37 Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – La plupart des métiers en tension attirent les jeunes mais certains peinent... La plupart des métiers en tension attirent les jeunes mais certains peinent à les fidéliser Deux jeunes sur trois ayant terminé leurs études en 2017 et occupé au moins un emploi durant les trois années suivantes ont exercé au moins un métier en tension, c’est‑à‑dire un métier exposé à des difficultés de recrutement. Ils sont en moyenne plus diplômés que les autres jeunes en emploi. Ils ont également de meilleures conditions d’emploi : 41 % sont embauchés en CDI, contre 22 % des embauches dans les métiers sans tension. Ces meilleures conditions d’emploi expliquent en partie le fait que les jeunes s’inscrivent durablement dans ces métiers en tension. Cependant, les métiers en tension ne constituent pas un tout homogène. Cinq profils types de métiers en tension peuvent être identifiés : deux d’entre eux se caractérisent par un passage transitoire, ils concernent davantage des peu diplômés, à l’instar des métiers d’employés de l’hôtellerie‑restauration ou d’ouvriers agricoles. Les trois autres, à l’ancrage plus durable et nécessitant généralement des compétences particulières, sont plus souvent occupés par des jeunes diplômés. Il s’agit par exemple de métiers d’infirmier, d’ingénieur en informatique ou de professionnels du droit. Les métiers en tension résultent de déséquilibres sur le marché du travail que les politiques publiques visent à atténuer en facilitant la concordance entre les compétences des individus et les attentes des employeurs. Si ces déséquilibres se retrouvent dans toutes les catégories d’âge, ils concernent particulièrement les entrants sur le marché du travail. Selon l’enquête Emploi, au 4e trimestre 2021, 56 % des personnes en emploi sorties du système éducatif depuis un à quatre ans occupent un métier en tension source et méthodes, contre 48 % de celles sorties depuis onze ans ou plus. Cette étude s’intéresse donc aux jeunes sortis de formation initiale en 2017 et à la place effective des métiers en tension dans les trois premières années après leur sortie. Elle vise à comprendre les mécanismes à l’origine de l’accès et du maintien ou non des jeunes dans ces emplois. D’après l’enquête menée en 2020 s’intéressant à la génération 2017, 53 % des premiers emplois occupés par les jeunes de cette génération après leur sortie de formation concernent un métier en tension. Seuls les emplois salariés (hors fonctionnaires) sont ici associés à des métiers en tension. Des métiers en tension plus souvent occupés par des jeunes très diplômés Parmi les 675 000 jeunes qui ont terminé leurs études en 2017 et occupé au moins un emploi au cours de leurs trois premières années de vie active, 432 000 ont exercé au moins une fois un métier en tension soit près des deux tiers d’entre eux, dont 280 000 n’ont exercé que des métiers en tension figure 1. Les recrutements dans les métiers en tension se distinguent par le profil des jeunes embauchés. Les femmes y sont moins présentes que dans les métiers sans tension (49 % contre 59 %) figure 2. À l’inverse, les diplômés d’un bac+5 ou plus sont beaucoup plus souvent recrutés dans les métiers en tension (24 % contre 12 %), ainsi que les jeunes issus d’une formation en alternance (30 % contre 19 %). Ces résultats sont confirmés toutes choses égales par ailleurs : la probabilité d’occuper au moins une fois un métier en tension est 1,3 fois plus élevée pour un homme que pour une femme, 1,9 fois plus élevée pour un sortant d’alternance que pour un sortant de la voie scolaire et 1,6 fois plus élevée pour un diplômé de bac+5 ou plus que pour un jeune peu ou pas diplômé.
38 Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025
1. Les jeunes sortis de formation initiale en 2017 selon qu’ils ont exercé ou non des
métiers en tension dans les trois premières années de vie active
DES MÉTIERS EN TENSION ET D’AUTRES MÉTIERS
DONT UNIQUEMENT DES MÉTIERS EN TENSION
PAS DE MÉTIERS EN TENSION
243 000 jeunes
280 000 jeunes
432 000 jeunes
Lecture : 280 000 jeunes, qui ont terminé leurs études en 2017 et occupé au moins un emploi au cours de leurs
trois premières années de vie active, ont exercé uniquement des métiers en tension.
Champ : Personnes sorties de formation initiale en 2017 ayant occupé au moins un emploi entre 2017 et 2020.
Source : Céreq, enquête 2020 auprès de la génération 2017.
