72 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021 Pour en savoir plus • Avis de la commission Territoires du Cnis, documents préparatoires et présentations. • Barbier M., Toutin G., Levy D., « L’accès aux services, une question de densité des territoires », Insee Première n° 1579, janvier 2016. • Cailly L., D’Alessandro C., Lacquement G., Lévy J., Lussault M., Talandier M., « La refonte des zonages de l’Insee : réflexions de chercheurs », Chroniques du Cnis, n° 23, juin 2020. • Charmes É., La revanche des villages. Essai sur la France périurbaine, Seuil, Paris, janvier 2019. • Guilluy C., La France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, Paris, septembre 2014. • Lévy J. (dir.), Atlas politique de la France – Les révolutions silencieuses de la société française, Éditions Autrement, Paris, juin 2017. • Mora O. (coord.), Les nouvelles ruralités à l’horizon 2030, Éditions Quæ, décembre 2008 • Poulot M., Reveyaz N., « Les espaces ruraux et périurbains en France : populations, activités, mobilités », Géoconfluences, avril‑mai 2018.
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Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Confinement du printemps 2020 : un impact économique différencié…
Confinement du printemps 2020 :
un impact économique différencié
selon les départements
En mars 2020, du fait du premier confinement de la population lié à la propagation du virus
Covid‑19, les ménages réduisent leurs dépenses, l’activité économique ralentit fortement et
le recours au chômage partiel est massif.
L’intensité de ces évènements est cependant variable selon les départements. Elle est en
partie fonction de leur orientation économique, tous les secteurs d’activité n’étant pas
affectés de manière similaire par la crise sanitaire et les mesures prises pour lutter contre
la propagation de l’épidémie. Dans les départements alpins ou pyrénéens, le confinement
met fin brutalement à la saison touristique hivernale. La baisse de l’activité économique,
mesurée par le volume d’heures rémunérées, et celle des transactions par carte bancaire CB
en face-à-face y sont davantage marquées. L’activité ralentit également fortement dans des
départements industriels où est implantée la fabrication de matériels de transport comme
le Haut‑Rhin ou le Doubs (automobile) et la Haute‑Garonne (aéronautique). À l’inverse, dans
les départements plus orientés vers l’agriculture et l’industrie agroalimentaire, la baisse
d’activité est moins forte, d’autant que certains d’entre eux bénéficient de la présence de
personnes venues s’y installer pour le confinement. En réponse à la baisse d’activité, le
travail intérimaire s’effondre et les situations d’emploi où les personnes ne travaillent pas
ou partiellement (activité partielle, congé pour garde d’enfants) se développent. L’emploi
permanent est relativement préservé.
Le redémarrage de l’économie est progressif en fonction de la levée des restrictions. En
juin, l’activité économique est toujours inférieure à son niveau d’avant‑crise, notamment
dans plusieurs départements très urbanisés où pèsent davantage les activités de culture
et de loisirs, ou encore le transport et l’entreposage qui peinent à redémarrer. L’emploi
permanent se dégrade aussi dans les départements les plus touristiques.
Après un relatif retour à la normale au 3e trimestre, le second confinement à partir de
novembre 2020, avec des restrictions différentes du premier confinement, va de nouveau
fragiliser les départements les plus urbanisés ainsi que les départements touristiques
dépendant d’une clientèle internationale ou tributaires du trafic aérien (Corse ou les DOM).
À la suite de la propagation du virus Covid‑19, la population française est confinée à compter du
17 mars 2020. Les sorties du domicile sont alors limitées aux seules premières nécessités. Plusieurs
types d’établissements sont fermés : les établissements accueillant du public, les commerces « non
essentiels », les crèches ainsi que les établissements scolaires et universitaires. À ces fermetures
réglementaires s’ajoutent des fermetures temporaires d’usines ou de chantiers en attendant la mise
en place des protocoles sanitaires recommandés.
