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41 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – La diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles… Davantage de personnes sans religion depuis 2008 La comparaison des résultats de 2019‑2020 avec ceux de la première enquête TeO en 2008‑2009 met en évidence la poursuite du mouvement de sécularisation [Simon, Tiberj, 2015]. Sur le champ d’âges commun aux deux enquêtes, les 18‑49 ans, la part des personnes qui se déclarent sans religion augmente, passant de 45 % à 53 % en dix ans. Cette augmentation varie selon le lien à la migration : très prononcée parmi les personnes sans ascendance migratoire (+ 12 points), elle n’est que de 3 points pour les immigrés arrivés adultes en France. Pour les descendants de deux parents immigrés, cette part n’a pas varié. Ces évolutions contrastées témoignent de dynamiques de sécularisation très hétérogènes entre groupes d’origine et affiliations religieuses. Le rapport plus ou moins distancié à la religion par rapport à 2008‑2009 se mesure également par la place que celle‑ci occupe dans l’identité des personnes. Lorsqu’il est demandé aux enquêtés de citer jusqu’à quatre dimensions constitutives de leur identité (le sexe, la classe sociale, le niveau d’éducation, la situation familiale, la nationalité, etc.), en 2019‑2020, 7 % des personnes âgées de 18 à 49 ans citent la religion    figure 3, autant qu’en 2008‑2009. Cette place de la religion dans l’identité est nettement plus grande pour les juifs (54 %) et les musulmans (30 %) que pour les catholiques (6 %), mais elle a reculé en onze ans parmi les musulmans.  2. Affiliation religieuse selon le statut migratoire et l’origine Sans religion Catholiques Autres chrétiens Musulmans Juifs Bouddhistes Autres en % 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Natifs Descendants de natifs Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Immigrés Descendants d'immigrés Ensemble Sans ascendance migratoire Outre-mer Algérie Maroc, Tunisie Afrique sahélienne Afrique guinéenne ou centrale Autres pays d'Afrique Asie du Sud-Est Turquie, Moyen-Orient Chine1 Autres pays d'Asie Portugal Espagne, Italie Autres pays de l'UE27 Ensemble 1 Les effectifs sont insuffisants pour isoler les descendants d’immigrés de Chine. Lecture : 33 % des natifs d’outre-mer déclarent ne pas avoir de religion, 38 % se disent catholiques et 18 % ont une autre obédience chrétienne. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020).

42 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 4. Proportion de personnes ayant cité la religion comme élément significatif
de leur identité, par cohorte d’âge en 2008‑2009 et 2019‑2020 et par religion 18-27 ans 28-34 ans 35-44 ans 45-59 ans Musulmans Catholiques 0 5 10 15 20 25 30 35 40 2008-2009 2019-2020 en % Âge en 2019-2020 Note : les cohortes d’âge sont indexées sur 2019‑2020. Il faut donc retrancher 11 ans pour l’âge en 2008‑2009 (la cohorte 28‑34 ans en 2019‑2020 avait 17‑23 ans en 2008‑2009). Lecture : 34 % des musulmans âgés de 24 à 33 ans en 2008‑2009 ont cité la religion comme dimension de leur identité. Onze ans plus tard (en 2019‑2020), ils ont entre 35 et 44 ans et sont 28 % à la citer. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire. Sources : Ined‑Insee, enquêtes Trajectoires et Origines 2 (2019‑2020) et Trajectoires et Origines (2008‑2009). 3. Choix de la religion comme dimension de l’identité, selon l’affiliation religieuse,
