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Fiches thématiques

Fiches thématiques Population issue de l'immigration

74 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 1.1 Immigrés, étrangers en France et dans l’Union européenne En 2021, 7,0 millions d’immigrés vivent en France, soit 10,3 % de la population totale    figure 1. 2,5 millions d’immigrés, soit 36 % d’entre eux, ont acquis la nationalité française. La population étrangère vivant en France s’élève à 5,2 millions de personnes, soit 7,7 % de la population totale. Elle se compose de 4,5 millions d’immigrés n’ayant pas acquis la nationalité française et de près de 0,8 million de personnes nées en France de nationalité étrangère. Par ailleurs, 1,7 million de personnes sont nées de nationalité française à l’étranger. Au total, 8,7 millions de personnes vivant en France sont nées à l’étranger, soit 12,8 % de la population. Les comparaisons internationales, telles que menées par l’ONU, Eurostat ou l’OCDE, se fondent principalement sur deux critères : la part de personnes nées à l’étranger et celle d’étrangers résidant habituellement dans le pays. La spécificité de la définition française d’immigré vient de son histoire coloniale : de nombreuses personnes sont nées Françaises à l’étranger (par exemple les rapatriés d’Algérie) et leur profil se rapproche davantage de celui des personnes nées en France que de celui des immigrés. En 2021, sur les 447,3 millions d’habitants des 27 pays de l’Union européenne (UE27), 37,5 millions sont étrangers et 55,4 millions sont nés dans un pays étranger, soit respectivement 8,4 % et 12,4 % de la population européenne    figure 2. La France se situe ainsi dans la moyenne. L’Allemagne est le pays où les étrangers sont les plus nombreux (10,6 millions). Parmi eux, 42 % sont ressortissants d’un autre pays de l’UE27. L’Espagne, la France et l’Italie accueillent un nombre similaire d’étrangers (environ 5 millions), mais ces derniers sont moins souvent ressortissants de l’UE27 (environ 30 %). Le Luxembourg est le pays de l’UE27 qui compte proportionnellement le plus d’étrangers, 47 % de sa population étant étrangère. Parmi eux, 81 % sont ressortissants d’un autre pays de l’UE27. Inversement, les étrangers représentent moins de 2 % de la population en Roumanie, en Pologne, en Slovaquie ou en Bulgarie. Les proportions de personnes nées à l’étranger et de celles de nationalité étrangère sont généralement liées, mais elles peuvent varier fortement selon les pays. Elles dépendent à la fois des règles de naturalisation, de la géographie et de l’histoire de chaque pays (anciens pays du bloc soviétique, histoire coloniale, anciennes fédérations, etc.). Au niveau européen, les personnes nées à l’étranger sont 1,5 fois plus nombreuses que les étrangers, contre 5,3 en Croatie et 0,9 en République tchèque. Avec un rapport de 1,7, la France se situe légèrement au‑dessus de la moyenne européenne.   Définitions Selon la définition adoptée par le Haut conseil à l’intégration en 1991, un immigré est une personne résidant en France et née de nationalité étrangère à l’étranger. Les personnes nées Françaises à l’étranger et vivant en France ne sont donc pas comptabilisées. Certains immigrés ont pu devenir Français, les autres restant étrangers. Les populations étrangère et immigrée ne se recoupent que partiellement : un immigré n’est pas nécessairement étranger et réciproquement, certains étrangers sont nés en France (essentiellement des mineurs). La qualité d’immigré est permanente : un individu continue à appartenir à la population immigrée même s’il devient Français par acquisition. C’est le pays de naissance, et non la nationalité à la naissance, qui définit l’origine géographique d’un immigré. Un étranger est une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française, soit qu’elle possède une autre nationalité (à titre exclusif), soit qu’elle n’en ait aucune (c’est le cas des personnes apatrides). Les personnes de nationalité française possédant une autre nationalité (ou plusieurs) sont considérées en France comme Françaises. Un étranger n’est pas forcément immigré, il peut être né en France (les mineurs notamment).  Pour en savoir plus • « L’essentiel sur… les immigrés et les étrangers », Insee, août 2022. • « Les personnes nées françaises à l’étranger ont un profil plus proche des natifs que des immigrés », Insee Première n° 1829, décembre 2020. • “About 5% of people living in the EU are non‑EU citizens“, Eurostat, mars 2021.

