soutenue (bien que de façon moins marquée qu’au cours des Trente Glorieuses) alors que le taux d’épargne est très stable aux alentours de 15 %. La nette accélération des prix en 2008 puis la récession de 2008-2009 freinent brutalement le pouvoir d’achat. Cette décélération se transmet à la consommation, car les ménages ajustent peu le niveau de leur épargne, et la consommation en volume par UC diminue de 1,0 % en 2012. Une détérioration tendancielle du solde public La période de croissance forte et régulière d’avant le premier choc pétrolier coïncide avec une situation excédentaire des comptes publics jusqu’en 1967 et à peu près à l’équilibre de 1969 à 1974 (à l’exception de l’année 1968 qui enregistre un déficit public de 1,3 % du PIB). Les charges d’intérêt des administrations publiques (APU) sont alors faibles (figure 5). Le premier déficit public significatif apparaît en 1975. Il résulte des diverses mesures de relance décidées par le gouvernement après le premier choc pétrolier, ainsi que de l’impact de la récession sur les rentrées fiscales. À partir de 1981 et jusqu’en 1997, le solde primaire (hors intérêts versés et revenus d’actifs reçus) des APU est systématiquement négatif. Cela entraîne une forte croissance de la dette et des charges d’intérêt qui attei- gnent un maximum de 3,2 % du PIB en 1996. L’accroissement du déficit primaire jusqu’à 3,8 % du PIB lors de la récession de 1993, cumulé avec les charges d’intérêt, porte le déficit public total à 6,5 % du PIB cette année-là. Le redressement du solde primaire est ensuite ininterrompu entre 1993 et 2000 avec les mesures d’amélioration des finances publiques destinées à satisfaire les critères de Maastricht, puis l’amélioration de la conjoncture. Toutefois, le poids de la dette est devenu tel que, malgré quatre années successives d’excédent primaire (de 1998 à 2001), le déficit total des APU ne descend jamais en dessous de 1,5 % du PIB (niveau atteint en 2000). À partir de 2002, le solde primaire des APU n’est plus jamais positif et le déficit total oscille entre 2 % et 4 % du PIB au cours des années 2002 à 2008. La crise financière intervenue courant 2008 et la récession sans précédent qui s’ensuit mettent fin à cette relative stabilité et creusent très profondément le déficit qui excède 7 % du PIB en 2009 et 2010. Les mesures de redressement des finances publiques mises en œuvre à partir de 2011 permettent une certaine résorption du déficit mais celle-ci est limitée à partir du printemps 2011 par une Dossier - Avant et après les chocs pétroliers : l'économie française de 1949 à 2012 15 – 8 – 7 – 6 – 5 – 4 – 3 – 2 – 1 0 1 2 1959 1963 1967 1971 1975 1979 1983 1987 1991 1995 1999 2003 2007 2012 en % du PIB Solde primaire des APU Solde des APU 5. Solde des administrations publiques (APU) et solde primaire Champ : France. Note : le solde des administrations publiques (APU) correspond à la différence entre les recettes et les dépenses publiques. Le solde primaire correspond au solde public calculé hors intérêts versés et revenus d'actifs reçus. Source : Insee, comptes nationaux, base 2005.
conjoncture à nouveau déprimée qui grève la dynamique des recettes. Malgré la hausse de la dette (qui passe de 64,2 % du PIB fin 2008, lors du déclenchement de la crise financière, à 90,2 % fin 2012), le poids des charges d’intérêt demeure contenu à moins de 2,5 % du PIB à la faveur d’une baisse continue du coût des emprunts. Une augmentation des prélèvements obligatoires pour financer la hausse des dépenses de santé et de protection sociale Le taux de prélèvements obligatoires reste stabilisé à un peu moins de 34 % du PIB au cours des quinze années qui précèdent le premier choc pétrolier(fi gure 6).I la u g m e n t ed ep r è s de dix points au cours des dix années suivan tes pour financer des dépenses publiques qui croissent plus vite que le PIB en valeur. Après une deuxième phase de relative stabilité entre 1984 et 1992, il amorce une nouvelle hausse en 1993 et atteint un maximum de 44,9 % du PIB en 1999. Il se stabilise ensuite aux abords de 44 % du PIB avant d’enregistrer une baisse sensible en 2009 (42,1 %), du fait notamment des mesures de baisses d’impôts décidées dans le cadre du plan de relance consécutif à la récession. Il remonte en revanche nettement à partir de 2011 avec les mesures de consolidation des finances publiques, pour atteindre 45,0 % du PIB en 2012. La hausse du poids des prélèvements obligat oires sur les quinze dernières années (+ 1,1 point de PIB entre 1995 et 2011) fait écho à celle des dépenses (+ 1,5 point). L’analyse des dépenses publiques par fonction, disponi ble pour les années 1995 et suivantes, montre une évolution sensible de la structure des dépenses publiques au cours de la période(fi gure 7). En effet, les dépenses de santé et de protection sociale augmentent plus vite que le PIB en valeur et leur poids dans le PIB progresse re spectivement de 1,1 et de 2,3 points de PIB. A contrario, le poids des autres dépenses publique s (hors charges d’intérêt) diminue de 1,7 point de PIB entre 1995 et 2011. 