La population présente baisse fortement en Savoie ou à Paris,
elle augmente dans les départements du littoral ou en périphérie
des métropoles
Le confinement provoque des mouvements importants de population : des personnes en vacances
ou en déplacement rentrent dans leur résidence habituelle, des étudiants rejoignent le domicile de
leurs parents, des citadins s’installent dans leur résidence secondaire ou chez des proches en zone
moins dense, etc. Ainsi, la population présente baisse fortement dans les départements touristiques
de montagne et dans les départements siège d’une métropole
figure 1. En Savoie, la population
présente diminue de 30 % au moment du confinement, soit 180 000 personnes de moins. Il s’agit de
la baisse la plus forte, en valeur relative, des départements français. À Paris, la population présente
diminue également beaucoup au moment du confinement : – 20 %, soit – 450 000 personnes. Plus
de la moitié de cette baisse est le fait de personnes n’y résidant pas habituellement, touristes ou
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La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021
personnes en déplacement professionnel. S’ajoutent aussi de nombreux départs de résidents
parisiens à la recherche de lieux de confinement moins denses ou de logements plus spacieux et
d’étudiants auprès de leurs parents. À l’inverse, la population présente augmente dans plusieurs
départements disposant de nombreuses résidences secondaires situés en périphérie des
principales métropoles, dans le centre de la France ou dans les zones très attractives du Sud‑Ouest
et du littoral atlantique. La hausse est la plus forte dans l’Yonne, département du bassin parisien
(+ 7 %).
Les transactions par carte bancaire CB chutent plus fortement là où la population
présente diminue
Sur tout le territoire, juste avant le confinement, les transactions par carte bancaire CB en face‑à‑face
augmentent légèrement, signalant un comportement de stockage de biens alimentaires de la part
des ménages
encadré 1. Ensuite, dès la première semaine complète de confinement (du 23 au
29 mars), la consommation des ménages chute très fortement : les transactions par carte bancaire
diminuent de 60 % par rapport à la première semaine de mars. Cela concerne en particulier les achats
de carburants, de véhicules automobiles et d’autres biens manufacturés (habillement) ainsi que des
services d’hébergement, de restauration ou de loisirs.
Cette chute des transactions par carte bancaire CB est d’autant plus forte dans les départements où
la population présente a diminué au moment du confinement
figure 2. Ainsi, elle dépasse 70 %
en Savoie, à Paris et dans les Hautes‑Alpes, où les départs de population ont été massifs. La baisse
des transactions par carte bancaire CB est également élevée dans les départements les plus affectés
par la pandémie comme le Haut‑Rhin, le Bas‑Rhin, le Territoire de Belfort ou la Seine‑Saint‑Denis,
ainsi que dans les départements sièges de ville universitaire comme Paris, le Rhône ou la
Haute‑Garonne, dont une partie des étudiants sont partis. Ce sont également des départements où
1. Évolution du nombre de métropolitains présents dans le département
lors du confinement
450 000
150 000
Évolution en nombre
Évolution en %
2
0
– 10
© IGN‑Insee 2021
Lecture : le nombre de personnes présentes la nuit en Ardèche a augmenté de 19 000 à la suite du confinement, soit + 6 %.
Champ : France métropolitaine, période de référence hors confinement du 16 janvier au 17 mars 2020 au matin, période de
confinement du 17 mars au soir au 11 mai 2020 au matin.
Sources : Bouygues Telecom, Orange, SFR, activations du réseau de téléphonie mobile ; calculs Insee.
75 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Confinement du printemps 2020 : un impact économique différencié… se concentrent d’importantes zones commerciales dont la zone de chalandise dépasse les limites départementales. Leur fréquentation a baissé avec le confinement au profit de commerces plus proches du domicile. À l’inverse, la baisse des transactions par carte bancaire CB est plus limitée dans les départements peu denses du Gers, de la Lozère, du Lot, de l’Ardèche ou de l’Eure, ainsi que dans les départements où sont localisées de nombreuses résidences secondaires. Le montant des transactions par carte bancaire CB augmente ensuite légèrement début avril, mais reste très inférieur au niveau d’avant le confinement. Cette légère hausse résulte de la réouverture des ventes à emporter dans la restauration, des magasins de bricolage et plus tard des jardineries. Par ailleurs, la carte bancaire est davantage utilisée pour des transactions de faibles montants, avec le développement de la pratique du « sans contact » et le relèvement du plafond de 30 à 50 euros pour ce type de transactions figure 3.
