Fiches thématiques Conditions de vie
136 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 5.1 Niveau de vie et pauvreté monétaire En 2019, la moitié des immigrés ont un niveau de vie annuel inférieur à 17 000 euros, soit 1 417 euros par mois figure 1. Ce niveau de vie médian est inférieur de 15 % à celui des descendants d’immigrés (19 970 euros) et de 26 % à celui des personnes sans ascendance migratoire (22 880 euros). 31,5 % des immigrés ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté monétaire, qui est de 1 102 euros par mois. Ce taux de pauvreté monétaire est près de trois fois plus élevé que celui des personnes sans ascendance migratoire (11,1 %). Celui des immigrés nés en Afrique (39,2 %) et en Asie (36,4 %) est nettement supérieur à celui des immigrés originaires d’Europe (19,5 %) : ces derniers sont en moyenne plus âgés, moins souvent au chômage et plus diplômés. Par ailleurs, 21,7 % des descendants d’immigrés sont en situation de pauvreté monétaire. Leur situation diffère fortement selon l’origine géographique de leurs parents. Ainsi, le taux de pauvreté des descendants d’immigrés d’origine africaine (26,7 %) ou asiatique (31,3 %) est nettement plus élevé que celui des descendants d’immigrés d’origine européenne (11,9 %), lui‑même très proche de celui des personnes sans ascendance migratoire. Comme pour les immigrés, les descendants d’immigrés d’origine européenne sont plus âgés que les descendants d’immigrés d’origine africaine et asiatique (47 ans en moyenne, contre 27 et 23 ans) et ont un taux d’activité beaucoup plus élevé. Les revenus d’activité (salaires et revenus des indépendants) représentent la principale composante du niveau de vie moyen des immigrés (73 %), des descendants d’immigrés (79 %) et des personnes sans ascendance migratoire (76 %) figure 2. Les prestations sociales ont une plus grande part dans le niveau de vie des immigrés (12 %) et des descendants d’immigrés (10 %) que dans celui des personnes sans ascendance migratoire (5 %). Pour les immigrés, cette part va de 6 % pour ceux nés en Europe à 18 % pour ceux nés en Afrique, ces derniers ayant des revenus d’activité inférieurs, un taux de chômage plus élevé et des familles plus nombreuses. La part des revenus du patrimoine dans le niveau de vie est également plus faible pour les immigrés (7 %) que pour les personnes sans ascendance migratoire (10 %), avec des variations selon les origines (4 % et 6 % pour ceux nés en Afrique et en Asie, mais 10 % pour ceux nés en Europe). Elle est du même ordre pour les descendants d’immigrés et pour les immigrés (7 %). Avant redistribution, le niveau de vie moyen des immigrés est inférieur de 30 % à celui des personnes sans ascendance migratoire figure 3. Cet écart se réduit à 23 % après prise en compte des transferts sociaux et prélèvements d’impôts directs. Le niveau de vie des immigrés est inférieur à celui des personnes sans ascendance migratoire quelle que soit la configuration familiale. L’écart est particulièrement élevé pour les immigrés appartenant à un couple avec trois enfants ou plus : il atteint − 50 % avant redistribution et − 37 % après transferts et prélèvements. Il est moindre pour les personnes seules (− 15 % avant redistribution et − 11 % après transferts et prélèvements). Les immigrés d’origine européenne vivant seuls ont notamment un niveau de vie supérieur (+ 10 %) à celui des personnes seules sans ascendance migratoire dans la même situation. Définitions Immigrés, niveau de vie, descendants d’immigrés, pauvreté monétaire, redistribution : voir Glossaire. Pour en savoir plus • « Revenu, niveau de vie et pauvreté en 2019 », Insee Résultats, novembre 2021. • « Niveau de vie et pauvreté des immigrés » in Revenus et patrimoine des ménages, coll. « Insee Références », édition 2021.
137Insee Références – Édition 2023 – Fiche 5.1 – Niveau de vie et pauvreté monétaire
1. Distribution des niveaux de vie et taux de pauvreté selon l’ascendance migratoire
en 2019
Niveau de vie annuel (en euros) Taux
de pauvreté
(en %)
Niveau de vie médian (D5)
des personnes pauvres
(en euros/mois)Moyenne 1er décile
(D1)
Médiane
(D5)
9e décile
(D9)
Immigrés 20 520 9 070 17 000 34 400 31,5 859
Afrique 17 460 8 550 14 850 27 780 39,2 857
Europe 24 670 10 640 20 480 40 810 19,5 885
Asie 19 930 8 810 16 070 36 530 36,4 852
Amérique, Océanie 23 250 9 270 20 130 39 940 25,4 ns
Descendants d’immigrés 23 150 10 080 19 970 38 140 21,7 871
Afrique 21 310 9 460 17 760 35 720 26,7 872
Europe 25 850 12 270 22 900 40 710 11,9 867
Asie 23 260 9 320 18 470 39 580 31,3 890
Amérique, Océanie 22 770 9 270 20 330 38 800 24,0 ns
Ni immigrés ni descendants d’immigrés 26 170 12 810 22 880 40 820 11,1 893
Ensemble 25 190 11 660 22 040 39 930 14,6 885
ns : non significatif, la taille de l’échantillon n’est pas suffisante pour une exploitation.
