47 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – Un tiers des personnes à très bas revenus en 2003 le sont encore près de 20 ans… Les personnes à très bas revenus sont moins souvent en couple et sont en moyenne plus jeunes que le reste de la population La part de personnes à très bas revenus vivant en couple chute à 21 % en 2021, contre 31 % en 2003 ; elle est nettement plus faible qu’au sein du reste de la population (52 % en 2021). En 2021, 52 % des personnes à très bas revenus sont des femmes, soit autant que dans le reste de la population. Les femmes ne sont donc pas surreprésentées au sein du premier dixième de revenus. Cette situation contraste avec le début de période : en 2003, les femmes représentaient 58 % du premier dixième, mais seulement 52 % du reste de la population figure 2. 1. Répartition des types de revenu principal en 2021, selon le centième de revenus avant redistribution Revenu nul Traitements et salaires Pensions et rentes Chômage ou préretraite Revenus du patrimoine Revenus des indépendants 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 en % centième de revenus 1 5 15 25 35 45 55 65 75 85 95 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Note : Dans le premier centième de revenus avant redistribution, les personnes ayant pour principale source de revenu des revenus d’indépendants ou du patrimoine sont celles qui ont des revenus négatifs. Lecture : 14,9 % des personnes du 9e centième de revenus avant redistribution appartiennent à un foyer fiscal dont les revenus sont majoritairement des allocations chômage ou une préretraite. Champ : France, personnes déclarant des revenus à l’administration fiscale en 2021. Sources : Insee – DGFiP, POTE 2021, calculs Insee. 2. Caractéristiques sociodémographiques des personnes à très bas revenus Caractéristiques sociodémographiques Personnes à très bas revenus Autres personnes 2003 2012 2021 2003 2012 2021 Âge moyen des déclarants (en années) 44 43 45 50 52 53 Nombre moyen de personnes à charge 0,9 0,8 0,7 0,6 0,6 0,5 Nombre moyen d’unités de consommation 1,5 1,4 1,3 1,5 1,5 1,5 Proportion de femmes (en %) 58 54 52 52 52 52 Proportion de personnes en couple (en %) 31 26 21 57 55 52 Lecture : En 2021, les 10 % des personnes aux revenus avant redistribution les plus faibles (« personnes à très bas revenus ») ont en moyenne 45 ans, contre 53 ans pour le reste de la population. Champ : France, personnes déclarant des revenus à l’administration fiscale en 2003, 2012 ou 2021. Sources : Insee – DGFiP, POTE 2003, 2012 et 2021, calculs Insee. Les personnes à très bas revenus sont en moyenne plus jeunes : 45 ans en 2021, contre 53 ans pour le reste de la population. La pyramide des âges des personnes à très bas revenus diffère en effet de celle de l’ensemble de la population, surtout aux extrémités figure 3. La part de personnes à très bas revenus ayant 60 ans ou plus est plus faible que dans l’ensemble de la population (19 %
48 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024 contre 36 %), alors que la part des 16‑25 ans2 est plus élevée (13 % contre 6 %). Les personnes en âge d’être à la retraite connaissent moins d’épisodes de très bas revenus, contrairement aux jeunes qui entrent dans la vie active : les personnes en début de carrière professionnelle peuvent, par exemple, travailler seulement une partie de l’année, limitant de fait leur premier revenu déclaré. En 2021, 8 % des personnes à très bas revenus effectuent leur première déclaration de revenus à l’administration fiscale, contre 2 % dans l’ensemble de la population. Les personnes à très bas revenus sont surreprésentées dans les départements d’outre‑mer et dans les zones densément peuplées En 2021, la répartition des personnes à très bas revenus n’est pas uniforme sur le territoire et recoupe la carte des départements les plus pauvres figure 4 [Insee, 2024]. Ces personnes sont surreprésentées dans les territoires d’outre‑mer, où leur part dépasse 20 %. Dans la plupart des départements de France métropolitaine, cette part est inférieure à 10 % ; seuls certains départements d’Île‑de‑France font exception, notamment la Seine‑Saint‑Denis avec 18 %, ainsi que certains départements des Hauts-de-France, du Grand Est et du pourtour méditerranéen. En outre, 49 % des personnes à très bas revenus résident dans une commune densément peuplée [D’Alessandro et al., 2021], contre 37 % pour l’ensemble de la population ; la proportion d’entre eux résidant dans les communes peu ou très peu denses est ainsi plus faible (21 %, contre 33 % pour l’ensemble). 2 Il s’agit ici uniquement des jeunes qui font une déclaration de revenus sans être rattachés au foyer fiscal de leurs parents. 3. Pyramide des âges selon les revenus avant redistribution en 2021 3 2 1 0 1 2 3 en % Ensemble des hommes Hommes à très bas revenus Ensemble des femmes Femmes à très bas revenus 15 19 23 27 31 35 39 43 47 51 55 59 63 67 71 75 79 83 87 91 95 99 103 107 âge, en années Lecture : En 2021, 2,22 % des femmes et 2,14 % des hommes appartenant au premier dixième de revenus avant redistribution (« personnes à très bas revenus ») ont 30 ans, contre respectivement 1,57 % et 1,70 % au sein de l’ensemble des personnes déclarant des revenus. Champ : France, personnes déclarant des revenus à l’administration fiscale en 2021. Sources : Insee – DGFiP, POTE 2021, calculs Insee.
