63 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Une nouvelle définition du rural pour mieux rendre compte… 2. Part de la population rurale et et de la population vivant dans les cities en Europe 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 population rurale en % 0 10 20 30 40 50 60 population vivant dans une city1 en % Belgique Bulgarie République tchèque Danemark Allemagne Estonie Irlande Grèce Espagne France Croatie Italie Chypre Lettonie Lituanie Luxembourg Hongrie Malte Autriche Pologne Portugal Roumanie Slovénie Slovaquie Finlande Suède Royaume‑Uni Islande Norvège Suisse Serbie 66,5 16,9 Population, en millions Pays‑Bas 1 Une city représente les espaces les plus densément peuplés et correspond au niveau le plus élevé de la grille de densité utilisée par Eurostat et l’OCDE pour les comparaisons internationales. Une city est une agrégagtion de communes qui ont des niveaux de densité et de population comparables et représente le niveau le plus dense de l’urbain. Lecture : en France, en 2017, 33 % de la population est rurale et 45 % vit dans une city. Champ : UE28, ainsi que Islande, Norvège, Suisse et Serbie. Sources : Eurostat, population 2015 ; Insee, recensement de la population 2017 pour la France. 3. Grille de densité européenne
Source : Eurostat, 2015.
64 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021 Par conséquent, le lien avec les pôles d’emploi, mesuré à travers les aires d’attraction des villes définies en 2020, semble moins sujet à la discussion3 et plus opérationnel. En effet, un des avantages de ce critère fonctionnel est qu’il s’appuie sur les flux domicile‑travail réellement observés. Plus précisément, il s’agit de caractériser le lien aux pôles d’emploi à travers la part des actifs occupés qui travaillent dans le pôle d’une aire de plus de 50 000 habitants. En effet, les caractéristiques des habitants des communes rurales appartenant à une aire de moins de 50 000 habitants s’avèrent proches de celles des habitants de communes n’appartenant pas à une aire. Trois groupes ont ainsi été constitués, de fait, de taille comparable en nombre d’habitants (entre 6 et 10 millions chacun) ; le troisième groupe a néanmoins été partagé en deux catégories pour rendre compte des espaces ruraux les plus isolés figure 4 : • Les communes rurales sous forte influence d’un pôle d’emploi. Elles appartiennent à une aire d’attraction des villes de plus de 50 000 habitants, et plus de 30 % de leurs actifs occupés travaillent dans le pôle de cette aire. 3 Ce critère peut toutefois paraître trop « urbano‑centré », comme l’estimaient certains membres du groupe de travail. Différentes approches du rural Pour un géographe, analyser la ruralité signifie en étudier l’évolution dans le temps et dans l’espace, les catégories spatiales qui s’en dégagent, ainsi que les recompositions territoriales, ce qui engendre l’émergence d’une pluralité de grilles de lecture parfois antagonistes. Certains, comme Christophe Guilluy [2014], insistent sur une opposition entre villes et campagnes. Mais les dichotomies urbain/rural ou ville/campagne sont aujourd’hui contestées dans les faits (et aussi scientifiquement par des géographes) par l’émergence d’espaces intermédiaires, comme le périurbain, ou par des distinctions internes à chaque catégorie (rural profond, rural proche de la ville, rural en perte de vitesse, etc.). Ainsi, pour certains auteurs comme Éric Charmes [2019], une distinction stricte entre ville et campagne n’est plus opérante en raison de la périurbanisation, qui permet de « marier les avantages de la ville (les opportunités d’emploi et d’échanges sociaux notamment) et ceux de la campagne (le cadre de vie particulièrement) ». Pour d’autres, comme Michel Lussault, le rural n’est que l’un des sous‑systèmes du système urbain globa [cité dans Cailly et al., 2020], ce qui mènerait à une perte d’identité du rural, considéré comme un produit des dynamiques urbaines [Lévy, 2017]. L’expression « nouvelles ruralités » exprime la diversité des espaces ruraux contemporains, ainsi que les nouvelles transformations dont ils font l’objet, souvent en lien avec des activités davantage perçues comme urbaines (loisirs, activités économiques, services, tourisme, etc.), ce qui viendrait réduire l’opposition entre l’urbain et le rural [Mora, 2008]. Cependant, des traits communs caractérisent les espaces ruraux : • Une faible, voire très faible, densité de population. Des densités thématiques ou fonctionnelles peuvent être aussi pertinentes que celle de la population. « Sa déclinaison en densités thématiques – densité médicale, densité commerciale, etc. – rend bien compte des nécessaires ajustements à opérer sur les concepts, ces dernières étant beaucoup plus significatives pour caractériser l’espace rural et fournir des analyses efficientes » [Poulot et Reveyaz, 2018]. • L’éloignement des pôles de services et des pôles d’emploi : la proximité (plus ou moins relative) d’un, voire de plusieurs centres urbains, éclaire sur la relation entre un espace rural et un espace urbain et donc sur son degré d’attractivité ou d’isolement. Elle est liée au dynamisme plus ou moins important d’un espace rural. • Par conséquent, la mobilité est un facteur‑clé du développement rural actuel en France. Cette mobilité rend possible la multi‑résidentialité qui, avec la pratique du télétravail, complexifie la notion de déplacement domicile‑travail. • L’ancrage local : à l’époque de la mondialisation, chaque espace rural est profondément ancré dans son environnement proche, qui en marque le paysage, les modes de vie et la territorialisation spécifique. Cet ancrage local est donc autant social que spatial. • La multifonctionnnalité : elle va de pair avec la part et le rôle très variable de l’agriculture, ainsi qu’avec la diversification des atouts propres au rural comme le tourisme et plus généralement la valorisation des ressources naturelles.
