17 Insee Références – Édition 2024 – Vue d’ensemble – Depuis le milieu des années 1990, les inégalités de niveau de vie… la personne de référence est étudiante. Par ailleurs, il est possible d’estimer à 220 000 le nombre de personnes pauvres à Mayotte5, selon l’enquête Budget de famille et les estimations de population. Les enquêtes usuelles de la statistique publique couvrent les personnes vivant en logement ordinaire. Toutefois, il est possible d’estimer à partir d’autres sources la pauvreté parmi les autres personnes : celles qui vivent en habitation mobile, en communauté et les sans‑abris [Blasco, Picard, 2021]. Environ 100 000 personnes vivent en habitation mobile en 2021 selon les chiffres du recensement. Selon l’enquête auprès des bénéficiaires de minima sociaux, la quasi‑totalité d’entre eux perçoivent le revenu de solidarité active dont le montant est inférieur au seuil de pauvreté. Le nombre de personnes sans domicile peut être estimé à environ 300 000, d’après un ensemble de sources (enquête auprès des établissements de service en faveur des adultes et familles en difficulté sociale 2020‑2021, recensement de la population, système d’information du service intégré d’accueil et d’orientation). Cette estimation sera précisée fin 2026 en s’appuyant sur les résultats de la prochaine édition de l’enquête Sans Domicile. Une partie des personnes sans domicile (environ 100 000) sont hébergées dans des logements ordinaires mis à disposition par des associations et sont donc interrogées dans les enquêtes annuelles usuelles. Les autres personnes sans domicile, environ 200 000, sont hébergées dans des structures spécialisées, dans des chambres d’hôtels mises à disposition ou sont sans abri. Elles sont toutes considérées comme étant en situation de pauvreté. Enfin, 1,2 million de personnes résident dans des communautés, pour des raisons de santé (Ephad, établissements de soin, etc.), en raison de leur activité professionnelle (casernes, gendarmeries, foyers de travailleurs, internats, cités universitaires, etc.) ou pour d’autres raisons (établissements pénitentiaires, communautés religieuses, etc). Environ 280 000 personnes vivraient sous le seuil de pauvreté dans des communautés d’après des estimations fondées sur diverses enquêtes. Au total, le nombre de personnes pauvres peut être estimé à 11,2 millions en France en 2021. Environ 2 millions d’entre elles seraient en situation de grande pauvreté. Elles cumulent faiblesse des revenus (avec un niveau de vie inférieur à 50 % de la médiane) et une privation matérielle et sociale sévère fiche 1.9. Davantage dʼinégalités et de pauvreté dans les zones densément peuplées En 2021, les niveaux de vie médians sont les plus élevés à Paris, et dans les départements des Hauts‑de‑Seine et des Yvelines (plus de 28 000 euros par an). En dehors de l’Île‑de‑France, ce niveau n’est atteint qu’en Haute‑Savoie, où résident de nombreux travailleurs transfrontaliers. À lʼinverse, les niveaux de vie médians sont les plus faibles en Seine‑Saint‑Denis et dans les DOM (moins de 20 000 euros par an) fiche 1.21. Le taux de pauvreté est relativement faible dans les départements de la façade atlantique (moins de 13 %). La proportion de personnes pauvres est à l’inverse la plus forte dans les DOM, le nord de la France (Aisne, Ardennes, Nord, Pas‑de‑Calais), le Val dʼOise, en Seine‑Saint‑Denis, mais également dans les départements de la façade méditerranéenne (Pyrénées‑Orientales, Aude, Hérault, Gard, Bouches‑du‑Rhône, Vaucluse). Les inégalités au sein des territoires augmentent avec le niveau de densité des communes. Les territoires ruraux ont un rapport interquintile des masses très en dessous des moyennes nationales figure 6. Le taux de pauvreté est plus faible dans les ceintures urbaines, dans les territoires ruraux périurbains et dans les communes urbaines en dehors des centres urbains. À l’inverse, dans les grands centres urbains, notamment celui de Paris, le rapport interquintile des masses est élevé. En effet, les plus aisés [Robin, Guevara, 2020] et les plus pauvres résident davantage dans les grandes villes [Gerardin, 2023 ; Antunez, Damperon, 2024, dans cet ouvrage]. Le taux de pauvreté y est très supérieur à la moyenne nationale (19,1 %) fiche 1.22. 5 Ce chiffre est obtenu en multipliant la population de 2021 issue des estimations de population par le taux de pauvreté calculé à partir de l’enquête Budget de famille de 2017 (en référence au seuil de pauvreté national).
