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Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 72 Concernant la nationalité, on remarque que seuls les ressortissants de l’Allemagne ou de l’un des pays de l’EU15 non pris en compte explicitement (pour les derniers, le coefficient estimé est cependant peu significatif) gagneraient , pour un même âge, une même profession et un même secteur d’activité plus que les nationaux. D’après les estimations, l’écart entre les employés administratifs et les travailleurs manuels servant de catégorie de référence serait assez faible (de l’ordre de 10% 1). Les directeurs et cadres supérieurs, par contre, auraient des gains nets, toutes choses égales par ailleurs, dépassant de plus de 60% ceux des travailleurs manuels. Pour la comparaison entre secteurs, ce sont l’industrie et la construction qui ont servi de référence. Seraient défavorisés les salariés de l’agriculture, du Commerce et de l’HORECA. Arriveraient en tête les personnes occupées dans l’une des institutions internationales implantées au Luxembourg. Les salariés de l’intermédiation financière seraient devancés par les ‘Transports et communications’ et l’administration au sens large. Il se pourrait bien que ces résultats quelque peu surprenants soient le fruit de distorsions engendrées par une non réponse sélective. Tableau 79: Fonction de gains pour salariés masculins travaillant à temps plein Coefficient Erreur standard Age 0.047 0.001 Age2 0.000 0.000 Nationalité Belge -0.036 0.006 Française -0.086 0.005 Allemande 0.033 0.010 Italienne -0.107 0.007 Portugaise -0.188 0.004 EU15 0.008 0.007 Autre -0.246 0.008 Profession Directeur, cadre supérieur 0.489 0.004 Professions intermédiaires, techniciens 0.271 0.004 Employés administratifs 0.099 0.004 Secteur d'activité Agriculture -0.176 0.015 Commerce HORECA -0.042 0.004 Transports, Communications 0.243 0.005 Intermédiation financière 0.201 0.005 Immobilier, Services aux entreprises 0.006 0.006 Administration, Education 0.213 0.004 Santé, action sociale 0.121 0.006 Organismes extra-territoriaux 0.381 0.007 Constante 6.509 0.020 R2 ajusté 0.656 Catégorie de référence Nationalité : Luxembourgeoise Profession : travailleur manuel Secteur d'activité : Industrie, Construction Source : STATEC, EFT 2005 Coefficients non standardisés


1 L’effet g d’une variable ‘dummy’ est calculé selon la formule: 46 8 = -1, où c est le coefficient estimé de la variable ‘dummy’.

Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 73 3. La pauvreté au Luxembourg 3.1 Répartition générale des revenus et risque de pauvreté 3.1.1 Niveau de vie et répartition générale des revenus Le concept de niveau de vie est souvent utilisé pour comparer le revenu disponible des ménages de composition familiale différente (le revenu disponible étant obtenu à partir du revenu brut duquel on retranche les prélèvements obligatoires 1 ). On construit pour cela un revenu qui sera qualifié « d’équivalent» puisqu’il va désormais pouvoir tenir compte de la taille du ménage, c’est-à-dire du nombre de personnes qui le composent (également appelées « unités de consommation » 2 . Il s’agit donc d’appliquer une échelle d’équivalence sur les revenus disponibles des ménages 3 . On exprime alors le niveau de vie comme étant le résultat de l’application de cette échelle d’équivalence sur le revenu disponible. Pour l’année 2004, le niveau de vie moyen de l’ensemble des ménages est de 2 551 € mensuels. Le graphique 20 donne la répartition des ménages par classes de niveau de vie. Le graphique 20 montre une répartition du niveau de vie mensuel des ménages en forme de cloche 4 Cette allure révèle une concentration du nombre de ménages sur les premières classes de niveau de vie. Le niveau de vie moyen est de 2 551 € mensuels et le niveau de vie médian est de 2 251 € mensuels. En conséquence, la moitié des ménages résidents au Grand-Duché a un niveau de vie inférieur à 2 251 € par mois et l’autre moitié un niveau supérieur à 2 251 € par mois. Le seuil de pauvreté augmente entre 2004 et 2005 ce qui fait apparaître un taux plus élevé de ménages à risque de pauvreté 13% après 12.4%. Graphique 20: Répartition des ménages par classes de niveau de vie mensuel au Luxembourg en 2004 (en%) Source: STATEC, Enquête EU-SILC 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 < 1 500 1 500 - 2 000 2 000 - 2 500 2 500 - 3 000 3 000 - 3 500 3 500 - 4 000 4 000 - 4 500 4 500 - 5 000 5 000 - 5 500 5 500 - 6 000 6 000 - 6 500 6 500 - 7 000 7 000 - 7 500 7 500 - 8 000 8 000 - 8 500 8 500 - 9 000 9 000 - 9 500 9 500 - 10 000 10 000 - 10 500 10 500 - 11 000 11 000 - 11 500 11 500 - 12 000

