter strictement les périodes de jeûne de leur religion et 13 % les respecter « plus ou moins ». Les rares chrétiens à encore pratiquer le jeûne sont les immigrés originaires d’Afrique centrale (dans ce groupe, 20 % le pratiquent strictement). En revanche, 75 % des musulmans respectent le jeûne strictement et 15 % « plus ou moins ». Une transmission plus forte dans les familles musulmanes et juives Les arrivées d’immigrés contribuent à élargir la diversité religieuse de la France, mais les processus
de transmission religieuse entre générations façonnent le paysage religieux sur le long terme.
Les dynamiques de transmission dépendent de la motivation des parents immigrés à socialiser leurs enfants dans leur religion, alors que les incitations à la sécularisation sont relativement prégnantes
en France. La reproduction familiale est forte dans l’islam et le judaïsme : 91 % des personnes élevées dans des familles musulmanes et 84 % dans des familles juives continuent à se revendiquer de la religion de leurs parents    figure 6. Les familles chrétiennes transmettent moins leur religion : 67 % des personnes élevées par des parents catholiques et 69 % par des parents d’autres dénominations chrétiennes ont gardé leur religion. Ces taux de transmission par religion varient également en fonction des groupes d’origines. Ainsi, dans les familles catholiques natives d’Outre‑mer, les taux de transmission sont plus élevés (71 % pour la deuxième génération) que ceux observés dans les familles sans ascendance migratoire (66 %). De même, les familles musulmanes originaires du Maghreb transmettent un peu moins (89 %) que celles de Turquie ou du Moyen‑Orient, ou d’Afrique sahélienne (97 %). La majorité des personnes qui n’ont pas suivi l’affiliation de leurs parents ont quitté la religion plutôt que d’en adopter une autre. Le « taux de sortie » de la religion est particulièrement marqué (57 %) chez ceux dont les parents ont deux religions différentes ou dont un parent est sans religion. Cette mixité religieuse parentale concerne 16 % des personnes de la deuxième génération comme de la population sans ascendance migratoire. Elle est de 14 % chez les catholiques de la deuxième génération et de seulement 6 % chez les musulmans de la deuxième génération. 46 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 La religiosité dépend principalement de la socialisation religieuse parentale Comme l’affiliation religieuse, la religiosité est fortement influencée par la socialisation familiale. 60 % des personnes sans religion reportent avoir reçu une éducation parentale dans laquelle la religion n’avait pas d’importance    figure 7. Plus de la moitié des catholiques, autres chrétiens et bouddhistes ont répondu qu’elle avait un peu ou pas d’importance dans leur enfance. La socialisation religieuse parentale est nettement plus consistante pour les musulmans et les juifs, dont près des trois quarts disent qu’elle a eu assez ou beaucoup d’importance. 7. Importance de la religion dans la famille pendant l’enfance, selon la religion
de l’enquêté 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Sans religion Catholiques Autres chrétiens Musulmans Juifs Bouddhistes Autres Pas du tout Un peu Assez Beaucoup en % Lecture : 60 % des personnes déclarant ne pas avoir de religion ont été élevées dans une famille où la religion n’avait pas du tout d’importance. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire. Sources : Ined‑Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019‑2020). 6. Affiliation religieuse selon la religion des parents Sans religion Catholiques Autres chrétiens Musulmans Juifs Bouddhistes Autres 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Sans religion Catholiques Autres chrétiens Musulmans Juifs Bouddhistes Autres Mixtes Religion des parents en % Note : la catégorie « Mixtes » correspond aux cas où les parents sont de deux religions différentes ou avec un parent sans religion. Les familles monoparentales reçoivent la religion du parent présent dans la famille. Lecture : 31 % des personnes élevées dans une famille catholique déclarent ne pas avoir de religion et 67 % se considèrent catholiques. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire. Sources : Ined‑Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019‑2020). 47 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – La diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles…  8. Probabilités prédites de l’importance de la religion exprimée selon l’ascendance religieuse parentale 0 10 20 30 40 50 60 70 80 Pas du tout d'importance Un peu d'importance Assez d'importance Beaucoup d'importance en % Importance de la religion dans l'éducation reçue Catholiques Musulmans Mixtes Religion des parents Notes : effectifs pondérés (n = 5 639 observations). Les barres verticales représentent les intervalles de confiance à 95 %. La catégorie « Mixtes » correspond aux cas où les parents sont de deux religions différentes ou avec un parent sans religion.
