49 Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – Des parcours d’entrée dans la vie adulte diversifiés et marqués... Les enfants de cadres ont plus de chances de poursuivre des études longues Les trajectoires d’entrée dans la vie active sont liées à l’origine sociale, mesurée ici par la catégorie socioprofessionnelle des parents. Près de la moitié des jeunes entrés en 6e en 2007 ont fait des études longues, d’au moins trois ans après le bac. Parmi eux, les enfants de cadres sont davantage représentés : 30 % d’enfants de cadres parmi ceux qui accèdent directement à un emploi stable (contre 19 % en moyenne) et 35 % dans le groupe de ceux qui font des études longues sans accéder directement à un emploi stable. Les enfants de professions intermédiaires y sont aussi surreprésentés, avec une intensité moindre. De leur côté, les enfants d’ouvriers ont plus de chances, toutes choses égales par ailleurs, d’emprunter une trajectoire d’études courtes avec accès à l’emploi stable que les enfants de professions intermédiaires et de cadres. 2. Profil des jeunes entrés en 6e en 2007, par trajectoire-type d’entrée dans la vie active en % Caractéristiques Études longues avec accès direct à l’emploi stable Cumul emploi- études longues avant emploi stable Études longues sans accès direct à l’emploi stable Études courtes avec accès à l’emploi stable Allers- retours emploi- NEET NEET de longue durée Ensemble Part dans l’ensemble 15 18 13 31 15 8 100 Sexe Femmes 55 57 54 40 48 52 49 Hommes 45 43 46 61 52 48 51 Plus haut diplôme obtenu en mars 2023 Diplôme de niveau bac+3 ou plus, dont : 75 76 80 12 13 5 42 Diplôme d’école de commerce ou d’ingénieurs 14 8 6 0 0 0 5 Master 31 41 40 3 3 0 19 Licence professionnelle 6 4 3 5 3 1 4 Licence générale 6 7 11 2 3 2 5 Diplôme de niveau bac+2 13 10 7 17 14 6 12 Baccalauréat ou équivalent 11 13 12 43 43 28 27 CAP, BEP ou équivalent 1 1 0 18 17 22 10 Aucun diplôme, brevet des collèges 0 1 1 10 14 40 8 Parcours de formation Général 85 81 89 30 34 34 56 Professionnel 15 19 12 70 66 66 44 Origine sociale Agriculteur, artisan, commerçant, chef d’entreprise 15 15 12 15 12 12 14 Cadre, profession libérale 30 27 35 9 10 7 19 Profession intermédiaire 21 21 20 16 16 13 18 Employé 11 13 12 17 18 20 15 Ouvrier 22 23 20 42 43 44 33 Chômeur ou inactif n’ayant jamais travaillé 1 1 1 1 2 5 2 Implication de la famille : fréquence des conversations parents-enfants en 6e Faible implication 28 30 30 34 36 37 32 Forte implication (au moins 4 items sur 7) 72 70 70 66 65 63 68 Implication de la famille : participation aux réunions parents-enseignants en 6e Oui 95 93 94 90 89 82 91 Non 5 7 6 10 12 18 9 Aspirations des parents en 6e Vie active dès 16 ans, apprentissage, BEP, CAP, bac pro 5 6 4 25 23 32 16 Baccalauréat général ou technologique 62 61 68 30 31 26 46 Ne sait pas 33 33 28 45 46 42 39 NEET : ni en emploi, ni en études, ni en formation. Note : L’origine sociale du jeune est mesurée par la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du ménage parental en 2007. Lecture : 85 % des jeunes appartenant à la trajectoire-type « études longues avec accès direct à l’emploi stable » ont suivi un parcours d’études générales. Champ : France hors Mayotte, jeunes entrés en 6e pour la première fois en 2007. Source : Depp-Insee-Sies, enquête Entrée dans la vie adulte (EVA) 2007.
