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50 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 Le testing mobilisé ici porte sur l’accès à l’emploi de personnes d’origine maghrébine, immigrées ou descendantes d’immigrés, ayant réalisé leurs études et obtenu leur diplôme en France de CAP à bac+5, qui sont a priori les moins éloignées du marché du travail. Au total, selon l’enquête Trajectoires et Origines, la population concernée recouvre 31 % des immigrés et 67 % des descendants d’immigrés d’origine maghrébine, et 78 % des personnes sans ascendance migratoire (i.e. des personnes qui ne sont ni immigrées ni descendantes d’immigrés). Les difficultés spécifiques liées aux parcours migratoires (maîtrise de la langue française, reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger, difficultés administratives liées à leur nationalité, etc.) que rencontrent les immigrés arrivés à l’âge adulte en France sont donc peu présentes dans la population étudiée dans ce dossier [Athari et al., 2019]. Les candidatures d’origine supposée maghrébine sont moins souvent recontactées Selon le testing réalisé sous l’égide de la Dares entre décembre 2019 et avril 2021, les chances d’être recontacté en vue d’un entretien d’embauche diffèrent en fonction du profil des candidats.
Des candidatures de qualité comparable, qui se distinguent uniquement par le sexe et l’origine suggérés par les noms et prénoms des candidats, reçoivent une attention différente de la part
des recruteurs. Les candidats d’origine supposée maghrébine reçoivent 32 % de rappels en moins que ceux sans ascendance migratoire supposée, alors même qu’ils précisent explicitement avoir réalisé leurs études, obtenu leur diplôme et travaillé exclusivement en France
[Arnoult et al., 2021a]    figure 1. La discrimination à l’embauche à l’encontre des personnes portant une identité à consonance maghrébine s'observe aussi bien parmi les femmes que parmi les hommes. Ainsi, les femmes d’origine supposée maghrébine ont 29 % de chances en moins d’être rappelées que les femmes sans ascendance migratoire supposée, contre 34 % parmi les hommes. Ces écarts moyens selon l’origine diminuent avec le niveau de qualification, sans disparaître pour autant pour les métiers les plus qualifiés [Arnoult et al., 2021b]. Cependant, les femmes d’origine supposée maghrébine ont 9 % de chances en plus d’être recontactées par les recruteurs que les hommes de la même origine ; à l’inverse, il n'y a pas de différence de traitement en fonction du sexe parmi les candidats sans ascendance migratoire supposée.  Encadré – Trois approches complémentaires de la discrimination sur le marché
du travail Les testings s’attachent à comparer les taux de rappel des recruteurs à des candidatures fictives, en tous points comparables, si ce n’est le sexe ou l’origine suggérés par les noms et prénoms des candidats. Ils mesurent le comportement des employeurs à l’égard de possibles motifs de discrimination, c’est‑à‑dire l’attention qu’ils portent aux candidatures en fonction du profil du candidat. Les testings ne portent que sur la première étape du recrutement – la convocation à un entretien d’embauche – et ne concernent que les recrutements faits par annonces. L’étude de la situation objective des personnes sur le marché du travail, et notamment les écarts de taux de chômage, révèle des différences de position entre des groupes de personnes. Les écarts de situation entre personnes avec et sans ascendance migratoire s’expliquent pour partie par leurs caractéristiques sociodémographiques : différences de niveau de diplôme, d’expériences professionnelles, de situation familiale et de lieu de résidence. Une autre part ne s’explique pas par ces différences, sans être nécessairement liée à des discriminations [Jugnot, 2019 ; Chappe, Eberhard, 2020]. Par ailleurs, tous les facteurs explicatifs ne peuvent être inclus dans les analyses – ils ne sont pas tous observés – et il est difficile de déterminer si l’écart résiduel (non expliqué) est lié uniquement à des discriminations. Enfin, l’analyse