60 La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021 Pour en savoir plus • Aerts A.‑T., Chirazi S., « Les revenus des ménages entre 2002 et 2007, Un rééquilibrage entre territoires mais des disparités dans les pôles urbains », Insee Première n° 1309, août 2010. • Audoux L., Mallemanche C., Prévot P. « Une pauvreté marquée dans les DOM, notamment en Guyane et à Mayotte », Insee Première n° 1804, juillet 2020. • Blasco J., Picard S., « Quarante ans d’inégalités de niveau de vie et de redistribution en France (1975‑2016) », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2019. • Floch J,‑M., « Des revenus élevés et en plus forte hausse dans les couronnes des grandes aires urbaines », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2014. • Garnier M., Kaldi M., « Les inégalités de revenus », Fiche d’analyse de l’Observatoire des territoires ‑ CGET, septembre 2017. • Molina V., « Un niveau de vie et des disparités de revenus plus élevés en Île‑de‑France et dans les communes denses », Insee Focus n° 196, juin 2020. • Robin M., « Davantage de personnes vivent dans un ménage médian dans les régions de l’Ouest », Insee Focus n° 148, mars 2019. Définitions Le revenu disponible d’un ménage comprend les revenus d’activité (nets des cotisations sociales), les revenus du patrimoine, les transferts en provenance d’autres ménages et les prestations sociales (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage), nets des impôts directs. Les dépenses d’un ménage de plusieurs personnes ne sont pas strictement proportionnelles au nombre de personnes, grâce aux économies d’échelle issues de la mise en commun de certains biens. Aussi, pour comparer les revenus disponibles de personnes vivant dans des ménages de taille ou de composition différente, on utilise une mesure du revenu par unité de consommation, à l’aide d’une échelle d’équivalence. L’échelle la plus utilisée actuellement consiste à décompter 1 unité de consommation (UC) pour le premier adulte du ménage, puis 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus, et 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans. Le niveau de vie correspond au revenu disponible du ménage rapporté au nombre d’unités de consommation. Le niveau de vie est donc le même pour toutes les personnes d’un même ménage. En ordonnant une distribution de niveaux de vie, les déciles (notés D1 à D9) sont les valeurs qui partagent cette distribution en 10 parties d’effectifs égaux. La médiane partage la population en deux sous‑populations égales. Le rapport interdécile est le rapport de D9 à D1. Les ménages pauvres sont ceux qui ont les niveaux de vie les plus faibles et se situent dans les 2 premiers déciles de la population (les 20% les plus modestes) ; les ménages riches sont ceux qui ont les niveaux de vie les plus élevés et se situent dans les 2 derniers déciles de la population (les 20% les plus riches). Les ménages à revenus médians sont les 20% de ménages au milieu de la distribution. L’aire d’attraction d’une ville est l’ensemble de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué d’un pôle de population et d’emploi et d’une couronne qui rassemble les communes dont au moins 15 % des actifs travaillent dans le pôle. Les 699 aires sont classées suivant le nombre total d’habitants de l’aire. Les principaux seuils retenus sont : 700 000 habitants, 200 000 habitants et 50 000 habitants. Les aires dont le pôle est situé à l’étranger sont classées dans la catégorie correspondant à leur population totale (française et étrangère). Le pôle de l’aire d’attraction d’une ville est l’ensemble de communes contiguës déterminé principalement à partir de critères de densité et de population totale, suivant une méthodologie cohérente avec celle de la grille communale de densité. Un seuil d’emplois est ajouté de façon à éviter que des communes essentiellement résidentielles, comportant peu d’emplois, soient considérées comme des pôles. La couronne de l’aire d’attraction d’une ville est l’ensemble des communes de l’aire d’attraction d’une ville à l’exclusion de son pôle. Ce sont des communes dont au moins 15 % des actifs résidents travaillent dans le pôle de l’aire et qui ne sont pas déjà attirées par un pôle de niveau plus élevé d’une autre aire. Une commune hors attraction des villes est une commune située hors des pôles et hors des couronnes des aires d’attraction des villes.
