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77 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Confinement du printemps 2020 : un impact économique différencié… Les déplacements matinaux diminuent fortement Pendant les deux premières semaines complètes de confinement (du 23 mars au 5 avril),
les déplacements matinaux se réduisent des trois quarts. Cela reflète à la fois la chute de l’activité
et le développement du télétravail. La baisse des déplacements est la plus forte dans les métropoles,
où les emplois peuvent plus facilement être exercés en télétravail, notamment les plus qualifiés.
En effet, en France, 58 % des cadres ont télétravaillé pendant le confinement, mais seulement 2 %
des ouvriers. Forte baisse du volume d’heures rémunérées dans quelques secteurs d’activité Avec le confinement, l’activité économique    encadré 1 diminue fortement comme en témoigne la baisse du volume d’heures rémunérées des salariés du secteur privé (– 33% en avril 2020 par rapport à avril 2019)    figure 4. Compte‑tenu de leur poids dans l’économie et de l’évolution de leur activité, quelques secteurs concentrent cette baisse des heures rémunérées : le commerce et la réparation automobile, la construction, l’hébergement et la restauration, et les industries. La baisse des heures rémunérées est très forte dans trois secteurs d’activité : l’hébergement et la restauration (– 80 %), les services aux ménages (– 55 %) et la construction (– 55 %). Viennent ensuite la fabrication de matériels de transport, les autres industries, le commerce et la réparation automobile ainsi que les activités immobilières, où le volume d’heures rémunérées se réduit d’environ un tiers.
La baisse est plus modérée (de l’ordre de – 20 %) dans les industries agroalimentaires avec la continuité des activités du commerce alimentaire, ou encore dans des secteurs pouvant recourir au télétravail comme l’information et la communication.  4. Évolution du volume mensuel des heures rémunérées en 2020 par rapport à 2019 Finistère Corse-du-Sud Haute-Savoie Paris Seine-et-Marne Vendée Guadeloupe France en % – 60 – 50 – 40 – 30 – 20 – 10 0 10 Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Sept. Oct. Nov. Déc. Confinement Déconfinement progressif Reconfinement Note : ensemble des heures rémunérées des salariés y compris les heures supplémentaires ainsi que les absences pour lesquelles le salarié est rémunéré. Lecture : en Haute-Savoie, en avril 2020, le volume d'heures rémunérées est inférieur de 40 % au volume d’avril 2019. Source : Insee, Déclarations sociales nominatives (DSN).

78 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021 La baisse du volume d’heures rémunérées est assez homogène sur le territoire La baisse du volume d’heures rémunérées est comprise entre 30 et 40 % pour les trois quarts des départements. Elle est davantage marquée dans les départements de l’est et du sud de la France métropolitaine, dans ceux de l’est parisien ainsi qu’en Corse, Guadeloupe, Martinique et à La Réunion. À l’inverse, elle est nettement moindre dans les départements de l’Ouest et du Centre    figure 5. L’orientation économique des départements explique en partie ces différences. Ainsi, les départements touristiques, qui accueillent habituellement de nombreux vacanciers au printemps, sont très concernés par la forte réduction des heures rémunérées dans l’hébergement et la restauration. À l’Est, le Doubs ou le Haut‑Rhin sont davantage exposés à la réduction de l’activité dans la fabrication de matériel de transport. La baisse des heures rémunérées est marquée aussi en Seine‑et‑Marne, où se situent Disneyland Paris ainsi qu’une partie de l’aéroport de Roissy‑Charles‑de‑Gaulle. À l’inverse, les départements de l’ouest parisien sont plus préservés grâce à leur profil plus orienté vers des activités susceptibles d’être télétravaillées, comme l’information et la communication, la finance et l’assurance. De même, les départements bretons bénéficient de la moindre réduction d’activité dans les industries agroalimentaires. À cet effet sectoriel direct s’ajoute un effet territorial qui peut être notable    encadré 2. Dans les départements de montagne ou du pourtour méditerranéen, l’arrêt de la fréquentation touristique en avril provoque une forte baisse d’activité non seulement dans l’hébergement et la restauration mais aussi, par effet d’entraînement, dans le commerce et la réparation automobile, la construction ou les services aux ménages. S’ajoute aussi dans le cas des départements corses ou des départements d’outre‑mer (DOM) une forte réduction des effectifs dans le transport et l’entreposage mis en difficulté par le quasi‑arrêt du trafic tant maritime qu’aérien    figure 6. Toute l’économie présentielle y tourne au ralenti. Les départements de l’Est, très affectés par la pandémie, subissent aussi un plus fort ralentissement de leur activité présentielle.  5. Évolution des heures rémunérées en avril 2020 par rapport à avril 2019 non disponible © IGN-Insee 2021 Baisse en % 30 33 36 Note : ensemble des heures rémunérées des salariés y compris les heures supplémentaires ainsi que les absences pour lesquelles le salarié est rémunéré. Lecture : dans le Haut-Rhin, en avril 2020, le volume d'heures rémunérées est inférieur de 38 % par rapport à avril 2019. Champ : France hors Mayotte. Source : Insee, Déclarations sociales nominatives (DSN).

