Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 79 Sur les quatre groupes de professions, l’inégalité de répartition des revenus équivalents la plus élevée se trouve dans le groupe des Employés administratifs. Sur les trois premiers types de professions le travail à temps partiel s’avère être une source d’inégalité dans la répartition du revenu équivalent des femmes. En revanche, la prise en compte du temps plein et partiel ne fait pratiquement pas varier l’inégalité de répartition des revenus équivalents des hommes. Il n’y a que dans la dernière catégorie que la tendance s’inverse. On note plus d’inégalité dans le passage du temps partiel au temps plein. En ce qui concerne la catégorie des Directeurs et cadres supérieurs on ne note pas de différence significative entre l’inégalité de répartition des revenus équivalents des hommes et des femmes. La seule catégorie où le coefficient de Gini pour les femmes est plus élevé que celui des hommes est celle des Employés administratifs. Les inégalités de répartition des revenus ne sont pas seulement une question de type de profession mais aussi une question d’âges. La classe d’âges pour laquelle l’inégalité de répartition des revenus équivalents est la plus forte correspond à celle des 30 – 59 ans. Tableau 89: Coefficients de Gini et classes d’âges au Luxembourg en 2004 Gini et Classe d’âges Coefficient (en %) Revenu équivalent moyen annuel Effectifs 16 – 29 ans 22.29 25 952 9 301 30 – 59 ans 25.99 35 024 110 830 60 ans et plus 24.03 33 080 51 201 65 ans et plus 22.21 31 607 39 051 75 ans et plus 21.12 31 354 16 503 Source: STATEC, Enquête EU-SILC Les retraités de 65 ans et plus ont une inégalité de répartition des revenus moins forte que celles des classes d’âges précédentes. A partir de 60 ans les inégalités diminuent. Le tableau 90 opère la distribution des coefficients de Gini sur les classes d’âges précédentes en tenant également compte du statut de pauvreté des individus (une personne située sous ou au-dessus du seuil de pauvreté). Tableau 90: Coefficients de Gini, classes d’âges et statut de pauvreté au Luxembourg en 2004 Gini, Classes d’âges et statut de pauvreté Coefficient (en %) Revenu équivalent moyen annuel Effectifs 16 – 29 ans 16.41 30 000 6 851 Non pauvre 12.61 14 632 2 449 Pauvre 30 – 59 ans 21.64 38 353 95 734 Non pauvre 13.48 13 914 15 096 Pauvre 60 ans et plus 21.59 35 086 46 050 Non pauvre 11.09 15 143 5 151 Pauvre 65 ans et plus 19.63 33 573 34 849 Non pauvre 10.39 15 301 4 201 Pauvre Source: STATEC, Enquête EU-SILC L’inégalité de répartition des revenus équivalents est plus importante dans la population des 30 à 59 ans comparée à celle de la population des 16 à 29 ans. Il s’agit d’un résultat classique qui montre que la classe d’âges des 30 à 59 ans qui correspond aux périodes où l’individu peut déjà bénéficier de retours sur investissement en capital humain, explique pour cette raison l’inégalité de répartition plus élevée que chez les 16 à 29 ans. 3.1.2. Risque 1 de pauvreté L’inégalité de répartition des revenus mis en lumière à la section précédente doit traditionnellement s’accompagner d’une réflexion sur la question qui lui est sous-jacente à savoir la pauvreté. L’étude de ce concept de pauvreté est difficile car elle place l’analyste devant un concept à mesurer qui se révèle très vite d’aspect protéiforme chevauchant des domaines économiques, sociaux ou éthiques malaisés à quantifier. Il faut donc poser un cadre d’analyse et s’imposer quelques contraintes.
1 On utilise l’expression de « risque » de pauvreté, pour désigner les personnes dont le revenu équivalent est inférieur au seuil de pauvreté. Bien évidemment ces personnes ne sont pas forcément pauvres au sens strict du terme. Il s’agit simplement de qualifier la position qu’elles occupent dans la distribution des revenus équivalent par rapport au seuil définit par convention.
Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 80 3.1.2.1. Définitions Définir la pauvreté revient à franchir les trois étapes suivantes: a) trouver un indicateur de mesure du bien être individuel, en l’occurrence il s’agira du revenu. Par ricochet, c’est s’interroger sur les composantes du revenu à prendre en compte, les ajustements à appliquer selon la taille des ménages et enfin le seuil à retenir? b) choisir un type de pauvreté: pauvreté d’existence, pauvreté monétaire ou pauvreté subjective et dans le cas de la pauvreté monétaire, le choix du type de revenu à prendre en compte, du seuil de pauvreté, de la période de référence du revenu et de la définition des unités de consommation. c) choisir un niveau d’analyse: il n’y a que deux choix possibles: individus ou ménages. Le choix du niveau s’effectue suivant a) et/ou b), c’est-à-dire selon l’objectif de l’étude. Par exemple, la pauvreté envisagée par rapport une question relative à l’état de santé demandera naturellement un niveau de détails qui est celui de l’individu. Il n’y aura alors pas beaucoup de sens, sauf à perdre en précision, à envisager cette question au niveau du ménage. En revanche, une analyse monétaire de la pauvreté au sens le plus large se situe à un niveau plus agrégé du ménage. Définition de la pauvreté Du côté de la littérature, il n’existe pas de définition unique de la pauvreté. On s’accorde toutefois à appréhender la pauvreté comme « une situation de privation relativement aux normes de bien-être qui prévalent dans une société donnée ». Du côté de la pratique, on peut définir le statut de pauvre de trois manières. On pourrait le définir en termes de consommation, de revenu ou de satisfaction. Il est toutefois plus fréquent de lire des analyses sur la pauvreté en termes de revenu. On définit alors le statut de pauvre par deux approches: la pauvreté absolue et la pauvreté relative. La pauvreté absolue porte sur le minimum nécessaire à la survie de l’être humain (avoir moins de 1v par jour, par exemple). Cette approche ne se rencontre pas dans les pays industrialisés (à l’exception des Etats-Unis) où la procédure habituelle consiste à qualifier de pauvre toutes personnes ou ménages dont le revenu est inférieur à un certain seuil (pauvreté relative). Le seuil officiel de pauvreté est défini par les instituts statistiques nationaux comme la moitié du revenu médian
- et par les institutions européennes comme 60% du revenu médian. Le revenu médian, est le revenu qui partage la population classée par ordre croissant du revenu, en deux parties égales (50% gagnent moins et 50% gagnent plus). Parmi ceux qui gagnent moins que le seuil, certains gagnent encore moins que la moitié de ce seuil et sont donc qualifiés de "pauvres".
- Cela ne prive bien évidemment pas les instituts de publier des seuils de pauvreté allant de 40%, 50%, 60% et même 70%. L’utilisation de ces seuils dépend de la nature de l’étude.
La pauvreté s’analyse de façon standard par une description de son niveau et de sa durée, c’est-à-dire par l’intermédiaire du taux de risque de pauvreté et du taux de persistance de la pauvreté. Au début de la décennie, le nombre des citoyens de l’Union Européenne qui étaient confrontés au risque de pauvreté et de pauvreté persistante était très élevé: respectivement 15% et 9% comme le souligne la Commission Européenne 1. Le calcul de ce taux nécessite au moins 3 années consécutives. Le Luxembourg ayant débuté l’enquête en 2003 avec 6 autres états membres, il dispose avec 2004 de deux années d’enquête. Il est donc bien évident que pour 2004, deuxième année d’enquête pour le Luxembourg mais officiellement première année du nouveau panel pour les 25 Etats membres, le taux de persistance de la pauvreté ne peut être calculé. A défaut, relevons pour 2004 les taux de risque de pauvreté de 11% pour le Luxembourg (11% en 2003), de 16% pour l’Allemagne (15% en 2003), de 15% pour la Belgique (15% en 2003), et de 21% pour l’Irlande (21% en 2003).
1 L’Agenda Social 2005-2010: Une Europe sociale dans l’économie mondiale, Emploi et Affaires Sociales, Commission Européenne, 2005. Les chiffres sont donnés pour 2001.
Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 81 3.1.2.2. Les indicateurs de Laeken: origine et définition La mesure de la pauvreté s’effectue en fonction d’un certain nombre d’impératifs techniques. Comme le montre l’encadré suivant (Indicateurs de Laeken), la production des indicateurs de pauvreté est principalement guidée par le contenu des réglementations communautaires en matière de lutte contre la pauvreté. Cette production d’indicateurs de pauvreté dépend également de la nature de la population cible choisie ainsi que du choix de certains étalons de référence plutôt que d’autres. Cette section justifie dans les textes l’obligation d’une production d’indicateurs monétaires de mesure de la pauvreté, les présente en les accompagnant de leurs définitions. Le Traité d'Amsterdam a introduit la lutte contre l'exclusion sociale dans les dispositions relatives à la politique sociale de l'Union (articles 136 et 137 CE). Le Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 a souligné que l'étendue de la pauvreté et de l'exclusion sociale était inacceptable et que la construction d'une Union européenne favorable à l'inclusion est nécessaire comme un élément essentiel de l'objectif stratégique de l'Union pour la décennie à venir, visant une croissance économique durable, une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et une plus grande cohésion sociale. Par décision du Conseil européen de Lisbonne de mars 2000, reconfirmée à Nice en décembre de la même année, la méthode ouverte de coordination a été choisie dans le contexte de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale dans l’UE. La mise en œuvre de cette approche implique la définition d’objectifs acceptés pour l’UE dans sa globalité, l’élaboration de plans d’action nationaux d’inclusion sociale (PANIncl) en vue de la réalisation de ces objectifs et la publication de rapports périodiques de suivi. Un ensemble de 18 indicateurs a été fixé au Conseil de Laeken (décembre 2001). Il a été révisé par les membres du sous-groupe indicateurs du Comité de Protection Sociale pour y inclure d’autres éléments relatifs à l’inclusion sociale. Le tableau suivant présente les 21 indicateurs révisés de Laeken, les indicateurs grisés représentant les indicateurs monétaires. Le calcul de la plupart de ces indicateurs monétaires est réalisé sur base de ce que l’on continue d’appeler communément le « panel communautaire des ménages » (PCM) et qui a été transformé depuis 2004 en l’enquête EU-SILC (Enquête Européenne sur les Revenus et les Conditions de Vie). Cette enquête succède à celle du précédent panel communautaire l’ECHP couvrant les années 1994 à 2001. L’ enquête EU-SILC est basé sur une enquête standardisée et sa structure longitudinale permet de suivre et d’interroger les mêmes ménages et individus durant plusieurs années consécutives. Au Luxembourg, l’enquête EU-SILC est réalisée par le CEPS sous l’égide du STATEC. Les résultats comparatifs sont publiés par EUROSTAT et sont à la base des « rapports conjoints sur l’inclusion ». Indicateurs de Laeken Indicateurs Primaires 1 Taux de risque de pauvreté (seuil fixé à 60% du revenu national médian équivalent) + ventilation par type de ménage, statut d’occupation du logement, l’activité la plus fréquente, l’intensité au travail du ménage 2 Seuils de risque de pauvreté (valeurs illustratives) 3 Ratio interquintile S80/S20 4 Taux de risque de pauvreté persistante 5 Ecart médian relatif du taux de pauvreté 6 Cohésion régionale 7 Taux de chômage de long terme 8 Personnes vivant dans des ménages sans emploi 9 Jeunes ayant quitté prématurément l’école et ne suivant ni étude ni formation 10 Part des jeunes ayant un niveau de lecture inférieur ou égal au premier niveau de l’étude PISA 11 Espérance de vie 12 Ecart de taux d’emploi des immigrants Indicateurs secondaires 13 Dispersion autour du seuil de risque de pauvreté 14 Taux de risque de pauvreté (seuil fixé à un point du temps) 15 Taux de risque de pauvreté (avant transferts sociaux) 16 Coefficient de Gini 17 Taux de risque de pauvreté persistante (50% du revenu équivalent médian national) 18 Taux de risque de pauvreté des personnes en emploi 19 Part du taux de chômage de long terme (total de la population sans emploi de long terme rapporté au total de la population sans emploi) 20 Taux de chômage de très long terme 21 Personnes à faible niveau d’éducation