Partie 3: Conditions de vie 137 En 2020, 17.4% de la population sont en situation de risque de pauvreté, 1.7% est en situation de privation matérielle sévère et 7.9% habitent dans des ménages à très faible intensité de travail. Le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale touche davantage les 0-17 ans (23.5%). Ensuite viennent les 18-64 ans (22.5%) et enfin les 65 ans et plus, où ce risque est de 7.3%. Les étrangers et principalement les résidents non communautaires sont toujours plus touchés que les nationaux. Graphique 24 Le taux de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (Europe 2020)
est plus important chez les étrangers hors UE-27 + UK
Taux de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, en %
37.7
23.2
25.7
15.4
37.3
23.9
26.3
18.9
23.5
22.5
7.3
21.1
20.6
20.7
18+
Étrangers (hors UE-27+UK)
Étrangers (UE-27+UK)
Étrangers
Nationaux
18-64
Étrangers (hors UE-27+UK)
Étrangers (UE-27+UK)
Étrangers
Nationaux
Âge
0-17
18-64
65+
Genre
Femmes
Hommes
Total
Source: STATEC (en collaboration avec le LISER), EU-SILC 2020
Graphique 25
La pauvreté ou le risque d’exclusion sociale reste stable en 2020
25
20
15
10
5
0
Taux de risque de
pauvreté ou d'exclusion
sociale "Europe 2020"
Taux de privation
matérielle grave
Taux de risque de
pauvreté
% de personnes âgées de
moins de 60 ans vivant
dans des ménages à très
faible intensité de travail
Taux de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (Europe 2020), en %
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
Note: rupture de séries en 2016 et 2020
Source: STATEC (en collaboration avec le LISER), EU-SILC 2003 - 2020
Rapport travail et cohésion sociale 138
3.5.5
Les transferts sociaux réduisent la pauvreté
Pour examiner l’impact des transferts sociaux sur la pauvreté et les
inégalités, on doit faire la balance entre, d’un côté, la contribution des
ménages via l’imposition et les cotisations et, de l’autre, ce que les
ménages reçoivent en retour en termes de prestations sociales et de
pensions de vieillesse. Cette décomposition reste cependant incomplète
car elle ne tient pas compte des transferts sociaux en nature ainsi que
d’une partie de l’imposition indirecte.
En 2020, le taux de risque de pauvreté calculé avant transferts sociaux
atteint 47.4% de la population, un chiffre en augmentation de 1 point de
pourcentage par rapport à 2019. Ce taux chute à 28.7% si l’on intègre les
pensions de vieillesse et de veuvage dans le calcul du revenu. Si on prend
en compte la totalité des transferts, le taux de pauvreté descend à 17.4%.
Le taux de pauvreté avant transferts a progressé de près de 9 points
depuis 2003, celui calculé après transferts de près de 6 points. Sur cer-
taines périodes (par exemple, entre 2009 et 2011), la pauvreté après
transferts a même reculé tandis que celle calculée avant transferts a
progressé. Ceci montre l’importance des transferts sociaux comme moyen
de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
Graphique 26
Taux de risque de pauvreté avant et après transferts sociaux
50
45
40
35
30
25
20
15
10
5
0
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
Taux de pauvreté, en %
Avant transferts sociaux
Avant transferts sociaux
(excepté pensions de
vieillesse et de veuvage)
Après transferts sociaux
47.4
28.7
17.4
38.7
23.2
11.9
Note: rupture de séries en 2016 et 2020
Source: STATEC (en collaboration avec le LISER), EU-SILC 2003-2020
Partie 3: Conditions de vie
139
3.6 La pauvreté multidimensionnelle
Les méthodes actuelles de calcul du taux de pauvreté au Luxembourg et
en Europe se basent principalement sur le revenu disponible des ménages
ajusté par le nombre d’unités de consommation du ménage. Cependant,
le revenu n’est pas le seul facteur affectant le bien-être d’un ménage. La
mesure de la pauvreté basée uniquement sur le revenu présente deux
faiblesses principales. Premièrement, le revenu peut fluctuer dans le
temps; et c’est particulièrement vrai pour les travailleurs indépendants
ou les chômeurs de courte durée. (Meyer et Sullivan 2012) et (Brewer et
O’Dea 2012) constatent qu’il est préférable d’utiliser la consommation
des ménages plutôt que leur revenu pour mieux appréhender le niveau de
vie des personnes défavorisées aux États-Unis et au Royaume-Uni. 7 Par
ailleurs, la "théorie du revenu permanent" de Friedman suggère que les
comportements décisionnels des ménages sont fondés sur les attentes
de revenu à long terme plutôt que sur le niveau de revenu actuel. Deuxiè -
mement, les ménages peuvent compter sur leur épargne et leur patrimoine
financier pour lisser leur consommation au cours d’une année difficile et
ainsi conserver le même niveau de vie qu’auparavant. Ceux qui disposent
d’un niveau élevé de patrimoine et d’épargne accumulés sont donc
moins susceptibles d’être exposés au risque de pauvreté que les ménages
disposant de peu de ressources. Ces limites soulignent l’importance
d’un cadre multidimensionnel tenant compte à la fois du revenu, de la
consommation et du patrimoine des ménages pour obtenir une meilleure
évaluation du bien-être économique des ménages.
