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67 Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – L’insertion professionnelle des immigrés primo-arrivants en France Chez les primo‑arrivantes, la présence d’un enfant est associée à un taux d’inactivité deux fois plus élevé Plus les femmes primo‑arrivantes ont d’enfants, moins elles sont en emploi : 26 % des femmes sans enfant travaillent à temps complet, contre 17 % des femmes ayant un enfant et 11 % de celles en ayant trois ou plus    figure 9. En contrepartie, l’inactivité hors études augmente avec le nombre d’enfants : 22 % des femmes sans enfant sont inactives, contre 58 % des mères d’une famille nombreuse. Pour les hommes en revanche, le taux d’activité est stable quel que soit le nombre d’enfants. Si ces constats sont avérés pour l’ensemble des personnes, qu’elles soient immigrées ou non, les écarts entre femmes et hommes sont cependant plus marqués pour les personnes immigrées que pour les autres, et se creusent davantage avec le nombre d’enfants    fiche 4.1.  9. Statut des primo-arrivants sur le marché du travail selon le sexe et les configurations familiales, un an après l’obtention du premier titre de séjour en % À la recherche d’un emploi En emploi à temps complet En emploi à temps partiel Étudiant Autre inactif Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Sans enfant 16 13 26 59 17 12 19 11 22 4 Avec enfants             Un enfant 17 15 17 61 16 18 4 2 46 4 2 enfants 17 18 13 64 18 15 1 0 51 3 3 enfants ou plus 16 25 11 56 14 13 1 1 58 5 Vivant sans conjoint 17 13 26 59 20 11 23 13 13 4 Vivant avec un conjoint             Conjoint sans emploi 19 22 15 58 15 15 2 1 48 4 Conjoint avec emploi 15 14 17 64 14 18 3 2 51 3 Lecture : en 2019, 16 % des femmes ayant obtenu un premier titre de séjour en 2018 qui n’ont pas d’enfants sont à la recherche d’un emploi. Champ : départements d’Île-de-France hors Seine-et-Marne, départements des Bouches-du-Rhône, du Nord et du Rhône, primodétenteurs d’un titre de séjour d’au moins un an en 2018, hors motifs étudiant et divers, âgés de 18 à 65 ans et non retraités. Source : DSED, ministère de l’Intérieur, enquête Elipa 2 (2019-2020), calculs des auteurs. Les femmes vivant avec un conjoint sont quatre fois plus souvent inactives que celles qui n’en ont pas ou qui ne vivent pas avec leur conjoint. En revanche, pour les hommes, le taux d’activité ou le fait d’occuper un emploi à temps plein varient peu, qu’ils vivent ou non avec un conjoint ou qu’ils aient des enfants ou non : dans tous les cas, ils sont moins de 5 % à être inactifs, et entre 56 % à 64 % en emploi à temps plein. Ces constats restent vrais à pays d’origine, âge, diplôme et autres caractéristiques individuelles données. Toutes choses égales par ailleurs, à partir de deux enfants, les femmes ont deux fois moins de chances d’être à temps complet plutôt qu’inactives que les femmes sans enfant, et même 3,5 fois moins lorsqu’elles ont au moins un enfant en bas âge    figure 10. Enfin, toutes choses égales par ailleurs, le fait de vivre seule ou avec un conjoint sans emploi augmente également la probabilité d’être active. En revanche, chez les hommes, même toutes choses égales par ailleurs, le nombre d’enfants et la présence d’un conjoint dans le ménage ne paraissent que faiblement liés à leur situation sur le marché du travail, que ce soit à leur participation au marché du travail ou à leur probabilité d’occuper un emploi.

