20 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 Les emplois des descendants d’immigrés se rapprochent de ceux des personnes sans ascendance migratoire Pour les descendants d’immigrés, comme pour les immigrés, les taux d’activité sont plus faibles (67 %) et les taux de chômage plus élevés (12 %) que pour l’ensemble de la population (respectivement 73 % et 8 %). Le taux d’activité des descendants d’un seul parent immigré (65 %) est inférieur de 4 points à celui des descendants de deux immigrés (69 %). Cependant, les descendants d’immigrés et a fortiori d’un seul parent immigré sont plus jeunes que l’ensemble de la population : parmi les personnes âgées de 15 à 64 ans, l’âge médian des descendants d’un seul parent immigré est de 32 ans, contre 38 ans pour les descendants de deux parents immigrés et 41 ans pour l’ensemble de la population. À structure de classe d’âge similaire, les écarts de situation entre descendants d’immigrés et population sans ascendance migratoire sont moindres que ceux entre immigrés et population sans ascendance migratoire fiche 4.1. Certains groupes de descendants d’immigrés conservent cependant des salaires moindres et des taux de chômage plus importants que la population sans ascendance migratoire, notamment les hommes descendants d’immigrés du Maghreb et d’Afrique subsaharienne [Athari et al., 2019b]. Les emplois occupés par les descendants d’immigrés diffèrent peu de ceux de la population sans ascendance migratoire directe. En particulier, la répartition par catégorie socioprofessionnelle et par grand secteur d’activité est très proche fiche 4.2. Les descendants d’immigrés, plus jeunes en moyenne, sont toutefois légèrement plus souvent en contrat à durée limitée (11 % contre 9 %), les personnes plus jeunes étant plus souvent en CDD ou en contrat d’intérim. Type de baccalauréat passé selon l’ascendance migratoire Sans ascendance migratoire ou ultramarine directe Descendants de natifs d'Outre-mer Descendants d'immigrés, dont : Algérie Maroc, Tunisie Afrique sahélienne Afrique guinéenne ou centrale Turquie, Moyen-Orient Asie du Sud-Est Portugal Espagne, Italie Un seul parent immigré Deux parents immigrés Ensemble 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 en % Baccalauréat scientifique Baccalauréat technologique Autre baccalauréat général Baccalauréat professionnel Lecture : en 2019-2020, 22 % des descendants d’immigrés de 20 à 45 ans en cours d’études ou ayant terminé leurs études qui ont passé le baccalauréat ont passé un baccalauréat scientifique. Champ : France métropolitaine, personnes nées en France ou nées Françaises à l’étranger âgées de 20 à 45 ans, en cours d’études ou ayant terminé leurs études et ayant passé le baccalauréat. Les personnes ayant effectué leur scolarité uniquement à l’étranger sont exclues. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020). Auteurs : Mathieu Ichou (Ined) Jean‑Luc Primon (Université Côte d’Azur) Ingrid Tucci (Université Aix‑Marseille)
21 Insee Références – Édition 2023 – Vue d’ensemble – Une situation des descendants d’immigrés plus favorable… La rémunération moyenne des descendants d’immigrés reste néanmoins légèrement plus faible10, mais cet écart disparaît à niveau de qualification équivalent. Leur niveau de vie moyen (23 150 euros par an) est inférieur de 12 % à celui de la population sans ascendance migratoire. Il diffère selon le nombre de parents immigrés : celui des descendants de deux parents immigrés est inférieur de 13 % à celui des descendants d’un seul parent immigré (21 270 euros contre 24 490 euros). Il est aussi plus faible pour les descendants d’ascendance africaine (21 310 euros). Les conditions de logement des descendants d’immigrés demeurent un peu moins favorables que celles des personnes sans lien