62 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025 Dans le domaine des services, la spécialité « Échanges et gestion », qui correspond à des formations de commerce et de vente, a particulièrement progressé entre 2017 et 2023, notamment dans le supérieur (+14 points), pour atteindre 52 % des formations en apprentissage. La part de la spécialité « Communication et information », qui comprend notamment des formations en informatique, a aussi augmenté (de 5 à 12 %). Cette hausse est portée exclusivement par le supérieur long : 23 % des apprentis y sont inscrits contre 13 % six ans auparavant. L’apprentissage se féminise Entre 2017 et 2023, le nombre de femmes apprenties a davantage augmenté que celui des hommes apprentis sans toutefois atteindre la parité tous types de formation confondus. La hausse du nombre d’apprenties a été particulièrement marquée dans les BTS et les écoles de commerce. En 2023, les femmes représentent 34 % des apprentis dans le secondaire et 46 % dans le supérieur (hors licences générales), contre respectivement 29 % et 37 % en 2017 figure 3. Au global, en 2023, elles représentent 40 % des apprentis contre 32 % six ans auparavant. À l’exception des étudiantes en école de commerce, les femmes continuent à moins s’inscrire en apprentissage que les hommes au sein d’une même filière. Même en master, où elles représentent 63 % des inscrits, elles ne représentent que 56 % des apprentis. 2. Apprentis par domaine et spécialité de formation fin 2017 et fin 2023 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 2017 2023 2017 2023 2017 2023 2017 2023 2017 2023 2017 2023 Niveau CAP1 Niveau bac pro1 Bac+2 Bac+3 Bac+5 ou plus Ensemble Domaines disciplinaires Services – Communication et information Domaines de la production Services – Spécialités plurivalentes des services Services – Échanges et gestion Services – Services à la personne et aux collectivités en % 1 Y compris mentions complémentaires. Lecture : 73,0 % des apprentis de niveau CAP préparent une formation relevant du domaine de la production en fin d’année 2017 et 68,3 % en fin d’année 2023. Champ : France. Source : Depp, enquête SIFA, situation au 31 décembre de l’année scolaire.
63 Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – Depuis 2018, l’apprentissage s’ouvre massivement aux formations... La variabilité de la part de femmes selon le niveau du diplôme préparé s’explique en partie par des différences entre spécialités. Les formations de services, quasi paritaires, sont en effet plus fréquentes dans le supérieur que les formations de production, très majoritairement masculines. Plus généralement, en 2023, le poids relatif des formations de production diminue quand le niveau de diplôme augmente, ce qui va de pair avec une augmentation de la part de femmes. De ce fait, l’âge moyen des apprenties est un peu plus élevé que celui de leurs homologues garçons : 21,3 ans contre 20,3 ans. Tous les candidats ne parviennent pas à signer un contrat d’apprentissage Poursuivre une formation en apprentissage nécessite de trouver à la fois un contrat d’apprentissage et un CFA. Les chances d’y parvenir ne sont pas les mêmes pour tous. Parmi les élèves de troisième de 2018 formulant un vœu pour la voie professionnelle pour la rentrée scolaire 2019, 21 % ont formulé au moins un vœu pour l’apprentissage. Cependant, seulement 45 % d’entre eux ont intégré un CFA à la rentrée scolaire [Jaspar, 2022]. Si depuis la réforme de 2018, la signature d’un contrat d’apprentissage n’est plus nécessaire pour valider l’inscription en CFA, elle demeure nécessaire à la poursuite de la formation. De façon générale, pour les élèves de troisième, il est plus facile d’obtenir un contrat d’apprentissage dans les secteurs en tension sur le marché du travail, comme le bâtiment et les travaux publics, ou moins demandés par les candidats à l’apprentissage, comme l’agriculture [Cupillard, 2021]. Les garçons de troisième accèdent davantage à l’apprentissage que les filles. Un garçon sur deux ayant fait un vœu pour l’apprentissage devient apprenti, ce n’est le cas que pour une fille sur trois. Les filles se concentrent dans quelques spécialités de formation : deux apprenties sur trois se retrouvent dans cinq spécialités, la plus demandée étant la coiffure [Jaspar, 2022]. 3. Part des femmes parmi les apprentis et parmi les inscrits en formation initiale fin 2017 et fin 2023 10 0 20 30 40 50 60 70 2017 2023 2017 2023 2017 2023 2017 2023 2017 2023 2017 2023 2017 2023 2017 2023 Secondaire1 BTS DUT/BUT2 Licence professionnelle Masters Formations d'ingénieurs Écoles de commerce Ensemble sur les sept filières3 Part des apprenties parmi les apprentis Part des femmes parmi l'ensemble des inscrits en formation initiale en % 1 L’effectif en formation initiale est calculé sur le champ des lycées professionnels publics et sous contrat et des lycées agricoles. 2 Depuis 2021, la formation en IUT dure trois années et conduit au BUT, contre deux auparavant. 3 Hors licence générale. Lecture : En fin d’année 2023, dans les sept filières, 39,7 % des apprentis sont des femmes. Parmi l’ensemble des inscrits en formation initiale, elles en représentent 45,8 %. Champ : France. Sources : Sies, Système d’information SISE ; Depp, enquête SIFA, situation au 31 décembre de l’année scolaire.