16 Trente ans de vie économique et sociale 20 30 40 50 60 1959 1963 1967 1971 1975 1979 1983 1987 1991 1995 1999 2003 2007 2012 e n%d uP I B Dépenses publiques Recettes publiques Prélèvements obligatoires 6. Dépenses publiques, recettes publiques et prélèvements obligatoires Champ : France. Source : Insee, comptes nationaux, base 2005. Des exportations et des importations en forte hausse, mais un déséquilibre croissant du solde extérieur sur la période récente En soixante ans, la part des échanges extérieurs dans le PIB a fortement progressé, illustrant l’ouverture internationale accrue de la France dans un contexte d’essor du commerce mondial. Inférieure à 15 % du PIB jusqu’à la fin des années 1960, la part des exportations comme des impor- tations s’accroît fortement au cours des années 1970, puis à partir des années 1990 : elle représente systématiquement plus du quart du PIB à partir du début des années 2000 (figure 8). La contraction brutale du commerce mondial lors de la récession de 2008-2009 se lit dans les échanges de la France dont la part dans le PIB chute de plus de trois points entre 2008 et 2009. Mais dès 2011, le poids des exportations et des importations dans le PIB retrouve son niveau d’avant la crise. Les évolutions du solde commercial (biens et services) de la France sont beaucoup plus irrégulières : à moyen terme, il reflète la position compétitive des entreprises françaises mais est influencé, à plus court terme, par les variations du prix de l’énergie et les décalages de conjonc- ture avec le reste du monde. Systématiquement excédentaire au cours des années 1960, le solde commercial fléchit brutalement après le second choc pétrolier pour afficher de 1980 à 1982 un Dossier - Avant et après les chocs pétroliers : l'économie française de 1949 à 2012 17 2,0 2,5 3,0 3,5 4,0 4,5 Dépenses de santé Dépenses de protection sociale Charges d’intérêt Autres dépenses publiques PIB en valeur en % 7. Évolution annuelle moyenne des dépenses publiques entre 1995 et 2011 Champ : France. Source : Insee, comptes nationaux, base 2005. 0 4 8 12 16 20 24 28 32 1949 1956 1963 1970 1977 1984 1991 1998 2005 2012 en % du PIB – 4 – 2 0 2 4 6 8 10 12 en % du PIB Exportations (échelle de gauche) Importations (échelle de gauche) Solde des échanges extérieurs (échelle de droite) Capacité (+) ou besoin (–) de financement de la nation (échelle de droite) 8. Relations avec le reste du monde Champ : France. Source : Insee, comptes nationaux, base 2005.
déficit de l’ordre de 2 % du PIB. Il se redresse ensuite progressivement et la France affiche du début des années 1990 jusqu’en 2003 un solide excédent commercial (jusqu’à 2,7 % du PIB en 1997). Il se dégrade ensuite rapidement et le déficit commercial excède systématiquement 1,5 % du PIB à partir de 2007. Alors que les récessions de 1975 et 1993 avaient coïncidé avec un redressement du solde commercial (la chute de la demande intérieure entraînant celle des importations), celle de 2009 fait exception car la crise est mondiale. 2009 : une récession exceptionnelle Les données des comptes trimestriels de l’Insee, rétropolées depuis 1949, permettent de caractériser un peu plus finement que les données annuelles les spécificités de la récession de 2009. Les comptes trimestriels ont été utilisés pour déterminer, pour chacune des trois réces- sions observées sur la période (celles de 1975, 1993 et 2009), l’entrée en récession, entendu comme le trimestre où le PIB en volume a atteint son niveau maximal antérieur à la récession 1 . Les figures 9 et 10 montrent l’évolution de certains agrégats sur une période de sept années, débutant deux années avant l’entrée en récession (noté « R ») et s’achevant cinq années après. Les trois récessions apparaissent d’emblée très différentes (fi gure 9):s il ar é c e s s i o nd e 1975 coïncide avec une inflexion durable de la cr oissance du PIB, celle-ci reprend tout de même assez rapidement. Le PIB retrouve son ni veau maximal antérieur six trimestres après l’entrée en récession. La récession de 1993 ne marque pas de rupture franche dans le rythme de croissance du PIB, et le niveau maximal d’activité atteint avant la crise est là aussi dépassé assez rapidement (neuf trimestres après l’entrée en récession). La situation est tout autre concernant la récession de 2009 : la croissance redémarre lentement en sortie de récession, à tel point qu’au 1 er trimestre 2013, cinq ans après l’entrée en récession, le PIB en volume demeure légèrement inférieur au maximum atteint avant la récession (soit au 1 er trimestre 2008), la croissance du PIB étant proche de zéro sur les deux dernières années de la période considérée. La récession de 2009 apparaît encore plus atypique si l’on analyse l’évolution du solde des échanges de biens manufacturés (figure 10) : cet indicateur, qui exclut les produits énergéti - ques dont les importantes fluctuations de prix jouent fortement à court terme sur le solde 18 Trente ans de vie économique et sociale