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Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Une nouvelle définition du rural pour mieux rendre compte…
Une nouvelle définition du rural
pour mieux rendre compte des réalités
des territoires et de leurs transformations
Réalités multiformes et hétérogènes selon leur géographie et leur histoire, les espaces
ruraux se définissent d’abord par leur faible densité de population.
Jusqu’en 2020, l’Insee définissait le rural comme l’ensemble des communes n’appartenant
pas à une unité urbaine qui est caractérisée par le regroupement de plus de 2 000 habitants
dans un espace présentant une certaine continuité du bâti, censée caractériser les « villes ».
La définition proposée ici rompt avec cette approche centrée sur la ville. Les territoires
ruraux désignent désormais l’ensemble des communes peu denses ou très peu denses
d’après la grille communale de densité. Ils réunissent 88 % des communes en France et 33 %
de la population en 2017.
Cette seule caractéristique de l’espace rural ne permet pas d’en appréhender toutes les
dimensions. Il faut y associer des critères de type fonctionnel, notamment le degré d’influence
d’un pôle d’emploi. Avec cette approche, quatre catégories d’espaces ruraux se dessinent,
allant des communes rurales très peu denses, hors influence d’un pôle, aux communes sous
forte influence d’un pôle. Cette classification va ainsi de communes où la population stagne à
des communes attirant des populations plus jeunes, et dont la dynamique dépasse celle des
communes urbaines. Cette approche permet de définir statistiquement un continuum allant
des espaces les plus isolés et peu peuplés jusqu’aux espaces ruraux les plus urbanisés. À
l’inverse, les territoires ruraux ont ceci en commun qu’en moyenne les disparités de revenus
y sont nettement plus faibles que dans l’urbain, du fait d’une moindre présence de ménages
sous le seuil de pauvreté dans les communes sous influence d’un pôle, et du fait d’une
moindre présence de ménages aisés dans les communes les plus isolées.
Les espaces ruraux sont des paysages, des espaces de production, des espaces vécus, des imaginaires,
etc. La ruralité, ce qui fait le caractère rural d’un territoire, a des pratiques spatiales spécifiques, celles
par lesquelles les individus, les groupes sociaux et les sociétés transforment ce territoire. Faiblement
artificialisés et relativement peu peuplés, les espaces ruraux ne sont pas pour autant des espaces
naturels : moins visibles que dans les espaces urbains, les marques des transformations sociétales y
sont seulement plus discrètes. La notion de paysage est importante pour restituer le caractère rural
d’un espace. Au sein des communes rurales, les différences d’occupation du sol sont cependant
importantes. Les communes les moins denses, héritages des espaces enclavés du passé ou d’espaces
en perte de vitesse, sont pour une large part situées dans les reliefs.
Réalités multiformes et hétérogènes selon leur géographie et leur histoire, les espaces ruraux se
définissent d’abord par leur faible ou très faible densité de population. Or pour le statisticien, l’espace
rural a longtemps été défini « en creux » par rapport aux espaces urbanisés. Ainsi, l’Insee définissait les
communes rurales comme étant celles qui n’appartenaient pas à une unité urbaine1. Cette définition
n’étant plus satisfaisante, la mission Agenda rural2 a formulé en 2019 la proposition suivante dans
son rapport Ruralités : une ambition à partager ‑ 200 propositions pour un agenda rural : « Dans le cadre
de ses travaux de refonte des zonages (unités urbaines et aires urbaines) actuellement en cours, la
mission exprime le souhait que l’Insee propose une approche nouvelle des espaces ruraux, qui ne
soit pas en négatif de la définition de l’urbain, qui combine les critères de densité et ceux de nature
fonctionnelle, et qui permette de traiter du continuum entre les espaces les plus urbanisés et les
espaces les plus isolés et peu peuplés. »
Pour répondre à cette demande, l’Insee a mobilisé un groupe de travail associant des utilisateurs
d’horizons très divers : statisticiens publics, association d’élus, universitaires. À l’issue de ces travaux,
1 Une unité urbaine est une commune ou un ensemble de communes présentant une zone de bâti continu (pas de coupure de
plus de 200 mètres entre deux constructions) qui compte au moins 2 000 habitants.