Dans cette section, on calcule un taux de pauvreté combinant trois
dimensions: le revenu, la consommation et le patrimoine financier des
ménages. Cependant, une telle analyse nécessiterait une source de
données unique fournissant des informations conjointes sur toutes ces
dimensions. Actuellement, il n’existe aucune source de données de ce type
au Luxembourg. Par conséquent, nous utilisons des techniques d’appa -
riement statistique ("Statistical Matching") pour faire correspondre les
informations sur la consommation tirée de l’enquête sur le budget des
ménages (EBM) avec le niveau de patrimoine obtenu dans l’enquête sur
la consommation des ménages et du patrimoine financier (HFCS) et avec
le revenu tel que collecté dans l’enquête européenne sur les revenus
et les conditions de vie (EU-SILC). Par ailleurs, sur la base des données
appariées, nous pouvons également calculer d’autres indicateurs synthé -
tiques, par exemple le taux d’épargne des ménages, qui est un indicateur
important sur l’accumulation de richesse, et le taux de pauvreté énergé -
tique. Nos résultats sont conformes aux lignes directrices recommandées
dans les rapports de (Stiglitz, Sen et Fitoussi 2009) sur la mesure du
progrès économique et social et le cadre de l’OCDE (OECD 2013).
7 Notez que le seuil de pauvreté américain n'est pas relatif comme au Luxembourg ou en Europe.
Rapport travail et cohésion sociale
140
L’appariement statistique est une technique puissante et rentable; toute -
fois, nous conseillons de vérifier soigneusement l’hypothèse d’indépendance
conditionnelle ("Conditional Independence Assumption" - CIA) et de réaliser
une analyse de la sensibilité pour toutes les variables appariées. Pour plus
de détails sur les techniques d’appariement statistique et les contrôles de
sensibilité, veuillez consulter (Tran et Osier 2021). D’une manière générale,
il convient d’être prudent lors de l’utilisation des mesures synthétiques
basées sur des données appariées, car elles reposent sur des estimations
qui sont de nature expérimentale et doivent donc faire l’objet de tests et
de validations supplémentaires.
3.6.1 Le taux de risque de pauvreté basé sur le revenu, la consommation
et le patrimoine
Nous suivons ici la méthodologie standard pour le calcul de la pauvreté
selon le revenu, qui partage les personnes dont le revenu disponible du
ménage ajusté par le nombre d’unités de consommation est inférieur à
60% de la médiane nationale. Nous utilisons une approche similaire pour
calculer la pauvreté d’après le niveau de consommation des ménages: les
ménages et leurs membres sont définis comme étant en risque de pau -
vreté en termes de consommation si leurs dépenses totales par unité de
consommation sont inférieures à 60% de la dépense médiane au niveau
national. Le revenu et la consommation étant toutes deux des variables
de flux, il est raisonnable de suivre des approches similaires pour définir
la pauvreté. Ces deux définitions sont également utilisées dans d’autres
études, notamment dans (OECD 2013). Cependant, cette approche est
plus compliquée à utiliser pour définir la pauvreté en termes de patrimoine,
car le patrimoine est une variable de stock, qui s’accumule au fil du temps.
Par conséquent, nous suivons l’approche fondée sur les actifs de (Bran -
dolini, Magri et Smeeding 2010), qui définit un ménage ou un individu
comme "pauvre" en patrimoine si ses avoirs financiers sont insuffisants
pour répondre à ses besoins sur une période donnée 8. Dans le cadre de ce
document, nous utilisons un seuil de trois mois de ressources monétaires 9.
Un tel seuil est couramment utilisé dans la littérature ((Haveman et Wolff
2004), (Brandolini, Magri et Smeeding 2010) et (OECD 2013)).
8 Il convient de noter que la pauvreté en patrimoine est souvent considérée comme une vulnérabilité
financière, car elle signifie un manque de ressources en cas de perte soudaine de revenus ou de
dépenses imprévues.
9 En 2020, le seuil de pauvreté monétaire par personne au Luxembourg est de 1 892 euros par mois,
ce qui représente 60% du revenu médian des ménages ajustés par le nombre d’unités de
consommation. Ainsi, trois mois de ressources correspondent à 5 676 euros par nombre d'unités
de consommation.