75 Insee Références – Édition 2023 – Fiche 1.1 – Immigrés, étrangers en France et dans l’Union européenne  1. Population vivant en France selon le lieu de naissance et la nationalité en 2021 Population de la France 67,6 M Population étrangère 5,2 M Population immigrée 2,5 M + 4,5 M = 7,0 M Population étrangère 4,5 M + 0,8 M = 5,2 M Population immigrée 7,0 M Personnes nées Françaises à l’étranger 1,7 M Immigrés naturalisés Français 2,5 M Immigrés de nationalité étrangère 4,5 M Étrangers nés en France 0,8 M Note : données provisoires, issues d’estimations avancées de la population. Lecture : en 2021, 4,5 millions d’immigrés de nationalité étrangère vivent en France. Champ : France. Source : Insee, estimations de population février 2022.  2. Population étrangère et née à l’étranger dans les pays de l’Union européenne en 2021 Luxembourg Malte Chypre Autriche Estonie Lettonie Irlande Belgique Allemagne Espagne Danemark Suède Italie Grèce UE27 Slovénie France Pays-Bas Portugal Rép. tchèque Finlande Lituanie Croatie Hongrie Bulgarie Slovaquie Pologne Roumanie 10 0 20 30 40 50 en % de la population Proportion de personnes nées à l’étranger Proportion d’étrangers Lecture : en 2021, 12,7 % de la population vivant en Allemagne est étrangère et 18,2 % est née à l’étranger. Champ : pays de l’Union européenne à 27 (UE27), population au 1er janvier 2021. Source : Eurostat, extraction mars 2022.

76 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 1.2 Histoire des migrations et diversité des origines géographiques des immigrés Au début du XXe siècle, la France métropolitaine compte plus d’un million d’immigrés, soit près de 3 % de la population    figure 1. Lorsque la Grande Guerre s’achève, 1,4 million d’hommes jeunes ont été tués ou sont invalides. Aussi les années vingt sont‑elles marquées par une immigration massive, afin de remédier à la perte de main‑d’œuvre. La France accueille alors principalement des immigrés venus de pays voisins (Belgique, Italie, Espagne) et de l’est de l’Europe (Pologne, Russie, Arménie). La proportion d’immigrés dans la population bondit de 2,9 points en seulement dix ans, passant de 3,7 % en 1921 à 6,6 % en 1931. Elle baisse ensuite entre les années 1930 et 1945 (expulsions collectives de Polonais, Seconde Guerre mondiale), pour retomber à 5,0 % en 1946. Après‑guerre, afin de pallier l’insuffisance de main‑d’œuvre, l’État encourage l’immigration, mais souhaite pouvoir mieux la contrôler. L’Office national d’immigration (ONI) est créé en 1945 pour assurer le recrutement et l’accueil des travailleurs étrangers. La vague migratoire des Trente Glorieuses voit, dans un premier temps, l’afflux d’immigrés espagnols et algériens, suivis dans les années 1960 par des immigrés portugais, marocains et turcs. En 1968, les immigrés représentent 6,5 % de la population. Les trois quarts d’entre eux sont originaires d’Europe, et parmi eux 59 % sont originaires d’Espagne et d’Italie    figure 2. 20 % des immigrés sont originaires d’Afrique, presque exclusivement du Maghreb. En 1974, dans un contexte économique dégradé, un frein est mis à l’immigration de travail. L’immigration familiale se développe. Entre 1975 et 1999, le nombre d’immigrés augmente légèrement et leur part dans la population reste stable, proche de 7,5 %. Toutefois, les origines se diversifient. La part des immigrés originaires d’Europe, en particulier d’Espagne et d’Italie, baisse. L’immigration en provenance du Maghreb, notamment du Maroc, se développe, en même temps que celle en provenance de Turquie, du Cambodge, du Laos et du Vietnam. Depuis le début des années 2000, les flux migratoires augmentent à nouveau et se diversifient encore, en provenance d’Afrique subsaharienne et d’Asie, tandis que l’immigration intra‑européenne est facilitée par la libre circulation. En 2021, 48 % des immigrés sont originaires d’Afrique et parmi eux 62 % viennent du Maghreb, une proportion stable depuis les années 1980. Un tiers des immigrés viennent d’Europe, avec des origines de plus en plus variées, en particulier hors Union européenne. Enfin, 14 % des immigrés sont originaires d’Asie. La migration en provenance de Chine, ainsi que des pays du Moyen‑Orient, s’est accrue au cours des dix dernières années.  Définition Immigrés : voir Glossaire.  Pour en savoir plus • « 50 ans d’immigration en 50 secondes chrono », Le blog de l’Insee, août 2021. • « Quarante ans d’évolution de la démographie française : le vieillissement de la population s’accélère avec l’avancée en âge des baby‑boomers », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2019. • « 45 ans d’immigration en France : plus de femmes, des origines plus variées », Infos migrations n° 89, DSED, juillet 2017.

