53 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes… 3. Sentiment d’avoir été discriminé à l’embauche selon le sexe et l’ascendance migratoire 0 5 10 15 20 25 30 35 40 Immigrées du Maghreb Descendantes d’immigrés du Maghreb Ni immigrées ni descendantes d’immigrés Immigrés du Maghreb Descendants d’immigrés du Maghreb Ni immigrés ni descendants d’immigrés Femmes Hommes en % Note : le sentiment de discrimination des personnes ayant recherché un emploi est mesuré à partir de leur réponse à la question « Au cours des cinq dernières années, est-il arrivé qu’on vous refuse injustement un emploi ? ». Lecture : 36 % des femmes immigrées du Maghreb déclarent qu’on leur a injustement refusé un emploi au cours des cinq dernières années. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire, ayant réalisé tout ou partie de leurs études en France, diplômées de CAP à bac+5, qui ont recherché un emploi au cours des cinq dernières années. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020). 4. Motifs du sentiment d’avoir été discriminé à l’embauche selon l’ascendance migratoire Immigrés du Maghreb Descendants du Maghreb Ni immigrés ni descendants d’immigrés 0 10 20 30 40 50 60 70 Sexe Âge État de santé, handicap Couleur de peau Origine Religion Autres motifs en % Note : les personnes qui déclarent qu’on leur a injustement refusé un emploi sont interrogées sur les motifs de ce refus : « Pensez-vous que ces comportements injustes étaient liés à … », et peuvent répondre « Oui » à plusieurs motifs. Lecture : parmi les immigrés du Maghreb qui déclarent qu’on leur a injustement refusé un emploi au cours des cinq dernières années, 1 % déclarent que c’est lié à leur sexe, 4 % à leur état de santé ou leur handicap, 8 % à leur couleur de peau, 8 % à leur âge, 11 % à leur religion et 51 % à leur origine. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire, ayant réalisé tout ou partie de leurs études en France, diplômées de CAP à bac+5, qui ont recherché un emploi au cours des cinq dernières années. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020). À caractéristiques comparables, le sentiment de traitement injuste rapporté par les personnes d’origine maghrébine est plus fréquent À caractéristiques comparables (niveau de diplôme, situation vis‑à‑vis de l’emploi, configuration familiale et environnement socio‑économique), les hommes immigrés et descendants d’immigrés du Maghreb ont un risque de se déclarer discriminés plus de deux fois supérieur à celui des hommes sans ascendance migratoire directe (respectivement de 2,55 et de 2,23) figure 5.
54 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 Le risque de rapporter une expérience discriminatoire des femmes immigrées du Maghreb est inférieur à celui des hommes de la même origine. À profil donné, le risque associé à leur sexe est contrebalancé par celui associé à leur origine : le risque supérieur des femmes par rapport aux hommes de déclarer une discrimination est plus que compensé par le plus faible risque des femmes immigrées du Maghreb par rapport aux hommes de même origine d’en déclarer une. Pour autant, comme pour les hommes mais de façon moindre, les femmes immigrées du Maghreb ont un risque relatif de se déclarer discriminées supérieur aux femmes sans ascendance migratoire (1,56). Les femmes descendantes d’immigrés du Maghreb cumulent, quant à elles, les risques associés à leur origine et ceux associés à leur sexe. Par rapport aux femmes sans ascendance migratoire directe, elles ont un risque près de deux fois supérieur de déclarer qu’on leur a injustement refusé un emploi (1,69). 