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En 2010, 966 000 personnes travaillent de manière régulière dans les exploitations de France métropolitaine, à temps plein ou partiel. Le nombre de ces actifs permanents a baissé de 52 % en vingt ans, comme le nombre d’exploitations. En 2010, les trois quarts des actifs permanents travaillent dans les grandes ou moyennes exploitations (au sens économique), en qualité d’exploitant ou de coexploitant (59 %), d’aide familial (20 %) ou de salarié permanent non familial (21 %). Depuis les années 1980, le salariat, qu’il soit permanent ou saisonnier, s’est développé et tend à se substituer à la main-d’œuvre familiale. Ainsi la part en UTA des aides familiaux dans l’emploi agricole a diminué dans les moyennes et grandes exploitations, de 35 % en 1988 à 11 % en 2010 (fi gure 6). Parallèlement, la part de la main-d’œuvre salariée permanente a augmenté de 12 % en 1988 à 19 % en 2010. Du fait du développement du salariat, la part des actifs à temps complet a augmenté : de 42 % des actifs permanents en 1988 à 53 % en 2010. Enfin, la part des travailleurs saisonniers ou occasionnels s’est accrue de 7 % en 1988 à 11 % en 2010. Le secteur des fruits et légumes et la viticulture ont souvent recours à ce type de main-d’œuvre. Le profil des exploitants agricoles s’est également transformé. Comme l’ensemble de la population active française, cette population a vi eilli. Elle s’est également féminisée. Entre 1988 et 2010, la proportion de femmes chefs d’exploitation ou coexploitantes est passée de 15 % à 27 %. Les femmes succèdent plus souvent à leur mari sur l’exploitation quand celui-ci prend sa retraite. Par ailleurs, suite à la loi d’orientation agricole de 1980, elles ont pu devenir coexploitantes, statut plus favorable que celui d’aide familiale en matière de protection sociale. Enfin, en 1999, le statutde conjoint-collaborateur a remplacé celui de conjoint parti- cipant aux travaux. La féminisation transforme l’activité agricole traditionnelle en la diversi - fiant (accueil à la ferme, transformation, vente directe…), ce qui permet d’apporter un complément de revenu. Au cours des dernières décennies, le niveau de formation des chefs d’exploitation et coexploitants a beaucoup augmenté. En 2010, 17 % d’entre euxont un diplôme d’études supérieures contre seulement 4 % en 1988. De même, 21 % possèdent un diplôme de niveau bac en 2010 contre 7 % en 1988. Les jeunes agriculteurs, âgés de moins de 40 ans, sont ainsi mieux formés que leurs aînés. Ils disposent même d’un niveau de formation supérieur à celui de l’ensemble de la popula- tion active du même âge. De fait, la dotation d’installation aux jeunes agriculteurs est condi- tionnée à un niveau de formation de plus en plus é levé. Les diplômés du supérieur sont plus fréquemment à la tête d’exploitations de grandes cultures que d’un élevage bovin. Dossier - De l’exploitation familiale à l ’entreprise agricole 29 Moyennes et grandes exploitations Petites exploitations 1988 2000 2010 2010 Chefs d’exploitation et coexploitants1 498 435 373 72 Aides familiaux2 385 149 69 18 Salariés permanents non familiaux 129 132 123 5 Actifs permanents 1 012 716 565 95 Saisonniers 73 90 75 4 ETA et Cuma 3 5 7 11 1 Ensemble France métropolitaine 1 090 813 651 100 Ensemble France … 834 670 116 6. Emploi dans les exploitations agricoles en milliers d’unités de travail agricole (UTA)

  1. Y compris conjoints de chef d’exploitation ou de coexploitant, eux-mêmes coexploitants.
  2. Conjoints non coexploitants de chef d’exploitation ou de coexploitant.
  3. ETA : entreprises de travaux agricoles, Cuma : coopérative d’utilisation de matériel agricole. Champ : France. Source : Agreste, recensements agricoles. De l’exploitation familiale à l’entreprise agricole Plus grandes, plus spécialisées, plus modernes et productives, dirigées par des exploitants de plus en plus diplômés, les exploitations agr icoles ressemblent de moins en moins aux exploitations familiales de l’après-guerre. Leur statut juridique a d’ailleurs évolué (fi gure 7). Entre 1988 et 2010, le nombre d’entreprises individuelles a baissé de 64 %, alors que celui des sociétés a augmenté de 124 %. Les entreprise s individuelles restent majoritaires dans l’ensemble des orientations productives, en dehors du secteur laitier, mais la part des sociétés n’en a pas moins crû de 7 % à près de 30 %. La superficie agricole utilisée par les formes socié- taires dépasse en moyenne celle des exploitations individuelles. Selon l’orientation de la production, elle peut être plus de trois fois plus élevée. Le mode de faire-valoir des terres, soit le type de relation entre le propriétaire des terres et l’exploitant qui en a la jouissance, témoigne aussi de la recherche d’agrandissement. En 2010, le fermage, qui consiste à louer des terres à un tiers ou un associé, est devenu le mode de faire-valoir le plus répandu, devant le faire-valoir direct, cas où le propriétaire exploite lui-même sa terre. Ainsi, 28 % des exploitants agricoles louent la totalité de leurs terres et 40 % en louent au moins une partie en complément de leurs propres terres. Le fermage concerne plus des trois quarts de la superficie agricole utilisée. Minoritaire pour les petites exploitations, sa part augmente avec la dimension économique et atteint 85 % pour les plus grandes. Les terres louées auprès de tiers constituent près de 80 % des fermages, tandis que les 20 % restantes correspondent aux terres louées par des exploitations de forme sociétaire auprès de leurs associés. Chez les jeunes exploitants (moins de 40 ans), les surfaces en fermage auprès de tiers représentent 70 % de la surface agricole, l’achat de terres étant pour eux un investissement trop lourd. /c110 30 Trente ans de vie économique et sociale 1988 2000 2010 1 Exploitants individuels 946,1 537,6 339,9 Formes sociétaires et diverses 65,5 123,6 146,6 EARL 1,6 55,9 78,6 GAEC 37,7 41,5 37,2 dont : GAEC laitier … … 0,4 Société civile (SCEA, …) 9,9 17,3 23,7 dont : SCL … … 0,5 SA, SARL 2,1 5,0 6,1 Groupement de fait 14,2 3,9 1,0 Autres statuts 2 5,2 2,6 3,5 France métropolitaine 1 016,8 663,8 490,0 France 1 067,1 698,5 514,7
  4. Statut juridique des exploitations en milliers d’exploitations
  5. À partir du recensement agricole 2010, une exploitation agricole correspond à un seul numéro d’établissement dans le répertoire Sirène.
