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57 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes… Pour en savoir plus • Arnoult É., Ruault M., Valat E., Villedieu P., IPP, ISM Corum, « Discrimination à l’embauche des personnes d’origine supposée maghrébine : quels enseignements d’une grande étude par testing ? », Dares Analyses n° 67, novembre 2021a. • Arnoult É., Ruault M., Valat E., Villedieu P., IPP, ISM Corum, « Y a‑t‑il de la discrimination à l’embauche selon le sexe parmi les candidatures d’origine maghrébine ? », Dares Analyses n° 57, octobre 2021b. • Arnoult É., Ruault M., Valat E., Villedieu P., IPP, ISM Corum, « Discrimination à l’embauche selon le sexe : les enseignements d’un testing de grande ampleur », Dares Analyses n° 26, mai 2021. • Athari E., Lê J., Brinbaum Y., « Le rôle des origines dans la persistance des inégalités d’emploi et de salaire », in Emploi, chômage, revenus du travail, coll. « Insee Références », édition 2019. • Brinbaum Y., Primon J.‑L., Meurs D., « Situation sur le marché du travail : statuts d’activité, accès à l’emploi et discrimination », in Trajectoires et origines – Enquête sur la diversité des populations en France, Ined, 2016. • Brinbaum Y., Safi M., Simon P., « Les discriminations en France : entre perception et expérience », Documents de travail n° 183, Ined, 2012. • Chappe V.‑A., Eberhard M., « Introduction : à quoi servent les chiffres de la discrimination ? », Les cahiers de la LCD, vol. 13, n° 2, 2020. • DiNardo J., Fortin N., Lemieux T., “Labor Market Institutions and the Distribution of Wages, 1973‑1992: A Semiparametric Approach”, Econometrica, vol. 64, n° 5, 1996. • Gueye A., Ceci‑Renaud N., “The Dynamic of the Wage Gap between Natives and Descendants of Immigrants in France”, Document d’études n° 257, Dares, janvier 2022. • Jugnot S., « Les inégalités se mesurent, les discriminations se constatent », La Revue de l’Ires, vol. 98, n° 2, 2019. • Lê J., Rouhban O., Tanneau P., Beauchemin C., Ichou M., Simon P., « En dix ans, le sentiment de discrimination augmente, porté par les femmes et le motif sexiste », Insee Première n° 1911, juillet 2022.

59Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – L’insertion professionnelle des immigrés primo-arrivants en France L’insertion professionnelle des immigrés primo-arrivants en France L’année suivant l’obtention de leur premier titre de séjour, la situation professionnelle
des primo‑arrivants en France est très différente pour les femmes et les hommes. Elle varie aussi selon leur parcours migratoire ou selon qu’ils aient ou non un conjoint et des enfants. Bien que plus diplômées, les femmes primo‑arrivantes sont neuf fois plus souvent inactives et trois fois moins en emploi à temps complet que les hommes. Ces différences s’expliquent en partie par le projet migratoire : seule une femme sur dix
est admise au séjour pour motif économique, contre un homme primo‑arrivant sur trois.
Or les titres de séjour délivrés pour motif économique sont associés à des taux d’emploi élevés, une partie d’entre eux étant conditionnée à l’obtention préalable d’une autorisation de travail. Les femmes obtiennent un titre de séjour pour motif familial dans les trois quarts des cas, contre la moitié pour les hommes. Toutefois, le motif d’admission ne suffit pas à expliquer les différences observées : à motif d’admission donné, les femmes occupent moins souvent un emploi. Pour elles, à autres caractéristiques données, la probabilité d’être inactives augmente avec le nombre d’enfants et le fait de vivre avec un conjoint. Disposer d’un diplôme du supérieur leur permet cependant d’occuper plus souvent un emploi à temps plein. Pour les hommes, travailler à temps plein reste la situation majoritaire, quelles que soient leurs caractéristiques sociodémographiques. En 2018, 258 924 premiers titres de séjour ont été délivrés en France à des personnes venant d’un pays tiers à l’Union européenne (UE), l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse, parmi lesquels 119 843 correspondaient à des primodélivrances de titres d’une durée d’au moins un an, en dehors des titres délivrés pour motif étudiant   sources. Ces primo‑arrivants constituent une population hétérogène, tant par les caractéristiques de leur migration (le pays d’origine, le parcours antérieur,