77Insee Références – Édition 2023 – Fiche 1.2 – Histoire des migrations et diversité des origines géographiques des immigrés 2 4 6 8 10 12 14 16 00 1 000 2 000 3 000 4 000 5 000 6 000 7 000 8 000 1911 1921 1931 1941 1951 1961 1971 1981 1991 2001 2011 2021 en %en milliers Effectif (échelle de gauche) Part dans la population (échelle de droite)  1. Effectif des immigrés et part dans la population depuis 1911 Note : données provisoires en 2020 et 2021. Lecture :

en 2021, 6 964 000 immigrés résident en France. Ils représentent 10,3 % de la population totale. Champ :

France métropolitaine de 1921 à 1982, France hors Mayotte de 1990 à 2013, France depuis 2014. Source :

Insee, base Saphir (1968 à 1999), recensements de la population (2006 à 2019) et estimations de population (2020 et 2021).  2. Nombre d’immigrés vivant en France selon le pays d’origine en milliers 1968 1975 1982 1990 1999 2006 2010 2021 Afrique 642 1

087 1

340 1

501 1

701 2

167 2

362 3

310 Maghreb, dont : 597 993 1

168 1

221 1

299 1

553 1

643 2

038 Algérie 378 555 598 556 575 692 730 887 Maroc, Tunisie 219 438 570 665 725 861 913 1

151 Afrique guinéenne ou centrale nd nd nd nd nd 264 313 506 Afrique sahélienne nd nd nd nd nd 169 197 342 Autres pays d’Afrique 44 94 172 280 402 182 210 424 Asie 81 140 322 478 552 692 761 945 Turquie 43 76 121 168 174 229 246 251 Chine 3 4 6 18 35 71 90 110 Asie du Sud-Est 18 26 123 156 161 160 162 163 Autres pays d’Asie 18 35 72 136 177 233 264 421 Europe 2

479 2

612 2

312 2

103 1

940 2

016 2

093 2

304 Europe du Sud, dont : 1

737 1

915 1

681 1

482 1

268 1

169 1

141 1

130 Espagne, Italie 1 456 1 260 1 042 882 696 600 552 531 Portugal 282 655 638 600 572 570 588 599 Autres pays d’Europe, dont : 741 697 632 622 672 847 952 1 175 Pays de l’UE27 nd nd nd nd nd 497 536 613 Amérique, Océanie 37 49 63 141 181 261 299 404 Ensemble 3