  6. Autre personne physique ou morale. Champ : France. Source : Agreste, recensements agricoles 1988, 2000 et 2010. Dossier - De l’exploitation familiale à l ’entreprise agricole 31 Pour en savoir plus Bentoudja L., « Une redistribution des aides en faveur des élevages d’herbivores »,Agreste Primeur n° 259, avril 2011. Borzeix V., Codron S., Laureau D., Seban S., « Pourquoi une nouvelle réforme de la politique agricole commune ? Historique de la négociation, contenu de la nouvelle PAC et mise en œuvre en France », Ministère de l’Agriculture, Notes et études économiques n° 25, août 2006. Chatellier V., « La PAC et ses mécanismes actuels et futurs de régulation des marchés agricoles », Ministère de l’Agriculture, Notes et études socio-économiques n° 34, décembre 2010. Desriers M., « L’agriculture française depuis cinquante ans : des petites exploitations familiales aux droits à paiements uniques », Agreste Cahiers n° 2, juillet 2007. Dussol A-M., Hilal M., Kroll J-C., « 30 ans de PAC : plus de grandes cultures, moins de fourrages, autant de disparités géographiques », Agreste Cahiers n° 3, juillet 2003. Lefèbvre L., « Engrais minéraux azotés : ajustement des apports »,Agreste Primeurn° 291, octobre 2012. Ministère de l’Agriculture,GraphAgri 2012 - L’agriculture, la forêt et les industries agroalimentaires, Agreste. Ministère de l’Agriculture, Le monde agricole en tendances - Un portrait social prospectif des agriculteurs , La Documentation française, 2012. SSP - Insee, « Les comptes prévisionnels de l’agriculture française pour 2012 »,Agreste Les Dossiers n° 15, janvier 2013. Retour vers le futur : trente ans de projections démographiques Didier Blanchet et Françoise le Gallo* La démographie française a connu plusieurs i nfléchissements ou ruptures de tendance au cours des dernières décennies. Ceux-ci se sont répercutés sur les hypothèses et les résultats des projections démographiques régulière ment produites par l’Insee. Au début des années 1980, l’ensemble des données disponibles laissa ient attendre un arrêt assez rapide de la croissance de la population française : chute de la fécondité, forte réduction des flux migra- toires, ralentissement des gains d’espéranc e de vie. Cette perspective d’un retournement de la population s’est progressivement éloignée au cours des trente années qui ont suivi. Le vieillissement de la population n’a, lui, jamais été infirmé au cours du temps même si le discours sur les causes de ce vieillissement a, lui, légèrement évolué. L’effet prépondérant de l’allongement de la durée de la vie a été réaffirmé au cours des exercices de projection successifs. Les projections démographiques ne peuvent p rétendre à l’exactitude lorsqu’elles décri- vent l’évolution à venir de la population et de sa structure. Elles cherchent, plus modeste- ment, à balayer au mieux l’éventail des futur s démographiques possibles, sur la base des tendances courantes. On s’intéresse ici aux pr ojections des trente dernières années, en les resituant dans une perspective plus longue : cela fait en effet plus d’une cinquantaine d’années que l’Insee produit ce type de projections, en général à l’issue de chaque recense- ment. Les premières projections produites p ar l’Institut l’avaient été en pleine période du baby-boom et tablaient sur sa poursuite à court et moyen termes. Les projections conduites depuis les années 1980 ont intégré la fin de cette parenthèse de forte natalité. Elles ont d’abord conduit à anticiper un arrêt assez rapide de la croissance de la population française. Cette perspective s’est rééloignée dans les p rojections plus récentes, mais sans remise en cause d’une autre tendance de fond, l’élévation de la part de la population âgée. Des projections démographiques à long terme : comment et pourquoi ? Sous leur forme la plus usuelle, les projections démographiques sont un exercice de type quasi comptable dont le principe est simple. On part de la structure par âge courante de la population. On la fait vieillir de proche en proche en appliquant aux effectifs par sexe et âge des hypothèses d’évolution des probabilités de décès, et on réalimente cette pyramide à la base par des projections de naissances annuelles dérivées d’hypothèses sur les taux de fécon- dité par âge de la population féminine. On comp lète la projection par la prise en compte de flux migratoires nets (entrées moins sorties), eux aussi spécifiques à chaque âge. Il est facile de dérouler l’exercice à long terme, et c’est de cette façon que l’on voit le mieux les consé- quences des tendances démographiques cour antes. Les phénomènes démographiques ont en effet une grande inertie et les changements de tendance ne peuvent s’apprécier que dans la durée. Dossier - Retour vers le futur : trente ans de projections démographiques 33
  • Didier Blanchet et Françoise le Gallo, Insee. Les premiers exercices de ce type à avoir été produits en France l’ont été à partir des années 1920 [Sauvy, 1928]. À l’époque, l’objectif était en général d’alerter l’opinion ou les décideurs sur le risque de décroissa nce de l’effectif de la population totale. Un premier exercice publié par l’Insee au lendemain de la guerre s’inscrit encore dans cette tradition [Grot, 1946] 1 . Mais, très rapidement, la perspective d’un déclin démographique s’éloigne sous l’effet du baby-boom , c’est-à-dire le maintien, pendant plusieurs décen - nies, d’une fécondité à un niveau très largement supérieur au seuil de renouvellement des générations. L’usage des projections démographiques devi ent alors plus court-termiste. Il s’agit de fournir des données de base aux exer cices de planification : ressources en main-d’œuvre, besoins en construction de logement, en équipements scolaires, etc. C’est dans ce contexte que l’Institut recommence à publier sur ce thème, en 1958 et 1960 [Febvay, 1958 ; Febvay et Hayoun, 1960], avec des horizons de respectivement 17 et 20 ans. L’alignement sur l’horizon du Pl an était encore plus marqué pour l’exercice suivant, publié en 1964, et qui se limitait à une perspective à sept ans (fi gure 1).C e t exercice avait par ailleurs été mené alors que rien ne laissait attendre la chute de la fécondité qui allait marquer les dix années suivantes. La projection tablait donc sur le maintien d’une fécondité élevée, à 2,4 enfants par femme. Elle supposait aussi la prolongation de flux de migrations élevés des années antérieures (fi gures 2 et 3).D a n s un contexte d’immigration planifiée, il s’ag issait d’ailleurs d’une variable de commande presque autant que d’une hypothèse. La valeu r retenue était de 130 000 entrées nettes annuelles, en sus d’un reliquat de flux issus des rapatriements d’Algérie, dont l’effet sur les flux migratoires avait culminé en 1962 avec un record de 860 000 entrées nettes. À l’horizon de sept ans qu’avaient retenu ces projections , les hypothèses de mortalité étaient enfin très peu déterminantes, surtout pour les projecti ons de main-d’œuvre et d’effectifs scolaires. Là aussi, l’hypothèse retenue prolongeait les tendances antérieures. Depuis cet exercice de projection maintenan t vieux de cinquante ans, sept autres ont été menés. Comment leur contenu a-t-il évolué ? 34 Trente ans de vie économique et sociale
  1. Voir Hivert, Norvez et Rollet (1987) pour un retour su r les projections conduites en France de 1928 à 1979. Auteurs et année de publication Date de démarrage Horizon Hypothèse(s) de fécondité (enfants par femme) Hypothèse migratoire (flux net) Febvay et al. (1964) 1964 1971 (+7) 2,4 130 000 + rapatriements Calot et al. (1970) 1970 1985 (+15) 2,0 et 2,4 130 000 Dinh et Labat (1979) 1975 2020 (+45) 1,8 et 2,1 0 Dinh et Labat (1986) 1985 2040 (+55) 1,8 0 Dinh (1995) 1990 2050 (+60) 1,8 50 000 Brutel et Omalek (2003) 2000 2050 (+50) 1,8 50 000 Robert-Bobée (2006) 2006 2050 (+44) 1,9 100 000 Chardon et Blanpain (2010) 2007 2060 (+53) 1,95 100 000
  2. Récapitulatif des hypothèses centrales des projections démographiques françaises depuis 1964, hors mortalité Champ : France métropolitaine. Source : Insee, estimations et projections de population. Fécondité et flux migratoires : des hypothèses prolongeant les niveaux du moment Le premier élément qui différencie ces exercices successifs est le retour progressif aux horizons longs des projections d’avant-guerre ou de l’immédiat après-guerre : les 7 ans de 1964 deviennent 15 ans en 1970, puis 45 ans en 1979. L’horizon est porté à 60 ans en 1995 pour se caler sur l’échéance de 2050 qui sera conservée pour les deux exercices suivants, en 2003 et
