22
La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021
La première partie du dossier s’articule autour des deux premiers enjeux et la seconde partie autour
des deux suivants. Les enjeux non traités ici relèvent respectivement de la question de gouvernance
territoriale et de la coopération internationale
encadré 2.
2. Méthodologie
L’analyse s’appuie sur une sélection de 14 indicateurs départementaux. Ces indicateurs sont disponibles
dans la base d’indicateurs territoriaux de développement durable, conjointement développée par
l’Insee et le Service des données et études statistiques (SDES), en partie constituée par désagrégation
d’indicateurs nationaux. La sélection des indicateurs analysés a été réalisée à partir des 106 indicateurs
disponibles sur le site de l’Insee. Ce choix a été guidé par leur disponibilité au niveau départemental,
leur relative fraîcheur pour chacun des départements et leur qualité statistique afin de permettre les
comparaisons. L’objectif est de couvrir l’ensemble des quatre enjeux retenus pour ce dossier : climat et
biodiversité ; santé et bien‑être ; lutte contre les discriminations et inégalités ; éducation et formation.
Cette sélection a un impact sur les résultats qui ne doivent pas être interprétés comme des palmarès.
Il s’agit plutôt d’atouts ou de handicaps constatés et plus ou moins marqués au niveau départemental
afin de contribuer à atteindre les objectifs au niveau national. Chaque indicateur apporte un éclairage
sur la situation des départements au regard de l’un des 15 objectifs de développement durable retenus
dans ce dossier (voir la feuille de route de la France pour l’Agenda 2030) et permet de mettre en évidence,
indicateur par indicateur, les différences, les points faibles et les atouts des départements. Dans cette
étude, chaque indicateur est affecté à un seul ODD et traité comme tel bien qu’il puisse illustrer d’autres
objectifs. Par exemple, l’indicateur concernant l’eutrophisation illustre l’ODD 14 concernant la vie
aquatique mais concerne aussi l’ODD 6 relatif à l’eau et à l’assainissement.
Indicateurs retenus
Environnement et santé
• Accessibilité potentielle localisée (APL) aux soins
figure 1 (ODD 3 Bonne santé et bien‑être) ;
• Part des surfaces en agriculture biologique
figure 2 (ODD 2 Faim « zéro ») ;
• Part de la surface sensible à l’eutrophisation
figure 3 (ODD 14 Vie aquatique) ;
• Part des stations d’épuration avec traitement en conformité (ODD 6 Eau propre et assainissement) ;
• Part de la surface départementale convertie en surface artificialisée
figure 4 (ODD 15 Vie terrestre) ;
• Part des véhicules particuliers émettant moins de 100 g de CO2/km
figure 5 (ODD 9 Industrie,
innovation et infrastructure) ;
• Part de la production d’énergie renouvelable dans la consommation totale d’électricité ramenée à
l’hectare (ODD7 Énergie propre et d’un coût abordable) ;
• Taux de valorisation matière et organique des déchets ménagers et assimilés
figure 6
(ODD 12 Consommation et production responsables).
Transition économique juste et éducation
• Taux de pauvreté monétaire
figure 7 (ODD 1 Pas de pauvreté) ;
• Disparité des niveaux de vie, rapport interdécile (ODD 10 Inégalités réduites) ;
• Part des logements en situation de suroccupation
figure 8 (ODD 11 Villes et communautés
durables) ;
• Écart de salaire entre les femmes et les hommes
figure 9 (ODD 5 Égalité entre les sexes) ;
• Part des non-diplômés chez les 20‑24 ans sortis des études
figure 10 (ODD 4 Éducation de qualité) ;
• Part des 15-25 ans hors emploi et hors formation
figure 11 (ODD 8 Travail décent et croissance
économique).
Du fait de l’absence d’indicateurs départementaux, deux enjeux de la feuille de route ne sont pas analysés ici :
• Rendre effective la participation citoyenne à l’atteinte des ODD et concrétiser la transformation des
pratiques à travers le renforcement de l’expérimentation et de l’innovation territoriale ;
• Œuvrer au plan européen et international en faveur de la transformation durable des sociétés, de la
paix et de la solidarité.