- Il s'agit du 3 e trimestre de 1974, du 1 er trimestre de 1992 et du 1 er trimestre de 2008. 88 92 96 100 104 108 112 116 R-8 R-4 R R+4 R+8 R+12 R+16 R+20 1975 1993 2009 indice base 100 au trimestre d’entrée en récession
- Évolution du PIB en volume lors des trois épisodes de récession Champ : France. Lecture : pour chaque récession, le graphique couvre une période de 7 années débutant 8 trimestresavant l’entrée en récession (« R ») et s’achevant 20 trimestres après. Source : Insee, comptes nationaux, base 2005. commercial, traduit notamment la position compétitive des entreprises françaises et les décalages de conjoncture avec les autres pays. En 1975 et 1993, l’entrée dans la récession coïncide avec une amélioration du solde des biens manufacturés, la faiblesse de la demande intérieure pesant sur les importations tandis queles exportations tirent parti du dynamisme des économies extérieures : d’environ 1 % du PIB avant la récession de 1975, l’excédent culmine à 3 % du PIB pendant la récession et reste durablement supérieur à son niveau initial. La situa- tion est analogue pour la récession de 1993 même si la situation initiale est un peu moins favorable (avec un déficit de l’ordre de 1 % du PIB).A contrario, lors de la récession de 2009, le solde des biens manufacturés, à l’équilibre deux ans avant l’entrée en récession, se dégrade progressivement pour culminer à 2,5 % du PIB trois années après l’entrée en récession. Une certaine amélioration se dessine ensuite, porté e notamment par la faiblesse des importations en 2012 liée à la baisse du pouvoir d’achat, mais elle reste très lente. Cinq années après l’entrée en récession le solde des biens manufacturés demeure déficitaire à hauteur d’environ 1,5 % du PIB, les exportations souffrant d’unecompétitivité encore dégradée des entreprises mais aussi de la demande très déprimée en provenance de leurs marchés traditionnels (Espagne et Italie notamment). /c110 Dossier - Avant et après les chocs pétroliers : l'économie française de 1949 à 2012 19 –4 –3 –2 –1 0 1 2 3 4 R-8 R-4 R R+4 R+8 R+12 R+16 R+20 e n%d uP I B 1975 1993 2009
- Évolution du solde des biens manufacturés lors des trois épisodes de récession Champ : France. Lecture : pour chaque récession, le graphique couvre une période de 7 années débutant 8 trimestresavant l’entrée en récession (« R ») et s’achevant 20 trimestres après. Source : Insee, comptes nationaux, base 2005. 20 Trente ans de vie économique et sociale Définitions Productivité horaire du travail : la productivité horaire du travail de l’ensemble de l’économie est calculée en rapportant le PIB en volume a u nombre total d’heures travaillées. Taux de marge : le taux de marge des sociétés non financières (SNF) est calculé en rapportant leur excédent brut d’exploitation (EBE) à leur valeur ajoutée. Taux d’investissement: le taux d’investissement des SNF est calculé en rapportant leur investisse- ment à leur valeur ajoutée. Taux d’autofinancement: le taux d’autofinancement des SNF est calculé en rapportant leur épargne à leur investissement. Revenu disponible brut des ménages (RDB) : le RDB est égal à la somme des revenus nominaux perçus (revenus d’activité, revenus de la propriété, p restations sociales) nets des cotisations et impôts directs courants acquittés par les ménages. Taux d’épargne des ménages: le taux d’épargne des ménages est calculé en rapportant leur épargne àl e u rR D B . Pour en savoir plus Bournay J., Pionnier P.-A., « L’économie française : ruptures et continuités de 1959 à 2006 », Insee Première n° 1136, 2007. Bouvier G., Pilarski Ch., « Soixante ans d’économie française : des mutations structurelles profondes », Insee Première n° 1201, Insee, 2008. De l’exploitation familiale à l’entreprise agricole Pascale Pollet* Les trente dernières années s’inscrivent dans la lignée des trente précédentes : le nombre d’exploitations s’est réduit fortement et une part croissante de la production est le fait de grandes unités spécialisées ; la population agricole a diminué, le salariat s’est substitué en partie à la main-d’œuvre familiale, les chefs d’exploitation sont de plus en plus diplômés. La baisse relative des prix agricoles a incité les producteurs à adopter des modes de production plus efficaces, ce qui a permis d’accroître le volume de production jusqu’aux années 2000. La politique européenne, en soutenant certaines productions plus que d’autres, a modelé le paysage agricole. Les grandes cultures, plus rentables que l’élevage, ont eu tendance à prendre la place des prairies naturelles. L’élevage bovin a été profondément restructuré par ces réformes. En 2012, la production agricole française, avec une valeur au prix de base 1 de 76,1 milliards d’euros, est la première de l’Union européenne à 27. Elle contribue à concur- rence de 19 % à la production européenne, suivie par l’Allemagne (14 %), l’Italie (12 %) et l’Espagne (11 %). La France dispose de la plus vaste superficie agricole utilisée, soit 16 % de la superficie européenne. La sole en céréales etoléoprotéagineux