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La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021
Avec le déconfinement, les transactions par carte bancaire CB rebondissent
et rattrapent le niveau de 2019 sauf à Paris et en Corse
En mai, l’activité économique reprend. Ce redémarrage progressif suit les étapes du déconfinement :
le 11 mai avec la réouverture des établissements accueillant du public, le 2 juin avec la réouverture des
cafés et restaurants et fin de la limitation des déplacements et enfin le 15 juin avec le retour de tous les
élèves dans les établissements scolaires.
La consommation des ménages rebondit dès le 11 mai avec un rattrapage d’une partie des dépenses
non effectuées pendant le confinement, coiffure et habillement par exemple. Les transactions par
carte bancaire augmentent dans tous les départements et le volume des transactions rattrape voire
dépasse celui de 2019. Deux territoires font cependant exception avec des transactions par carte
bancaire au‑dessous de leur niveau de 2019 jusqu’à fin juin : la Corse où les touristes sont venus moins
nombreux qu’en 2019 ; Paris et une partie de sa couronne où de nombreux étudiants ne sont pas
revenus
figure 9 et où les touristes d’affaires et de loisirs restent rares.
En juin, le déficit d’heures rémunérées s’atténue mais reste élevé
dans quelques départements
En juin, le volume d’heures rémunérées reste en retrait de 10 % par rapport à juin 2019. Ce déficit
continue d’affecter fortement l’hébergement et la restauration (– 36 % en juin 2020 par rapport à
juin 2019), les services aux ménages (– 22 %) et la fabrication de matériels de transport (– 20 %). Le
transport tourne toujours au ralenti. À l’inverse, la construction et le commerce retrouvent presque
leur niveau de 2019.
Les écarts entre départements se creusent, avec un déficit d’activité estimé qui varie de – 26 % pour la
Corse‑du‑Sud à – 5 % pour les Deux‑Sèvres ou les Côtes‑d’Armor
figure 10. Plusieurs départements
peinent à retrouver un niveau d’activité comparable à celui de juin 2019. C’est le cas du pourtour
méditerranéen où la fréquentation touristique demeure nettement plus faible qu’habituellement.
8. Évolution de l'emploi salarié au 1er trimestre 2020
© IGN-Insee 2021
Baisse en %
1,5
2,0
2,5
non disponible
Lecture : dans le Vaucluse, l’emploi salarié a baissé de 1,9 % entre fin décembre 2019 et fin mars 2020.
Champ : France hors Mayotte, emploi salarié.
Sources : Insee, estimations d'emploi ; estimations trimestrielles Acoss-Urssaf, Dares, Insee.
83 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Confinement du printemps 2020 : un impact économique différencié… 9. Évolution des transactions par carte bancaire CB de la semaine du 15 juin 2020 par rapport à la même semaine en 2019 © IGN-Insee 2021 Évolution en % 10 8 0 12 Lecture : dans le Bas-Rhin, le montant des transactions par carte bancaire au cours de la semaine du 15 juin 2020 est supérieur de 6,7 % au montant de cette même semaine en 2019. Champ : transactions par carte bancaire CB en face-à-face qui n'incluent pas la vente à distance (Internet). Sources : Cartes Bancaires CB ; calculs Insee. 10. Évolution des heures rémunérées en juin 2020 par rapport au mois de juin 2019 © IGN-Insee 2021 Baisse en % 7 10 12 non disponible Lecture : en Corse-du Sud, en juin 2020, le volume d'heures rémunérées est inférieur de 25,6 % par rapport à juin 2019. Champ : France hors Mayotte. Source : Insee, Déclarations sociales nominatives (DSN).