en 2008‑2009 et 2019‑2020 en %   2008-2009 2019-2020 Affiliation religieuse Religion comme dimension de l'identité Affiliation religieuse Religion comme dimension de l'identité Sans religion 45 1 53 1 Catholiques 43 8 25 6 Autres chrétiens 2,5 10 9 16 Musulmans 8 33 11 30 Juifs 0,5 46 0,5 54 Bouddhistes 0,5 20 0,5 26 Ensemble 100 7 100 7 Lecture : en 2019‑2020, 6 % des personnes se déclarant d’affiliation catholique citent la religion comme dimension constitutive de leur identité. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 49 ans vivant en logement ordinaire. Sources : Ined‑Insee, enquêtes Trajectoires et Origines 2 (2019‑2020) et Trajectoires et Origines (2008‑2009). Cette variation de l’identité religieuse peut également être mesurée par pseudo‑cohortes d’âge entre 2008‑2009 et 2019‑2020, c’est‑à‑dire en reconstituant le groupe d’âge des enquêtés de 2008‑2009 en retirant onze ans à ceux de 2019‑2020. Cela permet de distinguer les effets d’âge (le rapport à la religion varie selon l’âge et l’évolution de la composition par âge de la population expliquerait la variation de l’identité religieuse) des effets de génération (les écarts entre groupes d’âge expriment en réalité un comportement spécifique de groupes générationnels lié à leur socialisation religieuse). La baisse de déclaration de la religion dans l’identité des musulmans est constatée quelle que soit la cohorte considérée : la plus forte imprégnation religieuse observée il y a onze ans chez les moins de 30 ans par rapport aux plus de 30 ans n’annonçait pas un effet de génération appelé à se poursuivre, mais relevait d’un effet d’âge observé de nouveau en 2019‑2020   figure 4. L’identité religieuse diminue ainsi avec l’âge pour les musulmans, alors qu’elle est stable pour les catholiques. 43 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – La diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles… Des pratiques peu assidues chez les catholiques et plus actives pour les musulmans L’étude des pratiques religieuses en France a longtemps été centrée sur le catholicisme, religion dominante, et la fréquentation des lieux de culte a constitué un indicateur permettant de distinguer les pratiquants réguliers des occasionnels, des non‑pratiquants, voire des « catholiques culturels », qui expriment alors plus une tradition familiale qu’un attachement religieux. En 2019‑2020, 8 % des catholiques fréquentent régulièrement leurs lieux de culte    figure 5a. C’est le cas d’un peu plus de 20 % des autres chrétiens, des musulmans et des bouddhistes, et de 34 % des juifs. Au sein d’une même religion, les pratiques diffèrent selon le lien à la migration : 6 % des catholiques sans ascendance migratoire vont à la messe régulièrement, contre 15 % des immigrés d’origine portugaise, espagnole ou italienne (le taux n’est que de 5 % parmi leurs descendants), 24 % des catholiques ultramarins ayant migré en France métropolitaine et jusqu’à 55 % des immigrés d’Afrique centrale. La pratique de la messe est plus répandue parmi les chrétiens autres que catholiques : les immigrés d’Afrique centrale sont notamment 62 % à être des pratiquants réguliers. Le rôle des lieux de culte est différent dans l’islam où les pratiques privées, à domicile ou dans la vie quotidienne, sont beaucoup plus fréquentes. Alors que la mosquée ne fait pas partie des cinq piliers de l’islam, seuls 20 % des musulmans la fréquentent régulièrement, et les variations selon le lien à l’immigration et l’origine sont relativement faibles.  5. Pratiques religieuses selon la religion a. Fréquentation des lieux de culte Régulière Pour les fêtes religieuses Pour des cérémonies familiales Jamais 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Catholiques Autres chrétiens Musulmans Juifs Bouddhistes Autres en % b. Fréquence des prières en % 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Catholiques Autres chrétiens Musulmans Juifs Bouddhistes Autres Au moins une fois par semaine Moins d'une fois par semaine Jamais Lecture : parmi les personnes se déclarant d’affiliation catholique, 8 % fréquentent une église de façon régulière (au moins une fois par mois) et 15 % pratiquent la prière au moins une fois par semaine. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire et ayant déclaré une religion. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020).