50 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025 Les enfants d’ouvriers sont aussi plus fréquemment en situation de NEET. Ils sont 43 % contre 33 % en moyenne dans le groupe des allers‑retours entre emploi et NEET et 44 % dans le groupe des NEET de longue durée. Les enfants d’employés et de chômeurs ou inactifs n’ayant jamais travaillé sont particulièrement représentés parmi les jeunes en situation durable de NEET. Les écarts selon l’origine sociale restent significatifs à niveau scolaire donné, mesuré par les notes au brevet. Ainsi, au‑delà d’un lien entre origine sociale et niveau scolaire, il existe un effet direct de l’origine sociale sur les trajectoires vers l’emploi. Les enfants d’ouvriers et d’employés accèdent plus rapidement à l’indépendance financière, tandis que ceux issus de milieux plus favorisés peuvent compter plus longtemps sur le soutien des parents. Au‑delà de l’aspect économique, cela peut refléter l’intensité des liens parents‑enfants et des normes sociales sous‑jacentes (autonomie précoce comme norme de réussite d’un côté, injonction aux études longues de l’autre) [Le Pape et al., 2020 ; Van de Velde, 2015]. Forte implication et aspirations des parents : des leviers pour la poursuite des études Les trajectoires d’entrée dans la vie active sont fortement liées à l’implication des parents dans la scolarité au collège [Arapi et al., 2018]. Les jeunes qui ont suivi des parcours d’études longues ont plus souvent des parents qui se sont fortement impliqués au début de leur scolarité au collège, via des conversations régulières avec leurs enfants ou la participation aux réunions parents‑enseignants méthode. Parmi les jeunes ayant accédé directement à l’emploi après des études longues, 72 % tenaient des conversations fréquentes avec leurs parents sur la scolarité en 6e, soit 9 points de plus que parmi les jeunes NEET de longue durée. De même, 95 % de leurs parents participaient aux réunions avec les enseignants (+13 points). Ces différences se vérifient à autres caractéristiques comparables, dont l’origine sociale. Les aspirations familiales quant à l’orientation scolaire interviennent aussi. Le déroulé effectif des études se révèle relativement conforme aux anticipations des parents. En 2008, au moment de la 6e, 46 % des parents envisageaient pour leur enfant une poursuite d’études au moins jusqu’au baccalauréat, quand 16 % souhaitaient plutôt une insertion rapide dans la vie active et 39 % ne savaient pas. Ceux dont les parents envisageaient une entrée rapide dans la vie active, avant le baccalauréat, ont 1,4 fois plus de chances de connaître une trajectoire d’études courtes donnant accès à l’emploi stable et 1,7 fois moins de chances de connaître une trajectoire d’études longues sans accès direct à l’emploi stable que les enfants orientés vers la préparation d’un baccalauréat. Les préférences familiales exprimées peuvent induire une autocensure des jeunes des catégories modestes, à la fois moins informés de l’offre de formation et moins mobiles pour poursuivre des études éloignées de leur domicile [Dabet et al., 2023]. De fait, les jeunes issus de territoires ruraux sont davantage représentés dans les parcours d’études courtes. Quant aux enfants dont les parents ont indiqué ne pas avoir d’avis sur l’orientation, ils ont une probabilité plus forte de suivre un parcours ponctué d’emplois de courte durée et de situations de NEET que les enfants dont les parents anticipent une poursuite d’études au moins jusqu’à la préparation d’un baccalauréat. L’accès à l’autonomie résidentielle passe davantage par la mise en couple pour les femmes Les trajectoires de décohabitation s’articulent autour de trois aspects : le départ plus ou moins précoce du domicile familial, la dépendance à l’aide financière parentale pour se loger et enfin la modalité d’installation (seul, en couple ou en colocation). Les jeunes entrés en 6e en 2007 peuvent être regroupés en sept trajectoires‑types de décohabitation encadré 2.
51 Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – Des parcours d’entrée dans la vie adulte diversifiés et marqués... Encadré 2 – Sept trajectoires‑types de décohabitation Quatre trajectoires‑types se caractérisent par le départ précoce (avant 20‑21 ans) du jeune de son foyer familial figure. Répartition des jeunes entrés en 6e en 2007 en fonction de leur trajectoire de décohabitation DÉCOHABITATION PRÉCOCE DÉCOHABITATION TARDIVE Décohabitation tardive vers la mise en couple Décohabitation tardive sans aide des parents vers le logement seul ou la colocation Décohabitation précoce et aidée, mais réversible Décohabitation précoce aidée puis mise en couple Mise en couple précoce Décohabitation pour s’assumer seul Absence de décohabitation 17 % 18 % 12 % 14 % 8 % 15 % 16 % AVEC AIDE DES PARENTS MISE EN COUPLE Lecture : Parmi les jeunes entrés en 6e en 2007, 17 % suivent une trajectoire de type « Décohabitation tardive vers la mise en couple ». Champ : France hors Mayotte, jeunes entrés en 6e pour la première fois en 2007. Source : Depp-Insee-Sies, enquête Entrée dans la vie adulte (EVA) 2007. Ainsi, 12 % des jeunes vivent une décohabitation précoce et aidée financièrement par les parents, mais réversible. À 19‑20 ans en 2016, 92 % d’entre eux ont déjà décohabité contre 41 % en moyenne. À partir de 2019, soit 22 ans, ils sont progressivement moins nombreux à être aidés financièrement par leurs parents. En 2020‑2021, une partie d’entre eux retournent vivre au domicile parental, à 24‑25 ans, un âge qui correspond à la fin des études supérieures. Ce sont aussi les années de la crise sanitaire, marquées par le confinement de la population et la pratique massive de l’enseignement à distance. De plus, 14 % des jeunes connaissent une décohabitation précoce et aidée, mais suivie d’une autonomisation via une mise en couple. Dans ce groupe, vers 19 ans, les trois quarts ont déjà décohabité ; vers 24 ans, 58 % vivent en couple sans aide des parents pour se loger (contre 30 % en moyenne).
