53Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – Des parcours d’entrée dans la vie adulte diversifiés et marqués...
Études longues et décohabitation précoce aidée vont souvent de pair
Les trajectoires d’insertion professionnelle et de décohabitation présentent des liens entre elles :
décohabiter peut être motivé par le parcours d’étude ou d’emploi, tandis que les jeunes dans les
situations les plus précaires vis‑à‑vis de l’emploi peuvent être contraints à rester plus longtemps
au domicile parental. Pour autant, l’accès à l’emploi ne s’accompagne pas d’une décohabitation
systématique : parmi les jeunes qui n’ont toujours pas quitté le domicile parental à 26‑27 ans, près d’un
3. Profil des jeunes entrés en 6e en 2007, par trajectoire‑type de décohabitation
en %
Caractéristiques
Décohabitation
tardive puis
mise en couple
Décohabitation
tardive sans
aide des
parents vers
le logement
seul ou la
colocation
Décohabitation
précoce et
aidée mais
réversible
Décohabitation
précoce aidée
puis mise
en couple
Mise en
couple
précoce
Décohabitation
pour s’assumer
seul
Absence de
décohabitation
Ensemble
Part dans l’ensemble 17 18 12 14 8 15 16 100
Sexe
Femmes 53 43 51 58 70 47 35 49
Hommes 47 57 50 42 30 53 65 51
Plus haut diplôme
obtenu en mars 2023
Diplôme de niveau
bac+3 ou plus dont : 31 40 83 54 15 41 27 42
Diplôme d’école de
commerce ou d’ingénieurs 2 3 16 6 1 5 1 5
Master 13 19 39 24 4 16 12 19
Licence professionnelle 4 4 4 6 3 6 3 4
Licence générale 4 5 7 5 3 5 6 5
Diplôme de niveau bac+2 14 12 7 13 13 14 14 12
Baccalauréat ou équivalent 35 28 9 22 38 27 31 27
CAP, BEP ou équivalent 12 11 0 7 20 9 12 10
Aucun diplôme, brevet
des collèges 8 10 1 4 15 8 15 8
Parcours de formation
Général 46 52 92 65 33 57 45 56
Professionnel 54 48 8 35 67 43 55 44
Origine sociale
Agriculteur, artisan, commerçant,
chef d’entreprise 13 13 16 17 16 14 12 14
Cadre, profession libérale 13 19 40 22 6 19 11 19
Profession intermédiaire 18 18 22 21 13 18 15 18
Employé 14 16 9 13 15 16 20 15
Ouvrier 41 33 13 27 47 31 40 33
Chômeur ou inactif n’ayant
jamais travaillé 2 2 0 1 2 2 2 2
Implication de la famille :
fréquence des conversations
parents-enfants en 6e
Faible implication 34 32 27 28 36 32 36 32
Forte implication
(au moins 4 items sur 7) 67 68 73 72 64 68 64 68
Implication de la famille :
participation aux réunions
parents-enseignants en 6e
Oui 91 90 96 93 88 92 88 91
Non 10 10 4 7 12 8 12 9
Aspirations des parents en 6e
Vie active dès
16 ans, apprentissage,
BEP, CAP, bac pro 20 16 3 12 29 15 21 16
Baccalauréat général
ou technologique 39 46 68 51 29 44 38 46
Ne sait pas 41 38 29 37 42 41 42 39
Note : L’origine sociale du jeune est mesurée par la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du ménage en 2007.
Lecture : 70 % des jeunes appartenant à la trajectoire « mise en couple précoce » sont des femmes.
Champ : France hors Mayotte, jeunes entrés en 6e pour la première fois en 2007.
Source : Depp‑Insee‑Sies, enquête Entrée dans la vie adulte (EVA) 2007.
54 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025
4. Associations entre les trajectoires‑type de décohabitation et d’entrée dans la vie active
odds ratio
Trajectoires-type
de décohabitation
Décohabitation
tardive puis
en couple
Décohabitation
tardive sans aide
des parents vers
le logement seul
ou en colocation
Décohabitation
précoce et aidée
mais réversible
Décohabitation
précoce et aidée
puis mise
en couple
Mise en
couple
précoce
Décohabitation
pour s’assumer
seul
Absence de
décohabitation
Trajectoires-type
d’entrée
dans la vie active
Études longues
avec accès direct à
l’emploi stable
0,8 0,7 3,5 1,6 0,3 0,9 0,5
Cumul emploi-
études longues avant
emploi stable
0,8 1,2 1,5 1,3 0,4 1,2 0,7
Études longues
sans accès direct à
l’emploi stable
0,4 1,0 4,0 1,1 0,1 0,8 0,9
Études courtes avec
accès à l’emploi stable 2,0 0,9 0,1 0,9 2,8 1,2 0,8
Allers-retours
emploi-NEET 1,2 1,4 0,3 0,7 1,1 1,0 1,5
NEET de longue durée 0,6 1,0 0,2 0,4 1,9 0,8 3,6
NEET : ni en emploi, ni en études, ni en formation.
