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37Insee Références – Édition 2024 – Vue d’ensemble – En vingt ans, les inégalités de patrimoine se sont accrues, en lien avec… b. Profil des ménages Groupe Part des ménages (en %) Patrimoine brut médian (en euros) Répartition des ménages (en %) Âge de la personne de référence Revenu disponible Moins de 40 ans Entre 40 et 60 ans Plus de 60 ans Inférieur à Q1 Q1 à Q2 Q2 à Q3 Supérieur à Q3 Peu de patrimoine, en particulier ménages possédant rarement leur résidence principale A0 N’ayant que des comptes‑chèques 5,6 2 300 21 35 44 63 26 8 3 A1 Sans prêt à la consommation 25,2 23 700 32 27 41 46 31 17 7 A2 Avec prêt à la consommation 11,7 25 600 36 34 30 25 31 30 14 Niveau de patrimoine intermédiaire, ménages possédant essentiellement leur résidence principale B1 Sans livret d’épargne et peu endettés 10,3 134 300 17 31 52 36 27 24 14 B2 Endettés avec prêt à la consommation et souvent immobilier 8,9 278 700 29 53 19 5 12 35 48 B3 Moins endettés, sans prêt à la consommation 20,8 297 400 19 32 49 12 26 31 32 Les mieux dotés, ménages au patrimoine diversifié incluant de nombreux produits financiers
voire du patrimoine professionnel C1 Sans patrimoine professionnel 10,2 508 900 12 35 54 7 17 26 50 C2 Avec patrimoine professionnel 7,3 703 600 13 50 37 9 13 25 53 Ensemble 100,0 177 200 24 35 42 25 25 25 25 Note : Les groupes sont réalisés à partir d’une classification ascendante hiérarchique pour rassembler les ménages détenant des actifs et des passifs semblables    méthodes. Lecture : Début 2021, 11,7 % des ménages appartiennent au groupe des ménages ayant peu de patrimoine, en particulier possédant rarement leur résidence principale, et ayant un prêt à la consommation (groupe A2). La moitié possède un patrimoine inférieur à 25 600 euros. 36 % d’entre eux ont moins de 40 ans et 25 % d’entre eux appartiennent aux 25 % des ménages dont le revenu disponible est le plus faible (inférieur à Q1). Champ : France hors Mayotte, ménages vivant en logement ordinaire. Source : Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2020‑2021. En moyenne, le patrimoine brut augmente pour les ménages dont la composition est restée stable Le panel de l’enquête HVP permet d’apprécier les logiques d’accumulation ou de désaccumulation patrimoniale    sources. En effet, l’enquête HVP est réalisée tous les trois ans et certaines personnes sont réinterrogées lors de plusieurs éditions. En 2020‑2021, certains individus ont répondu à l’enquête pour la 2e ou 3e fois, ce qui permet de suivre l’évolution de leur patrimoine au cours des trois ou six dernières années. Les ménages stables, dont le contour n’a pas évolué, ont globalement accumulé du patrimoine : leur patrimoine brut moyen a augmenté de 11 % entre 2015 et 2018 et de 13 % entre 2018 et 2021. À l’inverse, le patrimoine des autres ménages, dont la composition a changé (par exemple, à la suite d’une séparation, d’une mise en couple, d’un décès, etc.), a en moyenne baissé : ‑2 % entre 2015 et 2018 et ‑3 % entre 2018 et 2021. Logiquement, le patrimoine brut des ménages varie plus fortement chez les ménages non stables plutôt que chez les stables : les hausses et les baisses de plus de 50 % concernent la moitié des ménages non stables, contre seulement