Lecture : en 2019, 31,5 % des personnes immigrées ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté (60 % du niveau de vie médian).
Champ : France métropolitaine, personnes vivant dans un ménage dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne
de référence n’est pas étudiante.
Sources : Insee‑DGFiP‑Cnaf‑Cnav‑CCMSA, enquête Revenus fiscaux et sociaux 2019.
2. Composition du niveau de vie moyen selon l’ascendance migratoire en 2019
– 5 000
0
5 000
10 000
15 000
20 000
25 000
30 000
35 000
Immigrés Descendants d'immigrés Ni immigrés ni descendants
d'immigrés
Ensemble
en euros par an
Revenus d'activité Allocations chômage Pensions et retraites
Revenus du patrimoine Prestations sociales1 Impôts directs2
Niveau de vie moyen
1 Les prestations sociales incluent la prime d’activité et la CRDS (pour les prestations famille et logement).
2 Impôt sur le revenu, taxe d’habitation, CSG, CRDS et prélèvements libératoires sur valeurs mobilières et autres prélèvements
sociaux sur les revenus du patrimoine.
Lecture : en 2019, le niveau de vie annuel moyen d’une personne immigrée est de 20 520 euros, dont 15 080 euros de revenus d’activité.
Champ : France métropolitaine, personnes vivant dans un ménage dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne
de référence n’est pas étudiante.
Sources : Insee‑DGFiP‑Cnaf‑Cnav‑CCMSA, enquête Revenus fiscaux et sociaux 2019.
3. Écarts de niveau de vie entre immigrés et personnes ni immigrées ni descendantes
d’immigrés selon le type de ménage en 2019
– 55 – 45 – 35 – 25 – 15 – 5 0
Ensemble
Ménage complexe
Couple avec 3 enfants ou plus
Couple avec 1 ou 2 enfants
Couple sans enfant
Famille monoparentale
Personne seule
en %
Avant transferts et prélèvements Après transferts et prélèvements
Lecture : en 2019, au sein des ménages de personnes seules, l’écart de niveau de vie moyen entre un immigré et une personne
ni immigrée ni descendante d’immigrés est de – 15,4 % avant transferts et prélèvements.
Champ : France métropolitaine, personnes vivant dans un ménage dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne
de référence n’est pas étudiante.
Sources : Insee‑DGFiP‑Cnaf‑Cnav‑CCMSA, enquête Revenus fiscaux et sociaux 2019.
138 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023
5.2 Privation matérielle et sociale et endettement
L’indicateur européen de privation matérielle
et sociale est fondé sur la mesure des
conséquences de la faiblesse des revenus :
privations, impossibilité d’acquérir ou de
consommer certains biens ou de participer
à certaines activités sociales ou de loisirs. En
2020, 29 % des immigrés sont en situation de
privation matérielle et sociale, contre 10 % des
non‑immigrés figure 1. Parmi les immigrés, la
pauvreté en conditions de vie affecte beaucoup
plus fortement ceux originaires d’Afrique (43 %)
que ceux originaires d’Europe (14 %), en moyenne
moins souvent au chômage et plus diplômés.
Les immigrés sont plus souvent touchés par les
différents types de restrictions et privations que
les non‑immigrés, de l’insuffisance des ressources
(plus de la moitié des immigrés déclarent ne pas
pouvoir faire face à une dépense imprévue
d’environ 1 000 euros, contre un peu plus d’un
quart des non‑immigrés) aux restrictions de
consommation (18 % des immigrés ne peuvent
pas s’acheter de vêtements neufs, contre 8 %
des non‑immigrés) et d’accès aux loisirs et aux
vacances figure 2. Toutes ces restrictions et
privations affectent plus fortement les immigrés
originaires d’Afrique que les autres, en particulier
que ceux originaires d’Europe et d’Asie. Ainsi,
19 % des immigrés nés en Afrique ne peuvent
avoir de voiture personnelle pour des raisons
financières, contre seulement 3 % de ceux nés en
Europe ; 47 % ne peuvent s’offrir une semaine de
vacances hors de leur domicile, contre 22 % des
immigrés d’origine européenne.
