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57 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Les inégalités territoriales de niveau de vie en France… sont soutenus par ceux des travailleurs transfrontaliers qui travaillent dans les métropoles de Genève, Bâle ou Sarrebruck et dont le nombre est en forte croissance (+ 2,8 % par an en moyenne sur cette période). Plus généralement, les départements où le niveau de vie médian progresse en euros constants entre 2008 et 2011 abritent une grande métropole (Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes et l’ouest de la région parisienne) ou sont dans l’influence d’une métropole étrangère, le niveau de vie médian étant déjà élevé. On doit rajouter à cette liste la Corse. Depuis 2012, ces écarts entre départements s’atténuent,
tout comme entre les aires d’attraction des villes Entre 2012 et 2017, les écarts entre départements se sont en partie réduits. Le niveau de vie médian des habitants dans les dix départements les plus modestes a progressé annuellement de 0,9 % en euros constants soit deux fois plus que pour la population des dix départements les plus aisés (+ 0,5 % en moyenne annuelle). Les inégalités entre départements restent toutefois supérieures à 2008. À une échelle géographique plus fine, entre 2012 et 20172, les disparités selon la taille des aires d’attraction des villes se sont également réduites : le niveau de vie a moins augmenté dans les aires les plus grandes, dont les habitants sont en moyenne plus aisés, que dans les aires plus petites. Sur cette période, le niveau de vie médian a ainsi progressé de 0,4 % par an en euros constants dans l’aire de Paris, contre + 0,9 % dans les aires les plus petites et + 1,0 % par an en moyenne dans les communes hors attraction des villes. Si la situation se rééquilibre entre aires de taille différente, c’est l’inverse à l’intérieur des aires. Le niveau de vie augmente davantage pour les habitants des couronnes des aires, dont la situation était déjà plus favorable, que pour ceux des pôles. Ce constat vaut pour toutes les tailles d’aires. À titre d’illustration, dans les couronnes des aires de 200 000 à 700 000 habitants, le niveau de vie médian s’accroît de 0,8 % par an en euros constants, contre + 0,6 % dans les pôles correspondants. Quelques aires font toutefois exception. Dans les aires de La Rochelle, Bayonne et Toulon, le niveau de vie progresse plus vite pour les habitants du pôle que pour ceux de la couronne. Entre 2008 et 2011, les écarts entre hauts et bas revenus se sont accrus
au sein de tous les départements Entre 2008 et 2011, les inégalités ont augmenté au niveau national, avec la hausse du niveau
de vie des plus aisés (+ 0,5 % par an en euros constants au niveau national) et la baisse du niveau de vie des plus modestes (– 1,2 %)    figure 7. Cette augmentation se retrouve dans quasi tous les départements. La baisse du niveau de vie des plus modestes concerne tous les départements mais est plus marquée dans les départements des Hauts‑de‑France, de l’Île‑de‑France, de Grand Est et certains situés dans le Sud (Ariège, Aude, Hérault). La Corse et le Cantal font exception pour des raisons différentes. Pour le Cantal, l’évolution favorable tient notamment à l’importance dans l’ensemble des revenus des pensions de retraites, plus stables, et au retour au département natal de retraités ayant bénéficié de carrières relativement bien rémunérées. Pour la Corse, s’y ajoute une hausse de l’emploi salarié plus forte qu’ailleurs. En effet, la population a augmenté (+ 1,1 % par an en moyenne entre 2007 et 2012) portée par l’arrivée de nouveaux habitants, ce qui a favorisé le développement de l’emploi présentiel. Le niveau de vie plancher des 10 % les plus aisés n’a baissé, lui, que pour une minorité de départements (moins d’une trentaine), et au maximum de 0,3 % par an en euros constants. Il a sensiblement augmenté dans certains départements où la situation des plus aisés était déjà très favorable, notamment en Haute‑Savoie, dans l’Ain, dans le Haut‑Rhin et à Paris. Dans ces départements, la hausse des inégalités est donc aussi due à la hausse du niveau de vie des personnes les plus aisées. 2 Les données de la source RDL mobilisées pour les analyses de 2008 à 2011 ne sont disponibles qu’au niveau départemental, et non par commune comme Filosofi. En effet, à partir de 2012, l’Insee a construit le dispositif Filosofi en utilisant les déclarations de revenu et les données sociales pour permettre d’analyser plus finement les revenus. Les traitements étant différents avec RDL, il y a eu une rupture de série qui explique le choix des deux sous-périodes : 2008‑2011 avec RDL et 2012‑2017 avec Filosofi.