  3. Pour les projections de 2010, l’échéance retenue a été l’année 2060. Cet allongement de l’horizon a deux explica tions complémentaires. Le choc pétrolier de 1974 a ouvert une période d’incertitude économique qui a fait progressivement régresser l’ambition de planification macroéconomique quantitative à court terme. À l’inverse, le souci du long terme s’est progressivement développé, avec la prise de conscience du phénomène de vieillissement démographique et de ses conséquences pour l’équilibre du Dossier - Retour vers le futur : trente ans de projections démographiques 35 0 1 2 3 4 5 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2012p 0 200 400 600 800 1 000en milliers Naissances (échelle de droite) Nombre d’enfants par femme (échelle de gauche)
  4. Évolution de la fécondité Champ : France métropolitaine. Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations de population. 0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1 000 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2012 p en milliers
  5. Évolution du solde migratoire Champ : France métropolitaine. Source : Insee, estimations de population et statistiques de l’état civil. système de protection sociale. Ce basculement s’est d’abord opéré au sein du Commissariat du Plan lui-même, qui a géré la concertation prospective sur les retraites jusqu’à la fin des années 1990, avec notamment le livre blanc sur les retraites en 1990 et le rapport Charpin de 1999. Cette expertise a ensuite été transférée au C onseil d’orientation des retraites qui est désormais l’un des principaux utilisateurs des projections démographiques de l’Insee. Cet allongement de l’horizon rend désormais beaucoup plus cruciale la question du choix des hypothèses. Les démographes ont cer tes l’habitude de relativiser ce problème en différenciant projections et prévisions : le but des projections est d’illustrer les conséquen- ces à long terme de tel ou tel scénario d’évolution des paramètres ou comportements démographiques, sans prétendre prévoir ce que sera effectivement l’évolution démogra - phique future. Ceci les amène à choisir des éven tails d’hypothèses assez larges pour balayer au mieux la gamme de ces futurs démographiques possibles. Néanmoins, on attend aussi de l’exercice qu’il caractérise ceux de ces possibles qui apparaissent les plus vraisemblables. Ce sera le rôle des scénarios médians ou tendanciels sur lesquels on va se focaliser ici. Leurs hypothèses ont nécessairement évolué sous l’effet des évolutions démographiques consta - tées. Les résultats des projections sont donc , en quelque sorte, un miroir des tendances courantes des principaux paramètres démographiques. En matière de fécondité, le premier mouvement a été d’intégrer le constat de fermeture de la parenthèse dubaby-boom. Ceci ne s’est fait que par étapes. Lors des projections de 1970, la fécondité avait commencé à chuter depuis six ans, mais on ne savait pas si le processus n’était qu’un accident conjoncturel réversible ou si la chute était durable. On avait géré cette incertitude en renonçant à l’affichage d’une hypothèse centrale unique et ce sont deux hypothèses qui étaient mises sur le même plan : 2,0 et 2,4 enfants par femme. La même démarche avait été appliquée en 1979, avec deux hypothèses décalées vers le bas, l’hypothèse haute correspondant tout juste au remplacement des générations de 2,1 enfants par femme, l’hypothèse basse étant celle d’un maintien au niveau alors observé de 1,8 enfant par femme. Depuis cet exercice, la fécondité a fluctué assez peu pour qu’on se soit permis de revenir à une hypothèse centrale unique, mais suffis amment pour que cette hypothèse ait dû être ajustée, légèrement, pour les deux dernier s exercices. L’hypothèse centrale a été de 1,8 enfant par femme à trois reprises, en 1986, 1995 et 2003, avant de remonter à 1,9 enfant par femme en 2006 puis 1,95 en 2010. Dans le domaine migratoire, le choix a touj ours été d’une hypothèse centrale unique, mais avec une évolution progressive d’une déma rche plutôt normative, reflétant les choix affichés ou supposés du planificateur ou du po litique, vers une hypothèse davantage censée prolonger les tendances observées. L’approche normative a prévalu jusqu’en 1985. En 1970, le VI e plan avait posé une hypothèse de flux identique à celle retenue en 1964 : 130 000 entrées nettes annuelles, dont 80 000 entrées d’actifs. C’était avant le tournant de la politique migratoire de 1973 et l’affichage d’ un objectif de solde migratoire nul, que l’Insee avait traduit en hypothèses de projection en 1979 et encore en 1986. Mais cette hypothèse n’a jamais été validée par les faits. Même lorsqu’on cherche à contraindre à zéro les flux légaux de travailleurs, il reste d’autres voies d’entrées légales – le regroupement familial, l’accueil de réfugiés –, et les projections de population résidente totale se doivent aussi de prendre en compte les entrées illégales. Aux flux migratoires majoritaire - ment européens d’avant 1974 se sont substitués des flux originaires d’Afrique du Nord et subsaharienne, ainsi que des flux d’origine asiatique. La difficulté est le caractère assez fluctuant de tous ces mouvements qui sont sensibles aux évolutions des contextes politique et économique à la fois du pays d’accueil et des pays de départ. L’incertitude qui en résulte suscite une attirance vers des chiffres ronds, tout chiffre intermédiaire risquant de créer une illusion de précision qu’on ne souhaite pas donne r à l’exercice. C’est ainsi que les chiffres retenus ont été à deux reprises de 50 000 entrées annuelles, en 1995 et 2003, puis nettement majorés au niveau de 100 000 entrées annuelles, en 2006 et 2010. 36 Trente ans de vie économique et sociale Les hypothèses d’espérance de vie : extrapoler une tendance Qu’il s’agisse de fécondité ou de migration, le s hypothèses se formulent systématique - ment sous forme d’un chiffre cible, supposé atteint assez rapidement. Ceci facilite leur synthèse sous forme de tableau. Pour l’espér ance de vie, la question est plutôt comment extrapoler la tendance observée sur le passé, c’est-à-dire de savoir à quelle vitesse on la fait continuer à progresser, avec quelles inflexions ou saturations. Une représentation graphique est plus adaptée à la visualisation de ce genre d’hypothèse (fi gure 4). Son principe est celui qui sera retenu pour la plupart des autres figures de ce dossier. Il consiste à donner la courbe de l’évolution réelle de la variable d’intérêt, telle que connue à ce jour (ici l’espérance de vie, courbe rouge), et d’y associer les prolongements qui en ont été proposés lors de chaque exercice. Ils sont donnés en pointillés rouges pour la dernière projection de 2010 et en traits noirs pour l’ensemble des projections plus anciennes. Cette représentation permet d’abord de revisualiser l’allongement progressif de l’horizon des projections : d’abord très brèves, les lignes de prolongation s’étirent progressivement. On observe ensuite le grand conservatisme des h ypothèses d’espérance de vie féminine jusqu’en 1986. Ce conservatisme a eu ses raisons. La progression de l’espérance de vie féminine avait connu une légère inflexion au tournant des années 1970 qui pouvait sembler annonciatrice d’un phénomène de saturation : les projections de 1964, 1970 et 1979 parta - geaient toutes l’idée que cette saturation interviendrait autour d’un niveau d’environ 78 ans pour l’espérance de vie à la naissance. La proj ection de 1985 intègre le fait que ces trois projections se sont révélées largement en deçà de l’évolution réelle. Elles partent d’un niveau qui a déjà atteint 80 ans, mais elles gardent l’hypothèse d’une saturation, un peu moins rapide – elle ne se fait que vers 2020 – à un niveau de 82,5 ans. Là encore, l’hypothèse se révélera très en deçà de la réalité : la progression réelle de l’espérance de vie adopte un rythme régulier qui fait progressivement oublier l’inflexion des années 1970. Le conservatisme des hypothèses de mortalité finit par apparaître trop décalé par rapport aux évolutions réelles [Vallin, 1987]. On a donc pris progressivement le parti d’extrapoler assez largement la tendance courante, se bornant à la laisser s’infléchir très progressivement mais sans Dossier - Retour vers le futur : trente ans de projections démographiques 37 60 65 70 75 80 85 90 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 20202030 2040 2050 2060 ans 1964 1970 1979 1986 1995 2003 2006 65 70 75 80 85 90 95 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 2030 2040 2050 2060 ans 1964 1979 1970 1986 1995 2003 2006 Hommes Femmes