Lecture : Les jeunes inscrits à la trajectoire‑type d’entrée dans la vie active « études longues avec accès direct à l’emploi stable » ont
3,5 fois plus de chances de connaître une trajectoire d’accès à l’autonomie résidentielle de type « décohabitation précoce aidée mais
réversible » que la moyenne des jeunes de la cohorte.
Champ : France hors Mayotte, jeunes entrés en 6e pour la première fois en 2007.
Source : Depp‑Insee‑Sies, enquête Entrée dans la vie adulte (EVA) 2007.
sur deux occupe un emploi à durée indéterminée. Cela peut s’expliquer en partie par un coût d’accès
au logement autonome supérieur aux capacités financières des jeunes [Cordazzo, 2018]. Par rapport
aux autres jeunes ayant accédé directement à l’emploi stable, ceux qui n’ont pas décohabité sont
moins diplômés et vivaient davantage dans un territoire urbain dense en 6e. Quitter le foyer parental
n’est pas non plus synonyme d’indépendance financière : dans un cas sur quatre, le départ du domicile
familial s’accompagne d’une aide financière des parents pour se loger. Croiser les trajectoires‑types
de décohabitation et d’entrée dans la vie active permet de préciser les associations plus ou moins
fréquentes de ces deux processus d’autonomisation. S’il y a des correspondances fortes entre ces
deux processus, il n’existe pas de relation univoque.
La poursuite d’études longues est souvent associée aux modèles de décohabitation précoce,
nécessitant une aide de la famille pour se loger. Les jeunes ayant poursuivi des études longues sans
cumul emploi‑études ont plus de chances que les autres jeunes de vivre une première décohabitation
précoce aidée et réversible : 3,5 fois plus de chances avec accès direct à l’emploi stable, 4 fois plus
sans accès direct à l’emploi stable figure 4. Les trajectoires de décohabitation conduisant à une
mise en couple sont liées à celles menant à un emploi stable : les jeunes ayant poursuivi des études
longues avec accès direct à l’emploi stable ont 1,6 fois plus de chances que les autres de connaître
une décohabitation précoce aidée suivie d’une mise en couple. L‘association est encore plus forte (2,8)
entre les trajectoires‑types d’études courtes avec accès à l’emploi stable et de mise en couple précoce.
55Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – Des parcours d’entrée dans la vie adulte diversifiés et marqués...
Source
Le dispositif Entrée dans la vie adulte (EVA) 2007 est un panel qui suit une cohorte d’élèves entrés en 6e en 2007. Il
est piloté conjointement par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) du ministère de
l’Éducation nationale, par la Sous‑direction des systèmes d’information et des études statistiques (Sies) du ministère de
l’Enseignement supérieur et de la recherche, et par l’Insee.
Ce dispositif combine des enquêtes auprès de ces jeunes et un suivi administratif, en vue d’informer sur les parcours
d’études, l’insertion professionnelle et la situation résidentielle des jeunes et d’éclairer la relation complexe entre les
différentes transitions du début de la vie adulte.
Ce dispositif repose sur un panel mis en place par la Depp depuis 2007 (« panel Depp 2007 »). Ce panel comprend des
données administratives, des résultats scolaires (notes au brevet) et ceux de l’enquête auprès des familles réalisée en 2008,
dont certaines questions permettent de mesurer l’intensité de l’implication des parents dans la scolarité des enfants.
Depuis, des enquêtes ont été menées entre 2015 et 2023 directement auprès des anciens élèves pour décrire leurs parcours.
Les données ont été collectées conjointement par les trois partenaires, en mars de chaque année. L’échantillon du dispositif
EVA comprend 35 000 jeunes, représentatifs de l’ensemble des élèves entrés pour la première fois en 6e en 2007 dans un
collège public ou privé de France (hors Mayotte). Dans cette étude, sont pris en compte les résultats relatifs à 19 000 jeunes
de la cohorte initiale, qui ont répondu à presque toutes les vagues. Une pondération longitudinale est appliquée afin de
rendre ce sous‑ensemble représentatif du champ initial.
NEET de longue durée : dépendants des parents ou du conjoint
Les jeunes en situation durable de NEET décohabitent rarement avant 26‑27 ans. Ils ont ainsi 3,6 fois
plus de chances de n’avoir jamais connu la décohabitation du domicile parental que les autres. Ils ont
aussi 1,9 fois plus de chances de connaître une mise en couple précoce que les autres jeunes : dans ce
cas, l’accès à l’autonomie résidentielle dépend peut‑être de la situation financière du conjoint.
Auteurs :
Jenny Rinallo (Insee)
Jérôme Domens (Insee)
Flora Vuillier‑Devillers (Insee)
Méthode
Les trajectoires professionnelles et résidentielles des jeunes sont étudiées par la méthode de l’analyse de séquences, qui
résume la succession des « états » dans lesquels se trouvent les jeunes au 1er mars de chaque année entre 2015 et 2023. Le
mode de cohabitation est déterminé à partir de la question : « Avec qui habitiez‑vous principalement pendant la semaine ? »,
et ne tient donc pas compte de situations éventuelles de multi‑résidence.
