IMMFRA23.pdf

Type: Document | Status: ready

32 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 intégration des réfugiés sur le marché du travail, notamment en ce qui concerne l’accès à l’emploi et les conditions d’emploi, s’explique en partie par leur niveau de qualification en moyenne plus faible, leurs plus grandes difficultés à parler français, et le caractère soudain et contraint de la migration. Un rattrapage progressif sur le marché du travail En 2019, un an après l’obtention de leur titre de séjour, le taux d’activité augmente et tend à se rapprocher de celui des non‑réfugiés (64 % contre 69 %)    figure 6. En 2019, les réfugiés sont sur le territoire en moyenne depuis deux fois moins de temps que les autres primodétenteurs, ce qui explique en partie leur intégration plus tardive sur le marché du travail [Jourdan, 2014]. Ils sont notamment nettement moins souvent en emploi (42 % contre 56 %). Au sein de la population réfugiée, 53 % des hommes se déclarent en emploi, contre 22 % des femmes ; soit respectivement 20 points et 15 points de moins que pour les non‑réfugiés. Le taux d’activité déclaré des femmes réfugiées est environ deux fois moins élevé que celui des hommes (38 % contre 79 %), qui sont à la fois plus souvent en emploi et plus souvent au chômage. Pour les réfugiés comme pour les autres primodétenteurs, les personnes se déclarant au foyer sont, pour la quasi‑totalité, des femmes. Plus d’une femme réfugiée sur quatre est dans cette situation en 2019, contre moins de 2 % des hommes. La situation des réfugiés sur le marché du travail continue de s’améliorer entre 2019 et 2020. En 2020, 52 % sont désormais en emploi, et la proportion de réfugiés se déclarant inactifs diminue. Ces évolutions conduisent à la fois à une augmentation du taux d’activité des réfugiés (de 64 % à 73 %) et à une diminution du taux de chômage (de 34 % à 29 %), aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Dans l’ensemble, la situation sur le marché du travail s’améliore plus vite pour les réfugiés que pour les non‑réfugiés, qui restent cependant plus souvent en emploi (61 % en 2020, contre 52 % pour les réfugiés), tandis que leur taux de chômage est plus bas de 11 points5. 5 Les résultats de la première édition de l’enquête Elipa (2010) montraient un rattrapage sur le marché du travail de la situation des réfugiés sur celles des autres primo‑arrivants à l’issue de la troisième interrogation (2013) [Jourdan, 2015]. Les résultats de la deuxième vague d’Elipa 2 n’indiquent pas à ce stade un tel rattrapage.  6. Activité selon le sexe et le statut de réfugié en 2019 et 2020 a. Femmes b. Hommes c. Ensemble En emploi Au chômage Étudiants Au foyer Autres inactifs 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 en % 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 en % 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 en % 2019 2020 Réfugiées Non- réfugiées Réfugiées Non- réfugiées 2019 2020 Réfugiés Non- réfugiés Réfugiés Non- réfugiés 2019 2020 Réfugiés Non- réfugiés Réfugiés Non- réfugiés Lecture : 22 % des femmes réfugiées sont en emploi en 2019. Champ : départements d’Île-de-France hors Seine-et-Marne, départements des Bouches-du-Rhône, du Nord et du Rhône. Primodétenteurs d’un titre de séjour d’au moins un an en 2018, hors étudiants. Source : DSED, ministère de l’Intérieur, enquête Elipa 2 (2019-2020).