  6. Évolutions effectives et projetées de l’espérance de vie Champ : France métropolitaine. Lecture : en 1990, l’espérance de vie des hommes à la naissance était de 72,8 ans. L ’hypothèse médiane des projections démographiques publiées en 1995 rete- nait une espérance de vie de 82,2 ans en 2050. Note : la courbe rouge continue donne l’évolution réelle, prolongée en pointillé par l’hypothèse de la dernière projection en date, celle de 2010. Les traits noirs fins correspondent aux hypothèses retenues pour les autres exercices. L ’année indiquée sur les courbes est celle de la publication. Source : Insee, statistiques de l’état civil et estimations de population. saturation. Le faisceau des hypothèses ent re projections successives se resserre donc, et, jusqu’à nouvel ordre, s’est trouvé à peu près confirmé par l’évolution réelle. En particulier, l’épisode de la canicule de 2003, qui aurait pu être perçu comme premier signe d’une nouvelle inflexion de tendance, est resté en fait très ponctu el et largement compensé par les évolutions des années postérieures. S’agissant de l’espérance de vie masculine, les trois premiers exercices ont été beaucoup plus hésitants que pour les femmes. Les projections de 1964 et 1970 avaient fait l’hypothèse d’une convergence de l’espérance de vie masculine vers l’espérance de vie féminine. Cette hypothèse ne sera pas du tout confirmée. Au contraire, le freinage de l’espérance de vie au tournant des années 1970 s’avère bien plus marqué pour les hommes que pour les femmes. La projection de 1979 en avait pris acte de manière radicale, en faisant l’hypothèse d’une espérance de vie quasiment stationnaire pour les hommes. La suite del’histoire est similaire à celle des hypothèses relatives à l’espérance de vie féminine : adoption d’une hypothèse un peu plus favorable en 1986, mais toujours avec une saturation relati vement rapide puis, après cette date, choix d’hypothèses systématiquementplus favorables, peu remises en cause par les évolutions consta- tées. Au total, les hypothèses d’espérance de vie retenues dans les projections de 2010 pour l’horizon 2060 sont de 85 ans pour les hommes et de 91 ans pour les femmes. Le retournement de la population globale : une perspective qui s’est progressivement éloignée Ces révisions d’hypothèses ne pouvaient aller sans révisions des résultats, mais l’importance de ces révisions ne doit pas être surestimée. Une projection démographique ne se confirme pas ou ne s’infirme pas en bloc : l’inertie et la robustesse des résultats ne sont pas les mêmes pour les différents segments de la population. Pour les classes d’âge plus âgées, la projection s’appuie très largement sur des effectifs déjà constatés et sur l’application d’une mortalité dont l’évolu- tion est très tendancielle : à ce niveau, la projection présente une forte inertie. En revanche, la projection peut être plus instable dès le court terme pour les tranches d’âge actives, selon les hypothèses retenues sur les flux migratoires, et également pour les tranches d’âge les plus jeunes, en cas d’évolution imprévue de la fécondité. 38 Trente ans de vie économique et sociale 40 45 50 55 60 65 70 75 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 2030 2040 2050 2060 en millions 1964 1970, hypothèses 2,0 et 2,4 1979, hypothèses 1,8 et 2,1 1986 1995 2003 2006
  7. Prévisions successives et réalisations pour la population totale Champ : France métropolitaine. Lecture : en 2006, la population totale pour la France métropolitaine était de 61,4 millions d’habitants. La valeur attendue pour 2050 était de 70 millions d’habi- tants, selon l’hypothèse médiane des projections réalisées cette année-là. Note : la courbe rouge continue donne l’évolution réelle, prolongée en pointillé par le résultat de la dernière projection en date, celle de 2010. Les traits noirs fins correspondent aux résultats obtenus lors des autres exercices. L ’année indiquée sur les courbes est celle de la publication. Source : Insee, estimations et projections de population. La projection de population totale fait masse de ces différents éléments d’incertitude, et le message a effectivement sensiblement évolué d’un exercice à l’autre(figure 5). On laissera rapidement de côté les résultats des projections de 1964 et de 1970. La première était de très court terme, et, sur un tel horizon, elle n’avait pas eu trop de mal à coïncider avec l’évolution réelle. Celle de 1970 n’avait pas eu cette chance, malgré un horizon à peine plus long. La raison a été son insuffisante prise en compte de la baisse de fécondité amorcée en 1965 et son hypothèse de prolongation des flux migratoires aux niveaux élevés de la période de reconstruction d’après-guerre. Le dynamisme de cette projection s’expliquait aussi par l’hypothèse, non confirmée, de hausse rapide de l’espérance de vie masculine destinée à la faire converger avec l’espérance de vie féminine. À partir de 1979, on passe au contraire à une série de projections dont les résultats vont être en deçà de la croissance à venir de la population totale. Dans un premier temps, le cumul d’hypo- thèses de fécondité basse, d’arrêt des flux migratoires et de faible progression de l’espérance de vie conduisent à projeter un plafonnement assez r apide de la population totale, suivie d’un retournement à la baisse. Une population sans flux migratoires et avec une fécondité inférieure au seuil de remplacement des générations peut continuer à croître quelque temps par effet de vitesse acquise – si la fécondité en baisse s’applique à des générations de mères dont les effectifs sont encore croissants – mais ceci n’est que temporaire. Au-delà, la croissance ne peut plus découler que de la poursuite de la baisse de la mortalité, or celle-ci n’était pas assez forte dans le scénario bas des projec- tions de 1979 pour compenser le non-renouvellementdes générations : la population était alors prévue culminer à 55 millions d’habitants dès ledébut des années 2000, avant d’amorcer une décrue. À partir de là, toutes les révisions des trente dernières années ont été dans le sens d’abord d’un report puis de l’effacement de cette décrue. Ceci est venu à la fois de la remontée progressive de l’hypothèse migratoire, à50 000 puis 100 000 entrées nettes annuelles, de la remontée plus légère mais néanmoins significative de l’hypothèse de fécondité – de 1,8 à 1,95 enfant par femme – et aussi du plus grand dynamisme imprimé à l’espérance de vie. À compter de l’exercice de 2006, le scénario médian ne projette plus de retournement de la population totale. Dans le dernier exercice, celui de 2010, la population croît continûment jusqu’à 73 millions d’habitants en 2060. En matière de population d’âge actif, ces hypothèses d’espérance de vie ne jouent quasiment pas, puisque les baisses attendues de la mortalité concernent désormais surtout les 60 ans ou plus. Mais on note la même séquence d’un excès d’optimisme en 1964 et surtout en 1970, puis d’un excès de pessimisme ayant systématiquement conduit à envisager un retournement de la population d’âge actif à partir de 2006(figure 6), date du début du passage à 60 ans des Dossier - Retour vers le futur : trente ans de projections démographiques 39 21 23 25 27 29 31 33 35 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 2030 2040 2050 2060 en millions 1964 1970 1979, hypothèses 1,8 et 2,1 1986 2006 2003 1995
