Formation-Emploi-2025.pdf

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44 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025 Source et méthodes Identifier des métiers en tension dans les parcours des débutants L’enquête menée en 2020 auprès de la génération 2017 permet de décrire les différents emplois occupés pendant leurs trois premières années de vie active par un échantillon représentatif des jeunes sortis de formation initiale en 2017. L’analyse des emplois se fonde sur leur découpage en métiers, selon la nomenclature en familles professionnelles (FAP 2021). Pour une grande majorité d’entre elles, la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) mesure un indicateur de tension dans les recrutements qui synthétise trois composantes : le rapport entre le flux d’offres d’emploi et le flux de demandeurs d’emploi ; le taux de sortie des listes des demandeurs d’emploi (sans emploi ou en activité réduite, tenus de rechercher activement un emploi) ; la part des projets de recrutement anticipés comme difficiles par les employeurs. Trois catégories d’emplois sont alors distinguées [Ducatel et al., 2023] : • Les emplois correspondant à des métiers dits « en tension », c’est‑à‑dire des emplois salariés dans des métiers dont l’indicateur de tension dépasse 0,1 (seuil correspondant au troisième quintile de la distribution) ; • Les emplois correspondant à des métiers dits « sans tension », c’est‑à‑dire des emplois salariés dans des métiers dont l’indicateur de tension est en deçà de ce seuil ; • Les emplois dont le degré de tension est inconnu. Il s’agit principalement d’emplois non salariés ou fonctionnaires, non couverts par les sources mobilisées par la Dares. Les données sur les tensions disponibles à la date de réalisation de cette étude sont celles calculées par la Dares pour l’année 2019 sur la période de référence 2014‑2018 et portent sur la nomenclature FAP 2009. L’enquête 2020 auprès de la génération 2017 étant codée en nomenclature FAP 2021, une matrice de passage entre les deux millésimes de la nomenclature a été utilisée pour estimer l’indicateur de tension en FAP 2021. Cette matrice a été calculée à partir des millésimes 2020 et 2021 de l’enquête Emploi. Les indicateurs de tension publiés par la Dares à une date ultérieure à la réalisation de cette étude, calculés directement à partir des FAP 2021, sont donc susceptibles de différer des estimations mobilisées ici. Définitions Si on ordonne une distribution, la médiane partage cette distribution en deux parties d’effectifs égaux. Ainsi, pour une distribution de salaires, 50 % des salaires se situent sous la médiane et 50 % au‑dessus. Les quintiles partagent une population d’unités statistiques classée selon un critère donné, par exemple le salaire (revenu salarial, revenu d’activité, etc.), en cinq sous‑populations de tailles égales. Le 1er quintile (respectivement 4e quintile) est le seuil au‑dessous (respectivement au‑dessus) duquel se situent les 20 % des salaires les plus faibles (respectivement les plus élevés). Pour en savoir plus • Ducatel V., Niang M., Lainé F., Chartier F., « Les tensions sur le marché du travail en 2022 – En nette hausse avec la levée complète des contraintes sanitaires », Dares Résultats no 59, décembre 2023. • Couppié T., Gasquet C., « La mobilité singulière des jeunes débutants », in Le temps des mobilités et des reconversions professionnelles, Céreq, édition 2024. • Flamand J., Jolly C., « La prospective des métiers, une boussole pour les politiques emploi‑formation », in L’Économie politique no 95, édition 2022.