à la migration, même à classe d’âge donnée. En particulier, 55 % des descendants de deux parents immigrés de 40 à 59 ans et 63 % des descendants d’un seul parent immigré vivent dans un ménage propriétaire de son logement, contre 69 % des personnes sans ascendance migratoire directe. Le sentiment de discrimination s’accentue pour les descendants d’immigrés d’origine extra‑européenne par rapport à la première génération Alors qu’ils sont nés en France et ont pour la très grande majorité la nationalité française, ainsi qu’un niveau d’éducation similaire à celui de la population sans ascendance migratoire directe et des conditions d’emploi équivalentes, les descendants d’immigrés déclarent plus souvent que les immigrés souffrir de discriminations : en 2019‑2020, 41 % des descendants d’immigrés d’Afrique sahélienne de 18 à 59 ans et 46 % de ceux d’Afrique guinéenne ou centrale déclarent avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations dans les cinq dernières années figure 8. Ces taux sont plus élevés que pour les immigrés des mêmes origines (respectivement 34 % et 40 %) [Lê et al., 2022b]. De même, mais dans des proportions moindres, un quart des immigrés du Maghreb disent avoir été discriminés, mais ils sont un peu plus d’un tiers à la deuxième génération. Toutes origines confondues, 10 Le salaire net médian des descendants d’immigrés à temps complet est de 1 810 euros par mois, contre 1 900 euros pour les personnes sans ascendance migratoire directe fiche 4.4. 8. Déclaration de traitements inégalitaires ou de discriminations subis, par origine Ensemble 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 Sans ascendance migratoire ou ultramarine Outre-mer Immigrés ou descendants d'immigrés, dont : Algérie Maroc, Tunisie Afrique sahélienne Afrique guinéenne ou centrale Asie du Sud-Est Turquie, Moyen-Orient Chine Europe du Sud Autres pays de l’UE27 Descendants d'un seul parent immigré Descendants de deux parents immigrés en % Immigrés ou natifs d'Outre-mer Descendants d'immigrés ou de natifs d'Outre-mer Note : la question posée était la suivante : « Au cours des cinq dernières années, pensez-vous avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations ? ». Lecture : en 2019-2020, 24 % des immigrés déclarent avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations au cours des cinq dernières années. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020).
22 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 le sentiment de discrimination est moindre pour les descendants d’un seul parent immigré (20 %) que pour ceux de deux parents immigrés (29 %), mais reste supérieur à celui de la population sans ascendance migratoire ou ultramarine (14 %). Dans 69 % des cas, les descendants d’immigrés ayant vécu des discriminations citent l’origine, la nationalité ou la couleur de peau comme un des motifs de celles‑ci, avec de fortes variations par origine (de 19 % pour les descendants d’immigrés de l’UE à 27 hors Europe du Sud à 90 % pour ceux d’Afrique guinéenne ou centrale). Le premier contexte de discrimination déclaré par les descendants d'immigrés, comme par la première génération, est le marché du travail, que ce soit à l’embauche, ce qui les rend plus susceptibles d’être au chômage (voir Arnoult (2023) pour les personnes d’origine maghrébine), ou sur le lieu de travail. En 2019‑2020, 13 % des immigrés et descendants d’immigrés déclarent avoir subi des traitements inégalitaires lors d’une recherche d’emploi ou sur leur lieu de travail, contre 9 % des personnes ni immigrées ni descendantes d’immigrés. Ce sentiment de discrimination va de pair avec un sentiment de ne pas être pleinement reconnu comme étant Français pour les descendants d’immigrés : en 2019‑2020, 10 % des descendants d’un parent