IMMFRA23.pdf

Type: Document | Status: ready

36 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 plus élevée pour ceux interrogés après le confinement (35 %) que pour ceux qui l’avaient été avant (31 %) ; ces pourcentages sont respectivement de 26 % et 24 % pour les non‑réfugiés. Qu’il s’agisse de l’état de santé général ou de santé mentale, et à l’instar des autres femmes résidant en France, les femmes primodétentrices déclarent être dans une situation moins favorable que les hommes. En 2019, 80 % des réfugiées déclarent avoir un bon ou un très bon état de santé, contre 86 % pour les hommes. Le constat est le même pour les primodétentrices non‑réfugiées (82 % contre 90 %). Les femmes, notamment les réfugiées, se déclarent également plus souvent touchées par les maladies chroniques et les limitations prolongées dues à des problèmes de santé. La santé mentale semble aussi plus fragile pour les femmes, pour lesquelles l’écart avec les hommes s’accroît entre 2019 et 2020. Auteurs : Eliza Ghiorghita (DSED) Jade Henry (DSED) Louis‑Marie Ninnin (DSED) Source L’Enquête longitudinale sur l’intégration des primo‑arrivants (personnes admises au séjour) – Elipa 2 – concerne l’ensemble des étrangers, âgés de 18 ans ou plus, ressortissants des pays tiers à l’Union européenne (dans son périmètre de 2018, à 28 pays), l’Islande, la Norvège, le Liechtenstein et la Suisse, auxquels a été délivré un premier titre de séjour d’au moins un an en 2018, à l’exclusion des titres étudiants. Les demandeurs d’asile dont le dossier est en cours d’instruction ou ayant reçu une réponse défavorable ne sont pas concernés par l’enquête. L’enquête a été réalisée dans les dix départements de France métropolitaine dans lesquels les primo‑arrivants sont les plus nombreux : Bouches‑du‑Rhône, Nord, Rhône, et les départements d’Île‑de‑France hors Seine‑et‑Marne. L’enquête Elipa 2 est représentative des 59 294 primo‑arrivants résidant dans l’un des dix départements de l’enquête, soit environ la moitié du total. Les personnes de l’échantillon sont interrogées à trois reprises : 6 547 primodétenteurs ont répondu à la première interrogation en 2019, 5 021 à la deuxième en 2020 et 4 053 à la troisième en 2022. Les réfugiés interrogés aux trois vagues de l’enquête Elipa 2 sont respectivement au nombre de 1 293, 963 et 768 réfugiés. Pour la deuxième interrogation, les entretiens ont été interrompus en raison du premier confinement, alors que 494 personnes avaient été enquêtées. Cette étude exploite les deux premières vagues. Elipa 2 a notamment pour objectif de suivre le parcours d’intégration des personnes interrogées à travers l’acquisition de la langue française, l’accès à l’emploi ou à un logement et la vie sociale. Ces entretiens, d’une heure en moyenne, se déroulent en face‑à‑face. Ils sont en français ou dans l’une des neuf langues étrangères de l’enquête. Une première édition de l’enquête Elipa avait été réalisée en 2010, 2011 et 2013. Il s’agissait de la première opération scientifique permettant un suivi de cohorte en trois vagues de primo‑arrivants ayant signé un contrat d’accueil et d’intégration (CAI) auxquels venait d’être délivré un premier titre de séjour. En raison de la différence de champ des enquêtes Elipa 1 et Elipa 2, les résultats ne sont pas directement comparables. Par ailleurs, les caractéristiques sociodémographiques et les principales origines de la population réfugiée dans les deux éditions de l’enquête présentent de fortes disparités. Par exemple, en 2010, la principale origine des réfugiés était le Sri Lanka, la répartition par sexe était moins déséquilibrée, et ils étaient moins souvent sans diplôme [Jourdan, 2015].

