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14 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024 En France métropolitaine, le taux de pauvreté se stabilise à un niveau relativement élevé par rapport aux 25 dernières années En 2021, selon le dispositif ERFS, en France métropolitaine et pour les personnes vivant en logement ordinaire, le taux de pauvreté monétaire s’établit à 14,5 % de la population, représentant 9,1 millions de personnes pauvres    figure 5. Il se maintient à un niveau relativement élevé en 2022 (14,4 %)    encadré 1. Une personne est considérée comme pauvre si son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian en France métropolitaine. En 2021, ce seuil correspond à un revenu disponible de 1 158 euros mensuels pour une personne seule, de 1 737 euros par mois pour un couple sans enfant et de 2 432 euros par mois pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans3. 3 En euros de 2023, c’est‑à‑dire en tenant compte de l’augmentation du niveau des prix entre 2021 et 2023, ces montants s’élèvent respectivement à 1 280, 1 920 et 2 680 euros par mois.  4. Indicateurs sur le niveau de vie de 1996 à 2021 en euros constants de 2021 Indicateur 1996 2006 2009 2012 2015 2018 2021 Niveau de vie Moyenne 20 960 24 490 25 390 25 270 25 040 25 540 26 610 1er décile (D1) 9 790 11 570 11 920 11 520 11 680 11 710 12 290 Médiane (D5) 18 640 21 230 22 110 21 800 21 900 22 240 23 160 9e décile (D9) 34 360 39 400 41 000 40 920 40 520 40 990 41 870 Rapport interdécile (D9/D1) 3,51 3,41 3,44 3,55 3,47 3,50 3,41 Masse de niveau de vie détenue (en %) Part des 20 % les plus modestes (S20) 9,0 9,1 9,0 8,7 9,0 8,8 8,6 Part des 40 % les plus modestes (S40) 23,0 22,9 22,8 22,3 22,8 22,5 22,3 Part des 20 % les plus aisés (100-S80) 36,7 38,1 37,9 38,6 37,8 38,2 38,3 Part des 10 % les plus aisés (100-S90) 22,3 24,1 23,8 24,4 23,6 24,2 24,4 Ratio (100-S90)/S40 (Indice de Palma) 0,97 1,05 1,04 1,09 1,04 1,08 1,09 (100-S90)/S50 0,71 0,78 0,77 0,80 0,76 0,79 0,80 (100-S80)/S20 4,08 4,19 4,21 4,44 4,20 4,34 4,45 Indice de Gini 0,274 0,286 0,286 0,295 0,285 0,290 0,294 Note : Pour permettre une comparaison temporelle, les indicateurs de niveau de vie et d’inégalité ont été rétropolés et chaînés de 1996 à 2020. Une figure similaire incluant l’année 2022 et avec des montants exprimés en euros constants de 2022 est disponible dans les données complémentaires téléchargeables sur insee.fr. Lecture : En 2021, les 20 % les plus modestes disposent de 8,6 % de la masse de l’ensemble des niveaux de vie (S20) et les 20 % les plus aisés de 38,3 % (100-S80), soit 4,45 fois plus. Champ : France métropolitaine, personnes vivant dans un logement ordinaire dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de référence n’est pas étudiante. Sources : Insee-DGI, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux rétropolées de 1996 à 2004 ; Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux 2005 à 2021.  5. Indicateurs de pauvreté au seuil de 60 % du niveau de vie médian Indicateur de pauvreté 1996 2001 2006 2011 2016 2021 Nombre de personnes pauvres (en milliers) 8 003 7 583 7 651 8 637 8 469 9 117 Taux de pauvreté (en %) 14,3 13,2 13,0 14,3 13,7 14,5 Seuil de pauvreté (en euros 2021 par mois) 932 1 010 1 061 1 100 1 105 1 158 Niveau de vie médian des personnes pauvres (en euros 2021 par mois) 741 823 857 877 884 924 Intensité de la pauvreté (en %) 20,5 18,5 19,2 20,3 20,0 20,2 Note : Pour permettre une comparaison temporelle, les indicateurs de pauvreté ont été rétropolés et chaînés de 1996 à 2020. Une figure similaire incluant l’année 2022 et avec des montants exprimés en euros constants de 2022 est disponible dans les données complémentaires téléchargeables sur insee.fr. Lecture : En 2021, le taux de pauvreté est de 14,5 % en France métropolitaine. Champ : France métropolitaine, personnes vivant dans un logement ordinaire dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de référence n’est pas étudiante. Sources : Insee-DGI, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux rétropolées de 1996 à 2004 ; Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux 2005 à 2021.