immigré âgés de 18 à 59 ans et 29 % des descendants de deux parents immigrés déclarent n’être « plutôt pas d’accord » ou « pas du tout d’accord » avec l’affirmation « On me voit comme un Français », contre 3 % de la population sans ascendance migratoire ou ultramarine directe figure 9. Ce sentiment varie fortement selon l’origine : tandis que seuls 9 % des descendants d’immigrés de l’Europe du Sud et 3 % de ceux des autres pays de l’UE à 27 ne sont pas d’accord avec cette affirmation, cette part s’élève à 39 % parmi les descendants d’immigrés d’Afrique sahélienne et 35 % parmi ceux d’Afrique guinéenne ou centrale fiche 6.6. 9. Accord avec l’affirmation « On me voit comme un Français » en % Tout à fait d’accord Plutôt d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Refusent de répondre ou ne savent pas Immigrés, dont : 23 28 26 20 4 Algérie 28 29 23 15 5 Maroc, Tunisie 20 29 25 21 4 Afrique sahélienne 15 21 26 31 6 Afrique guinéenne ou centrale 19 29 25 23 4 Asie du Sud-Est 19 34 29 16 3 Turquie, Moyen-Orient 22 23 29 22 4 Chine 4 18 42 32 4 Europe du Sud 27 28 25 18 2 Autres pays de l’UE27 30 29 21 16 3 Descendants d’immigrés, dont : 52 26 15 5 2 Algérie 38 31 21 8 2 Maroc, Tunisie 39 29 20 9 2 Afrique sahélienne 21 38 30 9 2 Afrique guinéenne ou centrale 23 40 27 8 3 Asie du Sud-Est 31 50 15 3 1 Turquie, Moyen-Orient 39 34 18 7 2 Europe du Sud 72 18 7 2 1 Autres pays de l’UE27 83 14 2 1 1 Descendants d’un seul parent immigré 70 20 8 2 1 Descendants de deux parents immigrés 37 32 21 8 2 Natifs d’Outre-mer 40 31 18 9 2 Descendants de natifs d’Outre-mer 47 27 19 6 1 Sans ascendance migratoire ou ultramarine directe 84 13 2 1 1 Ensemble 72 17 7 4 1 Note : la question posée était « Êtes-vous tout à fait d’accord, plutôt d’accord, plutôt pas d’accord ou pas du tout d’accord avec la proposition « On me voit comme un Français » ? ». Lecture : 23 % des immigrés déclarent être tout à fait d’accord avec la proposition « On me voit comme un Français ». Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020). Auteurs : Odile Rouhban (Insee) Pierre Tanneau (Insee)
23 Insee Références – Édition 2023 – Vue d’ensemble – Une situation des descendants d’immigrés plus favorable… Définitions Un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. Les personnes nées Françaises à l’étranger et vivant en France ne sont donc pas des immigrés. Certains immigrés ont pu devenir Français, les autres restant étrangers. Un individu continue à être immigré même s’il acquiert la nationalité française. Un descendant d’immigrés de deuxième génération est une personne née en France ayant au moins un parent immigré. Cette définition ne comprend pas les personnes elles‑mêmes immigrées, notamment celles qui ont migré enfant avec leurs parents. Un descendant d’immigrés de troisième génération est une personne née en France ayant au moins un parent descendant d’immigrés et aucun parent immigré (auquel cas, elle serait de deuxième génération). Il a donc de un à quatre grands‑parents immigrés. Les personnes sans ascendance migratoire ou ultramarine directe sont celles qui ne sont ni immigrées ni natives d’Outre-mer, ni descendantes d’immigrés ou de natifs d’Outre-mer de deuxième génération. Un ressortissant de pays tiers vient d’un État hors de l’Union européenne, de l’Islande, de la Norvège, du Liechtenstein ou de la Suisse. Un logement ordinaire est un logement défini par opposition à un logement en résidence offrant des services spécifiques (résidences pour personnes âgées, pour étudiants, de tourisme, à vocation sociale, pour personnes handicapées, etc.). Les proportions standardisées par âge correspondent à la moyenne arithmétique des proportions par âge détaillé. Elles permettent d’effectuer des comparaisons entre populations nettes des effets liés aux différences de taille de ces populations par âge. Taux d’activité, chômage, niveau de vie, pauvreté monétaire, taux de pauvreté, suroccupation, état de santé général, syndrome dépressif : voir Glossaire. Pour en savoir plus • Acs M., Chevrot J., Beaufils S., Davy A.