choix d’orientation différents. 52 % des enfants de cadres, diplômés de niveau bac + 5 ayant terminé leur formation initiale depuis 1 à 4 ans, sont titulaires d’un master contre 68 % des enfants d’ouvriers. La probabilité d’être cadre peu de temps après la fin de ses études initiales varie très fortement en fonction du type de dip lôme : la moitié des diplômés de masters sont cadres, contre 85 % des diplômés d’école d’ingénieurs et plus de 90 % des diplômés d’un doctorat de santé. À diplôme de niveau supérieur ou égal à bac + 5 identique, les enfants d’ouvriers qui viennent de terminer leurs études ont autant de chances d’être cadres que les enfants de cadres. /c110 Dossier - Scolarisation et origines sociales depuis les années 1980 : progrès et limites 51 Encadré 2 La dépense par élève ou étudiant depuis les années 1980 En 2011, la dépense intérieure d’éducation (DIE) - mesure de l’effort consenti par la collecti- vité nationale pour le fonctionnement et le développement du système éducatif de la métro - pole et des Dom - est estimée à 137,4 milliards d’euros, ce qui correspond à 6,9 % du produit intérieur brut (PIB -source :comptes nationaux ). Pour la seule formation initiale (hors formation continue et enseignement extrascolaire), elle s’élève à 124,6 milliards d’euros, soit une dépense par élève ou étudiant de 8 250 euros (aux prix de 2011). De 1980 à 2011, la dépense moyenne par élève ou étudiant a globalement augmenté de 75 % en euros constants. Toutefois, la progression est diffé- rente selon les niveaux d’enseignement et les évolutions sont plus contrastées à la fois en termes de dépenses totales et d’effectifs scolarisés. La dépense moyenne fluctue au gré des réformes et des évolutions de la démographie scolaire Dans le premier degré, deux périodes se distin- guent ( figure ) : 1980-2002 et 2002-2011. La première affiche une baisse quasi continue du nombre d’écoliers et, inversement, une augmenta- tion soutenue de la DIE, ce qui s’est traduit par une progression de la dépense par élève de 2,4 % en moyenne par an. Cette progression s’explique par la réforme du statut des enseignants du premier degré avec la création du corps de professeur des écoles, l’instauration des IUFM (Institut universi- taire de formation des maîtres, 1990) ainsi que par la mise en place des emplois jeunes au sein de l’éducation nationale (1997). La seconde période est marquée en revanche par une légère crois - sance des effectifs à partir de 2003, du fait de la remontée de la natalité au milieu des années 1990, alors que la DIE augmente nettement moins vite. En conséquence, la dépense par élève n’évolue que faiblement (environ + 0,6 % par an) pour atteindre 5 870 euros en 2011. Dans le second degré, trois périodes émergent : 1980 - 1994, 1994 - 2009 et 2009 - 2011. De 1980 à 1994, les effectifs augmentent de près de 1 % par an, essentiellement dans le second cycle général et technologique. La DIE croît aussi rapidement sous l’effet des mesures statutaires et salariales et de l’acte I de la décentralisation (transfert de certaines compétences, notamment sur les bâtiments, vers les régions et les départements à partir de 1986). Ces mesures entraînent une forte progression de la dépense par élève (+ 2,3 % en moyenne par an). De 1994 à 2009, les effectifs baissent et la tendance à la hausse de la DIE s’atténue. Il en résulte un ralentissement de la progression de la dépense par élève qui n’est plus que de 1,3 % par an. Enfin, à partir de 2009, les effectifs se stabilisent, alors que la DIE recule légèrement. La dépense par élève diminue ainsi de 0,4 % par an pour se situer à 9 660 euros en 2011. Dans l’enseignement supérieur, l’évolution de la dépense par étudiant se découpe en quatre phases. De 1980 à 1995, les effectifs