84 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021
De fait, la baisse du volume d’heures rémunérées y reste forte dans l’hébergement et la restauration
mais aussi dans le commerce, le transport et l’entreposage ainsi que dans les industries
agroalimentaires en Corse. À Paris et dans plusieurs départements de sa couronne, l’activité est
également moindre qu’en 2019 notamment du fait de la désaffection des touristes. Le volume
d’heures rémunérées y reste aussi déficitaire par rapport à 2019 dans les activités scientifiques
et techniques, et les activités de soutien aux entreprises. Le ralentissement dans la fabrication de
matériels de transport affecte toujours le Doubs et la Haute‑Garonne.
Au 2e trimestre, la baisse de l’emploi total est plus marquée
dans les départements du Sud, de l’Est et de l’Île‑de‑France
Au 2e trimestre, l’emploi salarié baisse de 0,8 % (– 201 000 emplois). L’intérim, flexible par nature,
regagne 108 000 emplois (+ 23 %) sans retrouver toutefois son niveau d’avant crise. Hors intérim,
l’emploi salarié continue de se dégrader à un rythme supérieur à celui du 1er trimestre (– 309 000). Les
effectifs se contractent dans tous les secteurs d’activité, à l’exception de la construction où les effectifs
salariés se maintiennent.
L’emploi s’effondre dans l’hébergement et la restauration dont les établissements ne rouvrent
que début juin avec un protocole sanitaire strict. Après avoir réduit son nombre d’intérimaires
au 1
er trimestre, la fabrication de matériels de transport contracte cette fois‑ci ses effectifs . Le
nombre de salariés agricoles diminue aussi, avec les difficultés à embaucher une main d’œuvre
saisonnière étrangère freinée dans ses déplacements. Les difficultés persistent aussi dans le
transport et l’entreposage. La baisse du nombre d’emplois s’accentue fortement dans des secteurs
qui ne renouvellent pas des contrats de travail à durée limitée, comme les activités scientifiques et
techniques, et les services administratifs et de soutien, ou les services non marchands, notamment les
établissements d’enseignement et l'administration publique.
La baisse de l’emploi au 2
e trimestre 2020 est plus intense dans les départements dont le volume
d’heures rémunérées en juin 2020 reste inférieur à celui de 2019. C’est le cas de départements
touristiques du Sud dont la saison peine à démarrer ainsi que de départements de l’Est exposés
aux difficultés persistantes dans l’industrie figure 11. Viennent ensuite plusieurs départements
de la couronne parisienne comme les Yvelines, le Val d’Oise, l’Essonne, le Val‑de‑Marne ou les
Hauts‑de‑Seine impactés par le fort ralentissement des transports, tant au stade de la fabrication
de matériels de transport que des services de transport et d’entreposage. L’emploi se dégrade aussi
dans les Hauts‑de‑Seine où la production cinématographique est très implantée. Dans tous ces
départements, le recours à l’activité partielle ne compense pas le déficit d’heures rémunérées et ne
permet pas de préserver l’emploi permanent. À l’inverse, l’emploi continue à mieux résister dans les
départements de l’Ouest où l’activité est mieux préservée.
Après un relatif retour à la normale au 3
e trimestre, le second confinement à partir de novembre 2020,
avec des restrictions différentes du premier confinement, va de nouveau fragiliser les départements
les plus urbanisés ainsi que les départements touristiques dépendant d’une clientèle internationale ou
tributaires du trafic aérien
encadré 3. Par ailleurs, malgré les mesures de soutien aux entreprises
et aux particuliers, les conséquences sociales de la crise se font sentir. Le nombre de bénéficiaires
du RSA augmente ainsi de 8,3 % entre novembre 2019 et novembre 2020 en France métropolitaine,
une hausse qui dépasse 20 % en Corse‑du‑Sud, dans les Alpes‑Maritimes et en Haute‑Savoie, des
départements où l’activité économique a fortement ralenti en 2020. Dans ces départements, la hausse
du nombre de bénéficiaires a fortement accéléré entre juin 2020 et novembre 2020, à la différence du
niveau national.