49 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – Un tiers des personnes à très bas revenus en 2003 le sont encore près de 20 ans… 4. Part des personnes à très bas revenus en 2021 en % 8,6 7,6 9,5 12,3 6,5 a. Selon le département © IGN-Insee 2022 4 14 10 18 6 en % b. Selon la commune © IGN-Insee 2022 Note : Les résultats par bassin de vie et par zone d’emploi sont disponibles dans le fichier des données à télécharger. Lecture : En 2021, 11,5 % des personnes résidant dans l’Hérault déclarent un revenu inférieur au premier décile de revenus avant redistribution (« personnes à très bas revenus »). Champ : France, personnes déclarant des revenus à l’administration fiscale en 2021. Sources : Insee – DGFiP, POTE 2021, calculs Insee. Note : La valeur affichée correspond à la moyenne au sein de l’EPCI dans le cas où la donnée d’au moins une commune de l’EPCI n’est pas diffusable. Lecture : En 2021, 12,9 % des personnes résidant à Paris déclarent un revenu inférieur au premier décile de revenus avant redistribution (« personnes à très bas revenus »). Champ : France, personnes déclarant des revenus à l’administration fiscale en 2021. Sources : Insee – DGFiP, POTE 2021, calculs Insee. Encadré 1 – Différences de concepts entre les sources fiscales et les données d’enquête Les sources fiscales annuelles mobilisées dans ce dossier sources portent sur un champ différent de celui des publications usuelles sur les inégalités qui s’appuient sur l’enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) ou l’enquête SRCV (voir en fin d’ouvrage) : d’une part, la population étudiée ici est plus large au sens où elle intègre l’ensemble des personnes résidentes déclarant un revenu, en particulier les personnes vivant dans les Outre‑mer et celles logeant en institutions et logements collectifs ; d’autre part, il n’y a pas de filtre appliqué, à la différence des statistiques sur les inégalités monétaires calculées sous condition de revenu déclaré positif ou de personne de référence non étudiante. Le revenu avant redistribution défini dans cette publication se rapproche conceptuellement du revenu avant redistribution mesuré dans l’ERFS et présenté dans la vue d’ensemble de cet ouvrage par la prise en compte des revenus d’activité, des indemnités de chômage, pensions et retraites et revenus du patrimoine. Cependant, des différences mineures demeurent en raison de l’utilisation d’une source purement fiscale sources. Le revenu avant redistribution est ici fiscal et n’inclut pas, à la différence de celui définit par l’ERFS, certains revenus non fiscalisés notamment certains revenus des capitaux (intérêts sur les livrets d’épargne réglementés), revenus des plans d’épargne en actions et des produits d’assurance‑vie, plans d’épargne populaire et bons de capitalisation) et certaines mesures exceptionnelles (prime exceptionnelle de pouvoir d’achat mise en place en 2019, versée par l’employeur et exonérée de cotisations sociales et d’impôt, prime soignant mise en place en 2020, ou encore fonds de solidarité pour les indépendants en 2020 et 2021). L’ensemble de ces revenus non fiscalisés sont imputés dans l’ERFS et représentent 3,3 % des revenus avant redistribution (2,8 % dans le premier dixième).