un tiers des ménages stables. Parmi les ménages stables, la mobilité dans l’échelle des patrimoines est faible, mais globalement ascendante Parmi les ménages stables, la mobilité au sein de la distribution du patrimoine total brut est relativement faible : 52 % des personnes vivent dans un ménage dont le patrimoine brut est situé dans le même dixième de la distribution de l’ensemble des patrimoines en 2018 et en 2021 et 33 % sont passées dans un dixième contigu    figure 9a. Les 14 % restants vivent dans un ménage dont le patrimoine brut a évolué de plus d’un dixième dans la distribution, et seuls 6 % ont évolué de plus de deux dixièmes. La mobilité est moindre chez les mieux dotés, c’est‑à‑dire qu’ils ont tendance à 38 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024  9. Mobilité entre 2018 et 2021 dans la distribution de patrimoine pour les personnes en ménage stable a. Type de mobilité en % Mobilité entre 2018 et 2021 Patrimoine brut Patrimoine net Dixième inchangé 52 47 Mobilité ascendante 29 34 Dixième immédiatement supérieur 19 23 2 dixièmes de plus 5 7 Au-delà de 2 dixièmes de plus 4 4 Mobilité descendante 19 19 Dixième immédiatement inférieur 14 14 2 dixièmes de moins 3 4 Au-delà de 2 dixièmes de moins 2 2 Ensemble 100 100 Note : La distribution est estimée sur l’ensemble des ménages interrogés lors d’un millésime donné (donc en 2018 ou en 2021), et non uniquement sur les ménages stables appartenant au panel. Lecture : 52 % des personnes en ménage stable (c’est‑à‑dire dont la composition du ménage n’a pas changé) ont un patrimoine brut en 2021 situé dans le même dixième de la distribution que ne l’était leur patrimoine brut en 2018. Champ : France métropolitaine, personnes vivant en logement ordinaire, dans un ménage stable entre 2018 et 2021. Source : Insee, panel enquêtes Histoire de vie et Patrimoine 2017‑2018 et 2020‑2021. b. Selon la position dans la distribution de patrimoine brut 5 2 0 part des personnes qui étaient dans le dixième en 2018, en % 10 15 20 25 30 35 Position en 2021 Position en 2018 Inférieur à D1 D1 à D2 D2 à D3 D3 à D4 D4 à D5 D5 à D6 D6 à D7 D7 à D8 D8 à D9 Supérieur à D9 Inférieur à D1 54 D1 à D2 45 D2 à D3 46 D3 à D4 42 D4 à D5 47 D5 à D6 53 D6 à D7 45 D7 à D8 55 D8 à D9 53 Supérieur à D9 76 Note : La distribution est estimée sur l’ensemble des ménages interrogés lors d’un millésime donné (donc en 2018 ou en 2021), et non uniquement sur les ménages stables appartenant au panel. Lecture : 76 % des personnes en ménage stable (c’est‑à‑dire dont la composition du ménage n’a pas changé) doté d’un patrimoine brut supérieur au 9e décile (D9) en 2018 vivent toujours dans un ménage dont le patrimoine est supérieur au 9e décile en 2021. Champ : France métropolitaine, personnes vivant en logement ordinaire, dans un ménage stable entre 2018 et 2021. Source : Insee, panel enquêtes Histoire de vie et Patrimoine 2017‑2018 et 2020‑2021. le rester : 76 % des personnes appartenant aux 10 % des ménages les mieux dotés en 2018 sont toujours parmi les 10 % les mieux dotés en 2021    figure 9b. Par ailleurs, la mobilité est plus souvent ascendante, les transitions vers un dixième supérieur de patrimoine brut étant plus fréquentes que les trajectoires descendantes : 29 % des cas, contre 19 %.