Les probabilités prédites sont issues d’un modèle de régression logistique contrôlant l’âge et le sexe. Les variables autres que l’ascendance religieuse et l’importance de la religion dans l’éducation reçue sont fixées à leur valeur moyenne. Lecture : toutes choses égales par ailleurs, les descendants d’immigrés ayant grandi dans des familles musulmanes où la religion avait beaucoup d’importance ont 70 % de chances de déclarer que la religion a une place très importante dans leur vie. Champ : France métropolitaine, descendants d’immigrés âgés de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire et issus de familles avec deux parents soit catholiques, soit musulmans, soit de religion mixte. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020). Une approche statistique « toutes choses égales par ailleurs » appliquée aux descendants d’immigrés nés et ayant grandi en France permet de mieux comprendre le lien entre socialisation religieuse et religiosité à l’âge adulte. Comme dans le cas de la transmission des affiliations, la socialisation religieuse musulmane se détache par la force de sa reproduction [Drouhot, 2021] : les descendants d’immigrés musulmans ayant grandi dans des familles à socialisation religieuse forte (42 % des familles musulmanes) ont une probabilité élevée (70 %) de déclarer que la religion a une place très importante dans leur vie    figure 8. Ce constat demeure en différenciant selon le genre. En revanche, les descendants d’immigrés ayant grandi dans des familles catholiques à socialisation religieuse forte (13 % des familles catholiques) ont seulement 21 % de chances de déclarer que la religion a une place très importante dans leur vie. Quelle que soit l’affiliation du parent avec une religion, les répondants à ascendance mixte montrent une faible probabilité d’être investis dans la religion (27 %). La mixité religieuse parentale est ainsi un puissant facteur de sécularisation. Auteurs : Lucas Drouhot (Utrecht University) Patrick Simon (Ined et ICM) Vincent Tiberj (Sciences Po Bordeaux)

48 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 Définition Le taux de transmission des affiliations est la part de personnes qui ont conservé l’affiliation religieuse de leurs parents. Pour en savoir plus • Beauchemin C., Ichou M., Simon P., « Trajectoires et Origines 2 : présentation d’une enquête sur la diversité des populations en France », Population, Ined, à paraître. • Djider Z., Marpsat M., « La vie religieuse : chiffres et enquêtes », Données sociales, Insee, 1990. • Drouhot L. G., “Cracks in the Melting Pot? Religiosity and Assimilation Among the Diverse Muslim Population in France”, American Journal of Sociology 126(4), pp. 795–851, 2021.  • Simon P., Tiberj V., « Sécularisation ou regain religieux : la religiosité des immigrés et de leurs descendants », in Beauchemin C., Hamel C. et Simon P., Trajectoires et Origines : enquête sur la diversité des populations en France, Paris, pp. 559‑584, Ined, coll. « Grandes enquêtes », 2015. • Tiberj V., « Chapitre 1. The Muslims next door. Portraits d’une minorité religieuse française », in Lætitia Bucaille éd., Désirs d'Islam. Portraits d'une minorité religieuse en France, Presses de Sciences Po, pp. 35-55, 2020. Source Coproduite par l’Ined et l’Insee, l’enquête Trajectoires et Origines 2 (TeO2), collectée en 2019‑2020, est une réédition de l’enquête TeO1 (2008‑2009). Elle reprend les grands principes de la première édition : 60 % des questions sont identiques et la stratégie d’échantillonnage est similaire [Beauchemin et al., à paraître]. Le questionnaire de TeO2 renseigne sur l’histoire migratoire des répondants et/ou de leurs parents, décrit les parcours scolaires et professionnels des répondants, leur histoire familiale, leur vie de couple, leurs enfants, leurs conditions de logement, leur santé, la transmission des langues et de la religion. De façon transversale, il examine l’accès des individus aux ressources de la vie sociale (école, travail, logement, services, soins, etc.) ainsi que les discriminations pouvant y faire obstacle. Le champ de TeO2 est celui des individus âgés de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire en France métropolitaine. L’enquête a été effectuée auprès d’environ 27 200 personnes, avec l’objectif de réaliser des analyses fines sur les principaux groupes de population qui ont une expérience directe ou indirecte de la migration vers la France métropolitaine. Les immigrés et les natifs d’outre‑mer, ainsi que leurs enfants nés en France métropolitaine, ont donc été surreprésentés. L’échantillon comprend par ailleurs des individus représentatifs du reste de la population. L’échantillonnage de TeO1 n’ayant pas permis de bien couvrir les descendants d’immigrés de 50 à 59 ans, les comparaisons temporelles menées dans ce travail ne portent que sur les 18 à 49 ans.