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Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Une nouvelle définition du rural pour mieux rendre compte…
• Les communes rurales sous faible influence d’un pôle d’emploi. Elles appartiennent à une aire
d’attraction des villes de plus de 50 000 habitants, et moins de 30 % de leurs actifs occupés travaillent
dans le pôle de cette aire.
Ces deux premiers groupes sont qualifiés de « ruraux périurbains » dans la mesure où ces communes
appartiennent à l’aire d’influence d’un pôle.
• Les communes rurales hors influence d’un pôle d’emploi. Elles sont hors influence des villes ou
appartiennent à une aire de moins de 50 000 habitants. Ce groupe est qualifié de « rural autonome »
dans le sens où ces communes fonctionnent sans l’influence d’un pôle, ou sous l’influence d’un petit
pôle qui structure peu son environnement. Parmi les communes rurales hors influence d’un pôle
d’emploi, on distingue les communes peu denses des communes très peu denses4. Cela permet de
constituer deux groupes qui se trouvent être de taille équivalente en nombre de communes.
Enfin, les espaces très peu denses forment une catégorie à part tant morphologique (reliefs
montagneux,
figures 5 et 16) que socio–démographique.
4 Le croisement avec le critère de densité s’est avéré peu discriminant pour les communes rurales sous faible ou forte influence
d’un pôle d’emploi car la plupart sont de même niveau de densité (peu dense).
4. Répartition des communes et de la population selon le type d’espace
Communes
Population
Nombre
Répartition (en %)
En milliers
Répartition (en %)
Rural
30 775
88
21 881
33
Rural autonome
16 206
46
9 143
14
Très peu dense
8 097
23
1 561
2
Peu dense
8 109
23
7 582
11
Rural sous faible influence d’un pôle
7 399
21
5 937
9
Rural sous forte influence d’un pôle
7 170
21
6 801
10
Urbain
4 193
12
44 900
67
Ensemble
34 968
100
66 781
100
Lecture : 46 % des communes et 14 % des habitants font partie du rural autonome.
Champ : France.
Source : Insee, recensement de la population 2017.
5. Catégories du rural et de l’urbain
Source : Insee, recensement de la population 2017.
66 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021 Les quatre catégories de l’espace rural présentées font ressortir des types de communes différents, avec un « gradient de ruralité » allant des « communes très peu denses autonomes » aux « communes rurales périurbaines ». Selon ce gradient, on passe de communes où la population stagne à des communes où la croissance de la population est forte, avec une part croissante des moins de 40 ans, des cadres et professions intermédiaires, et à l’inverse une part décroissante de communes de montagne et des surfaces de forêt et des temps d’accès aux services plus faibles. Des activités agricoles et industrielles plus développées dans le rural Les secteurs d’activité agricole et industrielle sont des marqueurs forts du rural. Ainsi, la part des emplois agricoles et industriels augmente au fur et à mesure que l’on s’éloigne des pôles pour atteindre plus de 30 % des emplois du rural très peu dense figure 6. À l’inverse, les emplois dans les services aux entreprises sont surreprésentés dans l’urbain et en particulier dans les pôles. Les emplois publics sont quant à eux répartis de manière assez homogène, à part dans le rural très peu dense où leur part est plus faible. Le tourisme est très présent dans le rural, notamment le rural autonome. La part des résidences secondaires y est la plus forte, en particulier dans les communes très peu denses, en montagne à proximité des stations de sports d’hiver et dans certaines communes de la façade atlantique. La fréquentation touristique, dans les hôtels et campings, est également plus forte dans le rural autonome, plus spécialement dans les territoires peu denses figure 7. Les cadres résident davantage dans les zones urbaines qui concentrent une part importante des fonctions dites « métropolitaines » (emplois dans la recherche, postes de cadre, d’ingénieur, etc.). Leur part diminue en s’éloignant des pôles figure 8. Les ouvriers et les artisans‑commerçants résident au contraire davantage en zones rurales et plus particulièrement