15 Insee Références – Édition 2024 – Vue d’ensemble – Depuis le milieu des années 1990, les inégalités de niveau de vie… Depuis 2011, le taux de pauvreté oscille entre 13,5 % et 14,5 %. Même si cette fourchette est assez resserrée, le taux de pauvreté atteint donc en 2021 et 2022 un niveau parmi les plus élevés de la dernière décennie, proche des points hauts de 2018 et 2019. Ces deux années‑là, la baisse des allocations logement induite par la réforme de la réduction du loyer de solidarité a contribué à diminuer le niveau de vie des ménages les plus modestes et à augmenter la pauvreté. Cette baisse des allocations logement est neutralisée par une baisse de loyers équivalente dans le parc social, mais cette dernière n’est pas prise en compte dans le niveau de vie [Delmas, Guillaneuf, 2020]. Auparavant, le taux de pauvreté avait fortement diminué entre 1996 et 2004, passant de 14,3 % à 12,4 %, avant de remonter entre 2005 et 2011. Il avait atteint en 2004 son plus bas niveau depuis le milieu des années 1970. Le taux de pauvreté avait fortement baissé entre le milieu des années 1970 et le milieu des années 1980, en particulier parmi les retraités et les indépendants [Blasco, Labarthe, 2018]    fiche 1.7. Le niveau de vie des retraités les plus modestes a augmenté avec l’arrivée à la retraite de générations ayant bénéficié de durées de cotisation plus longues grâce notamment à la participation croissante des femmes au marché du travail, mais aussi à un système de retraite plus généreux. Pour les indépendants, la cause en est la forte diminution au sein de cette population de la part des exploitants agricoles dont les niveaux de vie sont nettement plus faibles que la moyenne [Insee, 2024].  Encadré 3 – Une personne sur cinq vivant en France métropolitaine se considère comme pauvre En 2022, 19 % des personnes âgées de 18 ans ou plus résidant en France métropolitaine se considèrent comme pauvres selon le Baromètre d’opinion de la Drees [Drees, 2023b] ; cette proportion a fortement augmenté depuis 2015 (12 %). Par ailleurs, 89 % des enquêtés pensent que la pauvreté a augmenté au cours des cinq dernières années, une proportion en augmentation depuis 2004 (81 %). En 2022, les répondants évaluaient en moyenne à 1 980 euros le revenu mensuel minimum pour vivre pour une personne seule, un niveau qui équivaut presque au niveau de vie médian (2 028 euros) et qui est bien supérieur au seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian (1 216 euros) mesuré cette année‑là. Selon l’enquête sur les bénéficiaires de minima sociaux (BMS) de 2018 de la Drees, les personnes bénéficiaires de minima sociaux plaçaient ce revenu mensuel minimum à un niveau un peu plus faible (1 370 euros en 2018, contre 1 760 euros pour l’ensemble de la population), mais qui reste supérieur au seuil de pauvreté de cette année (1 077 euros en 2018).  Encadré 2 – La proportion de personnes en situation de privation matérielle et sociale a augmenté en 2022 et se stabilise à un niveau élevé en 2023 La pauvreté est un concept multidimensionnel : l’insuffisance de revenus en est un aspect, qu’il est utile de compléter par des indicateurs non monétaires reposant sur les conditions de vie. Pour appréhender ces dimensions, lʼUnion européenne a défini un indicateur de pauvreté complémentaire à celui de pauvreté monétaire. Sont considérées en situation de privation matérielle et sociale les individus qui, par manque de moyens financiers, sont confrontés à au moins cinq difficultés parmi une liste de treize (comme pouvoir chauffer son logement à la bonne température, s’acheter des vêtements neufs, accéder à Internet ou se réunir avec des amis au moins une fois par mois). Début 2023, en France hors Mayotte, 9 millions de personnes, soit 13,6 % des personnes vivant en logement ordinaire, sont en situation de privation matérielle et sociale [Gleizes, Solard, 2024]. La privation matérielle et sociale a atteint un point haut depuis 2013 (première année où elle a été mesurée), avec un niveau proche de celui observé en 2022, année où les privations ont fortement augmenté    fiche 1.8. Elle se maintient à ce niveau relativement élevé en 2023. Ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue d’un montant de 1 000 euros et ne pas pouvoir s’offrir une semaine de vacances hors de son domicile sont les deux difficultés les plus fréquemment mentionnées, tandis que la privation d’accès à Internet est plus rare.