79 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Confinement du printemps 2020 : un impact économique différencié… 2. Estimation structurelle de pertes d’activité par département et effets locaux  La forte chute de l’activité économique à la suite du confinement de mars 2020 est très inégale selon les secteurs. Elle est estimée à – 30 % en avril pour l’ensemble de l’économie et s’élève à – 70 % dans la fabrication de matériels de transport ou l’hébergement‑restauration, et seulement à – 16 % dans les industries agroalimentaires. Ces estimations nationales de l’évolution de la valeur ajoutée ont été réalisées en formulant des hypothèses sur la part d’activité maintenue à partir de différentes sources, notamment des données des fédérations professionnelles ainsi que des données sur la consommation d’électricité, les transports ferroviaires ou les transactions par carte bancaire. À partir de ces résultats nationaux, une perte d’activité structurelle départementale est estimée en appliquant les évolutions sectorielles nationales aux activités de chaque département    figure. Un secteur d’activité est supposé affecté avec la même intensité sur l’ensemble du territoire. Bien que forte, cette hypothèse est probable du fait que les mesures de confinement sont uniformes sur le territoire. Les résultats obtenus mettent en évidence les départements dont l’économie est la plus fragilisée compte tenu de la nature de leurs activités : départements touristiques, départements où est fortement implanté le secteur de la fabrication de matériel de transport, etc. Ainsi, en avril, cette chute d’activité « structurelle » est un peu plus forte, de l’ordre de 30 à 34 % dans les départements les plus touristiques où l’hôtellerie et la restauration représentent une plus forte part de la valeur ajoutée, comme les départements alpins (Savoie, Haute‑Savoie, Hautes Alpes) ou les départements du Sud (Alpes‑Maritimes, Corse‑du‑Sud et Haute‑Corse). La Haute‑Garonne, les Yvelines et le Doubs, ou le Haut‑Rhin où sont présents les principaux constructeurs ferroviaires, aéronautiques et automobiles, sont aussi très exposés à la baisse de l’activité.  Évolution de l'activité en avril 2020 par la méthode structurelle © IGN-Insee 2021 Baisse en % 27,5 30,0 32,5 Note : pour calculer les baisses d’activités régionales, on applique les réductions d’activité sectorielles nationales à la structure de chaque territoire, cette structure étant celle de la valeur ajoutée des économies régionales et départementales en 2015. Lecture : dans la Sarthe, la baisse d’activité au cours du mois d’avril 2020 est estimée à 31,5 % par rapport à une situation normale d’avant-crise. Source : Insee, Dares, enquête Acemo-Covid, calculs Insee. Cependant, ces évolutions structurelles ne rendent que partiellement compte de la réalité. Des effets locaux existent. Par exemple, un même secteur d’activité peut être davantage affecté dans un département du fait de sa concentration dans un même établissement ou à l’inverse du fait de sa répartition dans des petites structures moins dépendantes de marchés internationaux. Des effets d’entraînement peuvent aussi différencier les évolutions départementales d’un même secteur. Ainsi, le commerce a été davantage affecté dans les départements touristiques où la demande a chuté brutalement. De fait, les différences entre départements sur l’évolution structurelle d’activité sont moins marquées que celles sur l’évolution des heures rémunérées qui rend compte de la réalité et cumule donc des effets structurels et des effets locaux.

80 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021 Forte hausse de l’activité partielle Les entreprises recourent massivement à l’activité partielle dont le dispositif est transformé face à l’ampleur de la crise sanitaire. Pour toutes les demandes effectuées à partir du 1er mars 2020, l’État prend en charge tout ou partie du salaire net. Les salariés sont aussi autorisés à rester à la maison pour pallier la fermeture des écoles en posant des jours « garde d’enfants » ou des arrêts maladie.