est également la plus étendue. La France représente aussi 8 % de l’emploi agricole européen en 2011, et n’arrive ainsi qu’au 22 e rang. Elle se situe loin derrière les nouveaux entrants des années 2000 dont la population agricole est encore importante. Ces caractéristiques sont le résultat d’un long processus entamé dès l’après-guerre, mais également le fruit des orientations de la politi que agricole commune (PAC) tout au long des trente dernières années. La PAC a accompagné la mutation de l’agriculture française La politique agricole commune a été mise en place suite à la signature du traité de Rome en mars 1957. L’objectif était d’assurer l’indépendance alimentaire des pays fondateurs, en favorisant l’accroissement de la productivité , en assurant un niveau de vie suffisant à la population agricole, en veillant à la stabilité des marchés et en garantissant la sécurité alimen- taire à des prix raisonnables pour les consommateurs. Au début des années 1970, la Commu- nauté européenne est devenue autosuffisante et la plupart de ces objectifs ont été atteints. En revanche, au cours des décennies suivantes,sont apparus des excédents dont le financement a pesé de plus en plus lourd. Au cours des années 1980, des ajustements se sont avérés nécessaires au niveau budgé - taire comme dans la maîtrise des marchés. Ils se sont traduits, entre autres, par la mise en place de quotas laitiers (1984) et par un contingentement de la production de céréales et oléagineux via les quantités maximales garanties (1988). Ces réformes se sont révélées peu efficaces et une nouvelle réforme de fond est devenue nécessaire. Dossier - De l’exploitation familiale à l ’entreprise agricole 21
- Pascale Pollet, SSP.
- Montant que le producteur reçoit de l’acheteur par unité de bien ou de service produ ite, diminué des impôts sur les produits et augmenté des subventions sur les produits. Le prix de base exclut les frais de transport facturés séparément. En 1992, des changements majeurs ont été introduits. Ils ont concerné, entre autres, le secteur des céréales, des oléagineux et des p rotéagineux (COP) et celui des productions bovine et ovine. Ils ont consisté essentiellement en une baisse importante des prix garantis, compensée en grande partie par l’octroi ou la revalorisation d’aides directes aux producteurs, et en la mise en place de mécanismes destinés à limiter la surproduction (mise en jachère obligatoire de 15 % des surfaces en COP). Les nouvelles aides directes n’étaient plus propor- tionnelles aux quantités produites, mais aux surfaces cultivées et au nombre d’animaux présents. Elles ont préfiguré d’une certaine façon le « découplage » entre aide et production qui caractérise la PAC d’aujourd’hui. Suite à la réforme de 1992, les marchés ont retrouvé un équilibre avec des stocks publics réduits. À la fin des années 1990, un nouveau tournant s’est amorcé pour la PAC, qui a dû s’adapter aux contraintes internationales émergentes d ans le cadre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT). À l’issue du cycle de l’Uruguay, le GATT a imposé à l’Union européenne, pour la période 1995-2000, de limiter le montant des soutiens accordés à son agriculture, de réduire la protection extérieure aux frontières et les exportations subvention - nées. La perspective de l’entrée de dix nouveaux États membres a par ailleurs incité la Commission européenne à envisager une nouvelle baisse des prix agricoles garantis pour les rapprocher de ceux pratiqués dans ces pays. En conséquence, en 1999, l’Europe a réformé une deuxième fois sa politique agricole. Les principes de « l’Agenda 2000 » ont renforcé les orientations de 1992 : poursuite des baisses de prix garantis pour les principaux produits agricoles avec, en contrepartie, une augmentation des aides directes aux producteurs. Des mesures de développement rural ont été introduites et ont constitué ce qui est devenu quelques années plus tard le « second pilier » de la PAC. La réforme de 1999 a permis de rééquilibrer les marchés agricoles tout en maintenant les revenus, dans le respect désormais des règles de l’Organisation mondiale du commerce. Cependant, « l’Agenda 2000 » comportait une clause de réexamen à mi-parcours de la PAC pour poursuivre certaines baisses de prix. Des aides européennes de plus en plus éloignées de la production La nouvelle réforme de la PAC en 2003 a eu pour objectif essentiel de fournir des marges de manœuvre à la Commission européenne dans la perspective d’un nouveau cycle de négociations internationales. D’autres facteurs internes ont également contribué à une remise en cause profonde des dispositifs existants. En effet, la succession de plusieurs crises en Europe (crise de la dioxine en 1999, deuxième crise de la vache folle en 2000, épizootie de fièvre aphteuse en 2001), associée à la pollution d es cours d’eau et des nappes phréatiques engendrée par les activités agricoles, a provoqué une défiance croissante des citoyens. L’entrée imminente de dix nouveaux pays a aussi joué : le cadre