  8. Prévisions successives et réalisations pour la population d’âge actif, pour les 20-59 ans Champ : France métropolitaine. Lecture : en 2006, l’effectif des 20-59 ans était de 33,1 millions d’habitants. L ’hypothèse centrale des projections réalisées cette année-là conduisait à un effectif de 32,3 millions en 2050. Note : la courbe rouge continue donne l’évolution réelle, prolongée en pointillé par le résultat de la dernière projection en date, celle de 2010. Les traits noirs fins correspondent aux résultats obtenus lors des autres exercices. L ’année indiquée sur les courbes est celle de la publication. Source : Insee, estimations et projections de population. premiers baby-boomers . Ce retournement se comprenait aisément. Une fécondité de 1,8 enfant par femme signifiait un déficit de naissances d’environ 15 % par rapport au niveau de renouvellement de 2,1 enfants par f emmes, soit environ 120 000 naissances « manquantes » pour maintenir l’effectif des différentes tranches d’âge. Un flux migratoire de 50 000 entrées annuelles était insuffisant à combler ce déficit. Or tel n’est plus le cas lorsqu’on combine un flux de 100 000 entrées annuelles avec une fécondité de 1,9 puis 1,95 enfant par femme. Globalement, c’est à une quasi-stabilisation de cette population d’âge actif que conduisent les hypothèses des dernières projections. Le vieillissement démographique : une perspective jamais infirmée Ceci étant, la révision des messages sur l’évolution de la population totale ou de la population d’âge actif n’a jamais conduit à revoir ceux portant sur le vieillissement de la population, mesuré conventionnellement par le ratio des personnes âgées de 60 ans ou plus à celles âgées de 20 à 60 ans. Pour quelle raison ? Si la principale cause du vieillissement attendu de la population française avait été la baisse du nombre d’actifs, passer d’une projection de baisse à une projection de stabilisa - tion pour les 20-60 ans aurait effectivement c onduit à modifier radicalement le message sur le vieillissement. Mais cette vision d’un vieillissement « par le bas », c’est-à-dire par le dénominateur, est erronée. La hausse attendue du ratio des 60 ans ou plus sur les 20-60 ans découlait et découle avant tout d’un effet « numérateur », la croissance du nombre de 60 ans ou plus, ce qu’on qualifie de vieillissement « par le haut ». La force et la robustesse de cet effet numérateur expliquent la permanence du message sur le vieillissement de la population française, particulièrement marqué de 2006 à 2040 (fi gure 7). Il est dû à la fois à l’allonge- ment tendanciel de l’espérance de vie et au passage aux âges seniors des générations nombreuses nées entre 1946 et le milieu des années 1975. Face à cette tendance, les révisions à la hausse de l’évolution du nombre d’actifs n’ont apporté que des correctifs, surtout lors des projections de 2006. 40 Trente ans de vie économique et sociale 20 30 40 50 60 70 80 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 2030 2040 2050 2060 en % 1995 2003 1986 1979, hypothèses 1,8 et 2,1 1970 1964 2006
  9. Prévisions successives et réalisations pour le ratio (60 ans et plus)/(20-59 ans) Champ : France métropolitaine. Lecture : en 2006, il y avait 39 personnes de plus de 60 ans pour 100 personnes âgées de 20 à 59 ans. L ’hypothèse centrale des projections réalisées cette année-là conduisait à un ratio de 69 % en 2050, identique à celui prévu dans les der nières projections disponibles, celles de 2010. Note : la courbe rouge continue donne l’évolution réelle, prolongée en pointillé par le résultat de la dernière projection en date, celle de 2010. Les traits noirs fins correspondent aux résultats obtenus lors des autres exercices. L ’année indiquée sur les courbes est celle de la publication. Source : Insee, estimations et projections de population. Ce message restait encore peu affirmé dans les projections de 1979 d’une part parce qu’elles se limitaient à l’horizon de 2020, d’autre part en raison de leur hypothèse très conservatrice sur l’espérance de vie. Mais, de puis trente ans, les résultats s’inscrivent dans une fourchette relativement serrée, de 61 à 73 personnes de plus de 60 ans pour 100 person- nes de 20 à 60 ans en 2040, contre 38 % en 2006, date de l’arrivée à 60 ans des premières générations de baby-boomers. À l’horizon 2060, celui des projections de 2010, ce ratio s’éta- blirait à 70 personnes en âge de retraite pour 100 personnes en âge d’activité. Au total, la situation française se caractérise par un assez fort baby-boom, suivi d’un décrochement des naissances au milieu des années 1970 mais avec une relative stabilisation depuis cette date. Le baby-boom a d’abord freiné le vieillissement jusqu’en 2006, mais, combiné au décrochement des naissances, il est désormais en train de l’accélérer. Le passage à la retraite des premières générations « creuses » le freinera à nouveau à partir de 2035. Mieux comprendre les sources du vieillissement : quels enjeux ? Préciser ainsi la part des différents facteurs du vieillissement influence notre façon d’appréhender et de gérer ses conséquences. Tant qu’a dominé la thèse du vieillissement par le bas, on a pu le considérer comme intégralement évitable par la migration ou par la relance de la politique familiale, ce qui était erroné. Ces deux instruments peuvent certes aider à modérer l’ampleur du phénomène, mais elles ne peuvent l’éviter. L’émergence d’une nouvelle donne démographique est inéluctable. De cette mise en avant du vieillissement par le bas, on est ensuite passé à la mise en avant des effets de l’allongement de la durée de vie. Ceci est venu à l’appui des politiques de remontée de l’âge de la retraite : l’allongement de la vie active est une réponse qui semble naturelle à l’allongement de la durée de vie totale. Mais une bonne part du vieillissement des années 2006-2040 ne découle pas que des gains d’espé- rance de vie attendus. Il découle aussi des gains d’espérance de vie passés, ceux que le baby-boom avait temporairement réussi à masquer. Ceci explique que des politiques d’indexation de l’âge de la retraite sur les gai ns d’espérance de vie prospectifs ne suffisent pas à rétablir l’équilibre financier des régimes de retraite et que d’autres leviers aient besoin d’être mis en œuvre, qu’il s’agisse de hau sse des cotisations ou de baisse des taux de remplacement. Enfin, l’examen rétrospectif des projections démographiques passées permet de se faire une idée de l’incertitude qui les affecte. La démographie est certes un domaine où la projec- tion à long terme est plus fiable que dans beaucoup d’autres domaines, mais elle reste sujette à erreurs et révisions. Un réexamen des projections actuelles qui sera conduit dans trente ans nous révèlera en quoi et à quel degré les prévisi onnistes actuels auront pu se tromper, sans qu’on puisse présager du signe de ces erreurs : aurons-nous été trop ou pas assez optimistes sur l’espérance de vie ? Les flux migratoires attendus se seront-ils réalisés ? La fécondité va-t-elle rester stable ou enregistrer de nouveaux soubresauts ? Cette incertitude ne doit pas être grossie, mais elle ne peut être ignorée. Face à elle, les politiques publiques se doivent d’être adaptatives, prêtes à intégrer les inévitables révisions des projections démographiques futures. /c110 Dossier - Retour vers le futur : trente ans de projections démographiques 41 42 Trente ans de vie économique et sociale Pour en savoir plus Brutel C. et Omalek L., « Projections démographiques pour la France, ses régions et ses départe - ments (horizon 2030-2050) », Insee Résultats, série Société, n° 16, 2003. Calot G., Bodin J.-L., Salais R. et Hémery S., « Projections démographiques pour la France (popula- tion totale, population active et scolaire, nombre de ménages) »,Les Collections de l’Insee, série D, n° 6, 1970. Chardon O. et Blanpain N., « Projections de population 2007-2060 pour la France métro - politaine », Insee Résultats, série Société, n° 117, 2010. Dinh Q.-C., « Projection de population totale pour la France métropolitaine : base RP90, horizon 1990-2050 », Insee Résultats, série Démographie-société, n° 44, 1995. Dinh Q.-C. et Labat J.-C., « Projection de population totale pour la France 1975-2020 », Insee Résultats, série Démographie-société, n° 63, 1979. Dinh, Q.-C. et Labat J.-C., « Projection d e population totale pour la France 1985-2040 », Insee Résultats, série Démographie-société, n° 113, 1986. Febvay M., « Evolution naturelle de la population française jusqu’en 1975 », Insee, Études statisti- ques, vol. 9, n° 2, 1958. Febvay M. et Hayoun J. « Perspectives de la population française jusqu’en 1980 », Insee, Études statistiques, vol. 11, n° 2, 1960. Febvay M., Croze M., GraisB. et Calot G., « Perspectives d’évolution de la population de la France (population totale, population active et scolaire, ménages) », Insee,Études statistiques, vol. 15, n° 3,