croissent fortement, absorbant la majeure partie de la progression, pourtant importante, de la DIE. Dans ce contexte, la dépense par étudiant n’augmente que modérément (+ 0,8 % par an). De 1995 à 2006, on enregistre un ralentissement de la DIE et plus encore des effectifs. Cela entraîne une hausse plus marquée de la dépense par étudiant (+ 1,2 % par an). Puis de 2006 à 2009, la stagnation des effectifs, couplée à l’augmentation significative du budget alloué à l’enseignement supérieur renforce la hausse de la dépense moyenne (+ 3,5 % par an). Enfin, depuis 2009, les effectifs d’étudiants progressent à nouveau à un rythme supérieur à celui de la DIE, conduisant à une baisse de 0,4 % par an de la dépense par étudiant, pour atteindre 11 630 euros en 2011. Globalement, la conjugaison de ces évolutions aboutit à un resserrement entre 1980 et 2011 des écarts de dépense par élève ou étudiant pour les trois niveaux d’études considérés. Ainsi, en 1980, 52 Trente ans de vie économique et sociale pour une dépense de 100 euros pour un élève du premier degré (écoles maternelle ou élémentaire), l’effort pour un élève du second degré (collège ou lycée) atteignait 200 euros et 254 euros pour un étudiant (enseignement supérieur). En 2011, toujours pour une dépense de 100 euros pour un élève du premier degré, l’effort pour un élève du second degré n’était plus que de 165 euros et de 198 euros pour un étudiant. Cela reflète la progres- sion plus rapide de la dépense par élève dans le premier degré entre 1980 et 2011 (+ 78 %) que dans le second degré (+ 65 %) et l’enseignement supérieur (+ 42 %). Qui finance quoi ? En 2011, en financement final, c’est-à-dire après transferts, l’État contribue pour 60 % à la dépense d’un élève ou d’un étudiant. Les collecti- vités territoriales sont le deuxième financeur pour 25 % et les autres financeurs (ménages, entrepri - ses, autres administrations publiques et autres financeurs privés) contribuent pour 15 %. En 31 ans, à la suite des différentes mesures de décentralisation, la part de l’État a baissé de 10 points (70 % en 1980) et celle des collectivités territoriales a augmenté de 10 points (15 % en 1980). Ce phénomène est surtout sensible pour le second degré avec un transfert de charges de l’État vers les collectivités d’environ 15 points : la part de l’État passe de 78 % à 63 % et celle des collectivités de 8 % à 24 %. Pour le premier degré, le mouvement entre ces deux principaux financeurs est moins important : la part de l’État passe de 58 % à 53 % et celle des collectivités de 33 % à 38 %. Pour le supérieur, la part de l’État passe de 76 % en 1980 à 64 % en 2011 mais cette baisse n’est compensée que pour les deux tiers par les collectivités territoriales dont la part passe de 2 % en 1980 à 10 % en 2011. Le tiers restant provient des autres financeurs (autres administrations publiques, ménages, entreprises et reste du monde), qui contribuent pour 26 % en 2011 contre 22 % en 1980. Globalement, la contribution des autres finan - ceurs a très peu évolué en 31 ans : elle représente environ 15 % de la dépense par élève ou étudiant. Encadré 2 (suite ) 2 000 4 000 6 000 8 000 10 000 12 000 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 en euros 2011 Ensemble Premier degré Second degré 2011p Supérieur Évolution de la dépense moyenne par élève et par étudiant depuis 1980 Champ : France hors Mayotte, public et privé. Lecture : ce graphique présente deux ruptures de série ; en 1999, rupture due à la rénovation du Compte de l’éducation (métropole + Dom) ; en 2006, rupture due à la modification des règles budgétaires et comptables de l’État (Lolf). Sources : MEN, MESR, Depp, comptes de l’éducation. Dossier - Scolarisation et origines sociales depuis les années 1980 : progrès et limites 