‑C., Leroi P., Wolf M., Telle‑Lamberton M., « Quelles conditions de travail et de vie pour les 1,8 million de travailleurs « essentiels du quotidien » résidant en Île‑de‑France ? », Insee Analyses Île‑de‑France n° 137, juillet 2021. • Arnoult É., « Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes d’origine maghrébine », in Immigrés et descendants d’immigrés en France, coll. « Insee Références », édition 2023. • Athari E., Papon S., Robert‑Bobée I., « Quarante ans d’évolution de la démographie française : le vieillissement de la population s’accélère avec l’avancée en âge des baby‑boomers », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2019a. • Athari E., Lê J., Brinbaum Y., « Le rôle des origines dans la persistance des inégalités d’emploi et de salaire », in Emploi, chômage, revenus du travail, coll. « Insee Références », édition 2019b. • Beauchemin C., Ichou M., Simon P., « Familles immigrées : le niveau d’éducation progresse sur trois générations, mais les inégalités sociales persistent », Population et Sociétés n° 602, juillet 2022. • Bouvier G., « Les descendants d’immigrés plus nombreux que les immigrés : une position française originale en Europe », in Immigrés et descendants d’immigrés en France, coll. « Insee Références », édition 2012. • Brutel C., « Les immigrés récemment arrivés en France ‑ Une immigration de plus en plus européenne », Insee Première n° 1524, novembre 2014. • Court L., « Répartition départementale des immigrés en 2016 », Infos Migrations n° 100, octobre 2020. • Giorgi J., Le Thi C., « L’insertion professionnelle des immigrés primo-arrivants en France », in Immigrés et descendants d’immigrés en France, coll. « Insee Références », édition 2023. • Ghiorghita E., Henry J., Ninnin L.‑M., « Les premières années en France des réfugiés », in Immigrés et descendants d’immigrés en France, coll. « Insee Références », édition 2023. • Khlat M., Ghosn W., Guillot M., Vandentorren S., DcCOVMIG Research Team., “Impact of the COVID‑19 crisis on the mortality profiles of the foreign‑born in France during the first pandemic wave”, Social Science and Medicine: vol. 313, pp. 115‑160, novembre 2022. • Lê J., « En 2017, 44 % de la hausse de la population provient des immigrés », Insee Première n° 1849, avril 2021. • Lê J., Simon P., Coulmont B., « La diversité des origines et la mixité des unions progressent au fil des générations », Insee Première n° 1910, juillet 2022a. • Lê J., Rouhban O., Tanneau P., Beauchemin C., Ichou M., Simon P., « En dix ans, le sentiment de discrimination augmente, porté par les femmes et le motif sexiste », Insee Première n° 1911, juillet 2022b. • OCDE, “What is the impact of the COVID‑19 pandemic on immigrants and their children?”, OECD Publishing, octobre 2020. • Ourliac B., Lê J., « 50 ans d’immigration en 50 secondes chrono », Le blog de l’Insee, août 2021. • Papon S., Robert‑Bobée I., « Décès en 2020 : hausse plus forte pour les personnes nées à l’étranger que pour celles nées en France, surtout en mars‑avril », Insee Focus n° 231, avril 2021. • Warszawski J., Bajos N., Meyer L., de Lamballerie X., Seng R., Beaumont A.‑L., Slama R., Hisbergues M., Rahib D., Lydié N., Legendre B., Barlet M., Rey S., Raynaud P., Leduc A., Costemalle V., Beck F., Legleye S., Castell L., Givord P., Favre‑Martinoz C., Paliod N., Silhol J., Sillard P., « En mai 2020, 4,5 % de la population en France métropolitaine a développé des anticorps contre le SARS‑CoV‑2 », Études et Résultats n° 1167, octobre 2020.