Ces mesures entrent très rapidement en vigueur. Ainsi, dès le vendredi 20 mars, 31 % des salariés sont absents de leur travail pour activité partielle, arrêt maladie ou garde d’enfants, soit une hausse de 28 points par rapport à début mars. Globalement, les mêmes départements cumulent les plus fortes baisses des heures rémunérées et les plus fortes hausses des situations d’emploi où les personnes ne travaillent pas ou partiellement : les départements touristiques du massif alpin et du pourtour méditerranéen ainsi que dans quelques départements industriels orientés vers la fabrication de matériels de transport. À l’inverse, les situations d’emploi où les personnes ne travaillent pas ou partiellement sont moins fréquentes dans l’ouest de la France métropolitaine, où l’activité a moins diminué    figure 7. Chute de l’emploi intérimaire surtout dans les départements touristiques et industriels Le dispositif d’activité partielle limite les licenciements, mais il ne concerne pas les intérimaires dont les contrats ne sont pas renouvelés. Entre fin décembre 2019 et fin mars 2020, l’emploi salarié diminue de 1,9 % en France, soit 488 000 emplois de moins, les deux tiers étant des emplois intérimaires. La baisse de l’emploi est donc plus marquée dans les départements où les intérimaires sont plus nombreux    figure 8. C’est le cas des départements touristiques de montagne qui subissent de plein fouet la fermeture des stations de ski ; ou encore de plusieurs départements de l’Est comme le Territoire de Belfort, la Haute‑Saône, la Haute‑Marne, le Doubs ou l’Ain où des industries, en particulier celle de fabrication de matériels de transport, emploient de nombreux intérimaires.  6. Contribution des secteurs à l’évolution des heures rémunérées dans quelques départements entre les mois d’avril 2019 et 2020 Corse-du-Sud Savoie Hautes-Alpes Guadeloupe Charente-Maritime Ariège Ardèche Maine-et-Loire Loiret Hauts-de-Seine – 60 – 50 – 40 – 30 – 20 – 10 0 en points Industrie Construction Commerce et réparation automobile Transports et entreposage Hébergement et restauration Services aux ménages Autres secteurs Notes : ensemble des heures rémunérées des salariés y compris les heures supplémentaires ainsi que les absences pour lesquelles le salarié est rémunéré ; les autres secteurs rassemblent les secteurs de l’énergie et des services autres que les services aux particuliers. Lecture : en Corse-du-Sud, le volume d’heures rémunérées baisse de 54 % en avril 2020 par rapport à avril 2019, dont 10 points du fait du secteur « commerce et réparation automobile ». Champ : France hors Mayotte. Source : Insee, Déclarations sociales nominatives (DSN).

81 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Confinement du printemps 2020 : un impact économique différencié…  7. Évolution de la part des salariés en situation d’arrêt maladie ou d’activité partielle en avril 2020 par rapport à la première quinzaine de mars 2020 © IGN-Insee 2021 Hausse en points 36 34 32 non disponible Lecture : dans le Gers, la part de salariés en position d’activité partielle ou arrêt de travail a augmenté de 31 points entre la première quinzaine de mars 2020 et avril 2020. Champ : France hors Mayotte, ensemble des salariés y compris les salariés en arrêt maladie ou en activité partielle. Source : Insee, Déclarations sociales nominatives (DSN). À l’inverse, l’emploi diminue peu au cours du 1er trimestre 2020 dans des départements plus agricoles comme le Gers, la Lozère, la Corse‑du‑Sud, la Haute‑Corse ou le Gard ainsi que dans plusieurs départements de la couronne parisienne au profil tertiaire comme les Hauts‑de‑Seine, les Yvelines, l’Essonne ou le Val d’Oise. La baisse de l’emploi reste aussi limitée dans plusieurs départements de l’Ouest où l’industrie agroalimentaire est très implantée. Les services administratifs ou les activités scientifiques, techniques et de soutien y sont également moins présents, ce qui expose moins ces départements au ralentissement de ces secteurs qui souffrent de l’attentisme des entreprises et de la baisse de la demande qui leur est adressée. Une hausse limitée du chômage au 1er trimestre Le développement de l’activité partielle a préservé l’emploi permanent et a limité la hausse du chômage. Au 1er trimestre 2020, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) a même paradoxalement diminué car deux conditions pour être considéré comme chômeur sont difficilement mises en œuvre : les personnes sans emploi ne sont plus en capacité de se déplacer pour faire des démarches de recherche d’emploi ou elles sont moins disponibles pour accepter un emploi (contrainte de garde d’enfants par exemple). Pôle emploi enregistre peu de nouvelles inscriptions de demandeurs d’emploi et aussi peu de sorties, mais de fortes variations entre les catégories, avec une hausse du nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, sans emploi, et une baisse des demandeurs d’emploi de catégorie B et C, c’est‑à‑dire des personnes en activité réduite. Au total, le nombre de chômeurs de catégories A, B et C augmente de 2,2 % entre fin décembre 2019 et fin mars 2020. Toutefois cette hausse dépasse 8 % dans les départements de Savoie et de Haute-Savoie très affectés par la baisse de l’activité et celle du nombre d’intérimaires.