5. Risques relatifs de déclarer avoir été discriminé, selon le sexe et l'ascendance migratoire Réf. Réf. Réf. 0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0 Sexe Hommes Femmes () Ascendance migratoire Ni immigrés ni descendants d’immigrés Immigrés du Maghreb () Descendants d’immigrés du Maghreb () Sexe selon ascendance migratoire Hommes ni immigrés ni descendants d’immigrés Femmes immigrées du Maghreb () Femmes descendantes d’immigrés du Maghreb odds ratio Notes : les caractéristiques individuelles incluses dans l’estimation sont le niveau de diplôme, la situation matrimoniale, la présence d’enfants, la situation face à l’emploi, le type de contrat et la reconnaissance d’une affection de longue durée. Une interaction entre origine et niveau de diplôme est également introduite. Les variables contextuelles incluses sont la taille de la commune et, au niveau du quartier de résidence, la part des immigrés, le taux d’emploi des 15-64 ans, la part du chômage de longue durée, le revenu médian et le rapport interdécile des revenus. Les résultats sont ici présentés sous forme de risque relatif (odds ratio) ; les coefficients associés sont présentés dans le fichier à télécharger sur insee.fr. Ils sont significatifs au seuil de 1 % (), 5 % (**), 10 % (*) ou non significatifs (barre grise). Lecture : lorsqu’un risque relatif (odds ratio) est supérieur à 1, le sentiment de discrimination du groupe considéré est supérieur à celui du groupe de référence. À caractéristiques données, les femmes ont un risque relatif 1,28 fois plus élevé de s’être vues injustement refuser un emploi au cours des cinq dernières années. À l’inverse, un odds ratio inférieur à 1 traduit le plus faible sentiment de discrimination du groupe considéré. Les odds ratios sont multiplicatifs. Ainsi, les femmes immigrées du Maghreb cumulent les risques associés à leur sexe (1,28), leur origine (2,55) et leur sexe sachant leur origine (0,61) ; elles ont un risque relatif 1,99 (1,28 x 2,55 x 0,61) fois plus élevé que les hommes ni immigrés ni descendants d’immigrés de s’être vues injustement refuser un emploi au cours des cinq dernières années. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire, ayant réalisé tout ou partie de leurs études en France, diplômées de CAP à bac+5, qui ont recherché un emploi au cours des cinq dernières années. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020). Autrice : Émilie Arnoult (Dares)
55Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes…
Sources et méthodes
Le testing de grande ampleur mené sous l’égide de la Dares
Pour obtenir une mesure globale de la discrimination selon le sexe au regard de différents critères, dont celui de l’origine, une
opération de testing de grande ampleur a été réalisée par l’IPP et ISM Corum sous l’égide de la Dares. Cette méthode vise à
mesurer le risque discriminatoire à l’embauche d’une population susceptible d’être discriminée par rapport à une population
de référence. Elle consiste à envoyer des candidatures fictives en réponse à des offres d’emploi réelles. Les candidatures se
distinguent uniquement par les noms et prénoms qui y figurent et suggèrent un sexe (femme ou homme) et une origine (sans
ascendance migratoire ou maghrébine) différents. L’hypothèse sous‑jacente est que les employeurs forment un jugement
sur le groupe de population auquel appartient le candidat à partir de l’identité portée sur la candidature (nom et prénom à
consonance française ou maghrébine). Les prénoms véhiculent également des perceptions sur le sexe des candidats et leur
groupe social, qui sont susceptibles de contribuer au succès des différents profils. Pour chaque groupe de population étudié,
un large ensemble de prénoms est ainsi utilisé. Les candidatures sont de qualité équivalente pour les candidats susceptibles
d’être discriminés et les autres : le diplôme a été obtenu en France, dans des établissements de réputation similaire, et le
parcours professionnel des candidats est comparable. Dans le testing, l’origine est uniquement approchée par les nom et
prénom des candidats ; aucune information sur le lieu de résidence ou la nationalité à la naissance ne sont mentionnés. Les
immigrés et descendants d’immigrés ne peuvent pas être distingués dans les analyses du testing.