23 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Spécificités des départements français… Chaque département a des atouts et des handicaps pour contribuer aux objectifs nationaux de développement durable. En effet, le territoire national se caractérise par une grande variété de situations en matière de positionnement géographique, de climat, de densité de population, d’empreinte économique, de spécialisations sectorielles, etc. Des enjeux différents selon les départements La densité de population en France métropolitaine varie de 15 habitants au km² en Lozère à plus de 20 000 à Paris. Les départements qui englobent de grandes métropoles sont denses. Ils sont bien positionnés pour l’éducation, la formation, l’accès aux soins, mais moins sur l’artificialisation des sols, la valorisation des déchets ou encore la pollution. Pour les inégalités de revenus, les départements de l’ouest de la France (Côtes‑d’Armor et Morbihan), du Massif central (Aveyron, Corrèze, Allier) et de l’est montagneux s’opposent à ceux ayant des grandes villes (Paris, Lyon, Marseille) et du pourtour méditerranéen, où les inégalités sont plus marquées. La localisation géographique intervient aussi dans la différenciation des départements par indicateur. Un quart des départements de France métropolitaine a une façade maritime et la moitié des zones montagneuses. Les départements de la façade atlantique au climat océanique sont davantage préservés du réchauffement climatique, sont bien positionnés sur l’énergie renouvelable, mais sont touchés par l’artificialisation des sols. Ils sont par ailleurs assez bien positionnés sur l’éducation et la formation. L’atteinte des objectifs de développement durable dépend entre autres de l’orientation économique des départements. Dans les départements à agriculture intensive, l’enjeu est de préserver les eaux et les sols de la pollution en développant, par exemple, l’agriculture biologique. L’eutrophisation fait également l’objet d’une vigilance. Pour les départements de tradition industrielle, résultat d’une longue histoire liée aux ressources naturelles locales (mines) et à un réseau dense de voies de communication, la réduction des émissions de CO2 est un enjeu important. Souvent, les problèmes sociaux (pauvreté, difficultés de logement et difficultés d’insertion des jeunes) y sont marqués. Dans les départements touristiques, la satisfaction des besoins des résidents et le développement économique lié à l’offre touristique se concurrencent, ce qui peut avoir des conséquences négatives sur l’artificialisation des sols et l’accès au logement. Les cinq départements ultra‑marins affichent également de fortes particularités, qui s’expliquent tant par leur situation géographique que par leur histoire. Dans les départements d’outre‑mer, l’économie est très spécifique, compte tenu des ressources locales, de l’insularité et de l’éloignement par rapport à la métropole. Les difficultés scolaires et d’insertion sont particulièrement prégnantes. Si la Guadeloupe et la Martinique se distinguent par un taux de jeunes non diplômés inférieur au reste des DOM (21 %), les difficultés sont particulièrement fortes en Guyane et à Mayotte, où plus de la moitié des jeunes sont sans diplôme. La proportion est équivalente pour les jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation après leur sortie du système scolaire. Dans les DOM, la biodiversité et l’environnement sont les plus grands atouts. En revanche, ces départements sont les plus vulnérables face aux intempéries, au réchauffement climatique ou plus généralement aux catastrophes naturelles (éruptions volcaniques, tempêtes, tsunamis, etc.). Pour toutes ces raisons, les opportunités et les contraintes pour se rapprocher des objectifs de développement durable diffèrent d’un département à l’autre. Les métropoles constituent des lieux de création de richesse, mais peuvent aussi concentrer des risques pour l’environnement, en matière de pollution et de biodiversité. Des mécanismes de ségrégation sociale et d’exclusion s’y développent. Le tourisme représente pour certains territoires un atout indéniable pour le développement économique, mais il génère une pression sur le marché immobilier et les ressources naturelles. Les efforts nécessaires pour atteindre les objectifs varient donc selon les spécificités propres à chaque département. L’analyse des politiques concourant à l’atteinte des objectifs de développement durable mérite aussi une approche territorialisée. En effet, certaines politiques relèvent pour l’essentiel de décisions nationales (politique industrielle, éducation, égalité entre les femmes et les hommes) ou internationales (lutte contre le réchauffement climatique) mais sont mises en œuvre et peuvent être évaluées localement. D’autres politiques relèvent plus directement des collectivités locales (valorisation des déchets, accès au logement, artificialisation des sols).
24
La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021
Un environnement de qualité pour agir en faveur de la santé, du bien‑être,
de la biodiversité et du climat
La feuille de route pour l’Agenda 2030 identifie plusieurs enjeux afin d’éviter de dégrader davantage le
cadre de vie et l’environnement : meilleure gestion des ressources naturelles, production plus durable
et système de santé mieux adapté aux territoires et à leurs habitants. Face à ces enjeux, les politiques
publiques déclinent des objectifs dans plusieurs domaines. Les territoires peuvent, en fonction de
leurs contraintes et de leurs opportunités, agir pour atteindre ces objectifs.
L’accessibilité de tous aux soins dépend du maillage des services de santé et de la proximité des
populations à ces services. Le décalage entre l’offre et la demande de soins peut être résorbé par des
politiques publiques nationales, régionales et locales. En 2018, les Français ont accès en moyenne à
3,9 consultations par an chez un médecin généraliste, mais les inégalités territoriales sont importantes
figure 1. L’accessibilité aux médecins généralistes est souvent meilleure dans les territoires
bénéficiant d’une forte croissance démographique, dans les territoires les plus denses, mais aussi
dans les zones touristiques. Ainsi, les départements de la façade atlantique, de l’arc méditerranéen et
du nord‑est de la France sont les mieux dotés. Au contraire, l’accessibilité est moins bonne dans les
départements d’Île‑de‑France hors Paris.
