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L’emploi a fait une place plus grande aux femmes et aux très qualifiés Les évolutions des comportements d’activité ont naturellement eu des répercussions sur l’emploi. En 2012, les femmes représentent 48 % des personnes qui travaillent contre 37 % en 1975. Le taux d’emploi 2 des personnes de 15-24 ans a fortement baissé jusqu’au milieu des années 1990 avant de globalement se stabiliser. Celui des 50-64 ans a diminué au début des années 1980 et n’a commencé à remonter qu’à partir du milieu des années 1990. Le taux d’emploi des 25-49 ans a augmenté, la plus grande participation des femmes à l’emploi faisant plus que compenser la plus faible participation des hommes 3 . Ces 30 dernières années ont aussi vu une déformation des emplois selon la qualification (fi gure 3)et le diplôme. Ces phénomènes résultent à la fois de facteurs d’offre de travail (en moyenne, un plus haut niveau de diplôme) mais aussi de demande (le développement ou la contraction de certains secteurs, des changements techniques et organisationnels). Lorsqu’on répartit les emplois en trois catégories de qualification (peu qualifiés, qualifiés et très qualifiés) 4 ,i l apparaît que depuis 1982 la part des très qualifiés progresse régulièrement (passant de 39 % à 50 %). Cette hausse se faisait jusqu’au début des années 1990 au détriment des emplois peu quali- fiés, alors que, depuis une petite dizaine d’années, c’est la part des emplois qualifiés qui diminue sensiblement, celle des peu qualifiés se stabilisant. L’arrêt de la baisse de la part des emplois peu qualifiés pourrait résulter de la combinaison de deux causes. L’une « technologique » : le marché du travail aurait atteint une part incompressible d’emplois peu qualifiés, concentrés essentielle- ment dans les fonctions support, en deçà de laquelle le fonctionnement de l’économie serait moins performant ; l’autre économique : les divers allégements de cotisations sociales sur les bas salaires, mis en place depuis 1993, ont pu favoriser la demande de travail sur ces postes. Dossier - Trois décennies d'évolutions du marché du travail 57 0 20 40 60 80 100 en % 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 Très qualifiés Qualifiés Peu qualifiés 3. Répartition de l’emploi par catégories socioprofessionnelles Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus ayant un emploi (hors agriculteurs exploitants et contingent). Note : données corrigées pour les ruptures de série. Source : Insee, enquêtes Emploi.2. Ratio du nombre de personnes en emploi sur la population totale. 3. Les taux d’emploi par grande tranche d’âge et par sexe sont présentés dans la ficheEmploi et chômagede cet ouvrage. 4. La distinction entre ouvriers et employés qualifiés et non qualifiés s’appuie sur les propositions de Burnod et Chenu (2001). La décomposition en trois sous-gr oupes a l’avantage de la simplicité, permet d’échapper aux effets de la désin- dustrialisation et se rapproche d’une hiérarchie des salaires. On considère comme « peu qualifiés » les employés non qualifiés et les ouvriers non qualifiés, comme « qualifiés » les employés qualifiés et les ouvriers qualifiés, comme « très qualifiés » les artisans, commerçants et chefs d’entreprises, les cadres et professions intellectuelles supérieures, et les professions interm édiaires. Cette cla ssification est par exem ple utilisée par Cottet et al. (2012). La répartition par secteur d’activité des emplois a aussi fortement évolué. Entre 1975 et 2012, la part des emplois dans l’agriculture est passée de 9 % à 2 %, celle dans l’industrie de 26 % à 13 %, celle dans la construction de 9 % à 6 %, alors que celle dans le tertiaire passait de 56 % à 78 %. Faisant suite à la démocratisation scolaire, le niveau de diplôme de la population ayant un emploi a fortement évolué. La part des personnes ayant le bac, bac+2 ou un