44 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 La dissociation entre la fréquentation des lieux de culte et l’importance déclarée de la religion dans la vie montre que cet indicateur mesure mal la religiosité des musulmans. 76 % des musulmans disent que la religion a beaucoup ou assez d’importance pour eux, contre 27 % des catholiques et 39 % des autres chrétiens. Alors que 47 % des catholiques et 76 % des autres chrétiens pour lesquels la religion a beaucoup d’importance fréquentent régulièrement un lieu de culte, seuls 34 % des musulmans qui estiment que la religion est très importante sont dans ce cas. Parmi l’ensemble des musulmans, 19 % combinent importance de la religion et fréquentation assidue des lieux de culte, tandis que 57 % considèrent que la religion est importante dans leur vie mais ne se rendent jamais à la mosquée ou seulement pour les fêtes ou les cérémonies exceptionnelles. Les personnes catholiques déclarant que la religion est importante pour eux et qui fréquentent régulièrement l’église représentent 7 % de l’ensemble des catholiques, contre 20 % pour ceux déclarant que la religion est importante mais sans assister régulièrement à la messe1. La dissociation entre fréquentation de la mosquée et 1 Parmi les personnes déclarant que la religion est importante dans leur vie, Tiberj (2020) distingue les « musulmans privés » des « musulmans de mosquée » : les premiers ne sont pas moins religieux que les seconds, mais se distinguent par une fréquentation moins importante voire inexistante des lieux de culte. Cette distinction peut s’appliquer par extension aux « catholiques privés » et aux « catholiques d’église ». Encadré 2 – Qui porte le voile ? Le port du voile par les femmes musulmanes est un enjeu du débat public en matière de visibilité de la religion musulmane et d’égalité entre les sexes. L’enquête TeO fournit une mesure de cette pratique : 26 % des femmes musulmanes âgées de 18 à 49 ans disent porter un voile    figure. Parmi elles, neuf sur dix disent le porter toujours. Cette pratique varie fortement entre les immigrées d’une origine et les descendantes de cette même origine ; elle concerne 36 % des femmes musulmanes immigrées et 17 % des descendantes d'immigrés. La pratique est la plus courante chez les immigrées de Turquie et du Moyen‑Orient (46 %). Port du voile par les femmes musulmanes selon le statut migratoire et l’origine en %   2008-2009 2019-2020 Maghreb Immigrées 23 37 Descendantes d’immigrés 12 16 Afrique subsaharienne Immigrées 12 28 Descendantes d’immigrés 11 17 Turquie, Moyen-Orient Immigrées 39 46 Descendantes d’immigrés 18 24 Toutes origines Immigrées 22 36 Descendantes d’immigrés 13 17 Ensemble 18 26 Lecture : en 2008-2009, parmi les femmes immigrées du Maghreb ayant déclaré être musulmanes, 23 % déclarent porter le voile. Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 18 à 49 ans vivant en logement ordinaire et ayant déclaré être musulmanes. Sources : Ined-Insee, enquêtes Trajectoires et Origines 2 (2019-2020) et Trajectoires et Origines (2008-2009). Alors que le port du voile est plus fréquent chez les immigrées après 35 ans (30 % chez les 18‑24 ans et 42 % chez les 35‑44 ans), c’est parmi les 25‑34 ans que la pratique est la plus répandue pour les descendantes d’immigrés (20 %, contre 17 % chez les 35‑44 ans). Par rapport à 2008‑2009, le port du voile est devenu plus fréquent pour toutes les origines et toutes les générations. Ces hausses reflètent d’abord une évolution des pratiques dans les pays d’origine, ce qui est visible pour les femmes immigrées, et une augmentation plus réduite pour les femmes de la seconde génération. Les femmes musulmanes en couple portent plus souvent le voile. C’est le cas de 42 % des immigrées d’origine maghrébine en couple, contre 24 % de celles qui vivent seules. Le port du voile est plus fréquent pour les femmes musulmanes inactives : 56 % parmi les immigrées et 39 % parmi les descendantes d’immigrés. Enfin, le port du voile diffère fortement selon la catégorie socioprofessionnelle : de 13 % pour les femmes musulmanes cadres et professions intermédiaires à 38 % pour les ouvrières.