53 Encadré 3 Sources L’enquête Emploi réalisée par l’Insee est devenue trimestrielle en 2002 en métropole et en 2013 dans les Dom. Pour des raisons d’homogé- néité de traitement, seules les données sur la France métropolitaine ont été ici exploitées. Par année, on s’intéresse aux sortants de formation initiale et à leur plus haut diplôme obtenu pendant leurs études. Au début des années 1980, la question sur la fin des é tudes n’appréhendait pas correctement les apprentis, et donc les diplô- mes de l’enseignement professionnel. Ce problème a été résolu depuis. Le plus haut diplôme des sortants a alors été reconstitué à partir des statistiques s colaires de l’éducation nationale, ce qui ne permet pas de détailler les plus hauts diplômes obtenus en dehors de l’ensei- gnement supérieur. SISE, SCOLARITÉ : le Système d’information sur le suivi de l’étudiant (SISE) rend compte annuellement des inscrip tions dans l’enseigne- ment supérieur (universités, écoles d’ingénieurs, écoles de commerce, écoles normales supérieures, écoles vétérinaires, instituts catholi - ques). Des données analogues proviennent de SCOLARITÉ pour les STS et CPGE. Ces données individuelles sont complétées par des données agrégées sur les autres segments de l’enseigne - ment supérieur. Panels d’élèves et de bacheliers : réalisés par la Depp et le SIES, ils visent à observer, par une interrogation annuelle, le parcours d’élèves entrant en 6 e aussi longtemps que le jeune poursuit des études, et au plus jusqu’à l’obtention d’un diplôme de niveau bac + 5. Le panel 1995 suit les élèves entrés en 6 e en septembre 1995 et parvenus au baccalauréat entre 2002 et 2006, selon qu’ils ont redoublé ou non dans l’enseigne- ment secondaire et selon qu’ils ont emprunté ou non la voie professionnelle. Le panel 1989 suit les élèves depuis l’entrée en 6 e en 1989 jusqu’à l’obtention du baccalauréat entre 1996 et 2000 selon le temps passé dans l’enseignement secon- daire. Un panel de bacheliers 2008 est actuelle- ment en cours d’interrogation. Définitions Espérance de scolarisation (ou durée de scolarisation) à 15 ans : durée moyenne de la scolarité d’un jeune âgé de 15 ans une année donnée, si les taux de scolarisation par âge restaient les mêmes que ceux observés cette année-là. Proportion de bacheliers dans une génération ou une classe d’âge : proportion de jeunes nés une année donnée qui auraient leur baccalauréat si les taux de réussite par âge restaient les mêmes que ceux observés cette année-là. Taux de chômage : nombre de sortants au chômage rapporté au nombre de sortants actifs (chômeurs ou jeunes ayant un emploi) et non au nombre total de jeunes sortants (qui inclut les inactifs). Trois décennies d’évolutions du marché du travail Pierre-Yves Cabannes* Depuis trente ans, le marché du travail a connude profondes transformations. La population active n’a cessé de s’accroître, principalement sous l’effet de la démographie, mais les comportements d’activité ont notablement changé : les femmes se sont largement insérées sur le marché du travail, les jeunes et les seniors en ont été en partie exclus. Ces évolutions, ainsi que la hausse des qualifications, ont m odifié la structure des emplois. Dans le même temps, les contrats précaires et le temps partiel se sont développés avec force. Le chômage global a nettement augmenté entre la moitié des années 1970 et la moitié des années 1980, puis a fluctué avec le cycle économi que, mais des disparités importantes se sont manifestées, notamment selon l’âge et la qualification. Alors que le taux de chômage des hommes était structurellement moins élevé que celui des femmes, l’écart s’est peu à peu résorbé sur trente ans. Le lien entre la croissance et l’évolution du chômage s’est accentué depuis le début des années 