Les trajectoires‑types sont construites par appariement optimal [Robette, 2011]. Cette méthode rassemble des trajectoires
similaires du point de vue de la succession des états. Le calcul de similarité des trajectoires repose ici sur une matrice de
coûts de substitution Dynamic Hamming Distance [Lesnard, 2014].
Le croisement entre les trajectoires‑types de décohabitation et d’entrée dans la vie active a pour objectif d’étudier
empiriquement la correspondance entre les deux trajectoires construites indépendamment. Ces deux trajectoires
sont concomitantes puisque les décisions de poursuivre des études et de décohabiter sont souvent simultanées. Pour
ne pas introduire de sens dans cette relation, leur correspondance est mesurée via un indice de rapport des chances,
mesure relative qui s’affranchit des effets de structure de la population [Forsé, Chauvel, 1995]. Cet indice vaut 1 en cas
d’indépendance des deux trajectoires. Il est d’autant plus élevé que deux trajectoires‑types s’unissent entre elles. Il se
rapproche d’autant plus de 0 si, au contraire, la proportion d’individus rattachés conjointement aux deux trajectoires‑types
est plus faible que ne le voudrait le hasard.
À partir du questionnaire de l’enquête auprès des familles réalisée par la Depp en 2008, un indicateur synthétique
d’implication de la famille a été construit, fondé sur la fréquence (régulière ou sporadique) des conversations parents‑enfants
sur une sélection de sept items : les devoirs et leçons, l’apprentissage au collège, les camarades de classe, les enseignants, la
vie au collège, l’avenir scolaire et l’avenir professionnel. Un niveau d’implication fort correspond à une fréquence régulière sur
au moins 4 items sur 7. L’origine sociale est mesurée ici par la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du
ménage parental.
56
Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025
Définitions
Un NEET (neither in employment nor in education or training) est une personne qui n’est ni en emploi, ni en études, ni en
formation (formelle ou non formelle).
Pour en savoir plus
• Arapi E., Pagé P., Hamel C., « Quels sont les liens entre l’implication parentale, les conditions socioéconomiques de la
famille et la réussite scolaire ? : une synthèse des connaissances », Revue des sciences de l’éducation de McGill, Vol. 53, no 1,
février 2018.
• Caille J.‑P., Chan‑Pang‑Fong É., Ponceau J., Chardon O., Dabet G., « À 18‑19 ans, la moitié des jeunes envisagent leur
avenir professionnel avec optimisme », Insee Première no 1633, février 2017.
• Castell L., Rivalin R., Thouilleux C., « L’accès à l’autonomie résidentielle pour les 18‑24 ans : un processus socialement
différencié », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2016.
• Cordazzo P., « Trajectoires résidentielles et professionnelles des jeunes : quand l’accès à l’emploi ne signe pas la
décohabitation », in Formation emploi, Céreq, avril‑juin 2018.
• Dabet G., Épiphane D., Personnaz E., « Parcours scolaires et insertion professionnelle : l’implacable effet de l’origine
sociale », Céreq Études no 51, octobre 2023.
• Depp, 50 ans de panels d’élèves, édition 2023.
• Forsé M., Chauvel L., « L’évolution de l’homogamie en France. Une méthode pour comparer les diagonalités de plusieurs
tables », Revue française de sociologie, pp. 123‑142, édition 1995.
• Insee, Femmes et hommes, l’égalité en question, coll. « Insee Références », édition 2022.
• Le Pape M.‑C., Portela M., Tenret É., « Argent et sentiments. Une interprétation des déterminants de l’aide financière des
parents aux jeunes adultes », in Économie et statistique no 514‑515‑516, Insee, juillet 2020.
• Lesnard L., “Using Optimal Matching Analysis in Sociology: Cost Setting & Sociology of Time”, in Notes & Documents no 2014-1,
SciencesPo, février 2014.
• Pouliquen E., « Depuis 2000, la part des 18‑29 ans habitant chez leurs parents augmente à nouveau », Insee Première
no 1686, janvier 2018.
• Robette N., « Explorer et décrire les parcours de vie : les typologies de trajectoires », Les clefs pour…, CEPED, édition 2011.
• Olympio N., Germain V., « La démocratisation des parcours étudiants à l’aune de l’autonomie résidentielle et du type
d’études. Une nouvelle forme de polarisation scolaire et sociale », in Formation emploi, Céreq, octobre‑décembre 2020.
• Van de Velde C., « Sociologie des âges de la vie », édition Armand Colin, juin 2015.
• Vuillier‑Devillers F., « Après un pic dû à la crise sanitaire, la part des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation
repart à la baisse », Insee Focus no 285, janvier 2023.