le projet migratoire) que par leur âge, leur sexe ou leur niveau de diplôme. La migration constitue souvent une rupture forte dans la trajectoire professionnelle, susceptible de conduire à une hausse du chômage pour les personnes arrivant sur le territoire, qui ne se résorbe que partiellement au cours du temps [Domergue, Jourdan, 2012]. Les études existantes portant sur la situation professionnelle des primo‑arrivants en France1 mettent en lumière trois facteurs structurants pour l’insertion professionnelle : la nationalité, le motif d’admission et l’ancienneté de présence sur le territoire français2 (qui peut être grande avant qu’un premier titre ne soit délivré). De plus, elles décrivent un accès à l’emploi plus difficile pour les femmes, moins nombreuses à occuper un emploi et plus souvent inactives, y compris à niveau de diplôme identique [Domergue, Jourdan, 2012]. Sur ce point, l’explication principale mise en avant a trait aux différences de projet migratoire entre les femmes et les hommes : celui des femmes inclut souvent la fondation d’une famille, alors que celui des hommes s’articule plus souvent autour d’un projet professionnel. La présente étude actualise et complète les analyses existantes en explorant comment le motif de séjour, l’origine géographique et la situation familiale des primo‑arrivants ont des effets différenciés sur le statut d’activité selon le sexe. 1 Les primo‑arrivants ont constitué la focale de l’enquête « Parcours et profils des migrants récemment arrivés ou régularisés en France » conduite par la Drees en deux vagues en 2006 et 2007, puis de l’Enquête longitudinale sur l’insertion des primo‑arrivants (Elipa), réalisée en trois vagues en 2011, 2012 et 2013. Ces deux enquêtes concernent des signataires du contrat d’accueil et d’intégration (CAI). L’enquête Elipa 2 menée en 2019‑2020 opère un recentrage du dispositif sur les détenteurs d’un premier titre de séjour (hors étudiants) d’au moins un an, qu’ils aient signé ou non un contrat d’intégration républicaine
(CIR, ex‑CAI). 2 L’enquête « Parcours et profils des migrants récemment arrivés ou régularisés en France » de la Drees identifiait quant à elle un effet positif de la maîtrise du français, de l’expérience professionnelle et du réseau professionnel sur l’accès à l’emploi des primo‑arrivants [Bèque, 2007]. 60 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 Parmi les primo‑arrivants, les femmes sont trois fois moins en emploi
à temps complet et neuf fois plus inactives que les hommes En 2019, 73 % des hommes primo‑arrivants de 18 à 65 ans ayant obtenu un premier titre de séjour pour motif familial, humanitaire ou économique en 2018 déclarent occuper un emploi, contre 37 % des femmes    figure 1. Les hommes sont en grande majorité en emploi à temps plein (60 %) et plus rarement à temps partiel ou exerçant un « petit boulot » (13 %). La part de femmes en emploi à temps complet est trois fois plus faible que celle des hommes, 20 % sont dans ce cas, et 16 % travaillent à temps partiel ou font des « petits boulots ». À l’inverse, elles sont bien plus souvent inactives (hors étudiantes) que les hommes (37 % contre 4 %), pour lesquels cette situation est largement minoritaire.

  1. Statut des primo‑arrivants sur le marché du travail selon le sexe,
    un an après l’obtention du premier titre de séjour 0 20 40 60 80 100 Femmes Hommes en % Autre inactif Étudiant En emploi à temps partiel En emploi à temps complet À la recherche d’un emploi Lecture : en 2019, 20 % des femmes ayant obtenu un premier titre de séjour en 2018 sont en emploi à temps complet. Champ : départements d’Île‑de‑France hors Seine‑et‑Marne, départements des Bouches‑du‑Rhône, du Nord et du Rhône, primodétenteurs d’un titre de séjour d’au moins un an en 2018, hors motifs étudiant et divers, âgés de 18 à 65 ans et
    non retraités. Source : DSED, ministère de l’Intérieur, enquête Elipa 2 (2019‑2020), calculs des auteurs. Un an après l’obtention d’un titre pour un autre motif que la poursuite d’études, près d’un primo‑arrivant sur dix est étudiant Les immigrés ayant obtenu un titre de séjour pour étudier en France sont exclus du champ de cette étude. Toutefois, parmi les primo‑arrivants ayant obtenu un titre pour un motif économique, humanitaire ou familial, 8 % des hommes et 10 % des femmes poursuivent des études un an après l’obtention de leur premier titre de séjour. Près des trois quarts de ces étudiants ont entre 18 et 24 ans et une majorité d’entre eux (68 % des hommes, 75 % des femmes) suivaient des études avant de quitter leur dernier pays de résidence. 