- Des sources inédites pour suivre les effets économiques de la crise sanitaire
de la Covid‑19 Pour analyser au plus près la situation économique pendant la crise sanitaire, l’Insee a mobilisé des sources d’informations inhabituelles en complément ou à la place des sources statistiques habituelles. Des sources statistiques quotidiennes ou hebdomadaires, appelées données « haute fréquence » ont ainsi été mobilisées : Données de téléphonie mobile pour suivre les mouvements de population L’étude des mouvements de population au moment du confinement utilise des données anonymisées et agrégées de téléphonie mobile fournies par Bouygues Telecom, Orange Business Services France et SFR. Les activations de réseau téléphonique permettent de compter les présences dans un département en distinguant les résidents et les non‑résidents (le département de résidence étant identifié par les opérateurs par l’adresse de facturation de l’abonnement) une nuit donnée puis la nuit suivante. L’analyse repose sur l’hypothèse que les comportements des clients des trois opérateurs sont extrapolables à ceux de l’ensemble de la population. Données sur les transactions bancaires pour suivre une partie de la consommation des ménages Les montants des transactions par carte bancaire en face‑à‑face proviennent de Cartes Bancaires CB. Elles sont anonymisées et agrégées à l‘échelle départementale. Elles concernent tout détenteur de carte bancaire CB sur le territoire français, ce qui, outre les ménages, peut couvrir aussi des entreprises. Elles couvrent l’essentiel des transactions bancaires, avec et sans contact, à l’exception des transactions en vente à distance (internet). Les transactions réalisées par d’autres moyens de paiement (espèces, chèque, ticket restaurant, etc.) ne sont pas suivies. Déclaration sociale nominative (DSN) pour suivre le nombre de personnes en activité partielle ou en arrêt de travail et le volume d’heures rémunérées La déclaration nominative de données sociales est un fichier produit à partir des données de paye des salariés du secteur privé. Elle regroupe des informations sur le salarié, notamment les périodes d’arrêt maladie, d’activité partielle, ou la fin d’activité, pour communiquer ensuite les informations nécessaires à la gestion de la protection sociale des salariés aux organismes concernés. Elle permet de calculer le volume d’heures rémunérées qui correspond à la durée pour laquelle le salarié est rémunéré sur une période. Cela inclut notamment les heures supplémentaires mais aussi les absences pour lesquelles le salarié perçoit une rémunération, comme les congés payés, les jours fériés ou les jours attribués au titre de la réduction du temps de travail. Ce volume d’heures rémunérées permet d’analyser les fluctuations de l’activité économique. Il ne constitue cependant pas une mesure directe de l’activité du fait de certaines absences considérées comme du travail rémunéré et du fait aussi que la rémunération des salariés peut ne pas refléter les fluctuations de leur productivité.
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La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021
2. Évolution des transactions par carte bancaire CB entre la semaine du 2 mars 2020
et la semaine du 23 mars 2020
© IGN-Insee 2021
Baisse en %
53
57
59
Note : transactions par carte bancaire CB en face-à-face qui n'incluent pas la vente à distance (Internet).
Lecture : dans le Haut-Rhin, le montant des transactions par carte bancaire a baissé de 61 % entre la semaine du 2 mars (avant
le confinement) et la semaine du 23 mars 2020.
Sources : Cartes Bancaires CB ; calculs Insee.
3. Évolution des transactions par carte bancaire CB sur 12 mois glissants
France
Corse
Savoie
Paris
Hauts-de-Seine
en %
– 100
– 80
– 60
– 40
– 20
0
20
40
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Sept.
Oct.
Nov.
Déc.
Confinement
Reconfinement
Déconfinement
progressif
Note : transactions par carte bancaire CB en face-à-face qui n'incluent pas la vente à distance (Internet). Seuls les départements
ayant les évolutions les plus éloignées de la moyenne nationale sont représentés.
Lecture : en Savoie, le montant des transactions par carte bancaire la première semaine d’avril 2020 est de 70 % inférieur au
montant de la même semaine en 2019.
Sources : Cartes Bancaires CB ; calculs Insee.