Partie 3: Conditions de vie
141
Figure 3 La pauvreté au Luxembourg chute à 5.6% si l’on tient compte à la fois
du revenu, de la consommation et du patrimoine financier
3.9%
Niveau individuel Niveau du ménage
5.6%
4.5%
2.7%
5.2%
15.7%4.2%
3.8%
4.5%
4.6%
2.3%
5.7%
16.4%4.1%
Revenu par équivalent-adulte inférieur à 60% du revenu médian
Consommation par équivalent-adulte inférieure à 60% de la consommmation médiane
Patrimoine financier par équivalent-adulte inférieur à 3 mois de ressources
Pauvreté de revenu
16.3%
Pauvreté de
consommation
15.5%
Pauvreté de
patrimoine
financier
30.7%
Pauvreté de revenu
17.4%
Pauvreté de
patrimoine
financier
30.7%
Pauvreté de
consommation
17.0%
Sources: STATEC, Calcul des auteurs à partir de fichiers synthétiques obtenus par l’appariement de
EU-SILC 2020 avec EBM 2020 et HFCS 3 e Vague (2018). Il convient de noter que le revenu collecté
dans EU-SILC, EBM et HFCS provient d’une année antérieure.
Les résultats sont présentés dans la figure 3 . Au niveau individuel, nous avons constaté que le taux de pauvreté selon le revenu est de 17.4%, tandis que les taux de pauvreté de consommation et de patrimoine sont respectivement de 17.0% et 30.7%. Ici, nous utilisons uniquement le pa - trimoine financier pour mesurer la pauvreté car celui-ci peut être facile - ment liquidé afin de lisser la consommation du ménage. Calculés au niveau des ménages, ces taux sont respectivement de 16.3%, 15.5% et 30.7% pour les dimensions du revenu, de la consommation et du patrimoine 10 . La proportion de personnes pauvres en patrimoine est nettement plus élevée que pour les deux autres dimensions. Cela reflète le phénomène selon lequel le patrimoine est beaucoup plus inégalitairement réparti entre les ménages que le revenu. Le chevauchement entre ces trois dimensions est indiqué dans la figure 3 . Parmi les 17.4% d’individus à risque de pau - vreté de revenu, 8.3% (soit près de la moitié d’entre eux) connaissent également un faible niveau de consommation et 10.8% disposent de moins de 3 mois de ressources sur leurs comptes bancaires ou dans leurs actifs financiers. De plus, 5.6% de la population (soit près d’un tiers de ceux qui sont pauvres en revenu) sont en risque de pauvreté dans les trois dimen - sions. Calculé au niveau des ménages, ce chiffre est de 4.5% 11 . Ces deux derniers chiffres représentent une situation de pauvreté "extrême", dans laquelle les ménages touchés ne peuvent s’appuyer ni sur des niveaux de revenus suffisant ni sur des réserves monétaires ou de l’aide financière extérieure pour maintenir un niveau de vie adéquat. 10 On note que la taille ou la composition des ménages diffèrent selon leur niveau de revenu, de consommation ou de patrimoine, ce qui explique les différences de résultats entre les niveaux individuels et ménages. 11 Ce chiffre reflète le fait que la taille moyenne des ménages à faible revenu est plus grande que celle des ménages à revenu élevé. Rapport travail et cohésion sociale 142 Graphique 27 Taux de pauvreté des ménages par caractéristiques démographiques,
- Les jeunes, les chômeurs, les inactifs, les locataires et les
personnes ayant un faible niveau d’éducation sont davantage exposés 16-25 46-55 36-45 26-35 56-65
65 0 10 20 30 40 60 50 en % Indépendant (avec salarié) Indépendant (sans salarié) Salarié Chômeur Retraité Inactif 0 10 20 30 40 en % (a) par groupes d’âge (b) par statut d'activité Statut du logement: Propriétaires Statut du logement: Locataires Niveau d'éducation: Faible Niveau d'éducation: Moyen Niveau d'éducation: Élevé 0 10 20 30 40 en % Monoparental, avec 2 enfants ou plus 2 adultes, avec 3 enfants ou plus Plus de 2 adultes, avec enfant(s) Un adulte seul Monoparental, avec un enfant 2 adultes, avec 2 enfants Plus de 2 adultes, sans enfant(s) 2 adultes, avec un enfant 2 adultes, sans enfant(s) 0 10 20 30 50 40 en % (c) par niveau d'éducation et statut du logement (d) par la composition du ménage ICW Revenu Consommation + Patrimoine (CW) Revenu + Patrimoine (IW) Revenu + Consommation (IC) Taux de pauvreté du revenu officiel national Sources: STATEC, Calcul des auteurs à partir de fichiers synthétiques obtenus par l’appariement de EU-SILC 2020 avec EBM 2020 et HFCS 3e Vague (2018). Les caractéristiques du ménage sont indiquées par la personne de référence.