Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 100 Pour ce qui est de leur nationalité, on constate sans surprise que le statut le plus représenté est celui des ouvriers avec 35.5%. Les employés représentent quelque 18% suivis des bénéficiaires du RMG avec 15.2% du total des dossiers ouverts. On verra plus loin que les ouvriers et les RMGistes dépassent de loin les employés en matière de demande de logement social. Au total sur les 5 dernières années, 54,2% des dossiers ouverts auprès du SICS, l’ont été pour des clients de nationalité luxembourgeoise, 40% à des résidants ressortissants de l’UE et 5.8% à des non UE. Dans le tableau 95 on peut lire que plus de 40% des dossiers ouverts auprès du Service d’information et de conseil en matière de surendettement le sont pour des clients n’ayant pas d’enfants à charge et que ce pourcentage diminue avec le nombre d’enfants à charge. Tableau 94: Statut professionnel des clients pour lesquels un dossier a été ouvert auprès du SICS Année 2001 2002 2003 2004 2005 Total Total en % Indépendant 6 9 12 8 9 44 3,4% Employé 41 65 51 34 44 235 18,0% Fonctionnaire 6 7 7 9 7 36 2,7% Ouvrier 117 90 102 60 95 464 35,5% Chômeur 11 22 29 19 35 116 8,9% Bénéficiaire RMG 39 22 48 39 50 198 15,2% Pensionné/Rentier 20 22 16 15 18 91 7,0% Sans 22 21 34 21 24 122 9,3% Total 262 258 299 205 282 1 306 100% Source: Rapport quinquennal pour la Chambre des députés sur la loi du 8 décembre 2000 sur le surendettement Tableau 95: Nombre d’enfants à charge des clients pour lesquels un dossier a été ouvert auprès du SICS 2001 2002 2003 2004 2005 Total Total en % 0 enfant 112 96 133 78 118 537 41.1% 1 enfant 62 55 66 39 65 287 22.0% 2 enfants 57 64 52 50 63 286 21.9% 3 enfants 20 32 36 14 24 126 9.6%
3 enfants 11 11 12 24 12 70 5.4% Total 262 258 299 205 282 1 306 100% Source: Rapport quinquennal pour la Chambre des députés sur la loi du 8 décembre 2000 sur le surendettement 3.4. Dynamique de pauvreté et de déprivation Le Luxembourg dispose au moment de la rédaction de ce rapport de 2 vagues de données correspondant aux années 2003 et 2004 de l’enquête EU-SILC. Ces deux années ne sont certainement pas suffisantes pour tirer de grandes conclusions de fond sur la pauvreté mais a contrario du précédent rapport ces années proviennent désormais d’une même enquête. La qualité de la comparabilité des données s’en trouve naturellement augmentée. Nous évitons ainsi l’exercice difficile de rapprochement de résultats obtenus sur des méthodologies statistiques différentes. 3.4.1 Méthodologie L’analyse dynamique de la pauvreté 1 sera analysée au travers des changements d’états de pauvreté constatés dans le passage de l’enquête 2003 à 2004. Comme le montre le tableau suivant il existe 4 transitions possibles. Tableau 96: Modèle de matrice de transition au Luxembourg Pauvre Non Pauvre Total Pauvre Pauvreté persistante Sortie de pauvreté Taux de pauvreté en 2003 Non Pauvre Entrée en pauvreté Non pauvreté persistante Taux de non pauvreté en 2003 Total Taux de pauvreté en 2004 Taux de non pauvreté en 2004 Taille de l’échantillon Source: STATEC Pauvreté monétaire en 2004 Pauvreté monétaire en 2003
1 La même méthodologie vaut aussi pour l’analyse de la déprivation (le substantif de pauvreté peut donc être remplacé par celui de déprivé (ou déprivation)).
Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 101 Un individu peut effectivement connaître une transi- tion, 1/ d’un état de pauvreté en 2003 vers un état de pauvreté en 2004: c’est la pauvreté persistante, ou 2/ d’un état de pauvreté en 2003 vers un état de non- pauvreté en 2004: sortie de pauvreté, ou 3/ d’un état de non-pauvreté en 2003 vers un état de pauvreté en 2004: entrée en pauvreté, ou enfin 4/ d’un état de non-pauvreté en 2003 vers un état de non-pauvreté en 2004: c’est la non-pauvreté persistante. Ces quatre transitions dépendent du nombre d’années dont on dispose. Avec les années suivantes, il faudra alors distinguer 2 n changements (n étant le nombre d’années). Les états de pauvreté transitoire ne pourront être mis en évidence qu’à partir de l’ajout d’une troisième année d’enquête. Le niveau de l’analyse est celui de l’individu rapporté au ménage. 3.4.2 Matrice des transitions de statuts de pauvreté Le tableau 97 présente les données chiffrées des taux de pauvreté correspondant aux quatre trajectoires décrites plus haut. Ce tableau est construit à partir de l’échantillon cylindré des individus présents en 2003 et 2004. Tableau 97: Matrice de transition au Luxembourg en 2004 (seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Pauvre Non Pauvre Total Pauvre 6.2% 5.0% 11.2% Non Pauvre 4.7% 84.1% 88.8% Total 10.9% 89.1% 100% Source: STATEC, Enquête EU-SILC; N=2 865 Pauvreté monétaire en 2004 Pauvreté monétaire en 2003 Plusieurs résultats ressortent de la lecture de ce tableau: On peut notamment observer qu’il existe 6,2% de ménages pauvres en 2003 et qui le reste en 2004. Ce chiffre correspond à la situation de pauvreté récurrente constatée en 2004 au Luxembourg. On remarquera aussi qu’il existe 4,7% de ménages qui sont entrés dans un épisode de pauvreté. Ne disposant que de deux vagues d’enquête il est encore trop tôt pour affirmer qu’il s’agit ou non d’un épisode transitoire. On pourra également observer le cas polaire du constat précédant, à savoir qu’il existe 5% de ménages qui sortent d’une année de pauvreté. Dans ce cas aussi, il est encore trop tôt pour affirmer qu’il s’agit d’une sortie définitive ou non. Le pourcentage de ménages sortant de la pauvreté en 2004 est tout de même supérieur à celui des ménages entrant dans une situation de pauvreté. Par ailleurs, 84,1% des ménages présents en 2003 et 2004 ne connaissent aucun épisode de pauvreté. Ce chiffre reflète donc la situation de non pauvreté récurrente telle que constatée en 2004 au Luxembourg. Enfin, la colonne et la ligne Total indiquent les fréquences marginales c’est-à-dire la distribution de chaque variable unidimensionnelle sans tenir compte de l’influence de l’autre. Pour la ligne Pauvre, la colonne Total indique 11,2%. Ce chiffre correspond donc au taux de pauvreté pour 2003 des ménages présents en 2003 et en 2004. De même, pour la colonne Pauvre, la ligne Total indique 10,9%. Ce chiffre correspond donc au taux de pauvreté pour 2004 des ménages présents en 2004 et en 2003. Puisque ces chiffres sont obtenus sur le panel cylindré des individus, il est naturel que ces valeurs ne puissent correspondre exactement aux taux de pauvreté de toute la population pour les années correspondantes, 11,1% en 2003 et 11,4% en 2004.
Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 102 Matrices des transitions de pauvreté au Luxembourg pour différents seuils de pauvreté (40%, 50%, 60% et 70%) Seuil de pauvreté: 40% Pauvreté monétaire en 2004 Pauvre Non Pauvre Total Pauvre 1,1% 2,1% 3,2% Non Pauvre 2,1% 94,8% 96,9% Pauvreté monétaire en 2003 Total 3,2% 96,9% 100% Seuil de pauvreté: 50% Pauvreté monétaire en 2004 Pauvre Non Pauvre Total Pauvre 2,7% 3,8% 6,5% Non Pauvre 3,5% 90,1% 93,6% Pauvreté monétaire en 2003 Total 6,2% 93,9% 100% Seuil de pauvreté: 60% Pauvreté monétaire en 2004 Pauvre Non Pauvre Total Pauvre 6,2% 5,0% 11,2% Non Pauvre 4,7% 84,1% 88,8% Pauvreté monétaire en 2003 Total 10,9% 89,1% 100% Seuil de pauvreté: 70% Pauvreté monétaire en 2004 Pauvre Non Pauvre Total Pauvre 11,6% 5,8% 17,4% Non Pauvre 6,1% 76,4% 82,5% Pauvreté monétaire en 2003 Total 17,7% 82,2% 100% Champ: Echantillon cylindré 2003-2004; N = 2865 Source: STATEC, Enquête EU-SILC. Pauvreté persistante: 1,1% Non pauvreté persistante: 94,8% Entrées en pauvreté: 2,1% Sorties de pauvreté: 2,1% Taux de pauvreté cylindré en 2004: 3,2% Taux de pauvreté cylindré en 2003: 3,2% Pauvreté persistante: 2,7% Non pauvreté persistante: 90,1% Entrées en pauvreté: 3,5% Sorties de pauvreté: 3,8% Taux de pauvreté cylindré en 2004: 6,2% Taux de pauvreté cylindré en 2003: 6,5% Pauvreté persistante: 6,2% Non pauvreté persistante: 84,1% Entrées en pauvreté: 4,7% Sorties de pauvreté: 5,0% Taux de pauvreté cylindré en 2004: 10,9% Taux de pauvreté cylindré en 2003: 11,2% Pauvreté persistante: 11,6% Non pauvreté persistante: 76,4% Entrées en pauvreté: 6,1% Sorties de pauvreté: 5,8% Taux de pauvreté cylindré en 2004: 17,7% Taux de pauvreté cylindré en 2003: 17,4%
Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 103 Représentés par le graphique 45, ces derniers chiffres montrent bien la croissance des taux de pauvreté avec le seuil retenu. En choisissant un seuil de pauvreté de 70% on tente de capter le plus grand nombre de personnes à fort risque de pauvreté. Cela se remarque par les entrées en pauvreté plus nombreuses que les sorties et par un taux de pauvreté persistante presque deux fois plus élevé que celui donné par le seuil de pauvreté de 60%. Graphique 45: Profils de pauvreté au Luxembourg en 2004 par rapport à 2003 Source: STATEC, Enquête EU-SILC 1% 3% 12% 95% 2% 2% 90% 4% 4% 84% 5% 5% 6% 6% 6% 76% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100% Non pauvreté persistante Entrées en pauvreté Sorties de pauvreté Pauvreté persistante 40 % 50 % 60 % 70 % 3.4.3 Matrice des transitions de statuts de déprivation La notion de déprivation 1 vient renforcer les mesures strictement monétaires de pauvreté. On construit sur l’échantillon cylindré les mêmes types de tableaux et graphiques que dans le cas de la pauvreté en prenant cette fois les variables de déprivation longitudinales. Tableau 98: Variables de déprivation longitudinales retenues Critère Question Ne peut se permettre de conserver une chaleur adéquate dans le logement Le logement dispose-t-il d’une baignoire ou d’une douche ? Le logement dispose-t-il de WC (intérieur, avec eau courante et à usage unique du ménage) ? Le logement subit-il des fuites de toiture, de moisissures dans les murs… ? Le ménage possède-t-il une TV couleur ? Le ménage possède-t-il un lave vaisselle ? Le ménage possède-t-il un téléphone (y compris un mobile) ? Le ménage possède-t-il un PC ? Le ménage possède-t-il une voiture ? Le ménage peut-il se permettre une semaine de vacances annuelles loin de son domicile ? Le ménage peut-il se permettre un repas de viande/poisson/poulet une fois tous les deux jours ? Le ménage est-il capable de payer son loyer, emprunts, factures courantes, etc. ? Les dettes du ménage sont-elles un fardeau financier très l d ? Source: STATEC, Enquête EU-SILC Logement Equipement Privation Arriérés
1 Il s’agit d’un néologisme barbare formé par un procédé morphologique de dérivation de l’anglais « deprivation » dont le sens signifie un manque de quelque chose dans un sens très général, donc une pauvreté non nécessairement monétaire (carences dans l’accès aux biens d’équipement, aux soins, etc.). Ce néologisme maladroit sera toutefois conservé par souci de commodité.
Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 104 L’indicateur de déprivation est obtenu par la méthode de Whelan et al (2003) qui identifie 4 dimensions à la déprivation:
- La dimension de déprivation basique (vacances, repas, arriérés, chaleur du logement)
- La dimension de déprivation secondaire (voiture, machine à laver, téléphone, télévision)
- La dimension de déprivation portant sur les installations du logement (bain, douche)
- La dimension de déprivation portant sur la détérioration du logement (fuites dans la toiture, humidité des murs, etc.). Il existe une cinquième dimension qui correspond à celle de l’environnement du logement (bruit, pollution, violence, vandalisme) qui n’a pu être ici reprise compte tenu de son caractère non longitudinal. Les premiers chiffres donnent une évaluation des deux premières dimensions de la déprivation. Les seconds y incorporent les deux dernières. Le tableau 99 présente les données chiffrées des taux de déprivation correspondant aux quatre trajectoires décrites plus haut et pour les deux premières dimensions. Ce tableau est également construit sur l’échantillon cylindré des ménages présents en 2003 et 2004. Tableau 99: Matrice de transition au Luxembourg en 2004 (seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Non déprivé Déprivé Total Non déprivé 81.4% 5.9% 87.3% Déprivé 7.7% 5.0% 12.7% Total 89.1% 10.9% 100.0% Source: STATEC, Enquête EU-SILC; N=2 865 Déprivation en 2004 Déprivation en 2003 Plusieurs résultats ressortent de la lecture de ce tableau: On peut notamment observer qu’il existe 5,0% de ménages déprivés en 2003 et qui le reste en 2004 (déprivation récurrente). On remarquera aussi qu’il existe 5,9% de ménages qui sont entrés dans un épisode de déprivation. Tout comme dans le cas de la pauvreté, on ne dispose que de deux vagues d’enquête ce qui nous prive d’affirmer qu’il s’agit ou non d’un épisode transitoire. On observera aussi qu’il existe 7,7% de ménages qui sortent d’une année de déprivation. Il est intéressant de noter que ce pourcentage est a priori supérieur à celui de ceux entrant dans une situation de déprivation. Par ailleurs, 81,4% des individus présents en 2003 et 2004 ne connaissent aucun épisode de déprivation (non-déprivation récurrente). Enfin, la colonne et la ligne Total indiquent les fréquences marginales, c’est-à-dire la distribution de chaque variable unidimensionnelle sans tenir compte de l’influence de l’autre. Pour la ligne Déprivé, la colonne Total indique 12,7% qui est le taux de déprivation en 2003 des individus présents les deux années. De même, pour la colonne Déprivé, la ligne Total indique 10,9% qui est le taux de déprivation en 2004 des individus présents les deux années. Le taux de déprivation calculé sur l’échantillon cylindré est en 2004 orienté à la baisse par rapport à son niveau de l’année 2003. Toutefois, pour des raisons statistiques, on ne peut encore affirmer que le taux de déprivation de 2004 est inférieur à celui de 2003. On ne peut donner à ce stade que des résultats « en tendance » en attendant que l’exploitation des prochaines vagues de l’enquête (années 2005 et suivantes) confirme ou infirme ces résultats.