33 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – Les premières années en France des réfugiés Bien que le taux d’emploi des réfugiés tende à rattraper celui des non‑réfugiés, leur niveau de qualification plus faible peut conduire à des conditions d’emploi plus difficiles. En 2019 comme en 2020, moins de 3 % des réfugiés sont cadres, contre 13 % des autres primodétenteurs. Ils sont en revanche plus souvent ouvriers (38 % contre 31 %, en 2020). De plus, si la part des réfugiés se déclarant dans une situation de temps partiel subi diminue de 26 % à 18 % parmi ceux en emploi [Henry, Schneider, 2022], elle reste supérieure à la proportion des autres primodétenteurs dans ce cas, qui passe de 20 % à 15 %. Leurs plus grandes difficultés dans la maîtrise de la langue française ne leur permettent pas toujours de prétendre à un emploi en adéquation avec leur niveau de qualification [Bechichi et al., 2016]. Parmi les réfugiés diplômés du supérieur, 73 % se sentent surqualifiés par rapport à l’emploi occupé en 2019, contre 43 % pour les autres primodétenteurs. À leur arrivée en France, les réfugiés subissent une dégradation significative de leurs conditions de logement Dans leur pays de naissance, les primodétenteurs avaient des conditions de logement similaires, qu’ils soient arrivés en France en tant que réfugiés ou pas. Ils étaient principalement (48 %) hébergés par un particulier (un ami ou un membre de la famille). Plus de trois sur dix étaient propriétaires, et près de deux sur dix étaient locataires    figure 7. À leur arrivée en France, les réfugiés, à l’image des non‑réfugiés, subissent une dégradation significative de leurs conditions de logement. Ils ne sont plus qu’un sur cent à être propriétaires et un sur quatre est désormais logé dans un hébergement collectif (centre d’hébergement, foyer de travailleurs migrants ou résidence sociale). Tandis que dans leur pays de naissance, pratiquement aucun réfugié ne vivait dans un logement de type « autre » (squats, chambres d’hôtel, à la rue, etc.), près d’un réfugié sur quatre déclare en 2019 avoir déjà été dans cette situation depuis son arrivée en France. Cette rupture concernant le type de logement à l’arrivée en France est plus forte pour les réfugiés que pour les autres primodétenteurs puisqu’ils sont cinq fois plus souvent en hébergement collectif et deux fois moins souvent locataires dans le secteur privé. En effet, la moitié des non‑réfugiés sont hébergés par un particulier à leur arrivée en France car sept sur dix viennent pour un motif familial et retrouvent souvent un proche déjà installé dans un logement autonome [Hajji, 2021]. En 2019, près de la moitié des réfugiés sont désormais locataires (45 %, contre 23 % à leur arrivée en France), ils se répartissent équitablement entre le secteur social et le secteur privé. Ils sont aussi moins souvent hébergés par un particulier qu’à leur arrivée en France. Néanmoins, si les conditions de  7. Type de logement des réfugiés et des non-réfugiés dans leur pays de naissance, à leur arrivée en France, puis en 2019 et 2020 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Réfugiés Non-réfugiés Réfugiés Non-réfugiés Réfugiés Non-réfugiés Réfugiés Non-réfugiés Pays de naissance À l'arrivée en France En 2019 En 2020 en % Locataire secteur privé Locataire secteur social Hébergé par un particulier Hébergement collectif Propriétaire Autre Lecture : 33 % des réfugiés étaient propriétaires dans leur pays de naissance. Champ : départements d’Île-de-France hors Seine-et-Marne, départements des Bouches-du-Rhône, du Nord et du Rhône. Primodétenteurs d’un titre de séjour d’au moins un an en 2018, hors étudiants. Source : DSED, ministère de l’Intérieur, enquête Elipa 2 (2019-2020).

34 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 logement s’améliorent, la part des locataires reste largement inférieure à celle des non‑réfugiés (60 %) et la part des réfugiés vivant en hébergement collectif baisse peu, en particulier pour les réfugiés en France depuis moins de trois ans. Un réfugié sur trois a eu recours à une association pour trouver le logement qu’il occupait en 2019, contre moins d’un non‑réfugié sur dix seulement. Les associations les orientent vers des hébergements collectifs dans près de la moitié des cas, ou vers des locations dans le secteur social dans trois cas sur dix. Par ailleurs, un tiers des réfugiés ont trouvé un logement grâce à des relations. Les réfugiés sont plus mobiles que les non‑réfugiés : en 2020, 32 % d’entre eux ont quitté le logement qu’ils occupaient en 2019, contre 24 % des non‑réfugiés. De plus, un réfugié sur dix a déménagé plusieurs fois. La mobilité est en général plus forte pour les personnes vivant en hébergement collectif qui aspirent à plus d’autonomie [Hajji, 2021]. Par ailleurs, les réfugiés sont poussés à déménager du fait de leurs conditions de logement moins favorables au regard de la qualité, de l’équipement ou de l’emplacement. En 2019, 43 % des réfugiés vivent dans une seule pièce (et un tiers de ces réfugiés ne vivent pas seuls), soit près du double que pour les non‑réfugiés    figure 8. Par ailleurs, 31 % des réfugiés vivent dans un logement jugé en mauvais état, contre 23 % des non‑réfugiés. Ainsi, le premier motif de déménagement déclaré, pour deux réfugiés sur cinq, est de vivre dans un logement plus grand et de meilleure qualité. Le deuxième motif est l’obligation de quitter le logement : 22 % des réfugiés ont dû déménager car leur propriétaire souhaitait résilier le bail ou car ils étaient logés provisoirement, contre 11 % des non‑réfugiés. À la suite de cette forte mobilité résidentielle, la configuration des types de logement des réfugiés se modifie entre 2019 et 2020. En 2020, un tiers des réfugiés sont désormais locataires dans le secteur social (+ 10 points). Conjointement à cette hausse, la part de réfugiés vivant dans un hébergement collectif ou hébergés par un particulier diminue (− 12 points au total ). Cependant, leurs conditions d’hébergement demeurent moins favorables que celles des autres primodétenteurs, qu’il s’agisse de l’état général du logement, de sa taille, des équipements ou de l’accès aux transports, commerces et services publics.  8. Caractéristiques du logement occupé en 2019 et 2020 selon le statut de réfugié en %   2019 2020 Réfugiés Non-réfugiés Réfugiés Non-réfugiés État général         Logement en mauvais état 31 23 26 18 Immeuble en mauvais état 29 18 25 16 Qualité         Une seule pièce 43 23 37 20 Trop petit 62 51 53 42 Cher à chauffer 36 36 35 33 Équipement         Pas de douche 18 9 18 9 Pas de toilettes 22 10 21 10 Emplacement         Dans un QPV 79 74 79 74 Loin des transports en commun, commerces ou services collectifs 22 12 22 11 QPV : quartier prioritaire de la politique de la ville. Lecture : en 2019, 31 % des réfugiés vivent dans un logement en mauvais état. Champ : départements d’Île-de-France hors Seine-et-Marne, départements des Bouches-du-Rhône, du Nord et du Rhône. Primodétenteurs d’un titre de séjour d’au moins un an en 2018, hors étudiants. Source : DSED, ministère de l’Intérieur, enquête Elipa 2 (2019-2020). Malgré un bon état de santé général, les réfugiés se déclarent en moins bonne santé mentale Les réfugiés, tout comme les non‑réfugiés, se disent pour la plupart en bonne santé : environ 85 % déclarent avoir un bon ou très bon état de santé général    figure 9. Cet état de santé reste stable entre 2019 et 2020, malgré la crise sanitaire. De même, peu de réfugiés sont atteints de maladies chroniques ou ont déclaré avoir été limités dans leurs activités habituelles depuis au moins six mois à cause d’un problème de santé. 