budgétaire devait permettre de financer l’introduction progressive des aides pour ces pays. Le simple examen à mi-parcours prévu par « l’Agenda 2000 » s’est ainsi traduit par une réforme de grande ampleur qui a radicalement changé le mode d’allocation des aides, faisant du « découplage » et du respect de l’environnement des priorités. Le dispositif de 2003 instaurait en effet l’oct roi d’aides découplées aux exploitations, versées sans obligation de produire par le biais de droits à paiements uniques. Ceci pour inciter les agriculteurs à orienter leur activité en fonction du marché et de leur propre produc- tivité, tout en assurant le maintien de leur revenu. Pour découpler les aides et commencer à appliquer la réforme, plusieurs options s’offr aient aux différents États membres. La France a choisi le découplage partiel, un calcul des droits à paiements uniques basé sur des références historiques individuelles et une entrée en vigueur en 2006 (fi gure 1). 22 Trente ans de vie économique et sociale Pour toucher les aides, les agriculteurs devaient respecter des exigences relatives à l’envi- ronnement, la qualité et la sécurité des aliments, la santé et le bien-être des animaux. Plus largement, la réforme de 2003 a étendu la prise en compte du deuxième pilier, celui du développement rural, en élargissant le champ d’action de la PAC : mesures pour la qualité alimentaire, mesures agro-environnementales, mesures en faveur du respect des normes, mesures en faveur des jeunes agriculteurs et mesures pour la forêt. Le bilan de santé de la PAC de 2008 a renforcé les mesures de 2003 Un nouveau rendez-vous avait été fixé en 2008, visant à effectuer un « bilan de santé » de la PAC. Outre la suppression des jachères obli gatoires, les mesures adoptées ont concerné quatre volets principaux. En premier, les aid es directes devaient être totalement découplées de la production à l’horizon de 2012, exceptées la prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes et la prime à la brebis et à la chèvre. En deuxième, les États membres étaient invités, sans obligation, à uniformiser les montants d’aides à l’hectare. Cette mesure visait à remettre en cause l’octroi d’aides aux exploitations sur l a seule base de leurs situations passées. En troisième, la modulation des aides directes du premier pilier a été renforcée, pour augmenter les fonds alloués au deuxième pilier. Les économies réalisées ont été affectées au développe- ment rural, afin de financer des mesures relatives à l’environnement. À disposition des États membres, ces fonds pouvaient aussi être mobilisés pour accompagner la sortie des quotas laitiers. Enfin, les quotas laitiers, dont la suppression était prévue pour 2015, ont été relevés à hauteur de 1 % par an à partir de 2009. Les États membres disposaient de marges de manœuvre importantes pour adopter ces mesures. Ils pouvaient jouer sur la répartition des aides directes des deux piliers en privilégiant certaines dispositions. Pour la France, cette révi sion s’est révélée délicate dans la mesure où elle était moins avancée que d’autres États dans le processus de réforme et qu’elle se caractéri- sait par une grande diversité de situations produc tives et territoriales. La redistribution des soutiens a bénéficié aux éleveurs d’herbivores, notamment ceux engagés dans des systèmes extensifs. Elle s’est traduite par un transfert de fonds au profit des régions herbagères, et Dossier - De l’exploitation familiale à l ’entreprise agricole 23 0 2 4 6 8 10 12 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 en milliards d’euros Subventions d’exploitation Subventions sur les produits Agenda 2000 Réforme PAC 1992 Accord de Luxembourg de 2003 Bilan de santé 2008
- Évolution des subventions à l’agriculture Champ : France. Source : Insee, comptes de l’agriculture, base 2005. principalement des zones de montagne. À l’issue de cette nouvelle vague de mesures, ne sont restées couplées à la production qu’une partie de la prime aux vaches allaitantes, la prime ovine et caprine et quelques aut res primes moins importantes. Au fil des réformes, l’agriculture européenne est devenue plus réactive aux signaux des marchés et sa politique s’est davantage orientée vers le respect de l’environnement et le développement des territoires. Une nouvelle réforme visant une redistribution plus homogène des aides directes est en cours en 2013, avec comme contrainte une baisse du budget européen consacré à la PAC. En France, une production agricole en hausse jusqu’aux années 2000 Les orientations de la politique européenne ont constitué un cadre de fond qui a accompa- gné et influencé les mutations de l’agriculture française, alors que celle-ci a poursuivi tout au long des trente dernières années sa modernis ation. Dans la continuité des décennies précé - dentes, le progrès technique a en effet continué de substituer au travail humain une mécanisa- tion de plus en plus sophistiquée. Dans le même temps, la recherche agronomique a créé de nouvelles variétés végétales et