39 Insee Références – Édition 2024 – Vue d’ensemble – En vingt ans, les inégalités de patrimoine se sont accrues, en lien avec… En considérant cette fois le patrimoine net, la mobilité est un peu plus forte (du fait notamment des ménages endettés qui remboursent progressivement leurs emprunts au cours de la période). Sur une période plus longue, entre 2015 et 2021, les constats sont similaires. Les mobilités sont un peu plus fréquentes, en particulier entre dixièmes proches, et globalement ascendantes. Les mobilités de plus d’un dixième restent minoritaires.  Auteurs : Pierre Cheloudko (Insee) Aliette Cheptitski (Insee) Claire Hagège (Insee) Orlane Hubert (Insee)  Méthodes L’indice de Gini L’indice de Gini est un indicateur synthétique d’inégalités. Il permet de mesurer le degré d’inégalité d’une distribution pour une population donnée. Il est compris entre 0 et 1, et plus il est proche de 1, plus la distribution est inégalitaire. Comme tout indicateur synthétique, l’indice de Gini ne rend compte que partiellement des inégalités de patrimoine. Si on prend l’exemple d’une distribution qui serait telle que la moitié des ménages détient 0 % du patrimoine, et l’autre moitié des ménages détient chacun une part égale du patrimoine, l’indice de Gini serait égal à 1/2. Si la masse de patrimoine total est multipliée par deux entre un instant t et un instant t+1, sans que la répartition entre les ménages détenant du patrimoine n’évolue, alors l’indice de Gini sera toujours égal à 1/2. Mais sous un autre aspect, les inégalités ont crû car 50 % des ménages détiennent deux fois plus de patrimoine, quand l’autre moitié ne détient toujours rien. Cet exemple théorique permet d’illustrer le clivage croissant entre les ménages propriétaires d’un bien immobilier et les autres ménages, que peine à retranscrire l’évolution de l’indice de Gini. La décomposition des mesures d’inégalités en composantes de patrimoine permet de comprendre qu’une composante particulière du patrimoine puisse être à l’origine des inégalités dans la répartition du patrimoine entre les ménages. Si le patrimoine d’un ménage est constitué de trois composantes – immobilier, financier et professionnel –, alors l’indice de Gini du patrimoine s’écrit sous la forme suivante : G G G G

ρ ρ ρ Imm Imm Financ Financ Prof Prof où ρ X est la part moyenne de la composante « X » dans le patrimoine total, et GX est un pseudo‑indice de Gini calculé en cumulant les masses de la composante « X » mais en triant les ménages en fonction de leur patrimoine total. Cela permet de calculer la contribution de chaque composante aux inégalités de patrimoine : CTR X X X ( ) = ρ G G Construction d’une typologie de ménages selon la détention des différents actifs et passifs Les ménages détenant uniquement un compte‑chèques sont isolés. Puis, une méthode de classification ascendante hiérarchique est appliquée pour construire des portefeuilles‑types en fonction de la détention d’actifs et de passifs patrimoniaux (en calculant la distance euclidienne entre les portefeuilles des ménages et en appliquant ensuite le critère de Ward pour les regrouper). Cette méthode permet de regrouper dans une même classe les ménages dont les portefeuilles se ressemblent    figure 8. Huit catégories d’actifs sont distinguées (résidence principale et autres biens immobiliers ; livrets d’épargne, épargne logement, épargne retraite, assurance-vie et valeurs mobilières ; actifs professionnels) et deux catégories de passifs (emprunts immobiliers, prêts à la consommation).

40 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024  Sources L’enquête Histoire de vie et Patrimoine Depuis 1986, l’Insee réalise tous les trois à six ans une enquête visant à décrire le patrimoine des ménages. L’enquête Histoire de vie et Patrimoine (HVP) 2020‑2021 s’est déroulée entre octobre 2020 et mars 2021, en France hors Mayotte, auprès d’un échantillon de 10 250 ménages répondants, dont 70 % par téléphone du fait de la crise sanitaire. Elle est réalisée en partenariat avec la Banque de France et s’inscrit dans un cadre européen (dispositif Household Finance and Consumption Survey, HFCS). L’enquête HVP porte sur toutes les dimensions du patrimoine (financier, immobilier, professionnel, résiduel, endettement). Elle rassemble également des informations biographiques sur le ménage pour mieux comprendre comment s’est constitué le patrimoine (cycle d’activité professionnelle, héritages, donations, situation patrimoniale des parents, etc.). Les revenus sont obtenus