2. Caractéristiques des emplois occupés dans les trois premières années de vie active
par les jeunes sortis de formation initiale en 2017, selon le niveau de tension du métier
en %
Caractéristiques
Ensemble
des
métiers
Métiers
dont le
degré de
tension est
inconnu
Métiers
sans
tension
Métiers en tension
Ensemble
des métiers
en tension
Métiers de
première
expérience
peu qualifiés
Métiers de
transition
Métiers
avec un fort
lien emploi-
formation
Métiers
très
qualifiés
Métiers
médicaux et
paramédicaux
Emplois occupés par des :
Peu ou pas diplômés 9 8 11 7 17 10 6 0 0
Diplômés d’un CAP ou BEP 10 6 10 11 17 11 16 1 0
Diplômés d’un bac 35 31 41 31 44 41 36 6 16
Diplômés d’un bac+2 12 9 14 12 11 14 14 7 15
Diplômés d’un bac+3 ou bac+4 14 13 12 15 8 11 16 10 60
Diplômés d’un bac+5 ou plus 21 33 12 24 3 13 12 76 9
Sortants d’alternance 24 15 19 30 26 28 37 30 20
Jeunes dont la formation
est en lien avec le métier 45 37 33 56 21 37 68 48 91
Jeunes déclassés dans l’emploi,
par rapport au niveau
de diplôme atteint 22 26 26 17 9 23 17 9 9
Femmes 52 48 59 49 50 40 50 41 90
Embauches réalisées :
En CDI ou fonctionnaire 33 29 22 41 39 38 33 62 32
À temps plein 77 75 70 82 70 80 83 96 81
Avec une rémunération
au dessus de la médiane 50 52 32 60 35 52 57 91 75
Ensemble des emplois
(en nombre) 1 415 000 202 000 489 000 724 000 169 000 125 000 227 000 157 000 46 000
Lecture : 49 % des emplois dans un métier en tension occupés par des jeunes sortis de formation initiale en 2017 dans les
trois premières années de vie active l’ont été par des femmes.
Champ : Ensemble des emplois occupés par les jeunes de la génération 2017 au cours des trois années qui ont suivi leur sortie de
formation initiale.
Source : Céreq, enquête 2020 auprès de la génération 2017.
39Insee Références – Édition 2025 – Dossiers – La plupart des métiers en tension attirent les jeunes mais certains peinent...
Les jeunes dans les métiers en tension tendent à s’y ancrer
Ce profil davantage diplômé peut expliquer en partie que les jeunes ayant exercé un métier en tension
ont passé plus de temps en emploi durant les trois premières années après la sortie de formation
initiale : ils sont en emploi en moyenne 31 mois, contre 27 mois pour les jeunes passés par un métier
sans tension. Lorsqu’un jeune occupe un métier en tension, il y passe plus de temps que lorsqu’il
occupe un métier sans tension : dans le premier cas, il y reste 68 % de son temps passé en emploi,
contre 59 % dans le deuxième cas figure 3. Autre illustration de cette spécificité, 63 % des jeunes
ayant exercé un métier en tension au premier emploi exercent encore ce même métier trois ans après
la sortie des études, qu’ils aient été mobiles ou pas entre‑temps (cette proportion n’étant que de 48 %
quand le premier emploi correspond à un métier sans tension).
3. Place des métiers en tension dans le parcours des jeunes sortis de formation initiale
en 2017 dans les trois premières années de vie active
Indicateur
Ensemble
des
métiers
Métiers
dont le
degré de
tension est
inconnu
Métiers
sans
tension
Métiers en tension
Ensemble
des
métiers en
tension
Métiers de
première
expérience
peu qualifiés
Métiers de
transition
Métiers
avec un fort
lien emploi-
formation
Métiers
très
qualifiés
Métiers
médicaux et
paramédicaux
Parmi les individus ayant
travaillé dans un métier
donné, part (en %) de ceux :
Qui y sont rentrés dès
leur premier emploi 64 60 62 68 65 54 71 73 90
Qui y ont eu un seul emploi 77 85 76 75 74 84 71 77 55
Qui y ont eu au moins
deux emplois 23 15 24 25 26 16 29 23 45
Parmi les individus en emploi
3 ans après la sortie des
études et ayant travaillé
dans un métier donné dès
le 1er emploi, part (en %)
de ceux :
Qui y travaillent toujours
trois ans plus tard 59 67 48 63 44 49 65 76 77
Temps moyen d’accès au
premier emploi dans
le métier (en mois) 10 12 12 9 11 13 9 8 3
Part du temps passé dans le
métier dans le temps total
passé en emploi (en %) 64 65 59 68 59 57 71 78 92
Durée moyenne d’un emploi
dans un métier rapportée
à la durée moyenne d’un
emploi dans la génération 1,00 1,16 0,81 1,08 0,74 0,97 1,10 1,42 1,36
Lecture : En moyenne, les jeunes qui travaillent au moins une fois dans un des métiers de première expérience peu qualifiés le font
11 mois après la fin de leurs études, et 65 % d’entre eux y rentrent dès leur premier emploi.
