41 Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – La plupart des métiers en tension attirent les jeunes mais certains peinent... Les métiers de ce premier groupe sont occupés par des jeunes peu diplômés (17 % ont au plus le brevet et 78 % ont au plus un niveau bac) et n’ayant généralement pas une formation les préparant spécifiquement à occuper ces métiers (seuls 21 % ont une spécialité de formation correspondant au métier exercé). Ils sont fréquemment associés à des postes à temps partiel (dans 30 % des cas), y compris contraint, et faiblement rémunérés (36 % des jeunes occupant un de ces métiers font partie des 25 % les moins bien payés). Le deuxième profil type agrège dix‑sept métiers en tension occupés de façon plutôt transitoire mais qui arrivent moins rapidement après la sortie de formation initiale (9 % des emplois de la génération). Ces métiers dits « de transition » sont notamment des métiers d’ouvriers agricoles, d’ouvriers des travaux publics, d’aides à domicile, de représentants et d’autres professions intermédiaires du commerce. En moyenne, un métier de transition ne représente que 57 % du temps passé en emploi par le jeune concerné et débute 13 mois après la fin de ses études, 4 mois de plus que pour l’ensemble des métiers en tension. Par rapport aux autres métiers en tension, ces métiers sont donc moins présents en début du parcours, dès le premier emploi dans seulement 54 % des cas (contre 68 %), mais aussi en fin de parcours, trois ans après la fin des études (46 % contre 54 %). Pour 84 % des jeunes, le passage dans ces métiers s’est limité à une seule expérience (contre 75 %). Les métiers de transition sont principalement occupés par des jeunes ayant au plus le baccalauréat (62 % d’entre eux, contre 49 % en moyenne). La proportion d’hommes y est plus élevée que dans l’ensemble des profils de métiers en tension (60 % contre 51 %). Ces métiers se distinguent également par une double inadéquation des jeunes y travaillant. D’une part, seulement 37 % d’entre eux ont une formation qui correspond au métier qu’ils exercent (contre 56 % pour l’ensemble des métiers en tension) ; d’autre part, 23 % d’entre eux se retrouvent déclassés par rapport à leur niveau de diplôme. Un sous‑ensemble de métiers d’ancrage exercés par des jeunes qui y sont formés Les trois autres profils types sont composés de métiers qui apparaissent relativement rapidement dans les parcours professionnels des jeunes (entre trois et neuf mois après la sortie des études). Un jeune engagé dans un de ces métiers y sera resté en moyenne les trois quarts de son temps en emploi. Les vingt métiers du troisième profil type sont marqués par davantage de mobilité au cours des trois années après la sortie des études, que ce soit vers un autre emploi du métier, vers un autre métier ou hors de l’emploi (16 % des emplois de la génération). Cette mobilité accrue résulte de séquences d’emploi en moyenne plus courtes, qui s’expliquent par le fait que 67 % des recrutements s’y font sur contrat à durée limitée (contre 59 % dans l’ensemble des métiers en tension). Ces métiers sont dits « métiers avec un fort lien emploi‑formation » : dans 68 % des cas, la formation des jeunes recrutés préparait effectivement au métier exercé. Ce sont des métiers qui demandent des compétences et une formation spécifiques, et qui présentent souvent un contenu technique marqué, tels que ceux d’aides‑soignants, les métiers de bouche, les professionnels du droit, de la comptabilité, etc. La part des jeunes diplômés du secondaire y est particulièrement élevée (52 %, contre 42 % dans l’ensemble des métiers en tension). Si ces métiers n’offrent en général pas des conditions d’emploi particulièrement favorables en matière de contrat de travail, ils protègent davantage des faibles niveaux de rémunération. Le quatrième profil type se distingue par un ancrage plus durable dans ses onze métiers puisque les trois quarts des jeunes ayant travaillé dans l’un d’entre eux y sont encore trois ans après leur sortie de formation (11 % des emplois de la génération). Il s’agit de métiers très qualifiés, exclusivement de niveau cadre ou technicien, tels que techniciens et ingénieurs en informatique, ingénieurs et cadres techniques de l’industrie, cadres commerciaux et technico‑commerciaux. Ces métiers concernent les jeunes les plus diplômés (93 % détiennent un diplôme de l’enseignement supérieur et même 76 % au moins un bac+5) et offrent les meilleures rémunérations (les trois quarts des jeunes concernés font partie des 25 % les mieux rémunérés de la génération). De plus, 62 % des embauches se font avec un contrat à durée indéterminée (contre 41 % en moyenne). Le cinquième profil type isole deux métiers, infirmiers‑sages femmes et professions paramédicales, dans lesquels l’entrée est très précoce et la présence continue (3 % des emplois de la génération). La relation emploi‑formation y est très forte. En effet, exercer ces métiers requiert des diplômes spécifiques. La correspondance entre spécialité de formation et métier s’observe ainsi dans 91 %
