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53 Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Les inégalités territoriales de niveau de vie en France… Les niveaux de vie des plus modestes sont particulièrement bas dans les départements du nord de la France (Ardennes, Aisne, Pas‑de‑Calais, Nord). 10 % des habitants de ces départements ont un niveau de vie inférieur à 10 500 euros par an. Ce niveau est encore plus faible sur le littoral méditerranéen, des Bouches‑du‑Rhône aux Pyrénées‑Orientales (autour de 10 000 euros). La situation sociale y est dégradée : le taux de chômage est important, plus de 6 % des habitants de 15 à 64 ans sont allocataires du RSA (4,5 % en France) et près de 20 % des jeunes de 15 à 24 ans ne sont ni en emploi ni en formation (16,8 % en moyenne en France). À l’opposé, dans les départements de l’ouest de la France (Bretagne et Pays de la Loire) ainsi que dans ceux des Alpes, dans le Jura, le Doubs et la Côte‑d’Or, le plafond des revenus des 10 % les plus modestes est plus élevé qu’ailleurs (12 100 euros). En Île‑de‑France, les situations des départements sont très contrastées. Dans les Yvelines un habitant sur dix dispose de moins de 12 900 euros par an. Dans le Val‑d’Oise, à Paris et dans le Val‑de‑Marne, ce seuil est de 10 500 euros et de seulement 8 800 euros en Seine‑Saint‑Denis. Le seuil de niveau de vie des 10 % d‘habitants les plus pauvres des DOM est encore plus faible : 7 560 euros par an en Martinique et à La Réunion, 7 200 euros en Guadeloupe et moitié moins en Guyane (4 320 euros)1. À Mayotte, une partie de la population ne disposant d’aucun revenu stable, ce seuil est même nul pour les 10 % les plus pauvres. En France métropolitaine, un habitant sur dix vit avec plus de 34 500 euros par an en 2017. Tout comme la situation des 10 % les plus modestes, celle des 10 % des personnes les plus aisées varie beaucoup d’un département à l’autre. Dans les départements limitrophes avec l’Allemagne ou la Suisse, les 10 % les plus aisés des habitants disposent d’un revenu par unité de consommation annuel supérieur à 40 000 euros. En Haute‑Savoie, en particulier, les 10 % les plus aisés ont un niveau de vie supérieur à 54 500 euros, de nombreux transfrontaliers travaillant dans le canton de Genève. Les départements comportant une métropole (Bouches‑du‑Rhône, Haute‑Garonne, Gironde, etc.) se démarquent également par des niveaux de vie élevés (au‑delà de 38 000 euros) pour les 10 % les plus aisés du fait de la surreprésentation de cadres dans les métropoles. Au sein des départements de l’Île‑de‑France, à l’exception de la Seine‑Saint‑Denis, les revenus des 10 % les plus aisés sont bien supérieurs. En particulier, 10 % des Parisiens ont un niveau de vie de plus de 65 800 euros par an et de plus de 57 800 euros pour les habitants des Hauts‑de‑Seine. D’ailleurs Paris, où cohabitent à la fois des populations très aisées et d’autres qui le sont nettement moins, est, de loin, le département qui connaît l’hétérogénéité des revenus la plus forte en métropole. Cette hétérogénéité des revenus au sein d’un territoire d’étendue limitée confère à Paris un caractère ambivalent : la capitale peut être perçue à la fois comme un territoire d’inégalités ou qui préserve une certaine mixité sociale. Des niveaux de vie plus faibles couplés à des inégalités marquées dans les DOM Dans les DOM, le niveau de vie médian est très inférieur à celui de la métropole. Aux Antilles, il ne représente que 80 % de celui de la métropole, 68 % à La Réunion. Dans les deux autres départements, la situation est encore plus défavorable. En Guyane, le niveau de vie médian des habitants ne représente que la moitié de celui de la métropole. À Mayotte, la moitié de la population vit avec moins de 260 euros par mois. Les écarts sont en revanche moins marqués pour les hauts revenus. Le seuil définissant les 10 % des personnes les plus aisées dans les DOM hors Mayotte est du même ordre de grandeur qu’en France métropolitaine. Les inégalités sont donc très prononcées avec un rapport interdécile proche de 5 aux Antilles, et atteignant 7,8 en Guyane. Différents facteurs peuvent expliquer cette situation : le taux de chômage est très élevé (plus de 10 points au‑dessus du niveau métropolitain pour les DOM historiques en 2017), la proportion de non‑diplômés est importante (plus de 40 % pour La Réunion et les Antilles, 53 % pour la Guyane) ou encore l’illettrisme est particulièrement répandu à Mayotte (la moitié des jeunes ayant passé la Journée défense et citoyenneté en 2015 selon l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme). Six profils de départements selon le niveau de vie des habitants Les résultats présentés jusqu’ici traitent des inégalités en accordant une importance toute particulière aux revenus extrêmes, à savoir ceux des 10 % les plus modestes et des 10 % les plus 1 Selon l’enquête Budget de famille.