64 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025 Des travaux de recherche ont mis en évidence que les postulants à un contrat d’apprentissage de niveau d’études inférieur au bac font face à des discriminations selon le genre, les connaissances des codes du milieu professionnel, l’âge, l’origine géographique ou encore l’origine sociale, similaires à celles observées plus généralement sur le marché du travail [Kergoat et al., 2017]. Pour l’enseignement supérieur, les recherches se sont beaucoup concentrées sur les critères de sélection à l’entrée dans des filières sélectives en apprentissage : les CFA très sélectifs du supérieur privilégient les candidats ayant à la fois les codes du monde du travail et de bons résultats académiques [Chajia et al., 2021]. Les apprentis du secondaire viennent d’un milieu social plus favorisé que les autres élèves en voie professionnelle Ces processus de sélection conduisent sans doute à favoriser dans le secondaire des apprentis ayant des caractéristiques sociales particulières. Les apprentis en CAP sont d’une origine sociale plus favorisée que les autres élèves de la voie professionnelle suivant un cursus seulement scolaire : le revenu mensuel des parents est inférieur à 1 600 euros en 2020 pour seulement 26 % d’entre eux, contre 44 % en voie scolaire figure 4. Par ailleurs, ils proviennent moins souvent d’une famille dont les deux parents sont immigrés. Les apprentis ont moins souvent une mère n’ayant aucun diplôme ou uniquement le brevet des collèges (22 %) que les élèves de la voie scolaire (38 %). Ils ont aussi plus souvent un parent commerçant ou artisan. Ces parents ont probablement une vision plus favorable de l’apprentissage. Ils peuvent à la fois inciter leur enfant à aller vers cette voie et faciliter la recherche d’un contrat grâce à leur réseau [Barhoumi, 2024]. Les apprentis en CAP sont aussi plus souvent issus des zones rurales, où l’enseignement agricole est fréquemment dispensé en apprentissage. Ainsi, les jeunes vivant dans des zones rurales sont plus souvent apprentis. Ils représentent un tiers de l’ensemble des sortants de troisième, mais un apprenti en CAP sur deux. 4. Caractéristiques des élèves en CAP apprentissage et en CAP voie scolaire en % Caractéristiques en 20201 CAP Apprentissage CAP Voie scolaire Origine Issu d’une famille immigrée 7 16 Issu d’une famille française ou mixte2 93 84 Diplôme de la mère Enseignement supérieur 16 9 Baccalauréat général ou technologique 12 6 Baccalauréat professionnel 11 7 CAP-BEP 35 30 Aucun diplôme, brevet des collèges 22 38 Non renseigné 5 11 Revenu mensuel des parents Inférieur à 1 600 euros 26 44 De 1 600 euros à 2 499 euros 32 28 De 2 500 euros à 3 999 euros 35 20 4 000 euros ou plus 7 5 Non renseigné 0 4 Ruralité Rural éloigné ou périphérique 54 34 Urbain dense et petites villes 32 33 Urbain très dense 13 32 Non renseigné 1 1 1 Les caractéristiques des élèves proviennent de la dernière vague de l’enquête à laquelle les familles ont répondu, soit 2020 pour 90 % des élèves, 2016 ou 2012 à défaut. 2 Famille mixte : famille dont l’un des deux parents est immigré. Lecture : Parmi les apprentis en CAP, 7 % proviennent d’une famille immigrée. Champ : France, élèves entrés en CP en 2011 et en CAP en 2020 ou en 2021. Source : Depp, panel d’élèves recrutés en 2011.