68 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 10. Probabilité d’être à la recherche d’un emploi, en emploi à temps complet ou en emploi
à temps partiel plutôt qu’inactif, selon les configurations familiales un an après l’obtention du premier titre de séjour a. À la recherche d’un emploi b. En emploi à temps complet c. En emploi à temps partiel 0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5 Hommes Femmes Conjoint Vivant avec un conjoint en emploi (Réf.) Vivant avec un conjoint sans emploi Vivant sans conjoint Enfants de moins de trois ans Nombre d’enfants Pas d’enfant (Réf.) Un enfant Deux enfants Trois enfants ou plus Sans enfant de moins de 3 ans (Réf.) Avec enfants de moins de 3 ans Conjoint Vivant avec un conjoint en emploi (Réf.) Vivant avec un conjoint sans emploi Vivant sans conjoint Enfants de moins de trois ans Nombre d’enfants Pas d’enfant (Réf.) Un enfant Deux enfants Trois enfants ou plus Sans enfant de moins de 3 ans (Réf.) Avec enfants de moins de 3 ans odds ratio Notes : estimations de rapports de risque relatif (odds ratio) d’un modèle logit multinomial. Pour chaque variable, les odds ratio permettent de comparer les différentes modalités avec la modalité de référence (Réf.) qui vaut 1. Une valeur supérieure à 1 signifie qu’une variable est associée, toutes choses égales par ailleurs, à une augmentation de la probabilité d’être dans un statut donné sur le marché de l’emploi (à la recherche d'un emploi, en emploi à temps complet ou en emploi à temps partiel) par rapport à la situation de référence, celle d’être d’inactif. Les variables grisées indiquent que le risque relatif n’est pas significativement différent de 1 (seuil de 10 %). Les odds ratio des autres variables de contrôle incluses dans le modèle (l’ancienneté sur le territoire au moment de l’enquête, l’origine géographique, le niveau de maîtrise de la langue française, le réseau, l’état de santé, la dernière activité principale occupée avant de quitter son pays d’origine ainsi que le niveau de diplôme) sont disponibles dans les fichiers en téléchargement sur insee.fr. Lecture : en 2019, à caractéristiques égales, les femmes primo‑arrivantes vivant sans conjoint ont 1,8 fois plus de chances d’être à la recherche d’un emploi que d’être inactives, par rapport aux femmes vivant avec un conjoint en emploi. Champ : départements d’Île‑de‑France hors Seine‑et‑Marne, départements des Bouches‑du‑Rhône, du Nord et du Rhône, primodétenteurs d’un titre de séjour d’au moins un an en 2018, hors motifs étudiant et divers, âgés de 18 à 65 ans et
non retraités. Source : DSED, ministère de l’Intérieur, enquête Elipa 2 (2019‑2020), calculs des auteurs. Auteurs : Julien Giorgi (Insee) Christine Le Thi (Insee) 69Insee Références – Édition 2023 – Dossiers – L’insertion professionnelle des immigrés primo-arrivants en France Source Les données sont issues de la première vague de la seconde édition de l’Enquête longitudinale sur l’intégration
des primo‑arrivants (Elipa 2) réalisée par le département des statistiques, des études et de la documentation (DSED) du ministère de l’Intérieur en 2019. L’enquête Elipa 2 porte sur les primo‑arrivants (ou primodétenteurs), soit les personnes de 18 ans ou plus originaires d’un pays tiers à l’Union européenne (dans son périmètre de 2018, à 28 pays), à l’Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein et disposant d’un premier titre de séjour d’au moins un an délivré en 2018, hors motif étudiant. Parmi les 119 843 premiers titres de séjour d’au moins un an délivrés en 2018 (hors motif étudiant), la moitié (59 294) a été délivrée dans les dix départements recensant le plus de primo‑arrivants : Bouches‑du‑Rhône, Nord, Rhône, Paris, Yvelines, Essonne, Hauts‑de‑Seine, Seine‑Saint‑Denis, Val‑de‑Marne, Val‑d’Oise. L’échantillon, constitué de 6 547 primodétenteurs, est représentatif de la population des primo‑arrivants résidant dans ces dix départements. Pour l’étude, le champ est légèrement restreint. Les retraités et les personnes admises au séjour pour motifs « divers » sont exclus, tout comme les personnes âgées de plus de 65 ans. L’échantillon utilisé pour l’étude comporte 5 948 observations. La situation professionnelle des primo‑arrivants est appréhendée par une variable catégorielle à cinq modalités. Parmi les actifs, les personnes déclarant occuper un emploi à temps plein sont distinguées de celles déclarant occuper un emploi à temps partiel ou occuper des « petits boulots » et de celles déclarant être au chômage ou à la recherche d’un emploi. Les titres d’admission au séjour pour motif étudiant ne rentrent pas dans le périmètre de l’enquête Elipa 2 : en effet, la majorité des personnes se voyant délivrer un titre étudiant ne restent que temporairement en France. Toutefois, certaines personnes arrivées pour d’autres motifs poursuivent des études. Ces étudiants, comptabilisés comme inactifs, sont distingués des « autres inactifs » regroupant notamment les personnes au foyer. Dans l’étude, les primo‑arrivants sont regroupés par origine géographique, en retenant une partition par continent ou grandes régions si les effectifs le permettent. En raison du faible effectif de primo‑arrivants venant d'Amérique, d'Océanie et d'Europe, ces trois continents sont regroupés au sein d’un même ensemble. Méthode Un modèle logit multinomial pour expliquer les différences de situation