diplôme supérieur à bac+2 a très fortement augmenté, passant respectivement de 10 %, 6 % et 6 % en 1982, à 20 %, 15 % et 19 % en 2012. Ces hausses se sont faites au détriment de la part des personnes sans diplôme ou ayant seulement le certificat d’études, qui s’est effondrée, passant de 47 % à 15 %. Obtention d’un emploi et niveau de diplôme élevé apparaissent de plus en plus liés. Ainsi, parmi les personnes de 25 à 49 ans, le taux d’emploi de celles ayant un diplôme de niveau bac+2 est le plus élevé et augmente tendanciellement depuis 30 ans. À l’inverse, celui des personnes sans diplôme ou avec le certificat d’études est le plus faible et baisse régulièrement sur longue période. Plus récemment, depuis le début de la crise en 2008, la baisse du taux d’emploi des moins diplômés s’est accentuée. Ainsi, le taux d’emploi des personnes n’ayant que le brevet des collèges a perdu en 4 ans près de 7 points, alors que celui des personnes ayant bac+2 s’est à peu près maintenu (figure 4). Des formes particulières d’emploi émergent : surtout des temps partiels et des contrats précaires Les évolutions de l’emploi ne se limitent pas aux caractéristiques des personnes en ayant un. Les formes d’emploi ont aussi beaucoup changé durant ces 30 dernières années. Le travail à temps partiel s’est ainsi fortement développé, tout particulièrement chez les femmes (figure 5). Parmi les femmes qui travaillent, 16 % étaient à temps partiel en 1975, elles sont 30 % dans ce cas en 2012. Ce niveau, atteint pour la première fois en 1997, est stable depuis. Pour les femmes, le fait de travailler à temps partiel résulte souvent d’un choix mais pas toujours. Ainsi, depuis 1990, la part des femmes à temps partiel souhaitant travailler davantage oscille entre un quart et un tiers. Le développement du travail à temps partiel concerne aussi les hommes mais de façon plus marginale. Depuis 1993, la proportion de temps partiels chez les hommes oscille entre 5 % et 6 %, et 30 % à 40 % d’entre eux souhaiteraient travailler davantage. 58 Trente ans de vie économique et sociale 60 65 70 75 80 85 90 95 1982 1987 1992 1997 2002 2007 2012 en % Baccalauréat + 2 ans Diplôme supérieur à bac + 2 ans CAP, BEP ou autre diplôme de ce niveau Baccalauréat ou brevet professionnel Brevet des collèges Aucun diplôme ou CEP 4. Taux d’emploi des 25 à 49 ans selon le diplôme le plus élevé Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 25 à 49 ans. Note : données corrigées pour les ruptures de série. Source : Insee, enquêtes Emploi.

Depuis 1982, les contrats de travail temporaire sedéveloppent fortement, tout particulière- ment chez les jeunes(fi gure 6). Ainsi, la part des CDD (et contrats saisonniers) parmi les jeunes salariés de 15 à 24 ans est passée de 11 % en 1984 à 25 % en 1987 ; depuis cette date, elle se situe entre 25 % et 30 %. Toujours pour les salariés de 15-24 ans, la part des apprentis progresse régulièrement, alors que celle des intérimaires a augmenté jusqu’au début des années 2000 et s’est stabilisée depuis. Chez les plus de 25 ans, le travail en CDD et en intérim s’est aussi accru mais dans des proportions moindres. La part des CDD (et contrats saisonniers) parmi les salariés de 25 ans et plus est ainsi passée de 3 % au milieu des années 1980 à 7 % au milieu des années 1990. Elle oscille depuis entre 7 et 8 %. La part des intérimaires progresse, elle aussi, mais r e s t ei n f é r i e u r eà2% . Dossier - Trois décennies d'évolutions du marché du travail 59 en % 0 5 10 15 20 25 30 35 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 Femmes travaillant à temps partiel Hommes travaillant à temps partiel dont : femmes souhaitant travailler davantage dont : hommes souhaitant travailler davantage 2012 5. Part des emplois à temps partiel selon le sexe Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus ayant un emploi. Note : données corrigées pour les ruptures