18 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024
Moins dʼinégalités en France que dans la plupart des autres pays de lʼODCE
Dʼaprès lʼOCDE, en 2021, en parité de pouvoir dʼachat (PPA), le revenu disponible brut (RDB) des
ménages par habitant est en France équivalent à celui de lʼItalie et du Royaume‑Uni. Il est nettement
plus bas en Espagne (de 17 % par rapport à la France) et en Pologne (de 31 %). Il est en revanche plus
élevé en Allemagne (de 11 %), et encore plus aux États‑Unis (de 69 %)6.
Les inégalités de niveau de vie sont relativement faibles en France par rapport aux autres pays de
l’OCDE. En 2021, le rapport interquintile des masses est près de 60 % plus élevé aux États‑Unis et il est
de 25 à 40 % plus élevé au Royaume‑Uni, en Italie ou en Espagne figure 7. Les inégalités en France
sont à un niveau proche de l’Allemagne, mais plus élevées que dans les pays scandinaves ou dans
certains pays d’Europe de l’Est comme la Pologne fiche 1.19.
6 Certaines spécificités institutionnelles peuvent fausser ces comparaisons. Des dépenses comme lʼéducation ou la santé peuvent
être plus ou moins prises en charge par les administrations publiques en contrepartie dʼimpôts acquittés par les ménages.
6. Inégalités et taux de pauvreté en 2021 selon le type de commune de résidence
Type de commune
Taux de
pauvreté à 60 %
(en %)
Intensité de
la pauvreté
(en %)
Répartition de la
population pauvre
(en %)
Rapport
interquintile
des masses
Répartition de
la population
(en %)
Territoires urbains 17,4 21,1 75,8 5,05 66,5
Grands centres urbains 19,1 22,0 46,4 5,73 37,2
Centres urbains intermédiaires 19,9 20,7 16,9 4,32 12,9
Autres communes urbaines (ceintures urbaines
et communes urbaines hors des centres urbains) 11,7 19,6 12,5 4,07 16,4
Territoires ruraux 11,0 18,7 24,2 3,51 33,5
Rural périrubain 9,0 18,2 11,7 3,42 19,9
Rural non périrubain 14,0 19,3 12,4 3,58 13,6
Ensemble 15,3 20,9 100,0 4,51 100,0
Note : La pauvreté est mesurée au seuil de 60 % du niveau de vie médian de France métropolitaine.
Lecture : En 2021, dans les grands centres urbains, le taux de pauvreté est de 19,1 %.
Champ : France métropolitaine, Martinique et La Réunion, personnes appartenant à des ménages fiscaux vivant dans un logement
ordinaire dont le revenu déclaré est strictement positif.
Source : Insee, fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2021.
7. Rapport interquintile des masses de niveaux de vie dans plusieurs pays de lʼOCDE
depuis 2008
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
3
4
5
6
7
8
9
France
Allemagne
Italie
Norvège
Pologne
Espagne
Suède
Royaume-Uni
États-Unis
Note : Avant 2012, les données utilisent une définition légèrement différente des revenus pour certains pays : la France,
l’Allemagne et les États‑Unis. Pour la France, les données présentent plusieurs ruptures de séries : 2010, 2012 et 2020.
Lecture : En 2021, aux États‑Unis, le rapport interquintile (100‑S80)/S20 des masses de niveaux de vie des ménages atteint
7,1, contre 4,3 en Norvège.
Champ : Ménages vivant en Allemagne, Espagne, États‑Unis, Italie, Pologne, Royaume‑Uni ou Suède. Pour la France, ménages
vivant dans un logement ordinaire de France métropolitaine.
Source : OCDE, extraction du 30/05/2024.
