Caractéristiques des emplois 90 Trente ans de vie économique et sociale 2.3 • « Marché du travail - Séries longues - Mise à jour 2012 », Insee Résultats n° 138 soc., janvier 2013. « 50 ans de mutations de l’emploi »,Insee Première n° 1312, septembre 2010. « L’emploi en France depuis 30 ans », inL’emploi, nouveaux enjeux, coll. « Insee Références », édition 2008. Pour en savoir plus D epuis 1980, l’emploi salarié s’est forte- ment développé, même s’il s’est tassé à partir de 2008, suite à la crise économique. À l’inverse, l’emploi non salarié a diminué régulièrement jusqu’à la fin des années 1990, principalement du fait de la baisse du nombre d’exploitants agricoles. Il s’est ensuite redressé légèrement, avec l’essor de certaines professions indépendantes dans le tertiaire et, à partir de 2009, avec la mise en place du régime de l’ auto-entrepreneur. Ainsi, la part de l’emploi salarié dans l’ emploi total a augmenté de 84 % en 1980 à 91 % en 2003. Elle a baissé légèrement depuis, pour s’établir à 90 % en 2011. Entre 1982 et 2012, la part des cadres et professions intellectuelles supérieures dans l’emploi a crû de dix points et celle des professions intermédiaires de cinq points. Plusieurs facteurs concourent à ce déplace - ment vers le haut de l’échelle des qualifica - tions : le progrès technique et le besoin induit d’emplois très qualifiés, l’évolution de l’orga- nisation des entreprises, le développement des fonctions commerciales et technico- commerciales, l’investissement dans l’éduca- tion, la santé, l’action sociale, la recherche entre autres. En lien avec la tertiarisation de l’économie, la part des employés a par ailleurs progressé de trois points, mais cette hausse concerne uniquement les postes non qualifiés. A contrario, la part des ouvriers a chuté de dix points : celle des ouvriers quali- fiés a baissé de trois points et celle des ouvriers non qualifiés de sept points. Ainsi, les cadres sont désormais plus nombreux que les ouvriers non qualifiés, alors que c’était l’inverse il y a trente ans. Les trente dernières années sont marquées également par la montée du chômage et son maintien à un niveau élevé (entre 8 % et 10 % de la population active depuis le milieu des années 1980). Dans ce contexte, l’ancienne norme d’emploi que constituait le contrat à durée indéterminée (CDI) s’est lentement érodée au profit de l’émergence de contrats temporaires, notamment les contrats à durée déterminée (CDD) et les missions d’intérim. Ainsi, entre 1982 et 2012, la part des CDI dans l’emploi salarié a baissé de 94 % à 87 %. Dans le même temps, la part des CDD a doublé, passant de 5 % à 10 %. Les femmes et, surtout, les jeunes, occupent davantage ce type de contrat : en 2012, 27 % des salariés de moins de 25 ans ont un CDD. Même si sa part dans l’emploi total demeure plus faible, le développement de l’intérim a également fortement progressé, surtout chez les hommes. En 2012, 3 % des hommes sala- riés et 1 % des femmes salariées ont un emploi intérimaire, contre moins de 1 % au total en 1982. Les jeunes sont là encore davantage concernés par cette forme d’emploi : l’intérim représente 6 % de l’emploi salarié des jeunes, contre 2 % pour les 25-49 ans et 1 % pour les 50 ans ou plus. L’emploi à temps partiel a lui aussi nettement progressé depuis les années 1980 : sa part dans l’emploi a doublé depuis 1980, tant pour les hommes que pour les femmes. Néanmoins, les femmes sont beaucoup plus souvent à temps partiel : en 2012, 30 % des femmes en emploi sont à temps partiel, pour seulement 7 % des hommes en emploi. L’emploi à temps partiel s’est fortement développé jusqu’à la fin des années 1990 et est resté globalement stable ensuite. Depuis 