58 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021 Depuis 2012, les disparités au sein des départements se réduisent,
sous l’effet de la hausse des revenus les plus modestes Depuis 2012, les inégalités au sein des départements ont tendance à s’atténuer. Au niveau national, le niveau de vie plafond des 10 % d’individus les plus modestes augmente (+ 0,5 % par an en euros constants entre 2012 et 2017) alors que le niveau de vie plancher des 10 % les plus aisés stagne (+ 0,1 %). La réduction des inégalités de revenus à l’intérieur des départements est générale. Depuis 2012, le rapport interdécile du niveau de vie n’augmente dans aucun département. Paris reste le département de métropole où le rapport interdécile est le plus élevé. Les 10 % de Parisiens les plus  7. Évolutions du rapport interdécile a. Évolution entre 2008 et 2011 © IGN-Insee 2021 0,14 0,11 0,09 0,18 non disponible Lecture : dans le Bas-Rhin, les inégalités ont augmenté entre 2008 et 2011. Le rapport interdécile a augmenté de plus de 0,18. Champ : France métropolitaine. Source : Insee, RDL 2008-2011. b. Évolution entre 2012 et 2017 © IGN-Insee 2021 non disponible – 0,08 – 0,11 – 0,14 0 Lecture : en Haute-Garonne, les inégalités ont diminué entre 2012 et 2017. Le rapport interdécile a diminué de 0,1. Champ : France métropolitaine. Source : Insee, Filosofi 2012-2017. En Europe La France est, au regard des autres membres de l’Union européenne, un pays relativement égalitaire même s’il s’y exprime des disparités géographiques que l’on retrouve ailleurs en Europe. L’analyse des revenus disponibles (exprimés en parité de pouvoir d’achat, source Eurostat) à l’échelle des régions européennes fait apparaître en effet des contrastes internes que l’on retrouve dans nombre de pays. D’une part, les régions NUTS2 qui accueillent des capitales se distinguent par un niveau de revenu moyen supérieur. Ainsi les ménages de la région de Stockholm ont un revenu disponible 13 % plus élevé qu’en moyenne en Suède en 2018  ; le niveau est supérieur de 26 % dans la communauté de Madrid par rapport à celui de l’Espagne, de 13 % en Attique par rapport à la Grèce, de 36 % dans la région de Varsovie par rapport à la Pologne et même de 88 % pour la région de Bucarest par rapport à la moyenne roumaine. Les ménages d’Île‑de‑France ont un revenu disponible de 17 % au‑dessus de la moyenne française. D’autre part, des pays tels que l’Italie ou l’Espagne connaissent des situations très spécifiques, avec des écarts de revenus importants entre régions du Nord et du Sud. Les ménages du Pays basque espagnol ont un revenu disponible 65 % plus élevé que celui des ménages andalous. De même, au nord de l’Italie, les ménages de la province autonome de Bolzane‑Haut‑Adige ont un revenu disponible moyen environ égal au double de celui des Calabrais. En Allemagne, plus de trente ans après la réunification, les différences entre l’Est et l’Ouest restent marquées en faveur de l’Ouest, avec par exemple une différence de 47 % entre les revenus des ménages de la plus riche des régions, la Haute‑Bavière, et ceux reçus dans le Mecklembourg‑Poméranie‑Occidentale, la plus pauvre des régions. La France ne connaît pas un écart aussi grand, du moins en métropole. Les ménages de la région la plus riche, l’Île‑de‑France, ont un revenu supérieur de 36 % par rapport à ceux de l’ancienne région Nord‑Pas‑de‑Calais, mais il est bien supérieur à ceux de Guyane (deux fois plus élevé) et à ceux de Mayotte (plus de trois fois plus élevé).