19
Insee Références – Édition 2024 – Vue d’ensemble – Depuis le milieu des années 1990, les inégalités de niveau de vie…
Hors UE, les pays utilisent des méthodes différentes pour calculer la pauvreté, ce qui rend peu
pertinentes les comparaisons internationales de taux de pauvreté au‑delà du périmètre de l’Union
européenne. Les pays de lʼUnion européenne ont en effet construit une enquête et une méthodologie
statistique harmonisées (le dispositif EU‑SILC7) qui permet de produire des statistiques comparables
au niveau européen
sources et méthodes.
En 2021, selon le dispositif statistique harmonisé au sein des pays européens (EU‑SILC), le taux de
pauvreté de la France au seuil de 60 % du niveau de vie médian national s’élève à 15,6 % de la population
vivant en logement ordinaire, contre 16,5 % en moyenne dans l’UE
figure 8. La France se situe dans
une position intermédiaire
fiche 1.20. La Finlande, le Danemark et la Belgique ont des taux de
pauvreté plus faibles, de même que certains pays d’Europe de l’Est (la Tchéquie, la Hongrie, la Slovénie
et la Slovaquie). Cependant, la mesure de la pauvreté est difficilement comparable entre ces derniers
et la France car les seuils de pauvreté, qui sont calculés pour chaque pays en référence au niveau de
vie médian national, y sont très en‑deçà (plus de deux fois plus faibles en standards de pouvoir
d’achat (SPA) pour la Hongrie et la Slovaquie). En Espagne et en Italie, le taux de pauvreté est nettement
supérieur à celui de la France. En Allemagne et aux Pays‑Bas, il est plus faible d’environ 1 point.
Auteur :
Henri Martin (Insee)
7 European Union Statistics on Income and Living Conditions.
8. Seuil et taux de pauvreté dans l’Union européenne en 20211
8
10
12
14
16
18
20
22
24
4 000
6 000
8 000
10 000
12 000
14 000
16 000
18 000
20 000
Autriche
Belgique
Bulgarie
Chypre
Tchéquie
Allemagne
Danemark
Estonie
Grèce
Espagne
Union européenne
Finlande
France²
Croatie
Hongrie
Irlande
Italie
Lituanie
Luxembourg
Lettonie
Malte
Pays-Bas
Pologne
Portugal
Roumanie
Suède
Slovénie
Slovaquie
taux de pauvreté, en %
seuil de pauvreté, en standards pouvoir d’achat (SPA)
1 Le seuil de pauvreté est fixé à 60 % du niveau de vie national médian. L’année retenue ici (2021) correspond à l’année de
perception des revenus et non à celle de l’enquête Statistics on income and living conditions (SILC) qui est l’année retenue
dans les publications d’Eurostat (2022).
2 Les données pour la France diffèrent de celles usuellement utilisées pour l’analyse de la pauvreté en France. Ici, les
différents indicateurs sont calculés à partir d’une autre source statistique et sur un champ différent, de manière à disposer
de statistiques comparables entre pays européens.
Lecture : En 2021, le taux de pauvreté en Autriche est de 14,8 % et le seuil de pauvreté de 15 072 SPA.
Champ : Ménages vivant dans un logement ordinaire des 27 pays de l’Union européenne.
Source : Eurostat, dispositif EU‑SILC, extraction du 31/12/2023.