2008, avec la crise, il a augmenté légèrement pour les hommes. En 1980, une personne en emploi salarié en France travaillait en moyenne 1 660 heures par an ( source : comptab ilité nati onale). Cette durée a baissé régulièrement jusqu’au début des années 2000, sous l’effet de la hausse de l’emploi à temps partiel, puis à la fin des années 1990 suite à la réduction de la durée hebdomadaire du travail, à 35 heures. Depuis, elle s’est stabilisée autour de 1 400 heures par an. /c110 Auto-entrepreneur, emploi au sens du BIT : voir annexe Glossaire . Définitions Caractéristiques des emplois Fiches - Emploi et revenus 91 2.3 0 5 000 10 000 15 000 20 000 25 000 30 000 1970 1974 1978 1982 1986 1990 1994 1998 2002 2006 2011 en milliers Emploi salarié Emploi non salarié
- Évolution de l’emploi salarié 0 5 10 15 20 25 30 35 1982 1985 1988 1991 1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 en % Employés Ouvriers qualifiés Ouvriers non qualifiés Agriculteurs exploitants Cadres et professions intellectuelles supérieures Professions intermédiaires
- Évolution de la composition de l’emploi selon les catégories socioprofessionnelles Hommes 0 2 4 6 8 10 12 14 1982 1985 1988 1991 1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 en % 84 86 88 90 92 94 96 98 en % CDD (éch. de gauche) Intérim (éch. de gauche) Apprentis (éch. de gauche) CDI (éch. de droite) 0 2 4 6 8 10 12 14 1982 1985 1988 1991 1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 en % 84 86 88 90 92 94 96 98 en % CDD (éch. de gauche) Intérim (éch. de gauche) Apprenties (éch. de gauche) CDI (éch. de droite) Femmes
- Évolution des formes particulières d’emploi dans l’emploi salarié Champ : France métropolitaine, personnes de 15 ans ou plus. Source : Insee, estimations d’emploi. Champ : France métropolitaine, personnes de 15 ans ou plus. Source : Insee, enquêtes Emploi. Champ : France métropolitaine, personnes de 15 ans ou plus. Source : Insee, enquêtes Emploi. Revenu et pouvoir d’achat des ménages 92 Trente ans de vie économique et sociale 2.4 E n moyenne, le revenu disponible brut (RDB) des ménages a progressé de 4,8 % par an depuis 1980. En termes de pouvoir d’achat pour l’ensemble des ménages, la progression n’est cependant que de 1,7 % par an, avec un recul en 1983-1984 et en 2012. Le pouvoir d’achat par unité de consomma- tion croît en moyenne de 1,0 % par an depuis 1980 et connaît sept épisodes de stagnation ou de repli. Inversement, deux périodes (1988- 1990 et 1998-2002) bénéficient d’une crois- sance annuelle supérieure à 2 %. La principale ressource des ménages est constituée des salaires et traitement bruts, qui représentent 60 % environ du RDB. Cette part décline légèrement jusqu’en 1995 en raison de la modération salariale et de la baisse de l’emploi salarié au début des années 1990. Elle retrouve son niveau antérieur autour des années 2000 grâce à une croissance écono - mique riche en emploi. La part du revenu mixte des entrepreneurs individuels dans le RDB baisse sur toute la période, poursuivant la tendance observée depuis plus de soixante ans et liée au déclin de l’agriculture, pour atteindre moins de 10 % du RDB en 2012. À l’inverse, le poids desrevenus du patrimoine (revenus de la propriété nets et loyers y compris loyers imputés aux propriétaires occupant leur logement) augmente nette- ment jusqu’à la fin des années 1990, se stabi- lisant ensuite à environ 22 % du RDB : ce mouvement résulte de la hausse du rende - ment des actifs financiers, mais surtout de celle des loyers. Pour obtenir le RDB des ménages sont soustraits à ces revenus primaires les impôts et cotisations sociales et ajoutés les revenus de transferts (pensions de retraite, allocations