du ressenti des actifs, si elle se heurte au biais déclaratif, renseigne sur des situations vécues et la perception qu’en ont les personnes, jugeant avoir été sujettes à des traitements injustes ou discriminatoires. Cette analyse peut être menée à différentes étapes des parcours, notamment lors de la recherche d’emploi. Les travaux de Brinbaum et al. (2016) ont montré que le sentiment de discrimination et les situations observées sur le marché du travail sont étroitement liés. 51Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes… Le risque de chômage des personnes originaires du Maghreb est plus fort
et s’explique peu par des différences de profils Les personnes d’origine maghrébine, immigrées ou descendantes d’immigrés du Maghreb, sont également plus souvent exposées au risque de chômage que les personnes sans ascendance migratoire ayant les mêmes caractéristiques. Le taux de chômage des personnes de 18 à 59 ans sans ascendance migratoire et diplômées de CAP à bac+5 est en moyenne de 6 % en 2019‑20201. Celui des immigrés et descendants d’immigrés du Maghreb est de 16 %, soit 10 points plus élevé   figure 2. 66 % des écarts observés avec les personnes sans ascendance migratoire ne s’expliquent pas par des différences d’expérience professionnelle ou de caractéristiques individuelles (sexe, âge, diplôme, composition familiale, lieu de résidence). 1 Il est plus faible que celui de la population active dans son ensemble, notamment du fait que les non‑diplômés et les 60 ans ou plus sont exclus du champ de l’étude.  1. Taux de réponse moyen à une candidature selon le sexe et l’ascendance migratoire supposée des candidats en % Comportement
des recruteurs Profil des candidatures Noms de femme à consonance maghrébine Noms d’homme à consonance maghrébine Noms de femme à consonance française Noms d’homme à consonance française Ensemble
des noms
à consonance maghrébine Ensemble
des noms
à consonance française Non-réponse 55,7 57,5 49,0 50,2 56,6 49,6 Refus 20,5 20,8 17,5 16,6 20,6 17,1 Rappel 23,8 21,8 33,4 33,2 22,8 33,3 Écart de taux de rappel + 9,2 * Réf. + 0,6 Réf. – 31,5 *** Réf. Observations 2 400 2 400 2 400 2 400 4 800 4 800 Notes : le rappel correspond à un intérêt manifeste du recruteur, le refus à une réponse négative ; la non‑réponse signifie que la candidature est restée sans réponse de la part du recruteur. Les seuils de significativité sont respectivement de 1 % (), 5 % () et 10 % (). Lecture : parmi l’ensemble des candidatures, les recruteurs ont rappelé 33,3 % des candidatures sans ascendance migratoire supposée et 22,8 % des candidatures d’origine supposée maghrébine. Le taux de rappel des personnes sans ascendance migratoire supposée est ainsi supérieur de 31,5 %, et cet écart est statistiquement significatif au seuil de 1 %. Champ : France, 9 600 candidatures, correspondant à 2 400 offres d’emploi. Sources : testing Dares/IPP/ISM Corum, 2019‑2021.  2. Écarts de taux de chômage avec les personnes ni immigrées ni descendantes d’immigrés, selon le sexe et l’ascendance migratoire Écart inexpliqué (pp)Écart expliqué (pp)Taux de chômage des personnes ni immigrées ni descendantes d’immigrés 0 5 10 15 20 25 Immigrées du Maghreb Descendantes d’immigrés du Maghreb Immigrés du Maghreb Descendants d’immigrés du Maghreb Femmes Hommes Ensemble en % pp : points de pourcentage. Note : l’écart expliqué du taux de chômage est le surplus de taux de chômage qui serait observé dans la population ni immigrée ni descendante d’immigrés si elle avait les mêmes caractéristiques que la population de comparaison. Lecture : en 2019 et 2020, le taux de chômage des femmes immigrées du Maghreb est en moyenne de 21,8 %. 10,4 points de l’écart de taux de chômage avec celui des femmes sans ascendance migratoire s’expliquent par des différences de caractéristiques individuelles. L’écart inexpliqué est de 5,3 points de pourcentage. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire et ayant achevé leur formation initiale en France, diplômées de CAP à bac+5. Source : Insee, enquêtes Emploi 2019 et 2020. 