45 Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – Des parcours d’entrée dans la vie adulte diversifiés et marqués... Des parcours d’entrée dans la vie adulte diversifiés et marqués par l’influence familiale L’entrée dans la vie adulte est marquée par de nombreux changements : fin des études initiales, accès à l’emploi, départ du domicile parental, mise en couple. Les jeunes entrés en 6e en 2007 peuvent être regroupés en 2023, lorsqu’ils ont 26‑27 ans, selon la trajectoire empruntée pour entrer dans la vie adulte. Le niveau et la filière d’études sont déterminants pour l’accès rapide à un emploi stable. Or les jeunes issus des milieux les plus favorisés entreprennent plus souvent des études longues. Par ailleurs, à origine sociale équivalente, l’implication et les aspirations des parents sont aussi des leviers pour la poursuite des études. La moitié des jeunes ont déjà décohabité au moins une fois du domicile parental avant 21 ans, dont un sur deux avec l’aide financière des parents pour se loger. L’accès à l’autonomie résidentielle passe davantage par la mise en couple pour les femmes. Les parcours d’études longues vont souvent de pair avec une première expérience de décohabitation précoce aidée. Inversement, les jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) sont plus souvent en cohabitation durable avec leurs parents. Les trajectoires de décohabitation conduisant à une mise en couple sont liées à celles menant à un emploi stable : les jeunes ayant poursuivi des études longues avec accès direct à l’emploi stable ont 1,6 fois plus de chances que les autres de prolonger la décohabitation précoce par une mise en couple. L’entrée dans la vie adulte est marquée par de nombreux changements : fin des études initiales, accès à l’emploi, départ du domicile parental, mise en couple. Le passage à l’âge adulte est étudié en suivant les jeunes entrés en 6e en 2007, nés pour la plupart en 1996, jusqu’à leurs 26‑27 ans en 2023    source. Ce dispositif permet d’observer les trajectoires de fin d’études et d’insertion professionnelle d’une part, de décohabitation et d’accès au logement autonome d’autre part, dans leur durée, leur hétérogénéité et leurs interconnexions. Les jeunes finissent leurs études à des âges très variables    figure 1a. En mars 2015, à 18‑19 ans, un jeune sur quatre est déjà sorti du système scolaire, et un sur cinq a déjà connu une première expérience d’emploi (pendant les études ou non). Inversement, d’autres jeunes de cette cohorte poursuivent des études longues. Ainsi en mars 2021, à 24‑25 ans, 8 % sont toujours en études sans emploi, et encore 3 % en mars 2023 à 26‑27 ans. De même, les départs du domicile parental s’étalent dans le temps    figure 1b. En mars 2014, à 17‑18 ans, près de neuf jeunes sur dix vivent encore chez leurs parents. Un jeune sur cinq décohabite l’année suivante, au tournant entre enseignement secondaire et supérieur (ou pour certains à la fin des études), puis les départs s’échelonnent. Ces premières décohabitations sont souvent aidées : si un jeune sur deux est déjà parti du domicile familial à 21 ans, c’est avec une aide financière de ses parents dans plus de la moitié des cas. Trois jeunes sur quatre ont déjà vécu hors du domicile familial à 23‑24 ans et neuf sur dix à 26‑27 ans. Pour appréhender l’hétérogénéité des parcours dans cette étude, deux typologies de trajectoires (d’insertion et de décohabitation) sont construites    méthode.

46 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025  1. Répartition des jeunes entrés en 6e en 2007 selon leur situation chaque année en mars entre 2015 et 2023 a. Entrée dans la vie active Non-réponse en % Ni en emploi, ni en formation (NEET) En emploi autre En emploi CDI En études sans emploi Cumul emploi-études (autres) Cumul emploi-études (alternance ou stage) 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Lecture : En mars 2023, à 26-27 ans, 3 % des jeunes entrés en 6e en 2007 poursuivent des études sans occuper d’emploi. Champ : France hors Mayotte, jeunes entrés en 6e pour la première fois en 2007. Source : Depp-Insee-Sies, enquête Entrée dans la vie adulte (EVA) 2007. b. Accès à l’autonomie résidentielle 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Non-réponse Couple sans aide des parents Couple avec aide des parents Seul sans aide des parents Seul avec aide des parents Colocation sans aide des parents Colocation avec aide des parents Domicile parental en % Lecture : En mars 2023, à 26-27 ans, 23 % des jeunes entrés en 6e en 2007 vivent chez leurs parents. Champ : France hors Mayotte, jeunes entrés en 6e pour la première fois en 2007. Source : Depp-Insee-Sies, enquête Entrée dans la vie adulte (EVA) 2007.

47 Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – Des parcours d’entrée dans la vie adulte diversifiés et marqués... À niveau comparable, la filière d’étude est déterminante pour l’accès rapide à un emploi stable Les trajectoires d’accès à la vie active se structurent autour de trois dimensions principales : la durée des études, le passage ou non par une situation de cumul emploi‑études et l’accès ou non à un emploi stable à la fin du parcours. Les jeunes entrés en 6e en 2007 peuvent être regroupés en six trajectoires‑types d’accès à la vie active    encadré 1.  Encadré 1 – Six trajectoires‑types d’entrée dans la vie active 15 % des jeunes suivent une trajectoire‑type d’études longues suivie d’un accès direct à l’emploi stable    figure. Presque tous occupent un emploi stable (CDI, fonctionnaire ou statut d’indépendant) en 2023 et l’ont trouvé moins d’un an après la fin de leurs études. Répartition des jeunes entrés en 6e en 2007 en fonction de leur trajectoire d’entrée dans la vie active Études courtes avec accès à l’emploi stable Cumul emploi-études longues avant emploi stable Études longues sans accès direct à l’emploi stable Allers-retours emploi-NEET NEET de longue durée Études longues avec accès direct à l’emploi stable 13 % 15 % 15 % 18 % 8 % 31 % TRAJECTOIRES ÉTUDES COURTES TRAJECTOIRES ÉTUDES LONGUES CUMUL EMPLOI-ÉTUDES ACCÈS EMPLOI STABLE NEET : ni en emploi, ni en études, ni en formation. Lecture : Parmi les jeunes entrés en 6e en 2007, 18 % suivent une trajectoire de type « cumul études-emploi durant des études longues, puis accès direct à l’emploi stable à la fin des études ». Champ : France hors Mayotte, jeunes entrés en 6e pour la première fois en 2007. Source : Depp-Insee-Sies, enquête Entrée dans la vie adulte (EVA) 2007.