42 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025 des cas. Inscrits durablement dans ces métiers, les jeunes y multiplient cependant les expériences (45 % connaissent au moins deux emplois dans le métier), ce qui est caractéristique de ces marchés professionnels. Les conditions d’emploi n’y sont par ailleurs pas particulièrement favorables, seuls 32 % des emplois sont en CDI. En revanche, les rémunérations y sont meilleures que dans la moyenne des métiers en tension. Les conditions d’emploi à l’embauche expliquent en partie l’ancrage dans les métiers en tension Les jeunes ayant débuté leur vie professionnelle par un métier en tension tendent à y rester davantage que ceux ayant commencé par un métier sans tension. Ils sont plus nombreux à être encore dans leur premier emploi trois ans après la sortie de formation initiale (35 % contre 23 %). De même, ils se maintiennent plus souvent dans le métier trois ans après la sortie des études : parmi les jeunes en emploi à cette date, 63 % de ceux qui ont débuté dans un métier en tension y exercent toujours, qu’ils aient connu une mobilité ou non, contre 48 % des jeunes ayant débuté dans un métier sans tension. Des analyses toutes choses égales par ailleurs montrent que la pérennité de la relation professionnelle, dans l’emploi ou le métier, varie selon le type de métier en tension et selon les conditions d’embauche figure 4. Commencer dans un métier du premier sous‑ensemble (métiers dits « de passage ») est associé à davantage de mobilité sur le marché du travail et à un risque plus élevé de quitter le métier. À l’inverse, débuter dans un métier en tension dit « d’ancrage » favorise la pérennité professionnelle. 4a. Modélisation de la probabilité de n’avoir jamais quitté son premier emploi avant la date d’enquête selon les conditions d’emploi à la sortie des études et les caractéristiques individuelles Caractéristiques Odds ratio Profil des métiers Sans tension Réf. En tension de première expérience peu qualifiés 0,62*** En tension de transition 1,17* En tension avec un fort lien emploi-formation 1,21*** En tension très qualifiés 1,76*** En tension médicaux et paramédicaux 1,59*** Dont la tension est inconnue 1,98*** Contrat d’embauche En CDI ou en tant que fonctionnaire Réf. En CDD ou contrat aidé 0,45*** En intérim 0,19*** Quartile des rémunérations à l’embauche Inférieur au premier quartile1 Réf. Du premier quartile au deuxième quartile1 1,49*** Du deuxième quartile au troisième quartile1 1,90*** Supérieur au troisième quartile1 2,01*** Lien de l’emploi avec la formation suivie Sans lien Réf. En lien 1,02 Lien très fort 1,19*** Réf. : modalité de référence ; *** : significatif au seuil de 0,1 % ; ** : significatif au seuil de 1 % ; * : significatif au seuil de 5 % ; autres : significatif au seuil de 10 %. 1 Les emplois sont classés selon leur appartenance aux quartiles de rémunérations de l’ensemble des emplois de la génération. Les quartiles de rémunérations sont les valeurs-seuils qui, lorsque l’on ordonne la population selon les valeurs des rémunérations, la partitionnent en quatre sous-populations de tailles égales. Note : D’autres variables n’apparaissant pas dans ce tableau ont été mobilisées dans cette modélisation : le mode de passation de l’enquête, le sexe de la personne en emploi, son origine sociale, son origine migratoire, le niveau du plus haut diplôme obtenu, le fait d’avoir été en alternance lors de la dernière année de formation, le moyen de prise de connaissance de l’offre d’embauche, le fait d’avoir déjà travaillé dans l’entreprise avant la fin des études, le fait d’être surclassé ou déclassé dans l’emploi et enfin la quotité de travail (voir les données en téléchargement). Lecture : Les jeunes avec un emploi en lien très fort avec leur formation initiale ont 1,19 fois plus de chances que ceux en emploi sans lien avec leur formation d’être resté dans leur premier emploi trois ans après leur sortie de formation initiale. Champ : Ensemble des jeunes sortis de formation initiale et ayant occupé au moins un emploi dans les trois premières années de vie active. Source : Céreq, enquête 2020 auprès de la génération 2017.