Un impact dans les territoires différent de 2008
Alors que la crise de 2008 avait d’abord affecté l’industrie, celle du premier semestre 2020
impacte davantage les services et quelques secteurs industriels dont l’activité dépend d’échanges
internationaux ou de la mobilité des personnes. L’impact a été fort pour les départements touristiques,
quelques départements industriels et les départements les plus tertiaires comme Paris. À l’inverse, les
départements plus ruraux ou orientés vers l’industrie agroalimentaire ont été moins exposés. Dans
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Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Confinement du printemps 2020 : un impact économique différencié…
11. Évolution de l'emploi salarié au 2e trimestre 2020
© IGN-Insee 2021
Évolution en %
– 0,5
– 1,1
– 3,9
0
non disponible
Lecture : dans la Manche, l’emploi salarié baisse de 0,8 % entre fin mars et fin juin 2020.
Champ : France hors Mayotte, emploi salarié.
Sources : Insee, estimations d'emploi ; estimations trimestrielles Acoss-Urssaf, Dares, Insee.
ces départements, les revenus des ménages ont aussi été mieux préservés du fait de la présence plus
marquée des retraités. Les handicaps d’hier, comme le vieillissement de la population ou la faible
densité de peuplement, ont paradoxalement amorti les effets de la crise du printemps 2020.
Dans la durée, l’impact de la crise actuelle dans les territoires dépendra de la persistance des
différentes mesures de restriction, puis de la vitesse de la reprise, notamment dans certains secteurs
spécifiques comme le tourisme, surtout pour les territoires dépendant de la clientèle internationale,
ou l’aéronautique.
86 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021
3. Second semestre 2020 : une activité toujours perturbée par la crise sanitaire
Au début de l’été 2020, l’activité économique continue le rattrapage entamé lors du déconfinement
progressif de mai et de juin. En juillet, le volume d’heures rémunérées est inférieur de 7 % au volume
de 2019, après – 33 % en avril, – 22 % en mai et – 10 % en juin. L’amélioration se poursuit en août et en
septembre. Au total, le déficit d’activité se situe à – 5 % sur l’ensemble du 3
e trimestre 2020 comparé au
3e trimestre 2019.
Cette tendance au « retour à la normale » est toutefois inégale selon les secteurs. En particulier, dans les
services, l’activité est pénalisée par les mesures sanitaires visant à limiter le brassage de la population
comme le transport de voyageurs, l’hébergement‑restauration, les activités culturelles et les services
aux ménages.
Au 3
e trimestre, l’hôtellerie‑restauration pèse sur le « retour à la normale »
Dans l’hébergement‑restauration, le volume d’heures rémunérées au 3 e trimestre 2020 est inférieur
de 20 % à celui du 3 e trimestre 2019. Ce secteur a pâti pendant l’été de la défection des touristes
étrangers, de l’annulation de gros événements puis, en septembre surtout, de la forte baisse du
tourisme d’affaires avec le développement du travail à distance. Ce déficit d’activité est très marqué à
Paris, haut lieu du tourisme international et du tourisme d’affaires, ainsi qu’en Seine‑et‑Marne où se
situe le complexe de loisirs de Disneyland Paris. Il est aussi très fort en Guyane, en Guadeloupe et en
Haute‑Corse, avec la baisse du trafic aérien et donc de la fréquentation touristique, ainsi que dans les
Hautes‑Pyrénées, avec les annulations de pèlerinages à Lourdes, et dans les Alpes Maritimes. Dans la
plupart de ces départements, le recul est également plus marqué qu’ailleurs dans le « commerce et
réparation automobile » ainsi que dans le transport‑entreposage et les industries agroalimentaires. Au
total, dans ces départements l’activité est en baisse de 10 % au moins par rapport à 2019.