37 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – Les premières années en France des réfugiés Définitions Un primodétenteur (ou primo‑arrivant) est une personne originaire d’un pays tiers à l’Union européenne, l’Islande, la Norvège, le Liechtenstein et la Suisse disposant d’un premier titre de séjour d’au moins un an attribué en 2018 (hors motif étudiant). Le taux d’activité est la part de personnes déclarant être en emploi ou au chômage. Cette définition ne correspond pas à celle au sens du BIT. Le taux de chômage est la part de personnes déclarant être au chômage ou à la recherche d’un emploi sur le nombre d’enquêtés actifs. Cette définition ne correspond pas à celle au sens du BIT. Le taux d’emploi est le nombre d’enquêtés déclarant être en emploi sur le nombre total d’enquêtés. Cette définition ne correspond pas à celle au sens du BIT. Un temps partiel subi est un temps partiel imposé faute d’avoir pu trouver un emploi à temps complet. Un logement autonome est un logement occupé par son propriétaire ou loué dans le secteur social ou privé. Pour en savoir plus • Bechichi N., Bouvier G., Brinbaum Y., Lê J., « Maîtrise de la langue et emploi des immigrés : quels liens ? », in Emploi, chômage, revenus du travail, coll. « Insee Références », édition 2016. • DSED, « Les demandes d’asile au 20 juin 2022 », L’Essentiel de l’immigration n° 2022‑85, juin 2022. • Hajji I., « Mobilité résidentielle des primo‑arrivants (résultats de l’enquête Elipa 2) », Infos migrations n° 104, novembre 2021. • Halluin E., « La santé mentale des demandeurs d’asile », in Santé et droits des étrangers : réalités et enjeux, coll. « Hommes et migrations », édition 2009. • Henry J., Schneider A.‑R., « Évolution de l’activité des primo‑arrivants entre 2019 et 2020 (résultats de l’enquête Elipa 2) », Infos migrations n° 105, mars 2022. • Jonas N., « Pour les générations les plus récentes, les difficultés des adultes diminuent à l’écrit, mais augmentent en calcul », Insee Première n° 1426, décembre 2012. • Jourdan V., Le Quentrec‑Creven G., Mainguené A., « Mesurer les compétences à l’écrit et à l’oral des nouveaux migrants », Économie et Statistique n° 490, décembre 2016. • Jourdan V., « Les premières années en France des réfugiés », Infos migrations n° 80‑81, décembre 2015. • Jourdan V., « Elipa 2013 : les premiers résultats », Infos migrations n° 72‑73, juillet 2014.

39Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – La diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles… La diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles et pratiques selon les origines En 2019‑2020, 51 % de la population de 18 à 59 ans en France métropolitaine déclare ne pas avoir de religion. En augmentation depuis dix ans, cette désaffiliation religieuse concerne 58 % des personnes sans ascendance migratoire, 19 % des immigrés arrivés après 16 ans et 26 % des descendants de deux parents immigrés. Si le catholicisme reste la première religion (29 % de la population se déclare catholique), l’islam est déclaré par un nombre croissant de fidèles (10 %) et confirme sa place de deuxième religion de France. Le nombre de personnes déclarant une autre religion chrétienne augmente également, pour atteindre 9 %. La fréquence et l’intensité de la pratique religieuse varient en fonction de la religion déclarée : seuls 8 % des catholiques fréquentent régulièrement un lieu de culte, contre un peu plus de 20 % des autres chrétiens, des musulmans et des bouddhistes, et 34 % des juifs. Les processus de transmission religieuse entre générations façonnent le paysage religieux
sur le long terme : 91 % des personnes élevées dans une famille musulmane suivent la religion
de leurs parents. Cette transmission est très forte aussi chez les juifs (84 %), elle est moindre chez les catholiques (67 %) et chez les autres chrétiens (69 %). À caractéristiques identiques, le fait d’avoir grandi dans une famille d’ascendance religieuse mixte ou catholique est déterminant dans le processus de sécularisation des descendants d’immigrés. La place des religions a beaucoup évolué depuis la fin des années 1950 en France, suivant un double processus de sécularisation (réduction du rôle des religions dans l’organisation de la vie sociale et diminution du nombre de personnes se considérant affiliées à une religion) et de diversification des cultes. Le panorama statistique des religions en France est mal connu : l’information n’est pas collectée dans le recensement et elle figure rarement dans les grandes enquêtes de la statistique publique    encadré 1. L’enquête Trajectoires et Origines est l’une des rares sources représentatives de la population résidant en France métropolitaine permettant d’étudier les affiliations et pratiques
religieuses    sources. Par sa couverture des différentes origines et générations en lien à l’immigration, elle permet d’étudier les rapports à la religion dans les familles immigrées et descendantes
d’immigrés, comme dans le reste de la population, et sa transmission au fil des générations. Les immigrés sont proportionnellement deux fois plus nombreux à s’affilier