Grot J. « Prévisions conditionnelles pour la population française jusqu’en 2005 », Insee, Études démographiques n° 6, 1946. Hibert T., Norvez A. et Rollet C., « Projections de population de la France de 1928 à 1979, in Les projections démographiques », in Les perspectives démographiques : actes du VIII e colloque natio- nal de démographie , Ined, Congrès et Colloques n° 126-128, 1987. Robert-Bobée I., « Projections de population 2005-2050 pour la France métropolitaine », Insee Résultats, série Société, n° 57, septembre 2006. Sauvy A., « La population française jusqu’en 1956 : essai de prévision démographique », Journal de la Société de Statistique de Paris , vol 70, n° 12, 1928. Vallin J., « L’avenir de l’espérance de vie vu à travers les projections de l’Insee », Population, vol. 44, n° 4-5, 1987. Scolarisation et origines sociales depuis les années 1980 : progrès et limites Jean-Pierre Dalous, Laurence Dauphin, Martine Jeljoul, Nadine Laïb, Béatrice Le Rhun, Jacqueline Perrin-Haynes, Isabelle Robert-Bobée, en collaboration avec Pascale Poulet-Coulibando* En 30 ans, l’espérance de scolarisation à 15 ans a fortement augmenté (de 4,7 ans à 6,5 ans) avant de se stabiliser avec la baisse des redoublements. Le niveau d’études s’est nettement élevé. À leur sortie des études, pl us de quatre jeunes sur dix ont en poche un diplôme de l’enseignement supérieur, cont re moins de deux sur dix il y a 30 ans. Moins de jeunes quittent l’école sans diplôme, mais cel a reste fréquent, surtout dans les milieux défavorisés. La généralisation de l’accès au baccalauréat , dans tous les milieux sociaux, masque une grande hétérogénéité des types de baccalaur éat obtenu, plus souvent professionnels en bas de l’échelle sociale et généraux en haut. Ces différences se retrouvent dans l’enseignement supérieur, avec des poursuites d’études courtes plus fréquentes (BTS-DUT) pour les jeunes moins favorisés. Pour les jeunes sans diplôme, l’insertion professionnelle est difficile. Fin 2010, à leur arrivée sur le marché du travail, près de la moitié d’entre eux se retrouve au chômage. Le système éducatif a changé en 30 ans, à la fois sous l’effet des réformes (encadré 1)m a i s aussi sous l’effet des transformations démographiques et sociales de la société. Les dépenses consacrées à l’éducation ont accompagné ces changements ( encadré 2 ). Tous niveaux confondus, la dépense par élève progresse sur la période 1980-2011 de 1,8 % en moyenne par an (en euros 2011). L’analyse des évolutions de la durée des études, du niveau d’études, des filières de forma- tion dans l’enseignement supérieur et de l’in sertion professionnelle après les études en fonction de l’origine sociale éclaire les progrès et les limites de la démocratisation de l’accès aux diplômes, en particulier d ans l’enseignement supérieur. Le nombre d’étudiants dans le supérieur a doublé en trente ans, mais cette croissance des effectifs n’est pas toujours synonyme de démocratisation. L’étude de l’évolution du poids des principales filières d’enseignement (université, STS, IUT, CPGE…) ainsi que leur composition en termes de public accueilli permet d’éclairer ce point. Une des missions de l’école est d’offrir aux élèves un niveau de diplôme suffisant pour accéder à l’emploi, quelle que soit leur origine sociale. En 30 ans, le niveau de diplômes des jeunes a nettement progressé, mais stagne d epuis 15 ans. Aujourd’hui, beaucoup d’élèves sortent du système éducatif sans diplôme et connaissent de grandes difficultés à accéder à un emploi. Dossier - Scolarisation et origines sociales depuis les années 1980 : progrès et limites 43

  • Jean-Pierre Dalous, Martine Jeljoul, B éatrice Le Rhun, Jacquelin e Perrin-Haynes, Isabe lle Robert-Bobée, Depp ; Laurence Dauphin, Nadine Laïb, SIES, en collaboration avec Pascale Poulet-Coulibando, Depp. La durée de scolarisation s’est allongée jusqu’en 1996 Depuis le milieu des années 1980, la durée moyenne des études est marquée par trois grandes périodes : après une augmentation c ontinue jusqu’au milieu des années 1990, puis une stabilisation, depuis 2009 une reprise modérée semble se profiler. De 1985 à 1996, la durée des études, mesurée par l’espérance de scolarisation à 15 ans (figure 1) c’est-à-dire au-delà de la scolarité obligatoire (définitions ), a augmenté rapidement. Elle est passée de 4,7 ans à 6,5 ans, soit une hausse moyenne de 2 mois par an. La mise en place du collège unique instauré en 1975 a permis de généraliser progressivement la scolarité au collège et a ensuite amené plus de jeunes au lycée. 44 Trente ans de vie économique et sociale Encadré 1 Chronologie des réformes 1968 - création du baccalauréat technologique qui associe une formation générale à une forma - tion technologique. 1975 - loi (réforme « Haby ») créant le collège unique et mettant fin progressivement aux filières dans les collèges. Le collège accueille aujourd’hui quasiment l’ensemble des élèves de la 6 e àl a3 e. 1985 - création du baccalauréat professionnel, accessible après un BEP ou un CAP. 1989 - loi d’orientation sur l’éducation (loi « Jospin ») dont l’objectif était de mener 80 % d’une classe d’âge au niveau baccalauréat. 2005 - loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école (loi « Fillon ») qui devait permettre à 50 % d’une génération d’obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur. 2009 - réforme de la voie professionnelle dans le secondaire, avec pour principal objectif de favoriser l’accès au baccalauréat d’un plus grand nombre de jeunes : baccalauréat professionnel en trois ans après la fin de la 3 e, au lieu de deux ans après un CAP ou BEP. 2010 - réforme de la voie technologique des lycées destinée à mieux préparer les lycéens à la poursuite d’études. 2013 - loi de la refondation de l’école de la république ayant entre autres objectifs de diminuer le décrochage scolaire d’ici 2017. 1 2 3 4 5 6 en années7 1985-86 1990-1991 1995-1996 2000-2001 2005-2006 2010-2011 génération âgée de 15 ans l’année scolaire Ensemble Secondaire Supérieur
  1. Espérance de scolarisation à 15 ans Champ : France métropolitaine. Lecture : d’après les taux de scolarisation par âge observés en 2010-2011, le temps moyen que les jeunes de 15 ans ont passé dans l’enseignement secondaire ou supérieur est estimé à 6,3 ans ; 3,7 ans dans le secondaire et 2,6 ans dans le supérieur. Sources : MEN, MESR, Insee, calculs Depp. La création du baccalauréat professionnel (1985) permettant aux titulaires d’un CAP ou d’un BEP de compléter leurs parcours, puis l’objectif d’amener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat (loi d’orientation sur l’éducation de 1989) ont mené plus de jeunes au lycée et au-delà. Plus de bacheliers (29 % d’une génération en 1985, 62 % en 1995) ont mécaniquement généré plus d’étudiants. Ainsi, le temps moyen passé au collège et au lycée après l’âge de 15 ans était de 3,4 ans en 1985, 4 ans en 1991 et stable depuis ; la durée moyenne dans le supérieur, de 1,3 an en 1985, atteignait 2,5 ans en 1995. Entre 1997 et 2008, la baisse des redoublements a entraîné une diminution de la durée de la scolarisation Restée stable entre 1995 et 1997, la durée des études a diminué ensuite légèrement (– 4 mois entre 1997 et 2008) du fait de la baisse des redoublements au lycée, et notamment en terminale : la proportion d’élèves ayant redoublé leur terminale est passée de 17,2 % à 8,7 %. Les jeunes sont donc parvenus plus vite que leurs aînés au terme de leur scolarité dans le secondaire. La durée des études dans le supérieur a peu évolué de 1995 à 2008 (2,4 à 2,5 ans), la proportion de bacheliers au sein d’une génération et la part de ceux qui ont poursuivi leurs études dans l’enseignement supérieur étant stables sur la période (autour respectivement de 62 % et 85 %). Cette stabilité vaut pour les titulaires d’un bac général (96 % en 2002 et 95 % en 2008) ou d’un bac technologique (87 % en 1996 et 85 % 2008). En revanche, la proportion de titulaires d’un bac pro qui poursuivent leurs études est passée de 29 % à 47 % entre 1995 et 2008 (dont près de la moitié en alternance). De 2009 à 2011, la durée moyenne des études a augmenté de 1,5 mois Pour les années scolaires récentes, 2009- 2010 et 2010-2011, la durée des études est repartie à la hausse. Bien que les taux de redoublement aient continué – certes modérément – de baisser, la durée des études a augmenté de près de 1,5 mois sur cette courte période. Cet allongement est dû en majeure partie à celui de l’enseignement supérieur, alors que la durée de scolarisation est restée stable dans l’ens eignement secondaire. Ces évolutions sont liées aux réformes éducatives dans la voie profe ssionnelle et dans l’enseignement supérieur. Tout d’abord, depuis la rentrée scolaire 2009,les jeunes peuvent préparer directement le baccalauréat professionnel en 3 ans après la classe de 3 e et le BEP est progressivement suppri- mé. Ce parcours en 3 ans remplace donc à la fois le parcours en 4 ans pour ceux qui prépa - raient un BEP (2 ans) puis allaient au baccalauréat professionnel (2 ans), et le parcours en 2 ans pour ceux qui préparaient un BEP sans poursuivre d’études après. Pour les années scolaires 2009-2010 et 2010-2011, la suppressi on des parcours en « 2 ans » et « 4 ans » au profit d’un parcours en « 3 ans » n’a pas changé la durée de scolarisation dans le secondaire. En revanche, cette réforme conduit plus de jeunes au baccalauréat professionnel et les amène donc à poursuivre ensuite des études supérieures. Cet effet est renforcé par la mise en place en 2009 d’oraux de rattrapage au baccalauréat professionnel qui en a amélioré la réussite. De ce fait, toutes filières confondues (général, technologique et professionnel), la part de bacheliers dans une génération a progressé de 3 points entre 2008 et 2009, et de 6,5 points entre 2010 et
  2. Plus de bacheliers professionnels signifie plus d’étudiants dans le supérieur, même s’il s’agit, le plus souvent, du supérieur court, contribuant ainsi à allonger la durée des études dans le supérieur. De même, pour l’ensemble des jeunes poursuivant des études universitaires, quel que soit leur baccalauréat, la mise en place du cursus LMD (licence, master, doctorat) a conduit à décaler par exemple les sorties du niveau bac + 2 (Deug) vers le niveau bac + 3(licence) et Dossier - Scolarisation et origines sociales depuis les années 1980 : progrès et limites 45 les sorties du niveau bac + 4 vers le niveau bac + 5 (master). In fine , la durée des études a augmenté dans le supérieur de 1,3 mois entre 2009 et 2011. Malgré un progrès certain, beaucoup de jeunes sortent sans diplôme, surtout dans les milieux défavorisés Les jeunes quittent aujourd’hui le système é ducatif plus diplômés qu’il y a 30 ans. Le niveau d’études a progressé jusqu’au milieu desannées 1990 et est resté globalement stable au cours des années 2000. À la fin des années 2000, 42 % des sortants ont un diplôme de l’enseignement supérieur, 25 % ont pour plus haut diplôme le baccalauréat (général, techno- logique ou professionnel) et 16 % un CAP ou un BEP. Dans le milieu des années 1980, à peine plus de 20 % des sortants avaient en poche undiplôme de l’enseignement supérieur (figure 2). Pour autant, quitter l’école sans diplôme (aucun diplôme ou seulement le brevet) reste fréquent, surtout dans les milieux défavorisé s : 21 % des enfants d’ouvriers ou d’employés ayant quitté l’école en 2008-2010, sortent sans diplôme contre 7 % des enfants de cadres ou professions intermédiaires. Le bac pro développe la diversification et favorise l’accès au bac Dans les années 1980, 30 % d’une génération (définitions ) était titulaire du baccalauréat. Cette proportion augmente puis se stabilise autour de 62 % entre 1996 et 2008. Elle passe à 65 % en 2009 et 2010 avec la mise en place d’une épreuve de rattrapage au baccalauréat professionnel (figure 3). Les forts taux de réussite en 2011 (71 %) et 2012 (77 %) sont conjonc- turels et liés à la réforme du baccalauréat professionnel. En effet, arrivent au baccalauréat à la fois des bacheliers issus du parcours en 4 ans (BEP puis baccalauréat professionnel) et des nouveaux bacheliers professionnels (parcours en 3 ans). Ce développement de l’accès au baccalauréat est dû à une diversification de l’offre avec dans un premier temps la création du baccalauréat technologique (1968) suivi de celle du baccalauréat professionnel (1985). Ce dernier a à son actif l’essentiel de l’augmentation de la proportion de bacheliers. Aujourd’hui, un bachelier sur deux est titulaire d’un baccalauréat général. Les inégalités sociales, déjà constatées lors de l’obtention ou non d’un diplôme, s’illus - trent aussi par des différences fortes dans les taux d’accès au baccalauréat (figure 4). Parmi les 46 Trente ans de vie économique et sociale Année de sortie de formation initiale 1984-19861 1987-19891 1990-1992 1993-1995 1996-1998 1999-2001 2002-2004 2005-2007 2008-2010p Études supérieures au bac 21 23 33 37 40 40 43 41 42 Baccalauréat 12 14 20 24 25 24 23 24 25 CAP , BEP ou équivalent ... ... 20 17 16 17 18 17 16 Aucun diplôme ou brevet des collèges ... ... 27 22 19 19 16 18 17 Total 100 100 100 100 100 100 100 100 100
  3. Répartition des sortants de formation initiale selon le plus haut diplôme obtenu moyenne annuelle sur trois années, en %
  4. La répartition complète n’est pas disponible à partir des enquêtes Emploi (sources). Champ : France métropolitaine. Lecture : en moyenne sur la période 2005 à 2007, on estime à 707 000 le nombre de jeunes qui chaque année ont terminé leurs études initiales. Parmi eux, 23 % ont quitté le système éducatif avec comme diplôme le plus élevé le baccalauréat. Sources : Insee, enquête Emploi annuelle pour les sorties de 1991 à 2002 et trimestrielle pour les sorties de 2002 à 2010, calculs Depp. jeunes nés entre 1984 et 1988 et enfants d’ouvriers ou d’employés, seuls 55 % ont le bacca- lauréat, contre 84 % pour les enfants de cadres o u de professions intermédiaires. Cet écart s’est certes réduit au fil des générations, avec une très nette augmentation des bacheliers parmi les jeunes d’origine sociale défavorisée, mais il demeure important. Le type de bacca- lauréat obtenu est également discriminant : b eaucoup plus de détenteurs de baccalauréat professionnel ou technologique sont enfants d’ouvriers et une très nette prédominance du baccalauréat général se manifeste chez les enfants de cadres. En 2011, 41 % des bacheliers Dossier - Scolarisation et origines sociales depuis les années 1980 : progrès et limites 47 0 10 20 30 40 50 60 70 80 1911 1921 1931 1941 1951 1961 1971 1981 1991 2001 2012 en % Général Ensemble (professionnel + technologique + général) Technologique + général
  5. Proportion de bacheliers dans une génération Champ : France métropolitaine avant 2001, France hors Mayotte de 2001 à 2012. Lecture : en 2012, 77 % d’une génération obtient un baccalauréat, dont 37 % un bac général, 16 % un bac technologique et 24 % un bac professionnel. Sources : MEN, Depp, MESR, système d’information Ocean-Safran, Insee, recensement de la population. 0 20 40 60 80 100 1964-68 1969-73 1974-78 1979-83 1984-88 en % Enfants d’ouvriers ou d’employés Ensemble des générations Enfants de cadres ou professions intermédiaires