  • 12 000 Pourcentages

1 Voir annexe 1 pour plus de détails. 2 Le premier adulte composant le ménage représente une unité de consommation et chaque adulte suivant âgés de 14 ans et plus en représente 0,5. Les enfants de moins de 14 ans représentent 0,3 unité de consommation. Ainsi, par exemple, pour un ménage composé de 2 adultes et 1 enfant, le revenu disponible du ménage sera divisé par 1,8 (1+0,5+0,3). 3 On ne sélectionnera que les ménages dont le revenu disponible est positif. Cela permet de ne pas tenir compte de la situation des indépendants dont les revenus négatifs déclarés proviennent de transferts fiscaux dont l’origine et la cause ne peuvent être obtenues dans la base de données. L’utilité de cette démarche est motivée par une plus grande qualité attendue des indicateurs utilisés. 4 Ce que les statisticiens pourront développer en relevant la nature dissymétrique (leptokurtique et oblique à gauche) de la courbe. Niveau de vie des ménages Niveau de vie moyen: 2 551 EUR/mois (en 2005: 2 720) Niveau de vie médian: 2 251 EUR/mois (en 2005: 2 372) Seuil de pauvreté: 1 351 EUR/mois (60%) (en 2005: 1 423) Nombre de ménages = 170 457 Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 74 Cette description de tendance centrale du niveau de vie ne permet pas d’évaluer le poids des ménages les plus nantis par rapport aux ménages les moins nantis. On complète alors cette représentation par la mobilisation d’un ratio qui permet de chiffrer ce poids. A) le rapport interquintile S80/S20 Le rapport interquintile S80/S20 est un indicateur d’inégalité dans la répartition des revenus équivalent (niveau de vie). Il est classé dans la famille des indicateurs monétaires de mesure de la pauvreté. Il mesure le rapport du revenu équivalent touché par les 20% de la population au revenu le plus important (quintile supérieur; Q5), au total des revenus équivalents touchés par les 20% de la population au revenu le plus faible (quintile inférieur; Q1). En d’autres termes, il permet de situer la place du groupe de tête par rapport à celle du groupe de queue dans la répartition des revenus équivalents. En ce sens, cet indicateur ne se montre sensible qu’aux modifications des revenus intervenant dans l’une ou l’autre de ces positions extrêmes (partie plafond et plancher). La méthode consiste simplement à classer les individus en fonction de leur revenu équivalent puis à les répartir en 5 groupes de tailles égales, appelés quintiles, pour y effectuer les calculs de ratio. Les résultats de l’enquête EU-SILC montrent que sur 2004 les 20% de la population au revenu équivalent le plus élevé ont un revenu égal à 3.9 fois celui des 20% au revenu équivalent le plus faible. Autrement dit, les 20% des résidents les plus riches gagnent presque 4 fois plus que les 20% les plus pauvres [3.8 fois en 2005]. Un chiffre par ailleurs identique à celui de la Belgique pour la même période. Au niveau des 25 pays de l’union européenne l’estimation d’Eurostat donne un ratio S80/S20 égal à 4.8 pour 2004. Ce chiffre peut encore être décomposé pour montrer que les 20% des résidents luxembourgeois les plus pauvres ne perçoivent que 9% du revenu total équivalent contre 36% pour les 20% les plus riches. Cela signifie que 60% des individus dont le revenu équivalent n’est pas situé parmi celui des plus pauvres ni celui des plus riches se partagent 55% du revenu total. Graphique 21: Répartition du revenu total et ratio S80/S20 au Luxembourg en 2004 Source : STATEC, Enquête EU-SILC ; Champ = population ; N = 177 000 20% les plus riches 36% 20% les plus pauvres 9% 60% des personnes au revenu intermédiaire 55% Quels éléments expliquent le niveau du ratio S80/S20? Les tableaux suivants se concentrent sur les facteurs de genre et de profession pour distinguer leurs effets probables sur le niveau du ratio. Y a-t-il un effet Homme-Femme ou un effet profession? A quel niveau se situe le revenu des femmes les plus riches par rapport à celles les moins riches? Les professions manuelles réservent-elles un ratio plus petit ou plus grand que les professions de direction? On doit ici modifier légèrement la variable de revenu. En effet, nous voulons conserver les revenus provenant d’une activité productive pour cerner l’existence d’une inégalité uniquement due au marché du travail. On considère alors le revenu brut des personnes, c’est-à- dire celui versé par l’employeur qui comprend non seulement le salaire mais aussi les primes, gratifications, allocations de repas, etc. Une précision est apportée à la question de genre en distinguant le mode de travail: temps plein. Le tableau 80 montre que quelque soit le type d’activité (travail à temps plein, partiel), les 20% des individus qui ont un revenu brut élevé gagnent 3 fois plus que les 20% de ceux qui ont un revenu brut faible. Les 20% les plus riches se partagent 37.8% de tous les revenus versés contre 9.4% pour les 20% les plus pauvres. Un chiffre similaire à celui portant sur le revenu total équivalent.

Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 75 Tableau 80: Répartition du ratio S80/S20 par genre et type d’activité au Luxembourg en 2004 S80/S20 Temps plein et temps partiel dont : travaillant à temps plein Total 3.1 3.0 Hommes 2.8 2.8 Femmes 3.3 3.0 Source: STATEC, EU-SILC; Champ = population; N= 177 000 L’inégalité de répartition est plus forte pour les femmes que pour les hommes tout type d’activité confondus. Les 20% de femmes qui travaillent à temps plein et partiel et ont un revenu élevé, gagnent 3.3 fois plus que les 20% qui ont un revenu plus faible. En ne s’intéressant qu’au travail à temps complet ce ratio diminue à 3.0. Il reste cependant toujours légèrement supérieur à celui des hommes. Le tableau 81 montre la distribution du ratio S80/S20 sur les types de professions des individus travaillant à temps plein et partiel. Le groupe de professions où l’inégalité est la plus élevée est le groupe n°3, celui des employés administratifs. Viennent ensuite les groupes n°4 (travailleurs manuels), 1 (Directeurs,…) et 2 (Professions intermédiaires). La dimension du genre n’exerce pas d’effets dans le groupe des personnes de profession directoriales travaillant à temps plein et partiel. La dimension du genre est en revanche plus marquée dans le cas des employés administratifs et des travailleurs manuels. Tableau 81: Répartition du ratio S80/S20 par professions et genre au Luxembourg en 2004 (temps complet et partiel) S80/S20 Directeurs, Cadres supérieurs -1 Professions intermédiaires, Techniciens (2) Employés administratifs -3 Travailleurs manuels -4 Total 2.4 2.5 3.1 2.7 Hommes 2.3 2.3 2.4 2.1 Femmes 2.5 2.7 3.1 2.7 Source: STATEC, EU-SILC; Champ = population; N= 177 Ce ratio est toujours plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Cela peut avoir de multiples causes en particulier celle du temps partiel qui est ici pris en compte. Tableau 82: Répartition du ratio S80/S20 par professions et genre au Luxembourg en 2004 (temps complet) S80/S20 Directeurs, Cadres supérieurs -1 Professions intermédiaires, Techniciens (2) Employés administratifs - 3 Travailleurs manuels -4 Total 2.5 2.2 2.7 2.3 Hommes 2.2 2.2 2.3 2.1 Femmes 2.3 2.3 2.9 2.6 Source: STATEC, EU-SILC; Champ = population; N= 172 500 Le temps partiel ne modifie qu’à la marge les valeurs des ratios S80/S20 pour les professions directoriales et intermédiaires (groupes 1 et 2). Les disparités Hommes-Femmes ne sont pas non plus affectées. En revanche, les valeurs des ratios des groupes de professions Employés Administratifs et Travailleurs manuels (groupes 3 et 4) sont diminuées, ce qui montre clairement le rôle que joue le temps partiel dans certaines professions plutôt que dans d’autres. Même si l’on constate une diminution de ces ratios, la distribution du ratio par genre n’est pas modifiée, montrant ainsi la persistance d’un effet de structure du genre sur le revenu brut. La répartition du ratio S80/S20 parmi les types d’inactivité (tableau 83) montre l’ampleur de l’écart de richesse entre les catégories de personnes retraitées et au chômage. Tableau 83: Répartition du ratio S80/S20 par Types d’inactivités au Luxembourg en 2004 S80/S20 Retraité ou préretraité Chômeur Total 2.0 2.5 Hommes 1.9 2.1 Femmes 2.4 2.9 Source: STATEC, EU-SILC; Champ = population; N= 36 000 retraités et N = 3 352 chômeurs L’analyse pour les groupes de chômeurs et de retraités porte bien sûr non plus sur les revenus bruts d’activités mais principalement sur les allocations de chômage et les pensions de retraites. On reprend alors le revenu disponible équivalent du ménage qui permet de saisir les flux de revenus qui ne proviennent pas uniquement de l’activité productive. On s’intéresse donc au niveau de vie des individus retraités et au chômage. Le groupe des chômeurs est celui où l’écart entre le peloton de tête et celui de queue est le plus grand. Les 20% d’individus ayant un revenu équivalent élevé ont un niveau de vie 2.5 fois plus grand que les 20%