de série. Pour les personnes à temps partiel souhaitant travailler davantage, il y a cependant une rupture de série en 2008 qui n’a pas pu être corrigée. Depuis 2008, la formulation de la question sur le souhait de travailler plus d’heures a été modifiée pour se rapprocher du concept BIT. Ce souhait est désormais exprimé pour une semaine donnée et non plus à un horizon indéterminé. Source : Insee, enquêtes Emploi. en % 35 0 5 10 15 20 25 30 1982 1987 1992 1997 2002 2007 2012 Apprentis Intérimaires CDD et contrats saisonniers (public et privé) 6. Part des formes particulières d’emploi chez les salariés de 15 à 24 ans Champ : France métropolitaine, population des ménages, salariés de 15 à 24 ans. Note : données corrigées pour les ruptures de série. Source : Insee, enquêtes Emploi. Le chômage oscille à des niveaux élevés tout en étant très inégalement réparti selon l’âge et la qualification De 1975 à 2012, le chômage a connu deux phases distinctes : dix années de hausse tendancielle ininterrompue et, depuis, des fluctuations au gré de la conjoncture économique, mais à un niveau qui se maintient entre 7,5 % et 10,5 %. Ceci est le signe d’une forte accen- tuation du chômage structurel par rapport aux Trente Glorieuses, quelle que soit la définition retenue pour le chômage structurel. Un des phénomènes les plus marquants de la période récente est le rapprochement des taux de chômage des hommes et des femmes (fi gure 7). Alors que le taux de chômage des femmes était structurellement plus élevé, l’écart avoisinant les 4 points durant les années 1980, le taux de chômage des hommes s’est tendanciellement rapproché. Depuis 2008, cet écart vaut moins d’un point 5 . Dans de nombreux pays européens, le taux de chômage des femmes est déjà plus faible que celui des hommes (par exemple en Allemagne, au Royaume-Uni et dans la plupart des pays scandinaves ou de l’Est). Plusieurs explications peuvent être avancées : la tertiarisation de l’économie, un progrès technique ou organisationnel qui s’accorderait mieux avec certains profils de compétences, un niveau d’éducation plus élevé pour les femmes, etc. Si les taux de chômage masculin et féminin tendent à se rapprocher, les différences par âge (fi gure 8)sont de plus en plus marquées. Sur la période, le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans a plus que triplé, passant de 6, 8 % en 1975 à 23,9 % en 2012. Depuis 1982, ce taux n’est jamais retombé en dessous de 15 %. Surreprésentés dans les secteurs et les statuts d’emploi les plus exposés aux fluctuations conjoncturelles, les jeunes constituent une variable d’ajustement sur le marché du travail. Cette situation pourrait aussi être liée à un effet de « sélection ». En effet, avec l’allongement des études, le taux d’activité des jeunes est actuel- lement nettement plus faible que durant les années 1970. Or, on peut penser que le fait d’avoir « choisi » de prolonger ou non ses études ne s’est pas fait au hasard et que ceux qui les ont prolongées avaient plus de chances de trouver un emploi que ceux qui ne l’ont pas fait. 60 Trente ans de vie économique et sociale en % 1975 2 0 4 6 8 10 12 14 1979 1983 1987 1991 1995 1999 2003 2007 2012 Femmes Ensemble Hommes 7. Taux de chômage par sexe Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus. Note : données corrigées pour les ruptures de série. Source : Insee, enquêtes Emploi. 