chômage, etc.) à l’exclusion des transferts sociaux en nature (remboursements de médicaments, etc.). Ces opérations de redistri- bution ont très fortement augmenté en trente ans. Les prestations sociales représentent ainsi un tiers du RDB en 2012 contre un quart en 1980 ; dans le même temps, la charge sociale et fiscale passe de 17 % à 25 % du RDB. Si le RDB et le pouvoir d’achat ont des tendances de long terme, ils sont également sensibles à la conjoncture et à l’orientation des politiques économiques. Les années 1983-1984 et 1992-1993 sont par exemple marquées par un net recul des revenus d’acti- vité en termes réels. Durant le premier épisode, les prestations sociales en espèces progressent modérément tandis que la charge sociale et fiscale s’alourdit, de sorte que le pouvoir d’achat recule. Lors de la récession de 1993, la configuration est inversée et la progression du pouvoir d’achat est seulement ralentie. Plus récemment en 2008, la stagna- tion des revenus d’activité s’accompagne d’un net ralentissement des revenus du patri- moine alors même que l’inflation progresse, ce qui pèse sur le pouvoir d’achat. Dès 2009 toutefois, les prestations sociales accélèrent avec la montée du chômage et les prélève- ments reculent sous l’effet cumulé de la récession et des mesures du plan de relance, ce qui soutient le pouvoir d’achat. Mais à partir de 2011 et surtout en 2012, les impôts se redressent afin de résorber le déficit public, pesant ainsi nettement sur le pouvoir d’achat des ménages. /c110 Revenu disponible brut des ménages (RDB) : revenu tiré de l’activité économique (salaires, revenus d’indépendants) et de la propriété, augmenté des transferts reçus (prestations sociales hors transferts en nature), diminué des impôts et cotisations sociales versés. Pouvoir d’achat du RDB: évolution du RDB, corrigée de l’évolution du prix des dépenses de consommation des ménages. Unité de consommation (UC) : pour comparer les niveaux de vie de ménages de taille ou de composition différentes, on utilise une mesure du revenu corrigé par unité de consommation à l’aide d’une échelle d’équivalence. L’échelle actuellement la plus utilisée (dite de l’OCDE modifiée) retient la pondération suivante : 1 UC pour le premier adulte du ménage, 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans. Revenu mixte : revenu tiré des entreprises individuelles ou de la production de biens pour emploi final propre. Revenus du patrimoine : voir annexe Glossaire. Définitions Revenu et pouvoir d’achat des ménages Fiches - Emploi et revenus 93 2.4 0 10 20 30 40 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 en % Revenu mixte brut Excédent brut d'exploitation (loyers) Revenus de la propriété nets Charges sociales et fiscales Prestations sociales en espèces Salaires bruts 50 60 70
- Éléments constituant le revenu disponible brut des ménages Champ : France. Source : Insee, comptes nationaux, base 2005. – 4 – 2 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 en % Revenu disponible brut (RDB) Indice des prix de la dépense de consommation finale des ménages Pouvoir d’achat du RDB Pouvoir d’achat du RDB par unité de consommation (UC)
- De l’évolution du RDB à celle du pouvoir d’achat par UC Champ : France. Source : Insee, comptes nationaux, base 2005. Autres transferts nets –3,0 – 2,0 – 1,0 0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0 6,0 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 en % Prestations sociales en espèces Charges sociales et fiscales Revenus du patrimoine Revenus d'activité bruts Évolution du pouvoir d'achat
- Contributions en termes réels à l’évolution du pouvoir d’achat Champ : France. Source : Insee, comptes nationaux, base 2005.