20 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024 Sources et méthodes Des précisions sont disponibles dans l’annexe Sources et méthodes de cet ouvrage. Les enquêtes Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) La majeure partie des statistiques présentées ici sont tirées des enquêtes Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), privilégiées par l’Insee pour le calcul des niveaux de vie et disponibles annuellement depuis 2005. À l’aide d’un appariement anonymisé, cette enquête recueille pour un échantillon de ménages représentatifs de la France métropolitaine issu de l’enquête Emploi de l’Insee, les déclarations fiscales et les prestations sociales perçues. Le champ retenu est celui des personnes vivant en France métropolitaine, dans un logement ordinaire dont la personne de référence n’est pas étudiante et dont le revenu déclaré est positif ou nul. Il exclut donc notamment les personnes résidant en institution (Ehpad, cités universitaires, foyers de travailleurs, etc.) ainsi que les personnes sans abri. En 2021, l’échantillon de l’enquête compte environ 43 000 ménages et couvre une population de 63 millions de personnes. Depuis 2005, la mesure des revenus dans les ERFS a fait l’objet d’améliorations qui génèrent plusieurs ruptures de séries. Les niveaux présentés dans cet ouvrage ne sont donc pas directement comparables à ceux publiés lors des éditions antérieures. En 2021, l’ERFS s’est adaptée à la nouvelle enquête Emploi [Insee, 2021] et la chaîne de production a été refondue [Insee, 2023]. Un travail spécifique d’évaluation des ruptures de mesures a été conduit afin de proposer des séries historiques cohérentes. Par ailleurs, la mesure des niveaux de vie a été fortement perturbée par la crise sanitaire en 2020, rendant les estimations fragiles [Garnero, Guillaneuf, 2022] : les chiffres de l’année 2020 sont donc peu commentés. Le dispositif Filosofi Depuis 2012, le dispositif Filosofi remplace les anciens dispositifs Revenus fiscaux localisés (RFL) et Revenus disponibles localisés (RDL). Les données issues de Filosofi proviennent du rapprochement des données fiscales (les déclarations de revenus des personnes physiques, la taxe d’habitation et le fichier d’imposition des personnes) fournies à l’Insee par la Direction générale des finances publiques (DGFiP) et des données sur les prestations sociales émanant des principaux organismes gestionnaires de ces prestations : la caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), la caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) et la caisse centrale de la mutualité sociale agricole (CCMSA). Elles sont complétées par des imputations de certains revenus financiers selon une méthodologie proche de celle de l’ERFS. Les statistiques sont produites sur le champ de la France métropolitaine jusqu’en 2014 et avec la Martinique et La Réunion à partir de 2015. Le champ couvert est celui des ménages fiscaux qui vivent dans un logement ordinaire, c’est‑à‑dire ayant rempli au moins une déclaration de revenus et imposables au titre de la taxe d’habitation. Le dispositif Filosofi est utilisé pour produire des statistiques au niveau infranational en raison de son exhaustivité. Cependant, sur le plan national, l’ERFS reste la source de référence pour les distributions et les inégalités de niveaux de vie, et pour la pauvreté. En effet, l’enquête Emploi permet une meilleure imputation des revenus financiers non fiscalisés et de mieux relier le logement et l’individu. De plus, les données de l’ERFS sont rétropolées à méthodologie identique (cf. supra), contrairement à celles de Filosofi, ce qui permet d’avoir une profondeur historique plus importante dans l’ERFS. L’enquête SRCV et le dispositif EU‑SILC Les Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) sont la partie française du système de statistiques communautaires European Union Statistics on Income and Living Conditions (EU‑SILC). Les statistiques françaises sont collectées annuellement sous la forme d’une enquête en panel. Ce panel a connu une refonte importante en 2020 pour tenir compte du nouveau règlement européen. Chaque année, 17 500 ménages sont interrogés, dont environ 4 500 nouveaux. Les ménages et individus sont interrogés quatre années consécutives (échantillon rotatif renouvelé par quart). Depuis 2022, le champ couvre, outre la France métropolitaine, les quatre départements dʼoutre‑mer historiques (Guadeloupe, Martinique, Guyane, et La Réunion). Si le dispositif SRCV répond à un objectif de comparaison européenne, l’ERFS reste la source de référence en France métropolitaine sur les revenus compte tenu de la plus grande taille de son échantillon (43 000 ménages en 2021 pour ERFS, contre 17 500 pour SRCV). L’ERFS présente de plus l’avantage de fournir des évolutions sur plus longue période que SRCV. Les différences de niveau ou d’évolution entre les deux sources s’expliquent essentiellement par des différences de champ géographique de l’enquête, de champ de diffusion (certains ménages pour lesquels la mesure des niveaux est jugée trop fragile comme les ménages étudiants sont exclus du champ de diffusion de l’ERFS), de revenus pris en compte (inclusion par exemple des bourses ou de la taxe fonctière collectées dans l’enquête SRCV) et enfin par l’aléa statistique, les deux enquêtes reposant toutes deux sur un échantillon.