49 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes… Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes d’origine maghrébine Les discriminations sur le marché du travail sont approchées ici selon trois dimensions, que ce soit le comportement des recruteurs vis‑à‑vis des candidats, le risque de chômage de groupes d’actifs sur le marché du travail ou le ressenti de ces actifs sur leur situation. Ces trois mesures permettent de conclure que les personnes originaires du Maghreb, immigrées elles‑mêmes ou descendantes d’immigrés, diplômées de CAP à bac+5 ayant réalisé leurs études et travaillé en France, subissent en 2019‑2020 de fortes discriminations. Elles sont nettement moins souvent recontactées par les recruteurs en vue d’un entretien d’embauche que celles sans ascendance migratoire ; leur risque de chômage est plus fort à caractéristiques équivalentes et elles déclarent plus souvent s’être vues injustement refuser un emploi. La situation des hommes apparaît plus défavorable que celle des femmes de même origine : ils sont un peu moins souvent recontactés par les recruteurs, et 91 % des écarts de taux de chômage entre les immigrés du Maghreb et les hommes sans ascendance migratoire ne s’expliquent pas par des différences de profils et de trajectoires professionnelles, contre 34 % pour les femmes. Pour les hommes descendants d’immigrés du Maghreb, la part inexpliquée des écarts de taux de chômage reste élevée (80 %). Les descendants d’immigrés et les immigrés de la même origine déclarent aussi souvent s’être vus injustement refuser un emploi. À caractéristiques comparables, les hommes immigrés comme descendants d’immigrés du Maghreb déclarent plus de deux fois plus souvent que les hommes sans ascendance migratoire avoir vécu une telle situation. Cette expérience est également rapportée près de deux fois plus souvent par les femmes descendantes d’immigrés du Maghreb que par les femmes sans ascendance migratoire partageant les mêmes caractéristiques. L’objectif de l’étude est de déterminer dans quelle mesure les écarts de situation entre personnes avec et sans ascendance migratoire ne s’expliquent pas par des différences de caractéristiques sociodémographiques, et pourraient renvoyer à des formes de discrimination. Trois approches complémentaires sont mobilisées, qu’il s’agisse des suites données à des candidatures, du risque de chômage ou de traitements perçus comme injustes    encadré. Plus précisément, ce dossier se concentre sur l’accès à l’emploi de personnes d’origine maghrébine ayant réalisé leurs études et obtenu leur diplôme de CAP à bac+5 en France. Au moment de l’embauche et tout au long de la carrière, des différences de situations sur le marché du travail sont observées en fonction du sexe, de l’ascendance migratoire et du pays d’origine. Les immigrés et descendants d’immigrés rencontrent des difficultés d’insertion sur le marché du travail, particulièrement ceux originaires du Maghreb [Athari et al., 2019], qui pourraient être dues pour partie à des discriminations. L’originalité de ce dossier est de mettre en regard trois approches complémentaires, deux fondées sur des mesures objectives et une ayant trait au ressenti, qui décrivent des dimensions et des expressions différentes de la discrimination [Brinbaum et al., 2012], à partir de sources récentes : une mesure de la discrimination à l’embauche via un testing de grande ampleur mené sous l’égide de la Dares entre décembre 2019 et avril 2021, une mesure des écarts de situation sur le marché du travail entre personnes avec et sans ascendance migratoire à caractéristiques comparables à partir des enquêtes Emploi de 2019 et 2020 et une mesure des perceptions qu’ont les personnes de leur situation à partir de la deuxième édition de l’enquête Trajectoires et Origines (TeO2) collectée en 2019 et 2020    sources et méthodes. En fonction des sources de données, les deux approches de l’origine, par le patronyme ou par la nationalité et le lieu de naissance, coexistent dans ce dossier.