50 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024 Entre 2003 et 2021, 23 millions de personnes traversent au moins un épisode de très bas revenus Entre 2003 et 2021, 23 millions de personnes traversent au moins un épisode de très bas revenus, soit un tiers des personnes ayant déclaré des revenus à l’administration fiscale au moins une année au cours de la période. Cette proportion est plus forte chez les plus jeunes et décroît avec l’âge : 35 % des personnes âgées de 25 ans en 2003 rencontrent un épisode de très bas revenu sur la période, contre 21 % des personnes de 50 ans en 2003 et 13 % de celles de 65 ans en 2003. Les personnes appartenant à un foyer dont les revenus sont principalement des revenus d’indépendants en 2003 rencontrent deux fois plus fréquemment un épisode de très bas revenus que les personnes appartenant à un foyer dont les revenus sont à dominante salariale (38 % contre 19 %). Ces résultats sont cohérents avec la forte dispersion et variabilité temporelle des revenus des travailleurs non salariés, dont un tiers sont des micro‑entrepreneurs sans autre activité qui perçoivent en moyenne 740 euros par mois en 2021 [Treppoz, Amar, 2023]. Les personnes appartenant à un foyer dont les revenus sont principalement des allocations chômage ou préretraite se trouvent aussi plus fréquemment en situation de très bas revenus au moins une fois sur la période (52 %). Parmi l’ensemble des personnes ayant été à très bas revenus au moins une fois sur la période, 51 % rencontrent au moins un épisode de chômage ou préretraite au sein de leur foyer, contre 44 % sur l’ensemble des personnes observées. Après la crise de 2008, le revenu avant redistribution moyen augmente et celui des personnes à très bas revenus baisse L’évolution des revenus au cours de la période 2003‑2021 diffère selon la position sur l’échelle des revenus. À partir de 2008, les revenus avant redistribution des 10 % les plus modestes ont fortement diminué quand ceux du reste de la population ont augmenté ; entre 2003 et 2008, les évolutions étaient similaires. Ainsi, le premier décile (D1) de revenu avant redistribution a diminué de 12 % en euros constants entre 2008 et 2018 figure 5a, alors que la médiane a augmenté de 7 % et que le neuvième décile (D9) a augmenté de 6 %. Le ratio D9/D1 de revenu avant redistribution est passé de 6,7 en 2003 à 8,1 en 2018, soit une augmentation de 20 %. La diminution du premier décile de revenu avant redistribution s’explique par une hausse de la part des revenus avant redistribution nuls à partir de 2008 : 30 % des personnes du premier dixième ont des revenus avant redistribution nuls en 2003, 40 % en 2018, et 46 % en 2021. Les premiers centièmes de revenus regroupent également des personnes aux revenus négatifs. En excluant ces revenus négatifs liés aux déficits, le revenu avant redistribution moyen du premier dixième a diminué de 31 % entre 2008 et 2018 en euros constants figure 5b, alors que le revenu avant redistribution moyen de la population a augmenté de 6 % (8 % pour les 10 % aux revenus avant redistribution les plus élevés). En revanche, le revenu avant redistribution moyen des personnes à très bas revenus, mais dont les revenus avant redistribution ne sont pas nuls, est quant à lui stable depuis 2008 en euros constants. Au‑delà de ces légères différences de calcul du revenu avant redistribution, ce dernier diffère par définition du revenu disponible intervenant dans la définition des inégalités monétaires. Le revenu disponible se calcule à partir du revenu avant redistribution en déduisant les impôts directs (impôt sur revenu, contribution sociale généralisée (CSG), contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) et taxe d’habitation) et en incluant les prestations sociales monétaires (minima sociaux et prime d’activité). Néanmoins, les personnes à faible revenu avant redistribution et les personnes pauvres sont très majoritairement les mêmes. En effet, selon l’ERFS, en France métropolitaine, parmi les personnes vivant dans un logement ordinaire dont le niveau de vie en 2021 est inférieur au seuil de pauvreté monétaire (1 158 euros par mois par unité de consommation), 60 % appartiennent au premier dixième des revenus avant redistribution méthodes. Réciproquement, 87 % des personnes du premier dixième de revenus avant redistribution de l’ERFS font partie des personnes pauvres. Enfin, le revenu avant redistribution diffère du revenu net imposable car ce dernier est diminué des abattements (notamment de 10 % pour frais professionnels sur les salaires et les retraites et les abattements spéciaux), d’une partie de la CSG, des pensions alimentaires versées, des cotisations pour l’épargne retraite ainsi que des charges déductibles liées aux déficits des années précédentes.