Dans les DOM (hors Mayotte), la situation est contrastée. Si elle est favorable à La Réunion, département
de France le mieux doté avec en moyenne 5,4 consultations par an et par habitant, l’accessibilité aux
médecins généralistes est faible dans les autres DOM, en particulier en Guyane (2,4 consultations).
1. Accessibilité potentielle localisée aux médecins généralistes en 2018
© IGN-Insee 2021
Nombre de consultations par an
et par habitant
4,4
3,9
3,5
3,0
non disponible
Lecture : en 2018, dans l'Allier, les habitants ont accès en moyenne à 3,3 consultations par an chez un médecin généraliste,
contre en moyenne 3,9 en France.
Champ : France hors Mayotte.
Sources : Cnam, Sniiram 2018 ; Insee, recensement de la population 2016 et distancier Metric 2019.
L’agriculture biologique relativement plus présente dans le sud‑est de la France
La recherche d’une alimentation saine est un marqueur d’un nouveau mode de consommation pour
une partie de la population. Consommer des produits de meilleure qualité pour prendre soin de sa
santé et de l’environnement conduit au développement de l’alimentation « bio » qui implique une
adaptation de la production. En ce sens, la politique alimentaire française fixe des objectifs à travers le
plan Ambition Bio 2022. L’un de ces objectifs est de parvenir à 15 % de la surface agricole utile française
(SAU) en agriculture biologique. En 2019, 2,3 millions d’hectares sont cultivés selon le mode biologique,
25 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Spécificités des départements français… soit 8,3 % de la SAU figure 2. La dynamique de conversion se confirme et les surfaces cultivées en bio ont doublé en cinq ans. L’agriculture biologique est inégalement répartie selon les types de cultures : les vergers, les plantes à parfum et les vignes sont plus concernés que les grandes cultures. Conséquence de cette spécialisation, près de 60 % des surfaces cultivées en bio sont localisées dans trois régions (Provence‑Alpes‑Côtes d’Azur, Occitanie et Corse). Ainsi, 17 départements dépassent le seuil des 15 % de leur SAU en agriculture biologique et se situent dans ces trois régions. À l’opposé, les grandes régions céréalières et les zones de polyculture du nord de la France concentrent les départements allouant moins de 6 % de leur SAU à l’agriculture biologique. Au niveau aquatique, la préservation des ressources naturelles se caractérise également par l’eutrophisation, symptôme d’un rejet trop important en phosphore et en azote. Il résulte de l’utilisation d’engrais agricoles et de rejets domestiques ou industriels, et se manifeste par une prolifération végétale et une diminution de la teneur en oxygène. D’autres facteurs tels que des températures élevées, un faible débit d’eau ou une abondante luminosité amplifient ce dérèglement. En France, les bassins les plus sensibles à l’eutrophisation se situent dans la moitié nord du pays (aval de la Seine, côtes normandes, bassin de la Loire, du Rhin et de la Meuse) ainsi que partiellement dans le bassin de la Garonne (Tarn et Aveyron). Les régions de grandes cultures intensives ou d’élevage sont particulièrement touchées figure 3. Seuls neuf départements, dont la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique, n’ont aucune surface sensible à ce dérèglement. L’assainissement des eaux usées, collectif ou individuel, est indispensable pour protéger les milieux aquatiques. La France réalise d’importants investissements pour mettre en conformité les stations d’assainissement au regard de la directive européenne relative au traitement des eaux résiduaires urbaines. Au sens de cette directive, 71 % de la capacité de traitement des agglomérations de 2 000 Eh (équivalent habitant) ou plus (celles qui font l’objet d’un rapportage à la Commission européenne) sont réputés conformes. En incluant les stations de faible capacité, cette part baisse à 60 %. Le taux de conformité globale des stations de traitement des eaux usées en capacité nominale de traitement (installations conformes en matière d’équipement, de performance et de collecte par temps sec), par agglomération d’assainissement, varie de 100 % (Orne, Cher et Charente‑Maritime) à 0 % (Mayotte). En métropole, les moins bonnes performances s’observent dans la Sarthe (6 % de conformité), les Ardennes et le Loir‑et‑Cher (10 %). 2. Part des surfaces cultivées en agriculture biologique en 2019 © IGN-Insee 2021 en % 23,8 34 15 6 non disponible non évalué Lecture : en 2019, en Loire-Atlantique, 18,3 % de la surface agricole utile est cultivée en agriculture biologique, contre en moyenne 8,3 % en France. Source : Agence Bio, 2020.