52 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025 Les trajectoires de décohabitation sont différenciées entre hommes et femmes ; notamment, les femmes se mettent généralement en couple plus jeunes que les hommes [Pouliquen, 2018 ; Insee, 2022]. Ainsi, les hommes sont surreprésentés dans les trajectoires marquées par l’absence de décohabitation (65 %) ou par une décohabitation tardive suivie d’une installation seul ou en colocation (57 %) figure 3. Inversement, les femmes décohabitent plus fréquemment via une mise en couple précoce (70 % de femmes dans ce groupe) ou via une première décohabitation, précoce et aidée, suivie d’une mise en couple (58 %). La mise en couple précoce rassemble plutôt des femmes peu ou pas diplômées tandis que la décohabitation précoce aidée concerne plutôt les femmes disposant d’un diplôme supérieur à bac+2. Parmi les jeunes qui se mettent en couple précocement, un sur deux est enfant d’ouvriers L’origine sociale joue également dans les trajectoires d’accès à l’autonomie résidentielle. Les enfants de cadres empruntent plus souvent une trajectoire de décohabitation précoce et aidée mais réversible (40 % sont enfants de cadres contre 19 % en moyenne). Cela peut s’expliquer par la plus grande propension d’enfants de cadres à poursuivre de longues études, qui nécessitent parfois une mobilité géographique vers les pôles universitaires [Olympio, Germain, 2020 ; Van de Velde, 2015]. Les trajectoires de décohabitation qui mènent à une installation directe en couple (qu’elle soit précoce ou tardive) sans aide des parents pour se loger concernent davantage les enfants d’ouvriers : parmi ceux qui forment précocement un couple résidentiel, 47 % sont enfants d’ouvriers (contre 33 % en moyenne), et 6 % seulement, des enfants de cadres. Comme les enfants d’ouvriers, les enfants d’employés sont davantage représentés dans la trajectoire marquée par l’absence de décohabitation. Enfin, à autres caractéristiques équivalentes, les jeunes qui résidaient en 6e dans une commune rurale empruntent plus souvent des trajectoires de décohabitation précoce que ceux qui résidaient dans une commune urbaine dense ou, dans une moindre mesure, de densité intermédiaire. La mise en couple précoce dans un logement autonome concerne 8 % des jeunes : vers 20 ans, 72 % sont en couple (12 % en moyenne). Par ailleurs, 15 % des jeunes quittent le domicile parental pour vivre et s’assumer seul, sans aide des parents pour se loger. Les âges de départ sont plus variés que dans les trois précédentes trajectoires‑types. Pour ces jeunes, l’installation seul ne se limite pas au premier départ du domicile parental, mais s’affirme comme une modalité qui perdure. Deux trajectoires‑types se caractérisent par des situations où les jeunes quittent plus tardivement le domicile familial, sans l’aide financière des parents pour se loger. Pour 17 % des jeunes, cette décohabitation coïncide avec la formation d’un couple cohabitant (décohabitation tardive puis en couple), tandis que pour 18 %, elle correspond à une installation seul ou en colocation (décohabitation tardive sans aide des parents vers le logement seul ou la colocation). Enfin, 16 % des jeunes demeurent chez leurs parents durant presque toute la durée observée (absence de décohabitation). Parmi eux, neuf sur dix (soit 15 % de l’ensemble des jeunes entrés en 6e en 2007) sont encore chez leurs parents à 26‑27 ans en 2023. Entre 2015 et 2023, pour dix jeunes ayant quitté le domicile parental sur la période, quatre sont revenus y vivre au moins une fois. Cette situation se rencontre dans toutes les trajectoires‑types, mais atteint un sur deux dans les cas de décohabitation précoce aidée mais réversible et de décohabitation tardive sans aide des parents vers le logement seul ou la colocation. Elle est plus rare pour les trajectoires‑types de décohabitation vers le couple.