de nouvelles races animales dont les rendements n’ont cessé d’augmenter. Elle a fourni par ailleurs aux agriculteurs des modes de production plus écono- mes en intrants. Ces améliorations ont permis d’augmenter la production agricole de 0,7 % par an en volume entre « 1980 » 2 et « 2011». La production agricole a crû assez régulièrement jusqu’à la fin des années 1990. Elle est globalement stable depuis, même si elle fluctue fortement d’une année sur l’autre au gré des crises alimentaires, des épizooties et des crises de confiance des consommateurs. Après déduction des consommations intermédiaires, la valeur ajoutée de la branche a crû, elle, de 1,3 % par an en volume. La valeur ajoutée est plus dynamique que la production, grâce à une meilleure maîtrise des consommations intermédiaires. Depuis le milieu des années 1990, les producteurs gèrent mieux leur consommation d’intrants, et ils ont intégré les progrès réalisés en matière de semences ou de sélection de races pour le cheptel laitier ou à viande. Les mesures prises dans le cadre agr o-environnemental ont aussi visé à adopter des modes de production plus respectueux de l’environnement. En valeur, toutefois, la valeur ajoutée agr icole a progressé à peu près au même rythme (+ 1,2 % par an). Les prix de la valeur ajoutée agricole, au-delà d’importantes fluctuations, ont nettement moins augmenté en trente ans que ceux des autres branches économiques. Ce phénomène, qui dépasse le cadre de la France, rend compte de la modernisation de l’agricul- ture. De ce fait, en France, la part de la valeur ajoutée agricole dans l’ensemble de l’économie est passée de 6,2 % en « 1980 » à 2,6 % en « 2011». Quant au revenu net d’entreprise agricole, il a baissé tendanciellement au cours des trente dernières années, avec des fluctuations importantes liées aux volumes et aux prix de la production, à ceux des intrants et aux subventions(fi gure 2). Rapporté au nombre d’actifs non salariés, l’évolution est moins défavorable,du fait de la diminution tendancielle de la popula- tion agricole. Les prix à la production ont jouénégativement jusqu’au milieu des années 2000. Depuis 2007, ils tendent à remonter et à soutenir le revenu agricole. Les subventions consti - tuent un soutien important au revenu agricole depuis la fin des années 1990. Au début des années 2010, les aides découplées représentent 71 % du total des aides. 24 Trente ans de vie économique et sociale
- Dans les développements qui suivent, les calculs d’évolution sont faits en utilisant des moyennes triennales. L’utilisation des seules années de début et de fin de période pourrait en effet fausser le calcul des tendances du fait du caractère fluctuant de la production agricole. Ces moyenne s triennales centrées sur l’année n sont marquées « n ». Des exploitations moins nombreuses, plus grandes et plus spécialisées En trente ans, les conditions de production de l’agriculture ont évolué très fortement. Entre 1979 et 2010, le nombre d’exploitations agricoles est passé d’environ 1,2 million à 490 000 ; il avait déjà été divisé par deux entre 1955 et 1979. La taille des exploitations, par contre, s’est nette- ment agrandie(fi gure 3). Ainsi, en 1979, 88 % des exploitations agricoles étaient de petites exploi- tations, utilisant une superficie agricole inférieure à 50 hectares (ha). Les exploitations moyennes, de 50 à moins de 100 ha, représentaient seulement 9 % du parc et les grandes exploitations, de 100 ha ou plus, comptaient pour moins de 3 %. Trente et un ans après, le paysage agricole est très différent : les petites exploitations ne constituent plus que six dixièmes du parc, alors que les moyennes et les grandes en constituent à parts égales les quatre dixièmes restants. Les très petites exploitations, de moins de 5 ha, représentent encore, en 2010, un quart du parc. Dossier - De l’exploitation familiale à l ’entreprise agricole 25 20 40 60 80 100 120 140 160 180 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 p indice base 100 en 1990 RNEA par actif non salarié RNEA par actif non salarié (tendance) RNEA global
- Évolution du revenu net d’entreprise agricole (RNEA) en termes réels Champ : France. Sources : Insee, comptes de l’agriculture, base 2005, calculs SSP . 0 10 20 30 40 50 1955 1979 1988 2000 2010 en % 1970 Moins de 5 hectares 20 à moins de 50 hectares 5 à moins de 20 hectares 50 à moins de 100 hectares 100 hectares ou plus