5. En données trimestrielles, ces taux ont même été égaux une fois, au quatrième trimestre 2009. D’autres inégalités face au chômage sont manifestes, notamment en termes de catégories socioprofessionnelles (fi gure 9). Les cadres et professions intellectuelles, ainsi que les professions intermédiaires, sont moins touchés par le chômage et les écarts avec les autres CS se sont amplifiés. Ainsi, le taux de chômage des cadres en 2012 est le même qu’au début des années 1980, tandis qu’il a légèrement augme nté pour les professions intermédiaires. Les ouvriers qualifiés et les employés ont des taux de chômage plus élevés mais aussi plus volatils. Ce sont les ouvriers non-qualifiés qui ont à la fois le niveau de chômage le plus élevé et l’évolution la plus défavorable, avec une tendance nette à la hausse, notamment lors de la crise de 2009. Dossier - Trois décennies d'évolutions du marché du travail 61 0 5 10 15 20 25 30 1975 1979 1983 1987 1991 1995 1999 2003 2007 2012 en % 1 5à2 4a n s 2 5à4 9a n s 5 0à6 4a n s 8. Taux de chômage par âges regroupés Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes actives de 15 à 64 ans. Note : données corrigées pour les ruptures de série. Source : Insee, enquêtes Emploi. 0 5 10 15 20 25 1982 1987 1992 1997 2002 2007 2012 en % Ouvriers non qualifiés Employés Cadres et professions intellectuelles supérieures Ouvriers qualifiés Professions intermédiaires 9. Taux de chômage par catégories socioprofessionnelles Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes actives de 15 ans ou plus. Note : données corrigées pour les ruptures de série. Source : Insee, enquêtes Emploi. Le lien entre chômage et croissance a changé La comparaison des évolutions des taux de chômage conduit à penser que le lien entre chômage et cycle économique est plus ou moins fort selon les groupes de population et la période. En particulier, la grande amplitude du taux de chômage des jeunes pourrait laisser croire que ce taux est beaucoup plus lié à la conjoncture que celui des personnes plus âgées. Pour étudier ces aspects, on s’est intéressé aux corrélations trimestrielles entre la variation de différents taux de chômage et le taux de croissance du PIB (encadré 1). Depuis 1990, le taux de chômage des 15-24 ans n’apparaît pas plus corrélé au taux de croissance que celui des 25-49 ans, il l’était même moins entre 1975 et 1990. Le taux de chômage des plus de 50 ans est depuis 20 ans le moins corrélé à la croissance. En effet, il est fortement conditionné par les politiques de départs en retraite dont les incidences ne s’inscri- vent pas directement en phase avec les cycles économiques. Néanmoins, il convient de distin- guer corrélation avec la croissance et volatilité. Par exemple, depuis 1990, les variations des taux de chômage des 15-24 ans et des 25-49 ans ont à peu près la même corrélation avec la croissance (de l’ordre de – 0,5) ; pour autant la variabilité conjoncturelle du taux de chômage des 15-24 ans est nettement plus fort e (écart-type de 0,71 contre 0,24). 62 Trente ans de vie économique et sociale Encadré 1 Étude de la corrélation entre le taux de chômage et le taux de croissance du PIB On note g le taux de croissance trimestriel du PIB en volume, du 15,d u 15-24,d u 25-49 et du 50 les variations trimestrielles du taux de chômage des personnes de 15 ans ou plus, 15-24 ans, 25-49 ans et 50 ans ou plus. On estime, d’une part, les corré- lations entre ces variables sur deux périodes (figure 1), d’autre part, des régressions du type : du g tt15 1, =− +αβ ε qui permettent de modéliser le taux de crois- sance trimestriel stabilisant le taux de chômage (fi gure 2): g = α β . Ces spécifications sont des formes simplifiées courantes de la loi d’Okun. O nac h o i s id et e r m i n e rl ap r e m i è r ep é r i o d e en 1990 car la hausse tendancielle du taux de chômage s’est arrêtée à la fin des années 1980. Choisir l’année 1995 comme séparation ne change pas qualitativement les résultats, hormis pour les personnes de 50 ans ou plus pour lesquelles la corrélation passe à – 0,22 entre 1975 et 1995, et à – 0,30 entre 1995 et 2011. 15-24 ans 25-49 ans 50 ans ou plus 15 ans ou plus 1975-1990 – 0,24* – 0,38*** – 0,33*** – 0,31** 1990-2011 – 0,53*** – 0,50*** – 0,26** – 0,53***