Champ : Ensemble des jeunes de la génération 2017 ayant occupé au moins un emploi dans les trois premières années de vie active.
Source : Céreq, enquête 2020 auprès de la génération 2017.
Par ailleurs, l’entrée dans ces métiers est plus rapide : en moyenne, le premier emploi exercé dans
un métier en tension débute neuf mois après la sortie, contre douze mois pour le premier emploi
dans un métier sans tension. En outre, les liens avec le métier se sont alors plus souvent noués
dès la formation. Ainsi, 35 % des jeunes démarrant par un métier en tension avaient travaillé dans
l’entreprise à l’occasion d’une alternance, d’un stage ou d’un emploi occupé pendant leurs études,
contre 28 % pour ceux débutant par un métier sans tension. Le métier correspond aussi plus souvent
à la formation suivie. D’une part, la spécialité du diplôme préparé s’accorde davantage au métier
(56 % contre 33 %), dans le sens où le poids de la spécialité de formation est au moins deux fois plus
élevé dans le métier en question que dans l’ensemble des emplois. D’autre part, le déclassement à
l’embauche est moindre : 17 % des emplois correspondent à un niveau de formation inférieur au
niveau de l’individu, contre 26 % des emplois dans un métier sans tension, ce qui favorise l’ancrage
dans le métier [Couppié, Gasquet, 2024].
40
Formations et emploi – Insee Références – Édition 2025
Ces métiers sont aussi associés à de meilleures conditions d’emploi
Lorsqu’ils exercent un métier en tension, 41 % des jeunes sont embauchés en contrat à durée
indéterminée (CDI), une proportion nettement plus élevée que pour les jeunes occupant des métiers
sans tension (22 %) ; la part de salariés à temps plein est aussi supérieure (82 % contre 70 %). Ces
métiers offrent également de meilleures rémunérations, supérieures à la médiane de la génération
pour 60 % des jeunes (32 % pour ceux exerçant un métier sans tension).
Cinq profils types de métiers en tension
S’ils se distinguent des autres métiers, les métiers en tension ne constituent pas pour autant un tout
homogène. En particulier, le moment où ils interviennent dans le parcours d’insertion est structurant.
Partant de ce constat, une typologie met en évidence cinq profils types de métiers en tension
encadré.
Encadré – Une typologie des métiers en tension dans les premières années de vie
active des jeunes
La typologie des métiers en tension élaborée ici est le résultat d’une classification ascendante
hiérarchique (CAH) réalisée à la suite d’une analyse en composantes principales (ACP). L’ACP porte sur les
métiers en tension occupés selon leur positionnement dans les parcours des jeunes. Huit variables sont
retenues :
• temps moyen d’accès au métier ;
• part des jeunes ayant débuté par le métier ;
• poids du métier dans les emplois à trois ans rapporté à son poids dans les premiers emplois ;
• part du temps en emploi passé dans le métier ;
• durée moyenne d’un emploi dans le métier rapportée à la durée moyenne des emplois ;
• nombre moyen d’emplois exercés dans le métier ;
• part des jeunes qui exercent toujours le métier au moment de l’enquête ;
• part des emplois révolus parmi l’ensemble des emplois dans le métier (révolus ou en cours).
L’ACP dégage deux axes principaux. Le premier axe oppose les métiers en tension occupés de façon
transitoire aux métiers qui s’inscrivent de façon pérenne dans le parcours des jeunes. Le second axe
oppose quant à lui des métiers en tension qui interviennent plutôt en début de parcours et donnent lieu
à de multiples séquences d’emplois à ceux situés plutôt en fin de parcours observé et donnant lieu à un
nombre de passages réduit, voire unique.
Un sous‑ensemble de métiers de passage, plutôt exercés par les jeunes les moins
diplômés
Le premier profil type agrège six métiers en tension occupés de façon plutôt transitoire et en début
de parcours, qualifiés ici de « métiers de première expérience peu qualifiés » (12 % de l’ensemble
des emplois occupés sur les trois années observées). Ce sont des métiers habituellement occupés
par les jeunes en tout début de vie active et dont ils s’éloignent rapidement tels que les employés
de l’hôtellerie et de la restauration, les cuisiniers, et les ouvriers des industries agroalimentaires. Les
métiers en tension de ce groupe se distinguent par une plus faible part de temps en emploi passé dans
ces métiers (59 %, contre 68 % pour l’ensemble des métiers en tension), des emplois de courte durée
(inférieure de 26 % à la durée moyenne d’un emploi dans la génération), qui se répètent mais que les
jeunes quittent progressivement.