59 % des primo‑arrivants arrivés mineurs, dans le cadre d’un regroupement familial ou pour motif humanitaire, sont étudiants l’année suivant l’obtention de leur premier titre de séjour, contre seulement 4 % de ceux arrivés après l’âge de 18 ans. La part des femmes en emploi à temps plein chute avec la migration La migration constitue une rupture dans la trajectoire professionnelle, en particulier pour les femmes. Avant d’entreprendre leur migration, 61 % des hommes et 51 % des femmes occupaient un emploi à temps complet dans leur pays d’origine. Un an après l’obtention de leur premier titre de séjour, la part en emploi à temps complet reste de la même ampleur pour les hommes, mais elle baisse fortement pour les femmes. 31 % des femmes en emploi à temps complet au moment de quitter leur pays d’origine sont inactives un an après l’obtention du premier titre de séjour et seules 21 % d’entre elles sont en emploi à temps complet. Pour les hommes, la transition du temps plein vers l’inactivité est 61 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – L’insertion professionnelle des immigrés primo-arrivants en France limitée (4 %). Le chômage, qui représentait entre 2 % et 3 % des situations principales déclarées dans le pays d’origine, concerne 15 % des femmes et 29 % des hommes au moment de leur arrivée en France. Un an après l’obtention de leur premier titre de séjour, la proportion de primo‑arrivants au chômage s’élève à 16 % pour les femmes, alors qu’elle est descendue à 15 % pour les hommes. Les primo‑arrivants présents depuis plus longtemps en France au moment de l’obtention de leur titre de séjour occupent plus souvent un emploi À l’obtention de leur premier titre de séjour, 31 % des primo‑arrivants sont en France depuis moins de deux ans et près de la moitié depuis au moins quatre ans, dont 15 % depuis au moins neuf ans. À caractéristiques sociodémographiques équivalentes    méthode, les hommes sont majoritairement à temps complet, et la probabilité qu’ils occupent un emploi à temps complet augmente avec l’ancienneté de leur présence sur le territoire au moment où est délivré leur titre de séjour. Pour les femmes, le chômage et l’inactivité diminuent avec le temps de présence avant délivrance d’un titre, tandis que l’emploi à temps partiel comme à temps complet augmente. Cependant, ce n’est que pour les femmes présentes depuis neuf ans ou plus en France avant l'obtention d’un titre de séjour que la probabilité prédite d’être en emploi dépasse celle d’être inactives, même si la probabilité prédite d’être à temps complet reste inférieure à celle d’être à temps partiel. L’ancienneté sur le territoire peut permettre une meilleure insertion professionnelle via une plus grande maîtrise du français [Domergue, Jourdan, 2012], la constitution d’un réseau, une meilleure connaissance du marché du travail français, etc. Les immigrés n’ayant pas trouvé d’emploi rapidement après leur arrivée sur le territoire peuvent aussi avoir quitté la France avant l’obtention de leur premier titre de séjour, et ne pas avoir été interrogés dans le cadre de l’enquête. 42 % des primo‑arrivantes originaires du Maghreb sont actives, contre 65 % de celles venues d’Europe, d’Amérique ou d’Océanie Les femmes originaires d’Afrique hors Maghreb ont le taux d’activité le plus élevé (66 %), avec celles issues de l’ensemble Amérique‑Océanie‑Europe (65 %)    figure 2. Cependant, leurs conditions d’activité sont moins favorables puisqu’elles sont également plus souvent à la recherche d’un emploi (22 %, contre 11 % de celles de l’ensemble Amérique‑Océanie‑Europe) et moins souvent à temps plein (18 % contre 29 %).  2. Statut des primo-arrivants sur le marché du travail selon le sexe et la région d’origine, un an après l’obtention du premier titre de séjour 0 20 40 60 80 100 Amérique, Océanie, Europe Maghreb Autres pays d’Afrique Asie Amérique, Océanie, Europe Maghreb Autres pays d’Afrique Asie Femmes Hommes en % Autre inactif Étudiant En emploi à temps partiel En emploi à temps complet À la recherche d’un emploi Lecture : en 2019, 18 % des femmes originaires du Maghreb ayant obtenu un premier titre de séjour en 2018 sont à la recherche d’un emploi. Champ : départements d’Île-de-France hors Seine-et-Marne, départements des Bouches-du-Rhône, du Nord et du Rhône, primodétenteurs d’un titre de séjour d’au moins un an en 2018, hors motifs étudiant et divers, âgés de 18 à 65 ans et
    non retraités. Source : DSED, ministère de l’Intérieur, enquête Elipa 2 (2019-2020), calculs des auteurs.