  1. Corrélations entre le taux de croissance du PIB et les variations du taux de chômage de différents groupes d’âge, pour les périodes 1975-1990 et 1990-2011 *** significatif à 1 %, ** à 5 %, * à 10 %. Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus. Source : Insee, enquêtes Emploi ; calculs de l’auteur. 15-24 ans 25-49 ans 50 ans ou plus 15 ans ou plus 1975-1990 1,15 1,35 1,41 1,27 1990-2011 0,49 0,48 0,46 0,46
  2. Taux de croissance trimestriel stabilis ant le chômage de différents groupes d’âge, pour les périodes 1975-1990 et 1990-2011 en % Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus. Source : Insee, enquêtes Emploi ; calculs de l’auteur. En revanche, hormis pour les plus de 50 ans, le lien entre la croissance du PIB et la varia- tion du taux de chômage s’est accentué depuis le début des années 1990 : la corrélation a augmenté (en valeur absolue). Ceci contribue à réduire le taux de croissance stabilisant le taux de chômage. Ce taux est passé, pour les 15 ans et plus, de près de 5 % en rythme annuel entre 1975 et 1990, à un peu moins de 2 % depuis. La flexibilisation accrue du marché du travail est une piste couramment avancée pour expliquer ce renforcement du lien (négatif) entre la crois- sance et le chômage. On peut remarquer que le taux de croissance stabilisant le chômage varie peu avec l’âge, tout particulièrement depuis 1990. Les contrats aidés, une réponse à la dégradation du marché du travail Un des outils mis en place par les pouvoirs publics pour améliorer l’insertion profession- nelle des personnes éloignées de l’emploi a été la création de différents dispositifs de contrats aidés. On considère ici deux types de contrats aidés : les contrats aidés du secteur marchand hors alternance, permettant de bénéficier d’exonérations de cotisations sociales et de primes à l’embauche (sur la période considérée, les deux principaux dispositifs dans ce champ sont le contrat initiative emploi, CIE, et le contrat de retour à l’emploi, CRE) ; les contrats aidés du secteur non-marchand (comme le contrat emploi jeune, CEJ, ou le contrat d’accompagne - ment dans l’emploi, CAE). La liste des dispositifs pris en compte, dont le plus ancien a été créé en 1989, est présentée dans l’encadré 2 6 . La massive et régulière montée en charge du recours aux contrats aidés durant les années 1990 (figure 10)a conduit à plus de 800 000 bénéficiaires, à partir de la fin de l’année 1996. Ces contrats aidés étaient particulièrement nombreux dans le secteur marchand avec plus de 400 000 contrats en 1997, correspondant essentiellement à des CIE. Dans le secteur non marchand, ils ont connu leur apogée au tout début des années 2000, avec plus de 500 000 bénéficiaires, dont environ 200 000 emplois- jeunes et 200 000 contrats emploi solidarité (CES). Depuis, les nombres de contrats aidés ont très nettement reflué, tout particulièrement ceux du secteur marchand et, dans des proportions moindres, dans le secteur non marchand (entre 200 000 et 300 000 personnes depuis quelques années). Le nombre de bénéficiaires de contrats aidés ne correspond cependant pas au nombre d’emplois effectivement créés grâce à ces aides. En effet, il peut exister des effets d’aubaine : un employeur comptant embaucher un salarié de toute façon et qui l’embauche avec un contrat aidé réalise une économie sans qu’il existe d’effet net du contrat sur l’emploi. Évaluer les effets Dossier - Trois décennies d'évolutions du marché du travail 63 Encadré 2 Liste des contrats aidés étudiés Pour le secteur marchand, sont considérés les contrats de retour à l’emp loi, les contrats initia- tive emploi sous leurs deux formes, les contrats d’insertion – revenu minimum d’activité sous leurs deux formes et les contrats uniques d’insertion. Pour le secteur non marchand, sont pris en compte les contrats emploi solidarité, les contrats emploi consolidé, les contrats emploi ville, les contrats emploi jeune, les contrats d’accompa- gnement dans l’emploi, les contrats d’avenir et les contrats uniques d’insertion.