dans celles éloignées des pôles. Les taux d’emploi sont plus élevés dans le rural, autour de 70 % des personnes de 15 à 64 ans. Ils sont plus faibles dans l’urbain (62 %), en raison de la localisation des étudiants essentiellement dans les grands pôles universitaires. La répartition spatiale des actifs selon leur catégorie sociale s’explique par l’attractivité des espaces et des emplois offerts. La part des cadres et des professions intermédiaires augmente au fur et à mesure qu’on se rapproche des territoires sous forte influence d’un pôle. Dans les communes rurales plus éloignées des pôles, les emplois offerts correspondent davantage à des emplois d’ouvriers, en lien avec un poids plus important de l’industrie. 6. Répartition des emplois selon les secteurs d’activité par type d’espace 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Rural sous faible influence d'un pôle en % Agriculture Industrie Construction Commerce Services aux entreprises Administration Services aux particuliers Urbain Rural Rural autonome très peu dense Rural autonome peu dense Rural sous forte influence d'un pôle Lecture : dans le rural périurbain sous forte influence d’un pôle, l’industrie concentre 13,9 % des emplois. Champ : France. Source : Insee, recensement de la population 2017.
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Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Une nouvelle définition du rural pour mieux rendre compte…
7. Orientation touristique des territoires
0
5
10
15
20
25
30
35
0
200
400
600
800
1 000
1 200
1 400
en %
nuitées pour 1 000 habitants
Rural autonome
très peu dense
Rural autonome
peu dense
Rural sous faible
influence d'un pôle
Rural sous forte
influence d'un pôle
Urbain
Nuitées
Part des résidences secondaires (échelle de droite)
Lecture : dans le rural autonome très peu dense, en 2019, il y a 913 nuitées pour 1 000 habitants et 30 % des logements sont
des résidences secondaires.
Champ : France.
Source : Insee, enquêtes de fréquentation touristique auprès des hôtels, campings et hébergements collectifs, 2019 et recensement de
la population 2017.
Des inégalités de revenus plus faibles dans le rural
Les niveaux de vie sont également liés au type d’emplois offerts et aux secteurs d’activité. Au
sein des espaces ruraux, les niveaux de vie sont globalement plus faibles quand on s’éloigne des
pôles. Ainsi, dans le rural sous forte influence des pôles, la moitié des individus ont un niveau
de vie inférieur à 23 220 euros par an ; dans le rural autonome très peu dense, ce niveau de vie
médian est seulement de 20 040 euros par an
figure 9. De même, la proportion de ménages
aisés diminue quand on s’éloigne des pôles : de 9,4 % dans le rural sous forte influence des pôles
à 5,7 % dans le rural autonome très peu dense. De façon symétrique, la part des ménages pauvres
et des personnes modestes augmente quand on s’éloigne des pôles. Ainsi, la part des personnes
pauvres varie du simple au double entre les types de territoires ruraux, passant de 8,5 % dans le
rural sous forte influence des pôles à 17,0 % dans le rural autonome très peu dense
figure 10.
Dans ces territoires, le taux de pauvreté est donc plus élevé que dans l’urbain (15,6 %) ; les
profils des ménages sous le seuil de pauvreté sont cependant différents dans ces deux types
8. Répartition des catégories socioprofessionnelles par type d’espace
en %
Rural autonome
Rural périurbain
Urbain
Ensemble
Très
peu
dense
Peu
dense
Sous faible
influence
d’un pôle
Sous forte
influence
d’un pôle
Part des personnes en emploi parmi les 15-64 ans
68,0
66,3
69,2
70,7
62,6
64,5
Catégorie socioprofessionnelle (en % des actifs en emploi)
Agriculteurs
12,8
4,4
3,6
2,2
0,3
1,6
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise
9,3
8,7
7,6
7,2
6,0
6,7
Cadres
7,3
8,2
10,5
14,2
21,8
18,1
Professions intermédiaires
19,5
21,8
25,0
28,4
26,6
26,0
Employés
24,8
28,0
27,4
27,1
27,8
27,6
Ouvriers
26,3
28,9
25,8
20,8
17,4
20,0
Lecture : dans le rural périurbain sous forte influence d’un pôle, il y a 71 actifs en emploi parmi 100 personnes de 15 à 64 ans.
2,2 % des actifs en emploi sont des agriculteurs.
Champ : France.
Source : Insee, recensement de la population 2017.