à une religion que les personnes sans ascendance migratoire En 2019‑2020, 29 % des personnes âgées de 18 à 59 ans se déclarent catholiques, 10 % musulmanes et 10 % se déclarent affiliées à d’autres religions, tandis que les 51 % autres se disent sans religion. Cette distance à la religion varie considérablement selon le lien à la migration : 58 % des personnes sans ascendance migratoire sur deux générations se disent sans religion, contre seulement 19 % des immigrés arrivés après 16 ans et 26 % des descendants de deux parents immigrés   figure 1. Ce constat général est à nuancer selon les origines : les immigrés venant de pays de tradition musulmane (Maghreb, Turquie ou Moyen‑Orient, Afrique sahélienne) sont les plus inscrits dans la religion, tandis que ceux originaires de pays européens à dominante chrétienne ou d’Asie (notamment de Chine) déclarent moins souvent une affiliation   figure 2. Parmi les pays à dominante chrétienne, les immigrés du Portugal et d’Afrique centrale font exception avec davantage d’affiliation religieuse (respectivement 79 % et 77 % de chrétiens). Si le catholicisme reste en France la religion dominante dans les dénominations chrétiennes, les églises protestantes se développent en Afrique centrale et sont plus présentes dans de nombreux pays européens ; les autres religions chrétiennes sont ainsi surreprésentées parmi les immigrés originaires de ces régions. Elles gagnent également du terrain parmi les personnes natives d’outre‑mer, avec 18 % des natifs (pour 38 % de catholiques) et 18 % de leurs descendants qui résident en France métropolitaine (33 % de catholiques). Les musulmans 40 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023  Encadré 1 – La mesure des religions et des pratiques religieuses dans les enquêtes quantitatives L’appartenance religieuse et les pratiques religieuses ne sont généralement pas mesurées dans les enquêtes de la statistique publique. Bien que les données relatives à la religion soient considérées comme « sensibles » dans les termes de la loi n° 78‑17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, leurs traitements sont autorisés « à des fins de recherche scientifique ou historique ou à des fins statistiques », pour des finalités déterminées et explicitées par la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés), et si les données recueillies sont adéquates, pertinentes et non excessives au regard des finalités. Une question sur la religion figurait dans le recensement jusqu’en 1872 et a été abandonnée par la suite (sauf en Alsace concordataire jusqu’en 1962)1. Cependant, quelques enquêtes ont collecté des informations sur la religion, comme l’enquête ERFI (enquête sur les Relations familiales et intergénérationnelles, Ined, volet français de l’enquête européenne Gender and Generation, 2005‑2011) ou l’enquête EPIC (Étude des parcours individuels et conjugaux, Insee‑Ined, 2013‑2014). Des questions sur la religion sont souvent présentes dans les enquêtes électorales par sondage produites par différents laboratoires de science politique en France, mais également dans d’autres pays européens et aux États‑Unis, la religion étant l’une des variables constitutives des modèles sociologiques du vote élaborés dans les années 1960 et 1970. Elles sont également collectées dans plusieurs enquêtes européennes que sont les European Social Surveys (ESS) et les European Value Studies, ces dernières remontant au début des années 1990. Dans l’enquête Trajectoires et Origines (TeO), la religion est déclarée par les enquêtés en réponse à la question « Aujourd’hui avez‑vous une religion ? », et une autre question ouverte (sans liste de religions fournies) demande laquelle. Cette formulation reprend celle utilisée dans l’ESS. Plusieurs questions décrivent ensuite les pratiques religieuses et leur fréquence, permettant de mesurer la religiosité de la personne enquêtée et celle de la famille dans laquelle elle a grandi. Bien que les réponses à l’enquête soient obligatoires, les enquêteurs et enquêtrices signalent aux personnes enquêtées que les réponses à la section sur la religion sont facultatives : 1 % des personnes interrogées n’ont pas souhaité répondre à la question « Avez‑vous une religion ? ». L’inclusion de questions sur la religion a été validée par la CNIL. 1 Pour une revue des sources statistiques sur la religion à la fin des années 1980, voir Djider et Marpsat (1990).  1. Personnes se déclarant sans religion selon le lien à la migration en 2008-2009 et 2019-2020 en %   18 à 49 ans 18 à 59 ans 2008-2009 2019-2020 2019-2020 Immigrés arrivés en France après 16 ans 16 19 19 Immigrés arrivés en France à 16 ans ou avant 24 27 27 Descendants de deux parents immigrés 23 23 26 Descendants d’un seul parent immigré 48 54 54 Ni immigrés ni descendants d’immigrés 50 62 58 Ensemble 45 53 51 Lecture : 16 % des immigrés de 18 à 49 ans arrivés en France après 16 ans se sont déclarés sans religion en 2008-2009. Ils sont 19 % en 2019-2020. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 49 ans ou de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire. Sources : Ined-Insee, enquêtes Trajectoires et Origines 2 (2019-2020) et Trajectoires et Origines (2008-2009). représentent désormais 10 % de la population en France métropolitaine, mais sont nettement plus présents parmi les immigrés (44 %) et les descendants de deux parents immigrés (48 %). 14 % des descendants d’immigrés issus de couples mixtes et 1 % de la population sans ascendance migratoire se revendiquent de l’islam.