  3. Un certain nombre des dispositifs considérés ont succédé à d’autres contrats. C’estle cas du CES (contrat emploi solida- rité) qui a remplacé en 1990 le TUC (travau x d’utilité collective), créé en 1984, qui était un stage à mi-temps rémunéré d’une durée de six mois maximum. C’est aussi le cas du CRE (contrat de retour à l’emploi) créé en 1989. nets sur l’emploi de l’ensemble de ces dispositifs est extrêmement complexe. On présente ici à titre d’illustration le chiffrage des effets nets sur l’emploi effectué pour la Note de conjoncture de l’Insee
  4. Il faut souligner qu’il s’agit d’une approche de court terme, où l’on ne regarde pas si le contrat permet d’accroître l’employabilité future à la sortie du contrat. C’est aussi une approche où seule la demande de travail est le facteur limitant. On présente (figure 11)le cumul des effets trimestriels depuis 1990. On suppose ici qu’il n’y a pas d’effet d’aubaine dans le secteur non marchand, alors qu’il est considéré comme élevé (de l’ordre de 80 %) dans le marchand. De ce fait, l’effet cumulé sur l’emploi est essentiellement porté par le secteur non marchand. Cet effet a, comme pour les stocks, connu une montée en charge au cours des années 1990 pour atteindre un maximum d’environ 500 000 emplois créés, avant de refluer et d’avoisiner en 2012 les 200 000 emplois créés. 64 Trente ans de vie économique et sociale 0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 90- T1 91- T1 92- T1 93- T1 94- T1 95- T1 96- T1 97- T1 98- T1 99- T1 00- T1 01- T1 02- T1 03- T1 04- T1 05- T1 06- T1 07- T1 08- T1 09- T1 10- T1 11- T1 12- T1 en milliers Secteur non marchand Secteur marchand hors alternance
  5. Nombre de bénéficiaires des contrats aidés en fin de trimestre Champ : France métropolitaine. Sources : Dares ; calculs Insee.
  6. Le principe est le suivant : partant d’une variation δE k du stock de personnes en contrat aidé du type k d’un trimestre à l’autre, on applique un coefficient correcteur α k tel que l’effet net sur l’emploi soit égal à α δ k k E . Les coefficients correc- teurs sont supposés égaux à 1 dans le secteur non marchand, alors qu’ils sont beaucoup plus faibles dans le secteur marchand (ils sont compris entre 0,15 et 0,2 selon le type de contrat). La Dares a une autre évaluation des effets sur l’emploi des contrats aidés. Elle est présentée partiellement dans un rapport de la Cour des comptes (2011), pages 123 à 127. À titre de comparaison, la Dares considère un coefficient correcteur de 0,86 pour les CUI du secteur non marchand, et 0,12 pour les CUI du secteur marchand. 0 100 200 300 400 500 600 90- T1 91- T1 92- T1 93- T1 94- T1 95- T1 96- T1 97- T1 98- T1 99- T1 00- T1 01- T1 02- T1 03- T1 04- T1 05- T1 06- T1 07- T1 08- T1 09- T1 10- T1 11- T1 12- T1 en milliers Secteur non marchand Secteur marchand hors alternance
  7. Cumul des effets nets estimés des différents contrats aidés sur l’emploi Champ : France métropolitaine. Sources : Dares ; calculs Insee.