En 2020, 41 % des immigrés sont endettés à
titre privé, c’est‑à‑dire qu’ils remboursent un
emprunt ou un crédit pour des besoins privés
figure 3. 24 % ont contracté un emprunt
immobilier. Ils sont moins souvent endettés
que les non‑immigrés : 52 % de ces derniers
ont contracté au moins un emprunt, 36 %
pour un motif immobilier. Par ailleurs, les
remboursements d’emprunts, tous crédits
confondus, effectués par les immigrés sont
plus faibles que ceux des non‑immigrés,
avec un montant remboursé mensuel médian
de 550 euros pour les premiers contre
700 euros pour les seconds. En revanche, leur
taux d’endettement médian est très proche :
le montant médian de remboursement
d’emprunts représente 17 % du revenu
disponible des immigrés, contre 18 % de celui
des non‑immigrés.
Les immigrés originaires d’Afrique sont moins
souvent endettés (35 %) que ceux d’autres
provenances géographiques, notamment
d’Asie (50 %) et d’Amérique et d’Océanie
(53 %). C’est particulièrement le cas lorsque
le motif est immobilier (respectivement
15 % seulement, contre 37 % et 32 %). Le taux
médian d’endettement des immigrés d’origine
africaine (14 %) est nettement inférieur à celui
des immigrés originaires d’Asie (20 %) , et leur
montant mensuel médian de remboursement
d’emprunt deux fois plus faible (400 euros,
contre 800 euros).
Définitions
L’indicateur de privation matérielle et sociale de l’Union européenne est défini comme la part de personnes vivant
en logement ordinaire ne pouvant pas couvrir les dépenses liées à au moins cinq éléments de la vie courante sur treize
considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable.
Immigrés : voir Glossaire.
Pour en savoir plus
• « Privations matérielles et sociales depuis 2013 », Insee Résultats, juillet 2022.
• « Satisfaction et privation matérielle et sociale en 2021 », Insee Focus n° 261, février 2022.
139
Insee Références – Édition 2023 – Fiche 5.2 – Privation matérielle et sociale et endettement
1. Taux de privation matérielle et sociale selon l’ascendance migratoire
0
5
10
15
20
25
30
35
40
45
Immigrés
Nés en
Afrique
Nés en
Europe
Nés en
Asie
Nés en
Amérique, Océanie
Non-immigrés
Ensemble
en %
Lecture : en 2020, 29 % des personnes immigrées sont en situation de privation matérielle et sociale (cumulent cinq des treize
privations de l’indicateur européen).
Champ : France métropolitaine, personnes de 16 ans ou plus vivant en logement ordinaire.
Source : Insee, enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) 2020.
2. Privations matérielles et sociales selon l’ascendance migratoire
0
10
20
30
40
50
60
Ne pas avoir accès à Internet
Ne pas avoir deux paires de bonnes chaussures
Ne pas avoir de voiture personnelle
Ne pas pouvoir maintenir son logement
à bonne température
Ne pas pouvoir avoir un repas contenant des protéines
au moins tous les deux jours
Ne pas pouvoir retrouver des amis ou de la famille au moins
une fois par mois pour boire un verre ou pour un repas
Avoir des impayés de mensualités d’emprunts, de loyer
ou de factures d’électricité, d’eau ou de gaz
Ne pas pouvoir acheter des vêtements neufs
Ne pas pouvoir dépenser une petite somme d’argent
pour soi sans avoir à consulter quiconque
Ne pas avoir une activité de loisirs régulière
Ne pas pouvoir s’offrir une semaine de vacances
hors de son domicile
Ne pas pouvoir remplacer des meubles hors d’usage
Ne pas pouvoir faire face à des dépenses inattendues
en %
Immigrés
Non-immigrés
Lecture : en 2020, 52 % des personnes immigrées et 26 % des personnes non immigrées déclarent ne pas pouvoir faire face
à des dépenses inattendues.
Champ : France métropolitaine, personnes de 16 ans ou plus vivant en logement ordinaire.
Source : Insee, enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) 2020.
3. Endettement selon l’ascendance migratoire
Part des personnes endettées à titre privé
(en %)
Montant remboursé
mensuel médian
(en euros)
Taux médian
d’endettement
(en %)
Ensemble
Pour un emprunt immobilier
Immigrés
41
24
550
17
Nés en Afrique
35
15
400
14
Nés en Europe
43
29
560
18
Nés en Asie
50
37
800
20
Nés en Amérique, Océanie
53
32
800
14
Non-immigrés
52
36
700
18
Ensemble
50
34
680
17
Lecture : en 2020, 41 % des personnes immigrées sont endettées à titre privé ; 24 % le sont pour un emprunt immobilier.
Champ : France métropolitaine, ensemble des personnes vivant en logement ordinaire.
Source : Insee, enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) 2020.