Entre décembre 2019 et mai 2021 (avec une suspension entre mars et juillet 2020 en raison de la crise sanitaire liée à la
Covid‑19), quatre candidatures (une féminine et une masculine pour chaque origine supposée – sans ascendance migratoire
et maghrébine) ont été envoyées en réponse à chacune des 2 400 offres d’emploi testées. Elles portent sur douze métiers,
exigeant des niveaux de diplôme s’étalant du CAP au bac+5 : commis/aide de cuisine, monteur câbleur en électricité,
préparateur de commande, employé administratif, employé commercial en magasin, développeur informatique, ingénieur
commercial informatique, contrôleur de gestion, chargé de recrutement, ingénieur de production, directeur de restaurant
et directeur de magasin. Les métiers sélectionnés se distinguent par leur niveau de qualification (employés, cadres avec et
sans fonction d’encadrement), leur degré de tension sur le marché du travail (difficultés ou non des entreprises à recruter)
et de répartition femmes‑hommes (des métiers « masculinisés » occupés par plus de 60 % d’hommes, « féminisés »
occupés par plus de 60 % de femmes, ou « mixtes » se trouvant dans l’intervalle). Les candidatures ont été envoyées à
plus de 2 200 entreprises de toutes tailles, à travers l’ensemble de la France métropolitaine. La diversité des métiers et des
qualifications requises permet d’obtenir une mesure relativement large des discriminations.
La mesure des écarts de taux de chômage dans l’enquête Emploi
Les écarts de taux de chômage selon le sexe et l’ascendance migratoire sont mesurés en utilisant la méthode proposée par
DiNardo et al. (1996). Elle consiste à mesurer le taux de chômage qui serait observé au sein d’une population de référence si
elle avait les mêmes caractéristiques que la population à laquelle elle est comparée.
La mesure porte sur les personnes âgées de 18 à 59 ans interrogées au cours des enquêtes Emploi de 2019 et 2020, qui ont
achevé leurs études initiales et sont diplômées de CAP à bac+5. Au regard de la date d’obtention du diplôme et de la date
d’arrivée ou de retour en France, le champ retient les immigrés et descendants d’immigrés ayant obtenu leur diplôme en
France, soit un échantillon de 240 931 observations. Ces différentes restrictions visent un champ s’approchant de celui du
testing.
La situation des personnes sans ascendance migratoire – ni immigrées ni descendantes d’immigrés – est comparée à celle
des immigrés et descendants d’immigrés du Maghreb. En distinguant femmes et hommes, sont calculés deux taux de
chômage : celui observé au sein de chaque groupe et celui « contrefactuel », qui serait observé parmi les personnes sans
ascendance migratoire si elles avaient les mêmes caractéristiques que les populations qui composent chaque groupe. Ces
caractéristiques sont l’expérience potentielle (qui compare l’âge de l’enquêté à la date d’obtention du plus haut diplôme),
le diplôme (CAP à bac, bac+2, bac+3 à bac+5), la situation matrimoniale et la situation d’emploi du conjoint, la présence
d’enfants (en distinguant ceux de moins de 6 ans), une indicatrice de résidence en quartier prioritaire de la politique de la
ville, une indicatrice de résidence en Île‑de‑France et une indicatrice relative à l’année.
La différence entre les taux de chômage, contrefactuel et observé, est seulement en partie expliquée par les différences
de caractéristiques de la population. La part importante qui reste inexpliquée pourrait refléter, selon l’approche de
Athari et al. (2019) retenue ici, le fait que les personnes immigrées se heurtent à des difficultés spécifiques sur le marché
du travail.
L’expérience des discriminations dans l’enquête TeO2
L’enquête TeO2, menée de juillet 2019 à novembre 2020, est réalisée conjointement par l’Ined et l’Insee. Les enquêteurs
de l’Insee ont interrogé près de 27 200 personnes tirées au sort parmi les habitants de France métropolitaine. L’enquête
concerne toutes les personnes âgées de 18 à 59 ans, vivant en logement ordinaire ; elle assure une bonne représentativité
des immigrés et des descendants d’immigrés de deuxième génération, en veillant à bien couvrir les différentes zones
géographiques d’origine, ainsi que des natifs d’Outre‑mer et leurs descendants.