sur le marché du travail Les écarts de situation professionnelle peuvent être liés à des différences de caractéristiques individuelles. Par exemple, les primo‑arrivants originaires de l’ensemble Amérique‑Océanie‑Europe peuvent être plus nombreux à occuper un emploi à temps plein parce qu’ils sont en moyenne plus diplômés. Un modèle économétrique est donc mobilisé afin d’étudier l’insertion professionnelle des femmes et des hommes primo‑arrivants en tenant compte de leurs caractéristiques individuelles. Les résultats présentés dans ce dossier sont issus de ce modèle. L’approche retenue est un modèle logit multinomial. La variable expliquée est la situation professionnelle, décrite en quatre modalités (emploi à temps complet, emploi à temps partiel, recherche d'un emploi et inactivité). La catégorie de référence du modèle est l’inactivité, ce qui inclut les étudiants. Les caractéristiques individuelles retenues sont : l’ancienneté sur le territoire au moment de l’enquête (ainsi que son carré, afin de tenir compte d’éventuelles non‑linéarités), l’origine géographique, le niveau de maîtrise de la langue française, l’existence d’un réseau à l’arrivée en France, l’état de santé, le niveau du plus haut diplôme obtenu et l’obtention ou la reconnaissance de ce diplôme en France, la dernière activité principale occupée avant de quitter le pays d’origine, le nombre d’enfants cohabitant dans le logement, une indicatrice égale à 1 en cas de présence d’enfants en bas âge et enfin, le statut marital. Les estimations sont effectuées séparément pour les femmes et les hommes afin de tenir compte des corrélations potentiellement différentes selon le sexe entre les statuts d’activité et les caractéristiques individuelles prises en compte dans le modèle. Les effets estimés sont des probabilités relatives de se retrouver dans une situation professionnelle donnée plutôt que d’être inactif en fonction des caractéristiques : par exemple, la probabilité relative d’être en emploi à temps plein plutôt qu’inactive pour une femme ayant un diplôme universitaire plutôt que sans diplôme. 70 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 Définitions Dans l’enquête Elipa 2, un primodétenteur (ou primo‑arrivant) est une personne originaire d’un pays tiers à l’Union européenne (UE), l’Islande, la Norvège, le Liechtenstein et la Suisse disposant d’un premier titre de séjour d’au moins un an attribué en 2018 (hors motif étudiant). Les détenteurs de titres de séjours pour motif familial sont principalement des membres de familles de Français (souvent des conjoints de Français), de ressortissants de l’UE, d’étrangers en situation régulière, des parents d’enfants scolarisés ou enfin des personnes bénéficiant du regroupement familial. L’immigration pour motif économique concerne en majorité des travailleurs salariés, mais aussi des travailleurs saisonniers, des artistes et des professions scientifiques. Elle englobe également les détenteurs du « passeport talent », un dispositif d’une durée de quatre ans visant à accueillir les chercheurs, les créateurs d’entreprises ou les jeunes salariés qualifiés d’entreprises innovantes. Les titres pour motif humanitaire sont délivrés aux réfugiés, étrangers malades, bénéficiaires de la protection subsidiaire, ainsi qu’aux victimes de la traite des êtres humains ou de violences conjugales. Les pays tiers sont les États hors de l’Union européenne, de l’Islande, de la Norvège, du Liechtenstein et de la Suisse. Pour en savoir plus • Bèque M., « Qui sont les nouveaux bénéficiaires d’un titre de séjour en France ? », Études et Résultats n° 612, décembre 2007. • Domergue F., Jourdan V., « L’intégration sur le marché du travail des signataires du Contrat d’accueil et d’intégration en France en 2009 », in Immigrés et descendants d’immigrés en France, coll. « Insee Références », édition 2012. • Domergue F., « Diplômes et formations professionnelles des nouveaux migrants », Infos migrations n° 37, mars 2012. • Jourdan V., Prévot M., « L’enquête longitudinale sur l’intégration des primo‑arrivants (personnes admises au séjour) - Elipa 2 », Infos migrations n° 97, juin 2020. • Reynaud D., « Combien les femmes immigrées ont‑elles d’enfants ? », Insee Première n° 1939, février 2023. • Toulemon L., « La fécondité des immigrées : nouvelles données, nouvelle approche », Population et Sociétés n° 400, avril 2004.