- Répartition des exploitations selon la surface agricole Champ : France métropolitaine. Source : Agreste, recensements agricoles. La superficie agricole utilisée ne reflète toutefois qu’un aspect de la taille des exploita - tions. Ce critère est en effet peu adapté pour les productions dites « hors sol » (productions qui ne font pas appel à l’utilisation de terres ou de prés ; par exemple l’élevage de poules en batterie ou de vaches laitières à l’étable). De fait, certaines exploitations à faible surface agricole peuvent générer une production en valeur importante, comme les élevages porcins par exemple. Ainsi, au-delà de la surface, lesexploitations agricoles se sont également agran- dies en termes de production brute standard. On entend par là le potentiel de production de l’exploitation compte tenu de ses structures productives. En 2010, les petites exploitations « au sens économique », celles dont la productio n brute standard est inférieure à moins de 25 000 euros, constituent un peu plus du tiers des exploitations agricoles. En 1988, en euros constants, cette même catégorie d’exploitation constituait près de la moitié du parc. Ce sont les exploitations moyennes (de 25 000 à moins de 100 000 euros) et grandes (100 000 euros ou plus) qui représentent désormais près des deux tiers du parc. Ces deux catégories d’exploita- tions concentraient déjà 93 % du potentiel productif en 1988 et en concentrent désormais 97 % (fi gure 4). Le potentiel de production est plus élevé en moyenne pour les exploitations les moins liées au sol : élevages porcins et avicoles, maraîchage et floriculture. À l’inverse, il est le plus faible pour les exploitations les plus extensives : élevages ovins et bovins à viande. Mais, pour toutes les spécialités, le potentiel productif se concentre de plus en plus dans les moyennes et grandes exploitations. Par ailleurs, les exploitations tendent à se spécialiser, c’est à dire à consacrer au moins deux tiers de leur potentiel productif à une production particulière ou à un groupe de produc- tions. Entre 2000 et 2010, la part des exploitati ons spécialisées progresse dans toutes les productions à l’exception des légumes. La production la plus concentrée est la vigne, alors que l’une des mieux répartie est la production céréalière. Moins de prairies et davantage de grandes cultures Depuis l’après-guerre, l’ensemble de la superficie agricole utilisée n’a cessé de se réduire, de presque 6 millions d’hectares au total. Entre 1980 et 2010, elle a diminué de 2,8 millions d’hectares. Ce mouvement s’est toutefois ralenti au fil des décennies : la surface totale a diminué au rythme moyen de 104 000 hectares par an dans les années 1980, 26 Trente ans de vie économique et sociale 1988 2000 2010 Nombre d’exploitations 53,1 58,2 63,7 Production brute standard 92,8 96,1 97,2 Superficie agricole utilisée 84,8 91,7 93,1 Main-d’œuvre totale en UTA 1 77,6 84,9 86,7 Surfaces en céréales 90,3 94,9 96,2 Surfaces en vignes 89,4 94,2 96,1 Surfaces en légumes en maraîchage 94,0 95,2 97,1 Surfaces en vergers 88,3 89,7 89,6 Nombre de vaches laitières 95,7 99,0 99,5 Nombre de vaches allaitantes 77,5 88,9 92,3 Nombre de brebis mères 77,0 84,1 87,2 Nombre de porcs 98,7 99,7 99,8 Nombre de volailles 97,3 98,9 99,6
- Importance des moyennes et grandes exploitations, spécialisées ou non en %
- Unité de travail annuel (équivalent temps plein de l’agriculture). Champ : France métropolitaine. Source : Agreste, recensements agricoles. 87 000 dans les années 1990 et 63 000 dans les années 2000. Parallèlement, les terres ont été redistribuées entre les différentes productions , au profit des productions les plus rentables (fi gure 5). La superficie des grandes cultures (céréales, oléagineux…) n’a cessé d’augmenter entre 1980 et 2000, avant de se réduire dans les années 2000. Cette évolution s’est faite au détriment des cultures fourragères, dont la sole a régressé de 3,8 millions d’hectares en trente ans. Toutefois, depuis 2000, les parts respectives de s surfaces en grandes cultures et en cultures fourragères sont stables (respectivement 45 % et 49 %). La réduction de la sole fourragère s’est accompagnée d’une baisse des effectifs de bovins et d’ovins. Les effets de la PAC et la dynamique du marché européen expliquent en grande partie ces évolutions. En trente ans, le troupeau de bovins a perdu environ 4 millions de têtes, du fait de la réduction du nombre de vaches laitières : d’une part, l’introduction des quotas laitiers à partir de 1984 a limité la production de lait ; d’autre part, la hausse des rendements a permis de produire davantage avec moins d’animaux. En revanche, le nombre de vaches nourrices a progressé de plus d’un million de têtes, une évolution encouragée par les mesures de la PAC telles que la prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes. Le troupeau d’ovins a quant à lui perdu plus de 5 millions de têtes, la France ayant subi la concurrence de certains partenaires européens comme l’Irlande ou la Grande-Bretagne, mais aussi d’autres grands producteurs comme la Nouvelle-Zél ande. Enfin, entre 1980 et 2000, la production porcine a progressé, portée par le modèle de production breton pour le porc ; la production avicole, elle, a été dynamisée par la hausse de la consommation française et internationale. Mais pendant les années 2000, la production porcine marque le pas, le modèle breton se heurtant aux problèmes de pollution, et la production avicole subit la concurrence internationale et européenne. Dossier - De l’exploitation familiale à l ’entreprise agricole 27 1980 1990 1995 2000 2010 Surfaces (en milliers d’hectares) Grandes