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Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 91 Si la catégorie ensemble montre en 2004 un taux de risque de pauvreté de 9.8% orienté à la baisse par rapport à 2003 (10.3%), ce résultat reste plutôt fragile. Le graphique 32 permet de constater l’émergence progressive d’un clivage entre population active occupée pour qui le taux de risque de pauvreté est moins bien orienté en 2004 (8.3%) par rapport à 2003 (6.7%) et la population active non occupée pour qui ce taux semble mieux orienté (11.5% en 2004 contre 14.4% en 2003). L’activité au travail d’un membre d’un ménage est un indicateur traditionnellement complété par celui de l’intensité au travail. En effet, l’activité au travail permet certes de mettre en valeur le rôle du travail dans la protection contre le risque de pauvreté mais il faut aussi le compléter par la dimension de composition du ménage car une privation d’emploi pour une personne dans un ménage de 2 personnes occupées n’a pas les mêmes conséquences sur le taux de risque de pauvreté qu’une privation d’emploi pour une personne dans un ménage de 5 personnes occupées. On peut aussi comparer, à nombre identique de personnes composant le ménage, la durée de non emploi. Un individu au chômage pendant un ou deux mois à l’intérieur d’un ménage où l’autre personne travaille n’a pas non plus les mêmes conséquences sur le taux de risque de pauvreté qu’une privation d’emploi sur l’année de cet individu. i) La pauvreté et l’intensité au travail Il est bien évident que plus un ménage dispose de sources de revenus (c’est-à-dire du nombre de personnes du ménage exerçant une activité) et moins celui-ci est soumis au risque de pauvreté. Un ménage qui comprend 2 adultes et 1 enfant à charge dont les deux adultes travaillent doit donc être exposé à un risque de pauvreté plus faible qu’un ménage de 2 adultes et 1 enfant à charge dont un seul adulte travaille. Pour mesurer ce raisonnement on utilise l’indicateur de l’intensité au travail. Il mesure le ratio du nombre de mois travaillés par les personnes en âge de travailler dans le ménage sur le nombre de mois travaillables par ces mêmes personnes. Ainsi par exemple, un ménage de 2 personnes dont une seule travaille donnera donc un ratio de: 1x12 / 2x12 = 0.5. On observe donc à l’aide du graphique 33 que le taux de pauvreté des ménages avec enfants dans lesquels toutes les personnes en âge de travailler exercent une activité professionnelle rémunérée est de 7.4% (6.5% en 2003) 1. Graphique 33: Taux de risque de pauvreté selon l'intensité au travail du ménage au Luxembourg en 2004 (seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Source : STATEC, Enquête EU-SILC Ménage sans enfant 0<W<1 0 5 10 15 20 25 30 1 Types d'intensité et enfants par ménage En pourcentage Ménages avec enfant(s) W=1 7,4 Ménages avec enfant(s) 0.5<W<1 17 1 Ménages avec enfant(s) 0<W<0.5 28 Ménage sans enfant W=1 5,5 9,4 Ménage sans enfant W=0 12,7 Ménages avec enfant(s) W=0 27,4