Niveau de vie et pauvreté 94 Trente ans de vie économique et sociale 2.5 • Les revenus et le patrimoine des ménages, coll. « Insee Références », édition 2013. • « Les inégalités entre générations depuis le baby-boom », in L‘économie française, coll. « Insee Références », édition 2011. Pour en savoir plus D epuis 1980, le niveau de vie en euros constants des personnes a régulièrement augmenté jusqu’à la crise récente. Sa progres- sion moyenne a toutefois été beaucoup plus faible qu’au cours des décennies précédentes. Déjà ralentie après le premier choc pétrolier de 1973, elle l’est encore plus après le second choc de 1979. La reprise économique de la fin des années 1990 permet de renouer temporai- rement avec une augmentation soutenue des niveaux de vie, inférieure toutefois à celle des années 1970. Cette reprise bénéficie plus particulièrement aux plus hauts revenus, tirés souvent d’une activité d’indépendant ou de cadre, et aux revenus les plus modestes, grâce à l’amélioration de l’emploi et à la revalorisa- tion des prestations sociales et des revenus de remplacement. Au début des années 2000, avec le ralentissement économique et la remontée du chômage, les niveaux de vie progressent à nouveau plus faiblement. Après une nouvelle embellie au milieu des années 2000, ils pâtissent en fin de décennie de la crise entamée en 2008-2009, dont les effets sont plus marqués et plus durables pour les catégories les plus modestes. Sur l’ensemble de la période, les inégalités de niveau de vie se sont plutôt réduites jusqu’aux années 1990, avant d’augmenter par la suite. En effet, bien que le rapport interdécile ait peu varié, oscillant autour de 3,4, l’indice de Gini a baissé entre 1979 et 1990, avant d’augmenter de 0,279 en 1996 à 0,306 en 2011. Le taux de pauvreté a augmenté entre le début des années 1980 (13,5 % en 1984) et le milieu des années 1990 (14,5 % en 1996). Auparavant, il avait très fortement diminué dans les années 1970 (17,9 % en 1970) sous l’effet notamment des revalorisations du minimum vieillesse. De 1996 jusqu’en 2002, il décroît assez régulièrement grâce à la bonne conjoncture économique, marquée notamment par une baisse du chômage de 1997 à 2001, puis se stabi- lise entre 2002 et 2008 autour de 13 %. Avec la crise récente, il augmente significativement, passant de 13,0 % en 2008 à 14,3 % en 2011. Les années 1970 avaient été marquées par une baisse sensible de la pauvreté des personnes âgées. Depuis le milieu des années 1990, les familles monoparentales et les personnes seules représentent une part crois- sante de la population pauvre : 40 % en 2011, contre 26 % en 1996, alors que ces ménages ne représentent qu’un quart de la population totale en 2011 (19 % en 1996). Entre 1996 et 2011, le taux de pauvreté des personnes d’âge actif (moins de 65 ans) a d’abord baissé, puis s’est stabilisé avant d’augmenter à nouveau sous l’effet de la crise. Les plus de 65 ans restent en moyenne moins touchés par la pauvreté que les person- nes d’âge actif, même si le taux de pauvreté des plus de 75 ans est passé de 9,9 % en 1996 à 11,0 % en 2011. La pauvreté des seniors reste concentrée - et s’est même accrue depuis 1996 - chez les femmes de plus de 75 ans. Niveau de vie : revenu disponible du ménage rapporté au nombre d’unités de consommation. Le niveau de vie est le même pour tous les individus d’un même ménage. Revenu disponible, unités de consommation : voir annexe Glossaire. Déciles, médiane, rapport interdécile : les neuf déciles de niveau de vie, D1 à D9, partagent la population en dix sous-populations d’effectifs égaux, des plus modestes aux plus aisés. La médiane (D5) partage la population en deux. Le rapport interdécile (D9/D1) est un des indicateurs utilisés pour apprécier les inégalités de niveaux de vie. Indice de Gini : indice mesurant le degré d’inégalité d’une distribution (ici le niveau de vie). Il varie entre 0 et 1, la valeur 0 correspondant à l’égalité parfaite (tout le monde a le même niveau de vie), la valeur 1 à l’inégalité extrême (une personne a tout le revenu, les autres n’ayant rien). Pauvreté, seuil de pauvreté, taux de pauvreté : selon l’approche monétaire usuelle, une personne est considérée comme pauvre si son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Par convention européenne, ce seuil est égal à 60 % du niveau de vie médian. De façon secondaire, d’autres seuils sont calculés, notamment celui à 50 % du niveau de vie médian. Le taux de pauvreté est la part de la population pauvre dans l’ensemble de la population. Définitions