238 3

887 4

037 4

222 4

374 5

136 5

514 6

964 Erratum : le 24 mai 2024, les résultats de la figure 2 initialement publiés le 30 mars 2023 ont été corrigés : en particulier, des personnes venant des « Autres pays d’Amérique » avaient été classées à tort dans « Autres pays d’Europe » entre 1968 et 1999. Cette correction entraîne, pour ces années, de légers changements d’effectifs. nd : non disponible. Notes : changement de nomenclature géographique en 2006. Les pays d’Afrique sahélienne et guinéenne sont classés avec les autres pays d’Afrique jusqu’en 1999. 3 000 immigrés n'ayant pas déclaré de pays de naissance en 1968 sont classés dans la catégorie « Amérique, Océanie ». Lecture : en 2021, 3 310 000 immigrés vivant en France sont originaires d’Afrique. Champ : France métropolitaine de 1968 à 1990, France hors Mayotte de 1999 à 2013, France depuis 2014, personnes immigrées. Source : Insee, base Saphir (1968 à 1999), recensements de la population (2006 et 2010) et estimations de population (2021). 78 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 1.3 Sexe, âge et vieillissement En 2020, les immigrés sont en moyenne plus âgés de 4,7 ans que les personnes non immigrées (46,7 ans contre 42,0 ans, en France hors Mayotte). Les immigrés sont surreprésentés aux âges actifs : les trois quarts d’entre eux (74 %) ont entre 18 et 64 ans, contre un peu plus de la moitié (56 %) des non‑immigrés    figure 1. Cette singularité s’explique par le fait que les immigrés arrivent souvent en France en âge de travailler, durant la première moitié de leur vie active : 59 % des immigrés arrivés en France en 2019 étaient ainsi âgés de 18 à 44 ans. Le nombre d’enfants accompagnant leurs parents migrants ou les rejoignant dans le cadre du regroupement familial n’est pas très élevé. En 2020, seuls 7 % des immigrés sont mineurs, contre 22 % dans le reste de la population. La structure par âge des immigrés varie fortement selon l’origine, reflétant des dynamiques migratoires actuelles et passées. En 2020, les immigrés les plus anciens viennent d’Espagne et d’Italie : la moitié d’entre eux sont arrivés avant 1969    figure 2 et près de la moitié ont 65 ans ou plus. Toutefois, depuis les années 2010, l’immigration en provenance de ces deux pays connaît un regain. L’immigration portugaise est un peu plus tardive, mais se renouvelant peu, elle est également vieillissante. Inversement, les flux en provenance des autres pays d’Europe (UE ou non) sont plus récents : ces immigrés sont principalement arrivés au cours des années 2000 et sont donc plus jeunes. Les flux migratoires issus du Maghreb sont particulièrement réguliers et étalés dans le temps, ce qui assure le renouvellement de cette population. La moitié sont arrivés après 2000 et un quart après 2010. L’immigration en provenance des autres pays d’Afrique est plus récente et concentrée sur les vingt dernières années. Plus de la moitié des immigrés originaires d’Afrique hors Maghreb sont d’âge intermédiaire (entre 18 et 44 ans). Pour l’Asie, les flux en provenance de Turquie se sont surtout déroulés durant deux phases, l’une dans les années 1980 et l’autre au début des années 2000. Ceux en provenance des pays du Moyen‑Orient se sont au contraire accélérés au cours des années 2010. Les immigrés d’Asie du Sud‑Est sont principalement venus durant les années 1980 pour des raisons humanitaires ; leurs arrivées ont nettement ralenti depuis. Près de trois quarts d’entre eux ont 45 ans ou plus en 2020. Inversement, l’immigration chinoise est beaucoup plus récente, jeune et féminine. Nés en France, les descendants d’immigrés sont beaucoup plus jeunes que le reste de la population. En 2020, 37 % sont mineurs et seuls 13 % ont 65 ans ou plus    figure 1. Leur profil reflète avec décalage les flux d’immigration passés. La part des mineurs est ainsi particulièrement élevée parmi les descendants originaires du Maghreb (46 %) et des autres pays d’Afrique (65 %). Inversement, celle des 65 ans ou plus est surreprésentée parmi ceux originaires d’Europe (28 %) et notamment d’Espagne et d’Italie (35 %). La population immigrée est longtemps restée majoritairement masculine, lorsqu’elle était principalement destinée à combler les besoins de main‑d’œuvre. Elle se féminise cependant à partir des années 1970, dans un premier temps à la faveur du regroupement familial, mais les femmes migrent depuis de plus en plus souvent pour d’autres raisons (étudier, trouver un emploi en adéquation avec leur diplôme, etc.)    figure 3. Depuis 2010, les femmes immigrées sont légèrement plus nombreuses que les hommes : elles constituent 52 % de la population immigrée en 2021, alors qu’en 1968, elles en représentaient seulement 44 %, et 48 % en 1990. Parmi les immigrés arrivés en France en 2019, les femmes sont également majoritaires (52 %), en particulier parmi ceux originaires d’Asie du Sud‑Est (64 %), de Chine (61 %), d’Amérique et d’Océanie (56 %) et du Maghreb (54 %).  Définitions Immigrés, descendants d’immigrés : voir Glossaire.  Pour en savoir plus • « La diversité des origines et la mixité des unions progressent au fil des générations », Insee Première n° 1910, juillet 2022. • « En 2017, 44 % de la hausse de la population provient des immigrés », Insee Première n° 1849, avril 2021. • « Quarante ans d’évolution de la démographie française : le vieillissement de la population s’accélère avec l’avancée en âge des baby‑boomers », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2019.