par appariement avec les données fiscales et sociales (de 2019 pour HVP 2020‑2021). Les données présentées sont fondées sur les réponses des ménages répondants à l’enquête, sans calage sur les masses des comptes de patrimoine de la comptabilité nationale    encadré 1. Principales évolutions et impact sur les séries longues Du fait de changements méthodologiques, les séries longues portent parfois sur un champ restreint : • les comparaisons incluant les données 2010 ou antérieures portent sur le patrimoine brut hors reste (et non sur le patrimoine brut). En effet, depuis l’enquête Patrimoine 2014‑2015, la méthode utilisée pour mesurer la valeur des biens durables (voiture, équipement de la maison, etc.), bijoux, œuvres d’art et autres objets de valeur (ou patrimoine résiduel) a été modifiée, dans un souci d’harmonisation avec le dispositif européen HFCS. Désormais, les ménages déclarent directement la valeur de ces actifs restants, plutôt que de calculer la composante « reste des actifs » par la différence entre le patrimoine total déclaré par les ménages et les composantes financières, immobilières et professionnelles ; • les évolutions sur le champ France hors Mayotte ne sont possibles que depuis 2010, date d’intégration des départements d’outre‑mer hors Mayotte dans le champ de l’enquête. Aussi, les analyses incluant des millésimes antérieurs à 2010 portent sur la France métropolitaine. D’autres changements dans la méthodologie de l’enquête ont pu affecter les montants des agrégats de patrimoine [Accardo et al., 2014 ; Ferrante et al., 2016]. En 2020‑2021, la méthodologie de redressement de l’enquête a été modifiée. Les résultats des millésimes 2009‑2010, 2014‑2015 et 2017‑2018 ont donc été recalculés avec les nouvelles pondérations rétropolées, conduisant à des différences avec les chiffres précédemment publiés ; en particulier, les chiffres publiés ici sur les millésimes 2009‑2010 à 2017‑2018 peuvent différer de ceux publiés dans l’édition 2021 de cet Insee Références. Le panel HVP Depuis 2014, certains individus sont interrogés plusieurs fois. Il s’agit d’un panel rotatif, avec des entrants à chaque vague. Le panel HVP suit des individus : tous les individus d’un ménage entrant sont réinterrogés tous les trois ans, sur un cycle maximal de neuf ans. Lors de la réinterrogation des individus panel, le questionnaire reste néanmoins adressé à l’ensemble du ménage : à la fois le ou les individus panel du ménage, mais aussi leurs cohabitants faisant budget commun avec eux. Par exemple, si le ménage initialement enquêté est un couple qui se sépare, la réinterrogation interroge séparément les deux ménages ainsi constitués, en incluant d’éventuels nouveaux conjoints. Le patrimoine reste donc mesuré au niveau du ménage, ce qui permet d’obtenir à chaque vague d’enquête des résultats représentatifs de l’ensemble des ménages en France. En 2020‑2021, 36 % des ménages répondants étaient interrogés pour la première fois, 43 % pour la deuxième fois et 21 % pour la troisième fois. L’attrition est d’un peu moins de 20 % à chaque vague, c’est‑à‑dire qu’environ 20 % des ménages ne répondent pas lorsqu’ils sont réinterrogés. Par définition, le panel interroge les mêmes individus à trois ans d’intervalle. Dans l’ensemble, ils ont accumulé du patrimoine sur la période. Ce mouvement ascendant est moindre pour l’ensemble de la population enquêtée chaque année par l’enquête HVP du fait du renouvellement de la population. En effet, celle‑ci évolue structurellement avec les entrées et sorties du champ de l’enquête (les adultes vivant en ménage ordinaire) : entrée de jeunes devenant adultes (généralement moins dotés en patrimoine), sorties d’individus âgés décédés ou partis en institution (généralement plus dotés en patrimoine), ou encore arrivées en France. Distinguer les ménages stables et ceux dont la composition a changé L’enquête HVP mesure historiquement le patrimoine au niveau du ménage. Au sein du ménage, toutes les composantes du patrimoine ne sont pas individualisables sans hypothèse supplémentaire. Suivre le patrimoine sur plusieurs années n’est pas possible au niveau ménage : celui‑ci peut en effet changer au fil du temps. Certaines évolutions ont a priori des effets limités (naissance d’un enfant, changement de résidence d’un jeune adulte pour ses études, etc.), tandis que d’autres sont déterminantes : une séparation qui divise le patrimoine entre les membres du ménage, le décès d’un membre, dont la succession s’effectue en partie en dehors du ménage, etc.