Le vécu de situations discriminatoires dans différents domaines de la vie est abordé dans l’enquête TeO2, et notamment
dans la recherche d’un emploi. La question « Au cours des cinq dernières années, est‑il arrivé qu’on vous refuse injustement
un emploi ? » est posée à l’ensemble des personnes qui déclarent avoir recherché un emploi sur la période. Parmi les raisons
suggérées de ces injustices ou discriminations, figurent notamment de nombreux motifs inscrits dans le code pénal : origine
nationale ou sociale, sexe, âge, orientation sexuelle, couleur de peau, etc.
L’échantillon des personnes âgées de 18 à 59 ans, qui ont réalisé tout ou partie de leurs études en France, sont diplômées
d’un CAP à bac+5 et qui ont recherché un emploi au cours des cinq dernières années, compte 6 549 personnes figure.
56
Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023
Répartition selon les études et l’ascendance migratoire
Ascendance migratoire
Ensemble
(en milliers)
dont : ont réalisé leurs études en France
Ensemble
(en %)
dont : diplômés de CAP à bac+5
Ensemble
(en %)
dont : ont recherché un emploi
au cours des cinq dernières années
(champ comparable au testing)1
(en %)
Immigrés du Maghreb
1 365
50,3
30,9
13,4
Descendants du Maghreb
1 433
99,2
67,4
31,6
Immigrés des autres régions
2 918
50,3
33,2
15,4
Descendants des autres régions
2 362
99,8
73,5
30,7
Ni immigrés ni descendants d’immigrés
25 187
99,8
77,6
29,2
Ensemble
33 265
93,4
71,1
27,6
Nombre d'observations
(données non pondérées)
27 181
21 934
16 018
6 549
1 Seules les personnes ayant répondu « Oui » ou « Non » à la question « Au cours des cinq dernières années, est-il arrivé
qu’on vous refuse injustement un emploi ? » sont retenues dans les analyses.
Note : sauf indication contraire, les effectifs et pourcentages sont calculés sur les données pondérées.
Lecture : parmi les 1 365 000 de personnes immigrées du Maghreb âgées de 18 à 59 ans résidant en logement ordinaire,
13,4 % ont réalisé leurs études en France, obtenu un diplôme de CAP à bac+5 et recherché un emploi au cours des cinq
dernières années. Elles sont 31,6 % parmi les descendants d’immigrés du Maghreb.
Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire.
Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020).
Une régression logistique neutralise les différences de réponses qui sont liées aux origines migratoires des personnes, aux
caractéristiques sociodémographiques de chaque population (sexe, âge, diplôme, situation matrimoniale, présence d’enfants
dont ceux de moins de 6 ans, situation d’emploi et type de contrat de travail) et de leur quartier de résidence (part des
immigrés, taux d’emploi, revenu médian, écarts de revenus, taille de la commune). La spécification considère aussi des effets
croisés de l’origine et du sexe, ainsi que du diplôme et de l’origine.
Définitions
Selon la définition adoptée par le Haut conseil à l’intégration en 1991, un immigré est une personne résidant en France
et née de nationalité étrangère à l’étranger. Les personnes nées Françaises à l’étranger et vivant en France ne sont donc
pas comptabilisées. Certains immigrés ont pu devenir Français, les autres restant étrangers. Les populations étrangère et
immigrée ne se recoupent que partiellement : un immigré n’est pas nécessairement étranger et réciproquement, certains
étrangers sont nés en France (essentiellement des mineurs). La qualité d’immigré est permanente : un individu continue
à appartenir à la population immigrée même s’il devient Français par acquisition. C’est le pays de naissance, et non
la nationalité à la naissance, qui définit l’origine géographique d’un immigré.
Un descendant d’immigrés est une personne née en France et ayant au moins un parent immigré. Il s’agit donc de la
descendance directe. Tous les enfants d’immigrés ne sont pas nécessairement des descendants d’immigrés : ils peuvent être
eux‑mêmes immigrés, par exemple s’ils ont migré avec leurs parents. L’origine géographique des descendants d’immigrés
est déterminée par celle du parent immigré, s’il n’y en a qu’un. Si les deux parents sont immigrés, par convention, l’origine du
père est choisie.