35 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – Les premières années en France des réfugiés Cependant, depuis les années 2000, les professionnels de santé et les décideurs politiques ont identifié et reconnu l’existence de traumatismes psychiques parmi les demandeurs d’asile et ont mis en place des dispositifs d’accompagnement avec l’aide des associations humanitaires [Halluin, 2009]. D’après les résultats de l’enquête Elipa 2, les réfugiés garderaient des traces de traumatismes liés à leur parcours migratoire difficile. En 2019, quatre réfugiés sur dix déclarent s’être déjà sentis tristes, cafardeux ou déprimés dans les douze derniers mois, contre moins de trois non‑réfugiés sur dix    figure 10. En outre, trois réfugiés sur dix disent avoir perdu de l’intérêt pour des choses qui leur plaisent habituellement, contre moins de deux sur dix parmi les non‑réfugiés.  9. État de santé déclaré en 2019 et 2020 selon le statut de réfugié en %   2019 2020 Réfugiés Non-réfugiés Réfugiés Non-réfugiés État de santé général         Très bon ou bon 84 86 84 86 Moyen 12 11 13 12 Mauvais ou très mauvais 4 3 3 2 Maladie chronique         A actuellement une maladie chronique 14 12 13 14 Limitations à cause d’un problème de santé         Fortement limité 4 3 4 3 Légèrement limité 10 6 7 7 Lecture : 84 % des réfugiés déclarent avoir un très bon ou un bon état de santé général en 2019. Champ : départements d’Île-de-France hors Seine-et-Marne, départements des Bouches-du-Rhône, du Nord et du Rhône. Primodétenteurs d’un titre de séjour d’au moins un an en 2018, hors étudiants. Source : DSED, ministère de l’Intérieur, enquête Elipa 2 (2019-2020).  10. Part de réfugiés et non-réfugiés concernés par une santé mentale fragile en 2019 et 2020 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 S'est déjà senti triste, cafardeux, déprimé depuis les douze derniers mois A déjà perdu de l'intérêt ou du plaisir pour des choses qui lui plaisaient habituellement A une santé mentale fragile (est concerné par au moins un des deux items) en % Réfugiés Non-réfugiés Réfugiés Non-réfugiés 2019 2020 Lecture : en 2019, 40 % des réfugiés déclarent s’être déjà sentis tristes, cafardeux ou déprimés depuis les douze derniers mois. Champ : départements d’Île-de-France hors Seine-et-Marne, départements des Bouches-du-Rhône, du Nord et du Rhône. Primodétenteurs d’un titre de séjour d’au moins un an en 2018, hors étudiants. Source : DSED, ministère de l’Intérieur, enquête Elipa 2 (2019-2020). Toutefois, l’état de santé mentale des réfugiés semble s’améliorer avec le temps passé en France. En 2020, ils déclarent moins souvent une santé mentale fragile qu’en 2019, tout en restant plus nombreux dans ce cas que les non‑réfugiés. Même s’il est difficile de mesurer cet effet, les résultats relatifs à l’état de santé mentale en 2020 peuvent avoir été affectés par la crise sanitaire et le premier confinement. Ainsi, en 2020, la part de réfugiés déclarant une santé mentale fragile est légèrement