16 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024 En 2021, le niveau de vie médian des personnes pauvres est de 924 euros par mois. L’intensité de la pauvreté, c’est‑à‑dire l’écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté, s’élève à 20,2 % en 20214. En 2022, elle diminue pour atteindre 19,3 %. Avec la crise de 2008, elle avait augmenté de 2 points entre 2008 et 2012 pour atteindre près de 22 % en 2012. Puis, elle a baissé fortement en 2013 avant de se stabiliser autour de 20 % jusqu’en 2019, et fluctue plus fortement depuis 2020. Les chômeurs, les familles monoparentales et les enfants particulièrement exposés à la pauvreté En 2021, les salariés ont, parmi les actifs, le taux de pauvreté le plus faible (6,3 %). Le taux de pauvreté des chômeurs est plus de cinq fois plus élevé (35,1 %)    fiche 1.15. Les indépendants sont également beaucoup plus exposés que les salariés au risque de pauvreté (14,6 %), même si ce risque baisse depuis 1996. La situation des indépendants est toutefois difficile à appréhender par l’approche monétaire : une partie de leurs dépenses de consommation peut être intégrée directement dans les comptes de leur société ou de leur exploitation agricole (dépenses d’énergie ou de logement par exemple). Le taux de pauvreté des retraités vivant à domicile (10,9 %) demeure en dessous de la moyenne nationale en 2021, mais il augmente progressivement depuis 2014 (point bas à 8,1 %). Plus globalement, les pensions de retraite sont souvent supérieures au seuil de pauvreté et les retraités disposant d’une pension faible peuvent bénéficier de lʼallocation de solidarité aux personnes âgées (Apsa, ou minimum vieillesse) dont le montant sʼélève en moyenne en 2021 à 907 euros par mois pour une personne seule, et qui peut être complétée par des aides au logement pour les ménages locataires    fiche 1.14. Néanmoins, depuis 2014, les pensions de retraite progressent un peu plus lentement que les revenus dʼactivité, entraînant mécaniquement une augmentation du taux de pauvreté des retraités. La pension nette moyenne représentait 66 % du revenu dʼactivité net moyen en 2014, contre 62 % en 2021 [Drees, 2023a] du fait notamment de mesures de gel ou de sous-indexation des pensions de retraite. Avec un taux de pauvreté de 32,3 % en 2021, les familles monoparentales sont la catégorie de ménages la plus exposée à la pauvreté. Le taux de pauvreté est également plus élevé que la moyenne pour les personnes seules de moins de 65 ans (18,7 %) et pour les couples de trois enfants ou plus (25,5 %) [Blasco, Labarthe, 2018]. À l’inverse, le taux de pauvreté est le plus faible pour les couples sans enfant (7,0 %), avec un seul enfant (7,6 %) ou avec deux enfants (9,0 %), et les couples dont la personne de référence a plus de 65 ans (6,6 %)    fiche 1.11. Les taux de pauvreté élevés pour les familles monoparentales et pour les familles nombreuses se reflètent dans un fort risque de pauvreté parmi les enfants de moins de 18 ans (20,6 %)    fiche 1.13. En prenant en compte les communautés, les habitations mobiles, les sans‑domicile et les étudiants, environ 11,2 millions de personnes seraient en situation de pauvreté en France En 2021, 9,1 millions de personnes sont pauvres en France métropolitaine d’après l’ERFS. Ce chiffre porte sur le champ des ménages vivant dans un logement ordinaire, qui ont déclaré un revenu positif ou nul à l’administration fiscale et dont la personne de référence n’est pas étudiante. Dans les départements d’outre-mer (DOM), le niveau de vie médian est plus faible que celui observé en France métropolitaine [Audoux et al., 2020]. L’inclusion de ces territoires dans le calcul de la pauvreté pour la France entière conduit à diminuer le niveau de vie médian par rapport à son niveau en France métropolitaine, et donc à abaisser le seuil de pauvreté fixé à 60 % du niveau de vie médian. Le nombre de personnes en situation de pauvreté est alors estimé à 10,4 millions de personnes en France hors Mayotte, selon cette fois‑ci l’enquête SRCV qui, à la différence de lʼERFS, couvre, outre la France métropolitaine, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion, ainsi que les ménages dont 4 Autrement dit, le niveau de vie médian des personnes pauvres représente 79,8 % (=100‑20,2) du seuil de pauvreté.