1 STATEC, Rapport Travail et Cohésion Sociale, Cahiers Economiques n° 99, graphique 20, page 59.

Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 92 Dès qu’une ou plusieurs de ces personnes sont privées de manière temporaire ou sur toute l’année d’une activité rémunérée mais telle que l’intensité au travail du ménage soit supérieure à 0.5, le taux de risque de pauvreté grimpe à 17.1% (15% en 2003). Avec une intensité au travail nulle ou très faible, la présence d’enfants accroît significativement le taux de risque de pauvreté (27.4%). Ce risque est divisé par deux dans le cas des ménages sans enfant (12.7%). Il ressort donc en tendance ce qui semblerait être une fragilité accrue face au risque de pauvreté des ménages qui rencontrent pour un ou plusieurs de leurs membres des épisodes ponctuels de non activité. j) Le travailleur à risque de pauvreté Le travail protège de la pauvreté mais ne l’empêche pas comme le montre le taux non nul de risque de pauvreté des travailleurs en 2004, 8.3%. Ce fait stylisé a également été mis en lumière dans le précédent rapport ce qui place cet indicateur parmi les variables dont l’évolution est à surveiller. Celle-ci dépend d’un certain nombre de facteurs socio-économiques que cette section essaie de discriminer. Un travailleur à risque de pauvreté est une personne active occupée qui malgré son emploi ne parvient pas à obtenir de revenu suffisant pour le préserver de la pauvreté. Les graphiques suivants se fondent sur les personnes travaillant à temps complet et à temps partiel. Ils retiennent 3 seuils de pauvreté différents afin de montrer la sensibilité du taux de pauvreté aux facteurs socio-économiques. De manière générale, l’exposition au risque de pauvreté des personnes actives occupées de la catégorie « employé » semble moins importante que celle des personnes actives occupées de la catégorie « indépendants ». Un seuil de pauvreté élevé (70%) place ces catégories d’emploi en situation d’égalité face au risque de pauvreté (employé: 15.7%; indépendants 15.8%). Pour la catégorie employé on constate qu’il y a 2.2% des personnes actives occupées qui deviennent pauvres lorsque l’on fait varier le seuil de risque de pauvreté de seulement 10 points de pourcentage en faisant passer le seuil de 40% à 50% du revenu national équivalent médian. En ce qui concerne la catégorie indépendants cette différence n’est pas marquée. La variation du seuil n’augmente pas le taux de risque de pauvreté des travailleurs indépendants. La question du genre ne permet pas de faire ressortir de résultats véritablement significatifs si ce n’est peut être l’exposition légèrement plus faible des travailleurs masculins au taux de risque de pauvreté correspondant au seuil de 40% du revenu équivalent médian national. Graphique 34: Taux de risque de pauvreté des travailleurs selon le statut d’activité au Luxembourg en 2004 Source: STATEC, Enquête EU-SILC 2.1 5.1 2.3 4.3 4.4 15.7 15.8 15.7 5.4 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 Salariés Indépendants Ensemble 40% 50% 70%

Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 93 Graphique 35: Taux de risque de pauvreté des travailleurs selon genre au Luxembourg en 2004 Source: STATEC, Enquête EU-SILC 2.1 2.6 4.4 15.6 15.8 4.4 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 Homme Femme 40% 50% 70% Il n’y a donc pas de différence entre les genres face au taux de risque de pauvreté (graphique 35). En revanche, le graphique 36 permet de montrer le rôle positif que joue les conditions d’emploi dans la réduction du taux de pauvreté. Un emploi permanent réduit de moitié le taux de risque de pauvreté des travailleurs par rapport à un emploi temporaire. Graphique 36: Taux de risque de pauvreté des travailleurs selon genre au Luxembourg en 2004 (seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Source: STATEC, Enquête EU-SILC 7.8 19.7 7.4 8.4 19.7 19.7 0 5 10 15 20 25 Total Permanent Homme Femme Total Temporaire Homme Femme Le niveau d’éducation (graphique 37) est un facteur important de réduction du taux de risque de pauvreté. Le taux de risque de pauvreté des travailleurs à faible niveau d’éducation (resp. moyen et élevé) s’élève à 16.8% (resp. 6.9% et 2.4%). Le passage d’un niveau d’éducation faible à moyen réduit donc le taux de risque de pauvreté total de plus de la moitié (60%). Il n’y a en revanche pas beaucoup de différence de taux entre les genres comme le laissaient prévoir les graphiques précédents.

Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 94 Graphique 37: Taux de risque de pauvreté des travailleurs selon le niveau d’éducation au Luxembourg en 2004 (seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Source: STATEC, Enquête EU-SILC 16.2 5.9 8.6 2.8 2 17.2 2.4 6.9 16.8 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 Total Faible Niveau d'éducation Homme Femme Total Moyen Homme Femme Total Elevé Homme Femme Travailler à plein temps (graphique 38) protège davantage du risque de pauvreté qu’un emploi à temps partiel. Ce constat repose sur un résultat statistique significatif ce qui permet de le retenir comme une caractéristique de fond de la situation des personnes actives occupées. Graphique 38: Taux de risque de pauvreté des travailleurs selon le mode d’emploi au Luxembourg en 2004 (seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Source: STATEC, Enquête EU-SILC 8.7 20.7 0 5 10 15 20 25 30 Temps Plein Temps Partiel L’âge est un autre facteur explicatif du niveau du taux de pauvreté atteint par les travailleurs. Un jeune travailleur âgé de 16 à 24 ans a un taux de risque de pauvreté de près de 3 fois plus élevé que celui de ses aînés de 55 ans et plus. Ce taux chute de 25% pour les individus âgés de 25 à 54 ans (graphique 39). Graphique 39: Taux de risque de pauvreté des travailleurs selon l’âge au Luxembourg en 2004 (seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Source: STATEC, Enquête EU-SILC 12.1 9.2 4.3 0 2 4 6 8 10 12 14 16 16 à 24 ans 25 à 54 ans 55 ans et plus La tendance de l’évolution du taux de pauvreté des travailleurs s’oriente plutôt à la hausse entre les années 2003 et 2004, même si ces deux résultats ne peuvent être dissociés du point de vue de la statistique. Mais l’écart entre ce taux et celui de la population totale se maintient entre les deux années (graphique 40).

Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 95 Graphique 40: Taux de risque de pauvreté des travailleurs et de la population totale au Luxembourg en 2003 et 2004 (2 e version des données 2004 et seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Source: STATEC, Enquête EU-SILC 8.6 11.1 8.9 11.4 0 2 4 6 8 10 12 Taux de pauvreté des travailleurs Taux de pauvreté de la population totale 2003 2004 Existerait-il un effet nationalité sur le taux de pauvreté des travailleurs? Le graphique 41 montre une exposition au risque de pauvreté plus élevée pour les travailleurs portugais. Graphique 41: Taux de risque de pauvreté des travailleurs par nationalités au Luxembourg en 2004 (seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Source: STATEC, Enquête EU-SILC 1 1.7 5.6 4.2 21.3 0 5 10 15 20 25 Belgique/Belgie Allemagne/Deutschland France Luxembourg Portugal k) Choix d’un seuil de pauvreté Le seuil de 60% du revenu national médian retenu dans les comparaisons internationales est adopté par convention par l’ensemble des analystes. Le taux de risque de pauvreté est de 12.4% en 2004 au Luxembourg. Le graphique 42 a pour but de montrer comment varie ce taux de risque de pauvreté lorsque l’on choisit d’autres seuils comme par exemple 40%, 50% et 70%. Graphique 42: Taux de risque de pauvreté par seuils au Luxembourg en 2004 (2 e version des données 2004 et seuil égal à 60% du revenu disponible équivalent adulte médian) Source: STATEC, Enquête EU-SILC 3.2 6 11.4 19.9 0 5 10 15 20 25 40% 50% 60% 70% Le taux de risque de pauvreté est approximativement multiplié par 2 au fur et à mesure que l’on franchit les seuils de pauvreté de 40%, 50% et 60%. l) Une évaluation subjective de la pauvreté L’enquête EU-SILC comporte deux questions pouvant expliquer une évaluation subjective de la pauvreté. La première de ces questions s’interroge sur la capacité des ménages à pouvoir « joindre les deux bouts », la question étant graduée de très difficilement à sans aucune difficulté. On peut alors aisément admettre que si un ménage répond qu’il a des difficultés à joindre les deux bouts, il contribue à exprimer une certaine forme de pauvreté. Un peu plus de 18% des ménages estiment qu’il leur est assez difficile à très difficile de joindre les deux bouts en 2004 au Grand-Duché de Luxembourg (le pourcentage de ménages qui éprouvent de très grosses difficultés pour joindre les deux bouts étant de 2%). Ce constat ne doit pas occulter qu’il reste donc 81.68% des ménages