2 En avril 2019, le gouvernement a installé une mission pour formuler des propositions concrètes qui ont vocation à nourrir
l’élaboration de l’agenda rural du gouvernement. L’objectif de la mission est d’identifier et de prioriser les mesures de soutien au
développement des territoires ruraux pour assurer le développement équilibré et harmonieux des territoires. Le rapport de la
mission, remis en juillet 2019, comporte 200 propositions.
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La France et ses territoires – Insee Références – Édition 2021
il a été décidé de définir les communes rurales à partir de la grille de densité : sont rurales toutes
les communes peu denses ou très peu denses. Utiliser cette nomenclature présente de nombreux
avantages. Elle s’appuie sur la population distribuée dans des carreaux de 1 kilomètre sur 1 kilomètre,
qui sont stables dans le temps et indépendants des périmètres institutionnels. De plus, s’agissant
d’une méthode européenne, elle permet des comparaisons entre pays mais aussi de mieux
caractériser les espaces frontaliers.
Avec un tiers de sa population vivant dans une commune rurale,
la France occupe une position médiane en Europe
En France, selon cette définition, en 2017, 88 % des communes sont rurales et elles abritent 33 % de la
population
figure 1.
À l’échelle européenne (Union européenne à 28 pays), en 2015, 28 % de la population vit en zone rurale.
Parmi les pays européens avec une population équivalente, la France fait partie des pays les plus ruraux :
seule la Pologne affiche davantage de ruraux (45 %). Dans certains pays, le contraste entre zones très
denses (les « cities ») et espaces ruraux est important. Par exemple, en Espagne, 51 % de la population
vit dans les cities tandis que 26 % de la population vit dans un espace rural
figure 2. Au sein de
l’Europe, les pays les plus urbains forment un arc allant des Pays‑Bas jusqu’au nord de l’Italie
figure 3.
Le Royaume‑Uni apparaît également comme un pays fortement urbanisé ; cependant, son découpage
communal particulier, avec seulement 400 communes, masque une partie des disparités territoriales.
Quatre catégories de communes pour rendre compte de la diversité
des espaces ruraux
L’influence croissante de l’urbain, mais aussi les effets de la mondialisation et la diffusion des
technologies de l’information et de la communication, brouillent de plus en plus le paysage des territoires
encadré. Il apparaît néanmoins possible de mettre en évidence un gradient de ruralité déterminé par
le degré d’influence d’un pôle d’emploi. En effet, dans le continuum entre les espaces les plus urbanisés
et les espaces les plus isolés et peu peuplés, combiner des critères de densité et des critères fonctionnels
permet de définir différentes catégories de l’espace rural. Pour le critère de densité, la grille de densité
distingue les communes peu denses et les communes très peu denses. Pour les critères de nature
fonctionnelle, on peut retenir soit les liens avec les pôles d’emploi soit avec les pôles de services.
L’accès aux services est une problématique importante pour l’espace rural ; cette notion, assez intuitive,
présente néanmoins plusieurs difficultés de définition et de mesure. Tout d’abord, il faut choisir quels
services prendre en compte. Ensuite, l’accès aux services ne se résume pas à la notion de distance ou de
temps d’accès à un équipement ; il faudrait aussi prendre en compte l’offre réelle de services (capacité,
heures d’ouverture, qualité, fréquentation, etc.), information non disponible dans la base permanente
des équipements. De même, le regroupement de certains services est difficilement mesurable dans les
bases actuelles, ce qui peut surestimer l’éloignement des territoires concernés.
1. Répartition des communes et de la population urbaine et rurale
Nombre de communes
Répartition (en %)
des communes
de la population
Communes urbaines
4 193
12,0
67,2
Communes denses
774
2,2
37,9
Communes de densité intermédiaire
3 419
9,8
29,3
Communes rurales
30 775
88,0
32,8
Communes peu denses
18 763
53,7
29,2
Communes très peu denses
12 012
34,3
3,6
Ensemble
34 968
100,0
100,0
Lecture : en 2017, 30 775 communes françaises (soit 88 % des communes) sont rurales. Elles représentent 32,8 % de la population
française.
Champ : France, limites territoriales communales en vigueur au 1er janvier 2020.
Source : Insee, recensement de la population 2017.