43 Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – La plupart des métiers en tension attirent les jeunes mais certains peinent... 4b. Modélisation de la probabilité d’exercer le même métier au premier emploi et à la date d’enquête selon les conditions d’emplois à la sortie des études et les caractéristiques individuelles Caractéristiques Odds ratio Profil des métiers Sans tension Réf. En tension de première expérience peu qualifiés 0,63*** En tension de transition 0,86* En tension avec un fort lien emploi-formation 1,11 En tension très qualifiés 1,89*** En tension médicaux et paramédicaux 1,66*** Dont la tension est inconnue 1,53*** Contrat d’embauche En CDI ou en tant que fonctionnaire Réf. En CDD ou contrat aidé 0,62*** En intérim 0,33*** Quartile des rémunérations à l’embauche Inférieur au premier quartile1 Réf. Du premier quartile au deuxième quartile1 1,29*** Du deuxième quartile au troisième quartile1 1,46*** Supérieur au troisième quartile1 1,75*** Lien de l’emploi avec la formation suivie Sans lien Réf. En lien 1,47*** Lien très fort 2,91*** Réf. : modalité de référence ; *** : significatif au seuil de 0,1 % ; ** : significatif au seuil de 1 % ; * : significatif au seuil de 5 % ; autres : significatif au seuil de 10 %. 1 Les emplois sont classés selon leur appartenance aux quartiles de rémunérations de l’ensemble des emplois de la génération. Les quartiles de niveau de vie sont les valeurs-seuils qui, lorsque l’on ordonne la population selon les valeurs de niveau de vie, la partitionnent en quatre sous-populations de tailles égales. Note : D’autres variables n’apparaissant pas dans ce tableau ont été mobilisées dans cette modélisation : le mode de passation de l’enquête, le sexe de la personne en emploi, son origine sociale, son origine migratoire, le niveau du plus haut diplôme obtenu, le fait d’avoir été en alternance lors de la dernière année de formation, le moyen de prise de connaissance de l’offre d’embauche, le fait d’avoir déjà travaillé dans l’entreprise avant la fin des études, le fait d’être surclassé ou déclassé dans l’emploi et enfin la quotité de travail (voir les données en téléchargement). Lecture : Les jeunes avec un emploi en lien très fort avec leur formation initiale ont 2,91 fois plus de chances que ceux en emploi sans lien avec leur formation d’exercer le même métier dans leur premier emploi et trois ans après leur sortie de formation initiale. Champ : Ensemble des jeunes sortis de formation initiale en emploi à la date d’enquête. Source : Céreq, enquête 2020 auprès de la génération 2017. Des modélisations ont aussi été réalisées pour chacun des profils afin d’identifier les facteurs, spécifiques ou communs, conditionnant les mobilités. Parmi les facteurs communs aux différents profils, avoir débuté en CDD plutôt qu’en CDI est associé à une forte réduction des chances d’être encore dans son premier emploi au moment de l’enquête. De même, la propension à être mobile (d’emploi, de métier) est corrélée au niveau de rémunération à l’embauche, les jeunes gagnant le moins ayant une propension supérieure à la mobilité que les autres. Débuter par un métier en correspondance avec la spécialité du diplôme obtenu favorise le maintien des jeunes dans le métier dans la plupart des profils types. Mais, comme dans les métiers du troisième et du cinquième profil type, ce maintien peut se faire au travers d’une accumulation d’expériences d’emploi. Auteurs : Thomas Couppié (Céreq) Céline Gasquet (Céreq) Lola Lercari (Céreq)