1990. Entre 1975 et 2012, la population active au sens du BIT, parmi les 15-64 ans, est passée de 22,1 à 28,3 millions de personnes (fi gure 1). Cette augmentation se décompose en 2,9 millions d’emplois à temps partiel, 2,0 millions de chômeurs et 1,3 million d’emplois à temps complet. Le chômage et l’emploi à temps partiel ont ainsi beaucoup plus progressé que l’emploi à temps plein. En 2012, les chômeurs représentent 10 % de la population active contre 3 % en 1975 et les personnes travaillant à temps partiel, 16 % contre 7 % . D’autres évolutions importantes ont affecté durant les dernières décennies le marché du travail en France. On se propose, dans ce dossier, d’en présenter les principales. Dossier - Trois décennies d’évolutions du marché du travail 55
- Pierre-Yves Cabannes, Insee. 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2012 Population active 22 082 23 500 24 208 24 710 25 246 26 145 27 267 28 328 Emploi à temps plein 19 703 20 438 19 631 19 985 19 132 19 820 20 594 21 013 Emploi à temps partiel 1 613 1 786 2 414 2 751 3 568 4 086 4 241 4 507 Chômage 766 1 275 2 163 1 975 2 547 2 239 2 431 2 808 Population 32 234 33 572 35 820 36 827 37 193 37 866 39 011 39 950 Taux d’activité (en %) 68,5 70,0 67,6 67,1 67,9 69,0 69,9 70,9
- Effectifs et taux d’activité pour l’ensemble des personnes de 15 à 64 ans en milliers Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 à 64 ans. Note : données corrigées pour les ruptures de série. Source : Insee, enquêtes Emploi. Une hausse de la population active tirée avant tout par la démographie De 1975 à 2012, le nombre d’actifs ayant entre 15 et 64 ans a augmenté de 6,2 millions. Le facteur démographique est primordial dans cette évolution, puisque le nombre de personnes âgées de 15 à 64 ans a progressé de 32,2 à 40,0 millions. Leur taux d’activité 1 a légèrement augmenté, passant de 69 % à 71 % (figure 1). Cependant, cette évolution globale masque de fortes disparités d’activité selon le sexe et l’âge. En 2012, 67 % des femmes de 15 à 64 ans sont actives ; elles n’étaient que 53 % en 1975 (figure 2). De ce fait, elles représentent en 2012 presque la moitié des actifs (48 %, contre 39 % en 1975). À l’inverse, le taux d’activité des hommes de 15 à 64 ans a chuté de 84 % à 75 %. Les comportements d’activité ont évolué différemment selon l’âge. Le taux d’activité des 15-24 ans a d’abord fortement baissé (en particulier sous l’effet de la démocratisation scolaire, qui a conduit à repousser l’âge moyen de fin d’études), avant de se stabiliser au milieu des années 1990, puis de légèrement remonter durant les années 2000. Le taux d’activité des 25-49 ans a gagné près de 10 points entre 1975 et 2012 mais cette hausse est uniquement portée par les femmes, le taux d’activité des hommes de cette tranche d’âge ayant quant à lui baissé de 3 points. Enfin, le taux d’activité des hommes de 50 à 64 ans s’est fortement dégradé durant les années 1980, tout particulièrement en début de décennie, à cause de l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans et des possibilités accrues de départ en préretraite. Depuis le milieu des années 1990, ce taux remonte, notamment sous l’effet des réformes successives des retraites. Cette tendance s’est accentuée depuis 2008. 56 Trente ans de vie économique et sociale Hommes Femmes 1975 1979 1983 1987 1991 1995 1999 2003 2007 2012 1975 1979 1983 1987 1991 1995 1999 2003 2007 2012 en % 15 64 à ans 25 à 49 ans 50 64 à ans 15 à 24 ans 100 30 40 50 60 70 80 90 20 30 40 50 60 70 80 90 20 100 en %
- Taux d’activité des 15-64 ans Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 à 64 ans. Note : données corrigées pour les ruptures de série. Source : Insee, enquêtes Emploi.
- Ratio de la population active sur la population totale.