À l’inverse, l’activité revient presque à la « normale », avec un déficit de l’ordre de 2 ou 3 %
atteint au 3
e trimestre dans les départements de l’ouest et du nord de la France où l’activité dans
l’hôtellerie‑restauration et dans les secteurs qui lui sont liés résiste mieux. C’est le cas des Côtes‑d’Armor,
de l’Ille‑et‑Vilaine ou de la Manche. C’est aussi le cas d’autres départements très touristiques comme les
Landes, la Vendée ou la Charente‑Maritime, moins orientés vers une clientèle internationale et qui ont
bénéficié d’une nouvelle clientèle résidente pendant l’été.
Dans la construction, au 3
e trimestre, le niveau d’activité est proche de celui de 2019. Il le dépasse même
dans plusieurs départements de l’Ouest dynamiques démographiquement ou en région parisienne avec
les travaux du Grand Paris Express.
Au 4e trimestre, un moindre impact du deuxième confinement
Fin 2020, le renforcement des mesures de restrictions en octobre puis le confinement instauré en
novembre entraîne un nouveau recul de l’activité, moins important cependant que lors du premier
confinement. Le volume d’heures rémunérées baisse de 10 % en novembre 2020 par rapport à novembre
2019, contre – 33 % en avril 2020 par rapport à avril 2019 figure a. Certaines activités, à l’arrêt lors
du premier confinement, se poursuivent presque normalement, comme l’industrie et la construction. Le
ralentissement est plus marqué dans le commerce (– 13 %), bien loin cependant des – 36 % enregistrés en
avril 2020. L’élargissement des autorisations d’ouverture des établissements au public, le développement
de la vente à distance et les dispositifs de « click and collect » (cliqué‑retiré) permettent en effet de
préserver une partie de l’activité. En revanche, la fermeture obligatoire des bars et restaurants, et celle
des lieux de sports et de culture frappent de plein fouet l’hébergement‑restauration et les services aux
ménages : en novembre 2020, le déficit d’activité y atteint respectivement 61 % et 34 % par rapport à
novembre 2019.
Au 4
e trimestre 2020, le volume d’heures rémunérées est inférieur de 7 % par rapport au 4 e trimestre
2019 figure b. Ce ralentissement de fin d’année affecte toujours particulièrement Paris (– 15 %)
où se concentrent de nombreux lieux culturels et de loisirs, ainsi que les départements touristiques
87
Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Confinement du printemps 2020 : un impact économique différencié…
dont la saison hivernale est compromise, comme la Savoie, la Haute‑Savoie, les Alpes‑Maritimes, les
Hautes‑Pyrénées ainsi que les départements corses. L’activité ralentit également sensiblement dans les
départements du Haut‑Rhin et du Bas‑Rhin du fait de l’annulation des marchés de Noël, tandis que les
départements de la façade atlantique restent davantage préservés.
a. Évolution des heures rémunérées en novembre 2020 par rapport à novembre 2019
© IGN-Insee 2021
Baisse en %
8
10
non disponible
Lecture : dans le Haut-Rhin, le
volume d'heures rémunérées
au mois de novembre 2020 est
inférieur de 13,1 % au volume du
mois de novembre 2019.
Champ : France hors Mayotte,
ensemble des heures
rémunérées des salariés
y compris les heures
supplémentaires ainsi que les
absences pour lesquelles le
salarié est rémunéré.
Source : Insee, Déclarations sociales
nominatives (DSN).
b. Évolution des heures rémunérées au 4e trimestre 2020 par rapport au 4e trimestre 2019
© IGN-Insee 2021
non disponible
Baisse en %
6
7
Lecture : dans le Haut-Rhin, le
volume d'heures rémunérées
au 4e trimestre est inférieur de
10,2 % au volume du 4e trimestre
2019.
Champ : France hors Mayotte,
ensemble des heures rémunérées
des salariés y compris les heures
supplémentaires ainsi que les
absences pour lesquelles le
salarié est rémunéré.
Source : Insee, Déclarations sociales
nominatives (DSN).
3. Second semestre 2020 : une activité toujours perturbée par la crise sanitaire (suite)
Auteurs :
Christine Charton (Insee)
Éric Durieux (Insee)