48 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025 Le diplôme est un facteur clé dans la différenciation des parcours d’insertion et plus particulièrement dans l’accès à l’emploi stable    figure 2. Les jeunes dotés au plus d’un diplôme de niveau baccalauréat sont plus souvent exposés à une insertion précaire voire une exclusion du marché du travail. Ils sont davantage représentés dans les trajectoires d’allers‑retours entre emploi et « ni en emploi, ni en études, ni en formation » (NEET) et dans les situations de NEET de longue durée . À niveau d’études comparable, la filière du diplôme est également déterminante pour l’accès rapide à un emploi stable. Notamment les diplômés d’écoles de commerce ou d’ingénieurs se retrouvent davantage dans une trajectoire d’études longues avec accès direct à l’emploi stable (ils représentent 14 % de ce groupe) que dans les autres trajectoires d’études longues (7 %). D’autres filières professionnalisantes semblent favoriser une embauche rapide. Les licences professionnelles sont deux fois plus courantes dans le groupe des études longues avec accès direct à l’emploi stable que dans le groupe des études longues sans accès direct à l’emploi stable (6 % contre 3 %). À l’inverse, les titulaires d’une licence générale sont plus nombreux parmi les jeunes appartenant à la trajectoire d’études longues sans accès direct à l’emploi stable (11 % d’entre eux, contre 6 % dans les autres trajectoires d’études longues). Les trajectoires d’accès à la vie active sont peu genrées. En moyenne plus diplômées, les femmes sont majoritaires dans tous les types de parcours d’études longues. À diplôme égal toutefois, les trajectoires ne se différencient pas entre femmes et hommes. De même, 18 % des jeunes accèdent rapidement à un emploi stable après des études longues mais, contrairement aux précédents, en cumulant des expériences d’emploi pendant leurs études. Le cumul emploi‑étude peut correspondre à une période d’alternance, de stage ou d’emploi sans rapport direct avec le cursus. D’autre part, 13 % des jeunes poursuivent un parcours d’études longues n’aboutissant pas directement à un emploi stable. Parmi eux, six sur dix ont suivi un cursus universitaire et quatre sur dix sont titulaires d’un master. En 2023, un quart occupent un emploi à durée limitée (CDD ou mission d’intérim) et un cinquième sont NEET. Un autre tiers sont encore en études. Pour ceux sortis très récemment des études ou encore étudiants, l’insertion professionnelle est difficilement qualifiable. Près d’un tiers des jeunes entrés en 6e en 2007 (31 %) relèvent d’une trajectoire d’études courtes donnant accès à l’emploi stable. Ce sont souvent des jeunes diplômés de filières professionnelles (CAP, baccalauréat professionnel) ou du supérieur court (bac+2), dont une partie passe par un contrat d’alternance ou un stage lors de leurs études. Cette expérimentation graduelle du monde du travail favorise un accès précoce à l’emploi stable. Dès 2019, vers 22 ans, 67 % de ces jeunes sont en emploi en CDI, plus de deux fois plus que l’ensemble des jeunes (27 %), ils sont 87 % en CDI en 2023 à 26-27 ans. Enfin, un jeune sur quatre se retrouve en situation de NEET, en alternance avec des épisodes d’emploi, ou de façon prolongée. Il s’agit essentiellement de jeunes ayant fait des études courtes. D’une part, 15 % des jeunes ont une trajectoire marquée par des allers‑retours emploi‑NEET entre les épisodes d’emploi, souvent à durée limitée, et de non‑emploi (chômage, inactivité). Entre 18 et 26 ans, un tiers d’entre eux changent de situation au moins cinq fois (deux fois plus que l’ensemble des jeunes), 41 % occupent au moins deux emplois autres que des CDI (contre 13 % en moyenne) et 35 % passent au moins deux fois dans la situation de NEET (17 % pour l’ensemble des jeunes). D’autre part, les jeunes en situation de NEET de longue durée (8 %) restent en retrait du marché du travail et du système éducatif sur quasi toute la période d’observation entre 2015 et 2023.