cultures 11 468 12 530 13 123 13 347 13 025 Céréales 9 892 9 031 8 257 9 076 9 231 Plantes sarclées (betteraves, pommes de terre) 774 638 620 573 541 Oléagineux 506 1 916 1 932 2 010 2 233 Protéagineux 75 713 588 467 397 Jachères 221 233 1 725 1 221 623 Cultures fourragères (prairies et autres fourrages) 18 142 16 196 15 227 15 078 14 322 dont : fourrages annuels 1 410 1 817 1 608 1 435 1 428 Autres cultures 2 134 1 870 1 809 1 540 1 569 dont : vignes 1 157 952 915 897 796 Surface agricole utilisée (total) 31 744 30 596 30 158 29 965 28 916 Effectifs (en milliers de têtes) Bovins 23 548 21 401 20 540 21 256 19 444 Vaches laitières 7 346 5 303 4 516 4 324 3 712 Vaches nourrices 2 901 3 708 4 139 4 253 4 179 Ovins 13 006 11 390 10 287 9 494 7 905 Porcins 11 563 12 251 13 844 14 934 14 181 Equidés dans les exploitations agricoles 321 345 382 454 453 Caprins 1 243 1 238 1 194 1 313 1 394 Volailles 173 485 198 409 211 157 205 263 218 868
- Évolution des principales cultures et des cheptels depuis 1980 Champ : France métropolitaine. Source : Agreste, statistique agricole annuelle. Au sein des grandes cultures, l’allocation des terres entre les différentes productions végétales a varié en fonction des dispositions de la PAC. En trente ans, alors que la superficie totale consacrée à ces productions augmentait d’environ 1,5 million d’hectares, la part des céréales a chuté de 86 % en 1980 à 63 % en 1995, avant de remonter à 71 % en 2010. La part de la surface réservée aux oléagineux et aux jachères a quant à elle fluctué fortement. Dans les années 1980, le renforcement des aides à la production d’oléoprotéagineux a favorisé l’aug- mentation massive de la sole correspondante, qui a crû d’environ 400 000 ha en 1980 à plus de 2 millions d’ha en 2000. Puis, la réforme de 1992 a contraint les producteurs à mettre en jachère une part minimum des terres consacrées aux céréales et oléoprotéagineux, favorisant la progression des surfaces en jachère au milieu des années 1990. Avec « l’Agenda 2000 », cette part a été réduite et la tendance se poursuit dans les années 2000. Une production accrue sur une surface totale réduite Malgré une surface totale en décroissance, les agriculteurs ont développé le potentiel de production en améliorant les rendements, si bien que la production de grandes cultures a augmenté continûment. Notamment, à travers une sélection accrue des plantes, ils ont disposé de variétés très productives. Depuis 1980, la production de blé tendre a progressé de 46 %. Les rendements n’ont cessé de croître jusqu’à la fin des années 1990, avant de se stabiliser. Entre 1990 et 2010, le rende- ment du maïs grain a augmenté d’environ 25 quintaux par hectare (q/ha) et celui de l’orge a gagné 5 q/ha. Ces hausses ont été largement acquises avant 2000, comme pour le blé tendre. Pour augmenter les rendements, à partir des années 1960, les agriculteurs ont recouru massivement aux engrais et notamment à l’azote. La quantité d’azote par quintal de blé s’est encore accrue au cours des années 1980 avant de régresser en fin de décennie. Pour la plupart des grandes cultures, les agriculteurs ont progressivement rationalisé les dosages. Depuis la fin des années 1990, dans un contexte de stagnation des rendements et de plus grande volatilité des prix agricoles et des matières premières, les agriculteurs ont par ailleurs adopté des prati- ques plus économes en intrants. Ainsi, pour la fertilisation, les dosages ont été mieux adaptés aux situations agronomiques et climatiques. Les rendements ont été également accrus par les progrès en matière de mécanisation, à travers surtout l’amélioration qualitative des machines. Quantitativement, en effet, l’essentiel de l’effort a été fait pendant les années 1970, puis les achats se sont réduits au cours des années 1980 et se sont stabilisés ensuite. Ils sont toutefois repartis à la hausse depuis 2010, favorisés par l’augmentation du revenu agricole. Depuis 1980, les progrès de mécanisation sont avant tout qualitatifs : ils se mesurent à l’augmentation de la puissance des machines, à la fréquence de leur renouvellement et à la complexité des tâches réalisées. Comme les nouveaux matériels agricoles sont très onéreux, les agriculteurs se regroupent de plus en plus souvent en coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma) pour utiliser le matériel en commun : le nombre de Cuma passe de 11 900 en 1988 à 13 400 en 2009. Une population agricole en baisse, des exploitants plus diplômés Au cours des trente dernières années, dans la lignée des décennies précédentes, l’emploi agricole s’est fortement réduit. Le nombre d’unités de travail agricole (UTA), une unité corres- pondant à l’équivalent d’une personne travaillant à temps plein pendant toute l’année, a diminué de 56 % entre 1980 et 2010. Parallèlement, la part des non-salariés a reculé au profit de celle des salariés. En 1980, les non-salariés représentaient 83 % de la main-d’œuvre totale ; en 2010, ils ne sont plus que 65 %. 28 Trente ans de vie économique et sociale