52 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 Les écarts de taux de chômage avec les personnes sans ascendance migratoire varient néanmoins selon le sexe et le lien à la migration. Le taux de chômage des femmes immigrées du Maghreb est nettement supérieur à celui des femmes sans ascendance migratoire directe (de 16 points plus élevé), mais deux tiers de cet écart (10 points de pourcentage) s’expliquent par des différences de caractéristiques observables entre les femmes immigrées du Maghreb et les femmes sans ascendance migratoire directe (niveau de diplôme, expériences professionnelles, etc.). À l’inverse, l’écart de taux de chômage entre les hommes immigrés du Maghreb et ceux sans ascendance migratoire directe est moins élevé (8 points) mais seuls 9 % de cet écart sont expliqués (1 point). Le taux de chômage des femmes originaires du Maghreb diminue entre les générations (de 22 % à 14 %). À l’inverse, celui des hommes descendants d’immigrés du Maghreb est plus élevé que celui des immigrés de la même région (16 % contre 14 %), et la part inexpliquée des écarts de taux de chômage avec les hommes sans ascendance migratoire directe se situe à un niveau élevé (80 %). Comme pour les immigrés, la part inexpliquée des écarts de taux de chômage est moindre pour les femmes descendantes d’immigrés (59 %) que pour les hommes. Ces écarts inexpliqués de risque de chômage pourraient en partie résulter de discriminations à l’embauche rencontrées par les personnes d’origine maghrébine. Selon le testing, les candidats d’origine supposée maghrébine sont moins souvent recontactés et le taux de rappel des hommes d’origine supposée maghrébine est inférieur à celui des femmes de la même origine. La situation des femmes semble un peu meilleure que celle des hommes de même origine : les écarts inexpliqués de taux de chômage avec les personnes sans ascendance migratoire sont plus faibles pour les femmes que pour les hommes. Les personnes d’origine maghrébine déclarent plus fréquemment s’être vues injustement refuser un emploi, souvent en raison de leur origine Les personnes originaires du Maghreb sont deux fois plus nombreuses que les personnes sans ascendance migratoire directe à déclarer qu’un emploi leur a été injustement refusé : ce sentiment concerne 37 % des hommes immigrés du Maghreb et 36 % des femmes, contre respectivement 15 % des hommes et 16 % des femmes ni immigrés ni descendants d’immigrés    figure 3. Les différences de traitement ne se limiteraient donc pas à la phase de sélection des candidatures. Le moindre rappel des candidatures d’origine supposée maghrébine et l’ampleur de la part inexpliquée du chômage des personnes originaires du Maghreb pourraient corroborer leur plus fort sentiment de s’être vus injustement refuser un emploi. Si le testing ne permet pas de faire la distinction entre immigrés et descendants d’immigrés, le risque de rapporter une expérience discriminatoire mesuré dans l’enquête TeO2 est presqu’aussi fort pour les descendants d’immigrés du Maghreb que pour les immigrés de la même région (respectivement 31 % et 36 %). De plus, 51 % des immigrés du Maghreb et 41 % des descendants d’immigrés de cette région déclarent des discriminations à l’embauche en lien avec leurs origines    figure 4. Les discriminations dans l’obtention d’un emploi sont également liées à la religion pour 11 % des immigrés du Maghreb et 12 % des descendants d’immigrés du Maghreb, contre moins de 3 % des immigrés des autres régions. Bien que la religion soit peu citée comme motif de discrimination en général, elle l’est par un tiers des personnes discriminées de confession musulmane [Lê et al., 2022]. Les descendantes d’immigrés du Maghreb sont plus nombreuses à déclarer qu’elles ont été discriminées à l’embauche en raison de leur sexe que les immigrées du Maghreb. Quelle que soit leur origine, en 2019‑2020, les femmes âgées de 18 à 59 ans déclarent en général plus souvent qu’il y a dix ans des discriminations, cette évolution étant portée par le motif sexiste [Lê et al., 2022].