54 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021 riches. Il est possible de prolonger l’analyse en étudiant comment se répartissent, au sein de chaque département, toutes les catégories de revenus. À partir de la proportion de la population appartenant à dix groupes délimités par les déciles de revenus calculés au niveau national, une classification des départements français est proposée. Ainsi, en tenant compte de la répartition de l’ensemble des niveaux de vie, et pas seulement des plus aisés et des plus modestes, six profils de départements se dégagent    figures 4 et 5.  4. Distribution des niveaux de vie en 2017 selon le profil des départements 1er décile 2e décile 3e décile 4e décile Médiane 6e décile 7e décile 8e décile 9e décile 10e décile A – Départements

pauvres B – Départements

de classe moyenne

inférieure C – Départements

de classe

moyenne  D – Départements

aisés E – Départements

très aisés 0 5 10 15 20 25 en % Niveau national F – Départements

de métropoles Note : la Guadeloupe, la Guyane et Mayotte ne sont pas pris en compte car les sources sont différentes. Lecture : dans les « départements pauvres » (profil A), 15,3 % des habitants font partie des 10 % des personnes les plus pauvres de France métropolitaine, Martinique et Réunion. Cela signifie que les personnes les plus pauvres sont surreprésentées dans ces départements. Champ : France métropolitaine, Martinique, La Réunion. Source : Insee, Filosofi 2017.  5. Six profils de départements selon la distribution des niveaux de vie en 2017 © IGN - Insee 2021 B – Départements de classe moyenne

inférieure E – Départements très aisés C – Départements de classe moyenne F – Départements de métropoles A – Départements pauvres D – Départements aisés Non disponible Lecture : les départements de la Bretagne appartiennent au même profil, les départements de classe moyenne. Champ : France métropolitaine, Martinique, La Réunion. Source : Insee, Filosofi 2017.

55Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Les inégalités territoriales de niveau de vie en France… • « Les départements pauvres » (profil A, 16 départements) se situent le plus souvent dans le nord (Aisne, Ardennes, Nord, Pas‑de‑Calais) et le sud (de l’Ariège et des Pyrénées‑Orientales au Vaucluse). Ce profil inclut aussi la Seine‑Saint‑Denis et les DOM. Les habitants les plus pauvres y sont surreprésentés (29 % de la population de ces départements ont un revenu inférieur au 2 e décile, contre 20 % par construction au niveau national), et symétriquement les individus les plus aisés sont sous‑représentés. • « Les départements de classe moyenne inférieure » (profil B, 32 départements) se situent principalement dans le centre de la France : le Cher, la Corrèze, la Loire, le Lot, le Tarn, la Vienne, mais aussi la Seine‑Maritime et les Hautes‑Pyrénées. Les populations les plus surreprésentées sont celles ayant un niveau de vie un peu inférieur à la médiane nationale. Les habitants ayant un revenu compris entre le 2 e et le 5e décile national de niveau de vie représentent 34 % de la population de ces départements contre 30 % par construction en France métropolitaine. La proportion des personnes les plus modestes est la même qu’au niveau national (proche de 10 %), en revanche, seuls 6,3 % des habitants ont un niveau de vie supérieur au 9 e décile du niveau de vie national. • « Les départements de classe moyenne » (profil C, 25 départements) sont situés majoritairement dans l’ouest comme le Calvados, l’Eure, l’Eure‑et‑Loir, le Finistère, ou dans le Loiret. Les individus les plus surreprésentés sont ceux du centre de la distribution des revenus, entre le 3 e et le 7e décile, avec 46 % de la population (contre 40 % s’il n’y avait pas de surreprésentation), alors que les populations les plus modestes et les plus aisées sont sous‑représentées. • « Les départements aisés » (profil D, 7 départements) sont ceux du Doubs, de la Gironde, du Bas‑Rhin, de Savoie. Ils sont souvent industriels, frontaliers, situés à l’Est et dans les Alpes ou abritent une métropole. À l’exception des 10 % les plus riches, la population y est d’autant plus surreprésentée que son niveau de vie est plus élevé : 35 % entre le 6 e et le 9e décile. • « Les départements très aisés » (profil E) sont ceux des Yvelines et de la Haute‑Savoie, du fait de la proximité avec Genève. La proportion des habitants aisés est très élevée (22 % de ces habitants bénéficient d’un niveau de vie supérieur au 9 e décile de la France métropolitaine), celle des plus modestes est très basse : 19 % de la population a un niveau de vie inférieur au 3e décile pour ces deux départements, la proportion serait de 30 % si elle était similaire à celle de la France. • « Les départements de métropoles » (profil F, 16 départements) regroupent ceux de certaines métropoles comme Toulouse, Lyon, Marseille, Nice et cinq départements de l’Île‑de‑France, notamment Paris et les Hauts‑de‑Seine. Les personnes disposant d’un niveau de vie intermédiaire y sont sous‑représentées. Ainsi celles ayant un niveau de vie compris entre les 3 e et 6e décile représentent 25 % de la population, contre 30 % s’il n’y avait pas de sous‑représentation.
Les populations les plus aisées y sont à l’inverse surreprésentées : entre le 8e et le 9e décile et au‑dessus du 9e décile national on compte respectivement 12 % et 15 % de la population du département, sans que les populations défavorisées soient sous‑représentées (10 % de la population de ce profil a un niveau de vie inférieur au 1 er décile calculé au niveau national). Les départements les plus modestes ont été les plus touchés par la crise de 2008 Au début des années 2000, les écarts de niveau de vie médian entre départements étaient en recul, mais la crise de 2008 a inversé la tendance. En effet, elle a plus touché les départements présentant un faible niveau de vie médian, augmentant ainsi les inégalités entre départements. Par exemple, le niveau de vie médian a nettement reculé dans le Pas‑de‑Calais, l’Aude, l’Aisne et l’Orne (– 0,8 % par an en moyenne entre 2008 et 2011 en euros constants). Au cours de cette période, il a aussi fortement baissé en Seine‑Saint‑Denis (– 1,8 % par an)
figure 6. La crise de 2008 a particulièrement affecté les départements industriels où le niveau de vie de la population était déjà relativement bas : les Vosges, la Haute‑Saône, la Haute‑Marne ; département moins pauvre, l’Aube est également en net recul entre 2008 et 2011 (– 0,7 % en euros constants). L’emploi industriel y a régressé de plus de 15 % en trois ans, de même que dans tous les départements des Hauts‑de‑France hormis le Nord. Les seuls départements avec une forte part d’activité industrielle (plus de 18 % de l’emploi en 2007) où la baisse du niveau de vie est restée limitée, voire n’a pas eu lieu entre 2008 et 2011, sont ceux limitrophes du Luxembourg, de l’Allemagne et de la Suisse. Les revenus de la population résidente 56 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021  6. Évolutions annuelles moyennes du niveau de vie départemental selon le niveau de vie de départ a. Évolution annuelle moyenne entre 2008 et 2011 © IGN-Insee 2021 non disponible en % –0,30 –0,48 –0,65 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 – 2,0 – 1,5 – 1,0 – 0,5 0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 0 évolution annuelle moyenne en % du niveau de vie médian entre 2008 et 2011 rang du département suivant le niveau de vie médian de sa population en 2008 Lecture : le département de rang 1 (Paris) est celui dont le niveau de vie médian de la population est le plus élevé. Plus le niveau de vie de départ est élevé en 2008, plus l’évolution entre 2008 et 2011 est élevée. Champ : France métropolitaine Source : Insee, RDL 2008-2011, évolution en euros constants. b. Évolution annuelle moyenne entre 2012 et 2017 © IGN-Insee 2021 en % 0,90 0,79 0,65 1,01 non disponible 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 – 2,0 – 1,5 – 1,0 – 0,5 0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 0 rang du département suivant le niveau de vie médian de sa population en 2012 évolution annuelle moyenne en % du niveau de vie médian entre 2012 et 2017 Lecture : le département de rang 1 (Paris) est celui dont le niveau de vie médian de la population est le plus élevé. Plus le niveau de vie de départ est élevé en 2012, moins la croissance entre 2012 et 2017 est élevée. Champ : France métropolitaine Source : Insee, Filosofi 2012-2017, évolution en euros constants.