  6. Proportion de jeunes ayant obtenu le baccalauréat, selon leur année de naissance et la profession du père Champ : France métropolitaine. Lecture : parmi les jeunes nés entre 1984 et 1988, 84 % de ceux dont le père est cadre ou exerce une profession intermédiaire sont bacheliers, contre 55 % des enfants d’ouvrier ou employé. Sources : Insee, enquêtes Emploi, calculs MEN, Depp. enfants d’ouvriers ou d’employés ont obten u un baccalauréat professionnel (9 % pour les bacheliers enfants de cadres ou professions intermédiaires), 26 % un baccalauréat technolo - gique (contre 15 %) et 33 % un baccalauréat général (contre 76 %). Au sein des baccalauréats généraux, ces différences sont encore amplifi ées avec une série S où les enfants de cadres ou d’enseignants sont largement surreprésentés. 1,2 million d’étudiants en 1980, le double en 2011 Le développement de l’accès au baccalauréat se répercute sur les inscriptions dans l’enseignement supérieur. Entre 1980 et 2011,le nombre d’étudiants est passé de 1,2 million à 2,3 millions. Cette forte croissance est due e ssentiellement à la croissance du nombre de bacheliers avec la diversification des baccalauréats, à l’allongement de la durée des études et à l’arrivée d’étudiants étrangers. Elle s’est aussi accompagnée d’une diversification de l’offre de formation dans le supérieur. Jusque dans les années 1980, l’université accueillait plus de jeunes et était le premier vecteur de massification de l’enseignement supérieur. Depuis une dizaine d’années, ses effectifs augmentent moins vite que la moyenne de l’enseignement supérieur. En 1980, 68 % des étudiants étaient inscrits à l’université (hors IUT) ; en 2011, ils ne sont plus que 57 % ( figure 5). À partir de 1980, la hausse du nombre d’ét udiants n’est donc plus due uniquement à l’université mais également au développement d’autres filières. Dans un premier temps, c’est la section de technicien supérieur (STS, pour la préparation du diplôme du BTS) qui a connu une très forte augmentation. Au cours des a nnées 1980, la part des inscriptions en STS dans l’ensemble des inscriptions dans l’enseignement supérieur est passée de 6 % à 12 %. À partir des années 1990 et de façon encore plus marquée à partir des années 2000, l’augmentation est venue des écoles : ingénieurs, commerce, paramédicales et sociales. 48 Trente ans de vie économique et sociale 0 20 40 60 80 100 1980 1990 2000 2010 2011 en % Université IUT STS CPGE Autres établissements et formations
  7. Répartition des filières dans l’enseignement supérieur Champ : France. Lecture : en 2011, 55 % des étudiants étaient inscrits à l’université (hors IUT), 5 % étaient inscrits en IUT , 10 % en STS, 3 % en CPGE et 26 % dans les autres établis- sements ou formations. Sources : MEN, Depp, MESR, DGESIP , DGRI, Sise, Scolarite, SIES. Sur la période 2000-2010, un tiers de la croissance du nombre d’étudiants a été portée par les écoles de commerce, 27 % par les écoles paramédicales et sociales et 17 % par les écoles d’ingénieurs. Depuis 10 ans, la quasi-totalitéde la croissance (80 %) est due au secteur privé. Dans le même temps, le nombre d’étudiants étrangers est passé de 174 000 en 2000 à 285 000 en 2010 (respectivement 8 % et 12 % de la population étudiante). Le fort développement des écoles d’ingénieurs et de commerce, aux dépens de l’université, est lié à une diversification de leurs recrutements : en 2001, 48 % des étudiants des écoles d’ingénieur étaient issus des classes préparato ires aux grandes écoles (CPGE), ils n’étaient plus que 39 % en 2011. Dans les écoles de commerce, la part des étudiants issus de CPGE est passée de 19 % en 2001 à 16 % en 2011. Parcours et réussite dans l’enseignement supérieur selon la catégorie sociale L’augmentation de l’accès au baccalauréat et la diversification de l’offre de l’enseigne- ment supérieur permettent à plus de jeunes de f aire des études supérieures, y compris aux enfants issus de milieux sociaux défavorisés. En 2011, 55 % des jeunes âgés de 20 à 24 ans ont, ou ont eu, accès à l’enseignement supérieur (diplômés ou non) ; c’est deux fois plus que la génération de leurs parents (seuls 28 % de s personnes âgées aujourd’hui de 45 à 49 ans ont fait des études supérieures). C’est dans les milieux sociaux les moins favorisés que l’accès à l’enseignement supérieur s’est le plus développé réduisant ainsi les inégalités qui demeurent malgré tout très marquées. En effet, parmi les enfants de cadres ou de professions intermédiaires âgés de 20 à 24 ans, il y a proportionnellement, deux fois plus d’étudian ts (76 %) que parmi les enfants d’ouvriers du même âge (40 %). Ce rapport est de 3 parmi les personnes âgées de 45 à 49 ans (56 % contre 17 %). Néanmoins, la segmentation des filières en fonc tion de l’origine sociale reste forte : les enfants des milieux socialement défavorisésaccèdent plus souvent qu’avant aux filières sélec- tives menant à un diplôme de niveau au moins égal à bac + 5 mais cette hausse est inférieure à celle observée pour les enfants des milieux sociaux plus favorisés. Suite à la diversification de l’offre de formations dans l’enseignement supérieur, la licence a perdu de son attrait pour toutes les catégories sociales. En fort développement, les STS attirent un peu plus les bacheliers de milieux favorisés mais recrutent surtout les enfants d’ouvriers pour qui elles sont la voie d’accès à l’enseignement supérieur la plus fréquente. La part des inscriptions en DUT est relativement stable sur la période et varie peu d’une catégorie sociale à l’autre : léger recul pour le s enfants d’enseignants, d’employés et d’ouvriers mais hausse de la part des enfantsde cadres, ce qui peut s’expliquer par la poursuite d’études de plus en plus fréquente après le DUT, surtout pour les bacheliers généraux. L’accès aux CPGE reste en revanche très marqué socialement. Une proportion importante des enfants de milieu favorisé s’inscrivent dans ces filières particulièrement sélectives, alors que la hausse est très timide pour les enfants d’employés et d’ouvriers. Par rapport aux autres catégories sociales, les enfants de cadres s’inscrivent de plus en plus souvent dans des écoles post-bac autres que paramédicales et sociales. Au total, les écarts entre milieux sociaux pour l’accès à un diplôme de niveau au moins égal à bac + 5 se sont maintenus sur la période. Ainsi, parmi les élèves entrés en 6 e en 1995, 41 % des enfants de cadres et 38 % des enfants d’enseignants ont terminé leurs études en étant diplômés d’un master, d’un doctorat ou d’une grande école. Ces proportions ne sont que de 9 % pour les enfants d’employés, 7 % pour les enfants dont le père est ouvrier qualifié et 4 % pour ceux dont le père est ouvrier non qualifié. Dossier - Scolarisation et origines sociales depuis les années 1980 : progrès et limites 49 La conjoncture économique et le diplôme sont déterminants dans l’insertion des jeunes Depuis le début des années 1970, avec la montée du chômage, l’insertion professionnelle des jeunes qui viennent de terminer leurs études est plus difficile pour les non-diplômés que pour les diplômés. En 2009, au plus fort de la crise, près d’un jeune actif sans diplôme sur deux était au chômage 1 à 4 ans après la fin des études, contre un sur dix pour les diplômés du supérieur (figure 6). L’écart entre le taux de chômage des non-diplômés et celui des diplômés du supérieur a toujours été fort (il dépasse 20 points depuis 1981). Il a augmenté au cours des années récentes (2003 à 2011) : la crise a plus fortement touché les jeunes sans diplôme que les diplômés. Le chômage des jeunes est très sensible à la conjoncture économique : lorsqu’ils sont salariés, ils ont plus souvent un contrat temporaire que les plus anciens, et l’accès au premier emploi peut aussi être plus long en cas de difficulté économique, surtout pour les moins diplômés. C’est encore plus vrai pour les non-diplômés, plus souvent en contrat temporaire que les diplômés. L’écart de taux de chômage selon le niveau de diplôme se réduit avec l’ancienneté sur le marché du travail, mais demeure important 5 à 10 ans après la fin des études, dépassant les 15 points depuis 1984. À diplôme identique, les enfants d’ouvriers sont aussi souvent cadres que les enfants de cadres En 2011 d’après l’enquête emploi, 63 % des jeunes diplômés de niveau bac + 5 ayant terminé leur formation initiale depuis 1 à 4 ans sont cadres. Cette proportion est de 69 % pour les enfants de cadres et 61 % pour les enfants d’ouvriers. Cet écart s’explique surtout par des 50 Trente ans de vie économique et sociale 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 1978 1983 1988 1993 1998 2003 1 2008 2011 en % CAP-BEP-bac ou équivalents Aucun diplôme ou brevet des collèges Depuis 1 à 4 ans Depuis 5 à 10 ans Diplôme du supérieur 1978 1983 1988 1993 1998 2003 1 2008 2011 en % 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
  8. Taux de chômage selon le plus haut niveau de diplôme obtenu et le nombre d’années écoulées depuis la fin de la formation initiale
  9. Changement de série. Champ : France métropolitaine. Note : les taux de chômage présentés dans ce tableau correspondent à l’interprétation française du chômage BIT jusqu’en 2002. À partir de 2003, ils correspondent à l’interprétation communautaire d’Eurostat adoptée par l’Insee depuis novembre 2007. Source : Insee, enquêtes Emploi.