65 Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – Depuis 2018, l’apprentissage s’ouvre massivement aux formations... En école de commerce et d’ingénieurs, les apprentis viennent d’un milieu social moins favorisé que les autres étudiants dans ces écoles En IUT et en licence professionnelle, les origines sociales des apprentis et des étudiants de la voie scolaire sont similaires [Thao Khamsing, 2024]. Sur l’ensemble des formations de master, les étudiants de la voie scolaire sont plus souvent enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures (40 %) que les apprentis (33 %). L’écart est encore plus élevé en écoles de commerce (55 % contre 38 %) et d’ingénieurs (57 % contre 40 %). Les apprentis de ces écoles diffèrent également par leur parcours antérieur : ils sont plus souvent issus d’un bachelor universitaire de technologie (BUT) ou d’un BTS que ceux suivant un cursus uniquement scolaire dans l’enseignement supérieur, qui ont plus souvent fait une classe préparatoire aux grandes écoles [Brouillaud, Ndao, 2022]. Les frais de scolarité des apprentis étant pris en charge par les opérateurs de compétences (Opco) et parfois en partie par les entreprises, les enfants moins favorisés peuvent être plus enclins à suivre leur formation en apprentissage. Les apprentis du secondaire s’insèrent mieux que leurs homologues de la voie scolaire, en lien avec leur origine plus favorisée Parmi les apprentis en dernière année d’une formation de niveau CAP à BTS lors de l’année scolaire 2021‑2022, 38 % poursuivent leurs études l’année suivante. La plupart du temps, les études se poursuivent en apprentissage. Parmi les lycéens professionnels et étudiants de BTS et apprentis ne poursuivant pas leurs études, le taux d’insertion dans l’emploi salarié des apprentis du secondaire est plus élevé que celui des lycéens professionnels et étudiants de BTS. Les apprentis sortis en 2022 sont plus souvent en emploi salarié 12 mois après la fin de leur formation que leurs homologues de la voie scolaire, que ce soit en CAP (69 % contre 37 %), en baccalauréat professionnel (76 % contre 53 %) ou en BTS (75 % contre 69 %). Les apprentis sont également plus souvent en contrat à durée indéterminée (CDI) : 12 mois après la fin de leur formation, 39 % des apprentis de CAP sortis en 2022 sont en CDI contre 12 % des CAP issus de la voie scolaire. L’écart est équivalent après un baccalauréat professionnel (46 % contre 19 %) et un peu plus faible après un BTS (47 % contre 31 %) fiche 2.8 et fiche 2.9. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces différences. La meilleure insertion professionnelle des apprentis peut être liée au fait que l’apprentissage permet de rapprocher les jeunes du monde de l’entreprise. En effet, 6 mois après la fin de leur formation, 27 % des apprentis de niveau CAP à BTS sortis de formation en 2022 sont toujours en emploi chez l’employeur où ils ont fait leur apprentissage [Antoine et al., 2023]. Ces écarts d’insertion entre les apprentis et leurs homologues de la voie scolaire proviennent également des différences de caractéristiques sociodémographiques et de parcours scolaire. Les apprentis peuvent également différer des élèves ou étudiants par d’autres caractéristiques, plus difficiles à mesurer, comme la motivation, le réseau de l’entourage ou la connaissance des codes du monde du travail. L’obtention d’un contrat d’apprentissage témoigne également d’un premier effet de sélection vis‑à‑vis du marché du travail. Après une licence professionnelle ou un master, le taux d’insertion dans l’emploi des apprentis est également plus élevé que celui des autres étudiants, les écarts étant toutefois moindres que dans le secondaire, et les apprentis sont aussi plus souvent en emploi stable que les autres [Yildiz, 2023a et 2023b].