59 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Les inégalités territoriales de niveau de vie en France… aisés ont un niveau de vie plus de 6 fois supérieur aux 10 % les plus modestes. Mais, entre 2012 et 2017, ce rapport a reculé de 0,5 point. À l’opposé, la Vendée est le département le moins inégalitaire :
le rapport interdécile, de 2,6, a également baissé entre 2012 et 2017. Dans les départements des Hauts‑de‑France et de l’ancienne région Languedoc‑Roussillon le niveau de vie des plus modestes a progressé fortement, entraînant le recul des inégalités. Dans d’autres territoires toutefois, la diminution des inégalités est plus due à la diminution des revenus des individus aisés qu’à une augmentation des revenus des individus modestes. Dans le Haut‑Rhin et le Bas‑Rhin, les 10 % d’habitants les plus aisés disposent, en 2017, de revenus inférieurs à ceux observés cinq ans plus tôt (– 0,3 % en moyenne annuelle en euros constants dans le Bas‑Rhin, l’une des baisses départementales les plus importantes). La Haute‑Garonne présente des caractéristiques similaires avec un 9e décile de niveau de vie du département en baisse depuis 2012 de 0,1 % chaque année en euros constants. Dans ces départements les inégalités y reculent donc davantage par un recul du niveau de vie des individus à hauts revenus que par une hausse réelle du niveau de vie des plus modestes, le premier décile augmentant moins que dans le reste de la France. Au total, pour seulement 7 départements (Finistère, Haute‑Loire, Lot, etc.) la baisse des inégalités est supérieure entre 2012 et 2017 à l’augmentation entre 2008 et 2011. Pour tous les autres départements la réduction des inégalités à l’intérieur des départements depuis 2012 n’a pas permis d’effacer son augmentation entre 2008 et 2011. Auteurs : Kévin Chaput (Insee) Julie Herviant (Insee) Danielle Jabot (Insee) Issam Khelladi (Insee) Benoît de Lapasse (Insee) Sources Le dispositif Revenus disponibles localisés (RDL) permet d’observer les niveaux, les disparités et les inégalités de niveau de vie des ménages fiscaux jusqu’en 2011. Le niveau géographique le plus fin disponible est celui du département sur le champ de la France métropolitaine. Cette source est désormais remplacée par le dispositif Filosofi depuis 2012, qui fournit aussi des indicateurs à un niveau infra‑départemental. Il s’appuie sur les sources fiscales et sociales. Dans les DOM, il ne couvre que la Martinique et La Réunion, et ce depuis 2014, du fait de la moindre qualité des sources administratives, notamment l’adressage. Le passage de RDL à Filosofi crée une rupture de série. C’est pour cette raison que l’étude a porté sur deux périodes : 2008‑2011 d’une part et 2012‑2017 d’autre part. De plus, seules des comparaisons entre deux années distantes peuvent être effectuées, avec des précautions et de la prudence dans les interprétations et les commentaires. Le fait de réaliser des comparaisons sur deux années éloignées conduit en effet à réduire l’impact des changements de législation ou des changements de méthode, au moins pour la médiane, à condition que le zonage choisi ne soit pas trop fin. Réalisée par l’Insee en métropole et dans tous les DOM en 2017, l’enquête Budget de famille (BDF) permet de calculer des indicateurs de pauvreté et d’inégalités monétaires sur tous les DOM et ainsi de comparer ces territoires entre eux et avec la France métropolitaine. Dans cette étude, les données pour la Guadeloupe, la Guyane et Mayotte proviennent de cette source.