Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 76 d’individus du même groupe ayant le niveau de vie le plus bas. Le niveau de vie mensuel moyen (resp. médian) des chômeurs étant de 1 580 EUR (resp. 1 600 EUR) en 2004. Le groupe des retraités montre une situation où 20% des individus ayant un niveau de vie élevé ont un niveau de vie 2 fois plus grand que les 20% d’individus du même groupe ayant le niveau de vie le plus bas. Le niveau de vie mensuel moyen (resp. médian) des retraités étant de 2 580 EUR (resp. 2 480 EUR) en 2004. Les inégalités de répartition du revenu peuvent également être observées par classes d’âges. Le tableau 84 présente les ratios S80/S20 calculés sur le revenu brut total de l’individu travaillant à temps plein ou partiel. Ces ratios sont répartis sur quatre classe d’âges représentant les principales étapes du cycle de vie professionnels. La classe d’âges des 16-29 ans correspond à l’étape d’entrée ou d’installation de l’individu sur le marché du travail. La classe d’âges des 30-59 ans correspond traditionnellement à la phase de maturité professionnelle où l’on peut espérer un niveau de revenu accru par les retours d’investis- sement en capital humain. Enfin, la classe d’âges des 60 ans et plus correspond à la phase de sortie du marché du travail. Ainsi, les 20% des individus de la classe d’âges des 16 – 59 ans qui ont un revenu élevé gagnent 3.1 fois plus que ceux de la même classe qui ont un revenu faible. Ce ratio est quasi constant sur tous les groupes d’âges. L’inégalité de la répartition des revenus du travail chez les femmes de 16 à 29 ans est la plus forte de toutes les classes d’âges d’activité. On trouve dans cette classe d’âges, un revenu brut total de 1 922 euros mensuels. Les 20% des femmes de 16 à 29 ans ayant un revenu brut élevé gagnent 4.1 fois plus que celles qui ont un revenu bas. Cette amplitude s’estompe lorsque l’on regarde la classe d’âges des 16 à 59 ans. Tableau 84: Répartition du ratio S80/S20 par classes d’âges au Luxembourg en 2004 (Temps plein et partiel: revenu brut total) S80/S20 16 – 59 ans 16 – 29 ans 30 – 59 ans 60 ans et plus Total 3.1 3.1 3.0 3.0 Hommes 2.8 2.4 2.6 2.3 Femmes 3.7 4.1 3.5 5.4 Source : STATEC, Enquête EU-SILC ; Champ = population ; Effectifs totaux par classes d’âges sont respectivement de 182 048, 31 062, 148 871, 47 009 Le niveau de vie joue un rôle d’atténuateur des écarts de revenus entre hommes et femmes situés aux extrémités de la distribution des revenus équivalents. Dans le tableau 84 la ligne « Total » montre finalement que quelque soit l’âge les 20% les plus riches gagnaient en moyenne 3 fois plus que les 20% les plus pauvres. Dans le tableau 85, la prise en compte du niveau de vie (donc de la composition du ménage) montre cette fois que quelque soit l’âge les 20% les plus riches gagnaient en moyenne 2 fois plus que les 20% les plus pauvres. Avec la prise en compte du niveau de vie et non plus seulement du revenu brut, on observe un changement de niveau entre hommes et femmes. Les écarts de taux entre les genres ne sont donc plus aussi significatifs. Les politiques économiques et sociales d’égalité des chances ou de rémunération ont vraisemblablement pu exercer des effets d’atténuation des différences. Avec un niveau de vie mensuel moyen de 2 200 euros pour la classe d’âges des 16 à 29 ans, les 20% des femmes au niveau de vie le plus élevé ont un niveau de vie de 1.7 fois supérieur à celui des 20% de femmes qui ont le niveau de vie le plus bas. Tableau 85: Répartition du ratio S80/S20 par classes d’âges au Luxembourg en 2004 (Temps plein et partiel: niveau de vie) S80/S20 16 – 59 ans 16 – 29 ans 30 – 59 ans 60 ans et plus Total 2.1 1.9 2.1 2.1 Hommes 2.2 1.8 2.2 2.0 Femmes 2.0 1.7 2.0 2.4 Source : STATEC, Enquête EU-SILC ; Champ = population ; Effectifs totaux par classes d’âges sont respectivement de 120 497, 8 825, 111 195, 36 513.
Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 77 B) Le coefficient de Gini Contrairement au ratio S80/S20, le coefficient de Gini permet de tenir compte du poids des revenus équivalents situés entre les 20% de revenus équivalents les plus bas et les 20% les plus hauts. Cet indicateur permet donc de prendre en compte tous les revenus équivalents et non plus ceux uniquement situés aux extrémités de la distribution. Le coefficient de Gini est un nombre sans dimension. On le compare habituellement à ses valeurs extrêmes théoriques qui sont 0 (absence d’inégalité) et 1 (inégalité pure, correspondant à une situation de totalitarisme où un individu possèderait tous les revenus). En pratique, les valeurs nulle et unitaire ne peuvent être atteintes. On a recours alors à une convention qui associe à certaines classes de valeurs de l’indicateur un jugement de valeur modéré. Par exemple, en présence d’une valeur positive mais faible de l’indicateur de Gini (valeurs comprises entre 0 et 10%) on est en droit de retenir une relative absence d’inégalité. Le même raisonnement s’applique pour le cas opposé. Bien que cet indicateur soit probablement l’indicateur le plus utilisé dans les mesures empiriques des inégalités de revenus, très peu d’études soulignent qu’il ne s’agit toutefois que d’un indicateur construit sur un échantillon. De ce fait, on occulte alors qu’il possède une variance et qu’il devrait être accompagné d’un écart type. La raison de cette absence quasi systématique d’écart type dans les présentations des coefficients de Gini provient de la très grande complexité des formules mathématiques ainsi que de la mise en œuvre de nombreux calculs informatiques pour en assurer la présentation. Il n’existe donc pas encore de consensus sur la méthode à appliquer pour calculer les écart types qui vont permettre de déterminer les intervalles de confiance 1 . C’est pourquoi, il est souvent risqué dans la pratique de comparercertaines variations des indices de Gini. C’est ainsi malheureusement le cas pour le Luxembourg entre les années 2003 et 2005. En effet, il serait séduisant dans une optique de justice sociale de conclure qu’avec une valeur de Gini en 2005 de 26% (25.6% en 2004 comparée à celle de 27.3% en 2003), l’inégalité de distribution des revenus ait diminué sur les trois années. Mais on ne peut conclure qu’il en soit ainsi du point de vue statistique. On peut seulement supposer avec ces chiffres que l’on est dans la bonne voie et que l’on se dirige vers une réduction de l’inégalité de répartition des revenus si, à l’aide des prochaines vagues d’enquêtes EU-SILC, cette tendance venait à se maintenir. Il est donc pour l’instant prématuré de conclure à une baisse des inégalités de revenus. Mais la tendance est encourageante. On peut toutefois tirer avantages des désavantages de cet indicateur. L’indice de Gini est un indicateur qui s’applique à tous les individus classés de manière générale par ordre croissant de leur revenu. Donc, en prenant en compte n’importe quelle valeur de tendance centrale comme par exemple le revenu disponible équivalent, il est alors possible en appliquant à cette valeur le coefficient de Gini d’introduire un effet d’inégalité sur la variable mesurée. Ce principe a été démontré par A. Sen (1973) 2 . Ce principe permet finalement d’exprimer en probabilité la situation en matière de revenus de deux individus pris au hasard dans la population. L’application numérique au cas du Luxembourg en 2004 donne alors un écart moyen de revenu disponible équivalent mensuel pour deux individus pris au hasard dans la population de 649.20 (il s’élève à 648.70 en 2003) 3 . L’utilité de cette réflexion est de déplacer le caractère strictement monétaire du résultat obtenu sur un domaine d’étude axé sur la justice sociale. On passe alors de commentaires sur l’inégalité à des commentaires sur l’identification d’iniquités. L’iniquité est définie comme un ensemble d’inégalités qui sont considérées comme injustes et évitables. Cette valeur de 650 peut-elle être considérée comme juste? Ce débat qui relève de l’économie politique dépasse le cadre du présent rapport. L’office des statistiques desCommunautés Européennes (Eurostat) donne dans le tableau 86 les coefficients de Gini suivants:
1 Des auteurs comme Dixon (1987) et Mills et Zandvakili (1997) ont montré qu’il est toutefois possible d’obtenir un estimateur sans biais de la vraie valeur du coefficient de Gini au niveau de la population en le multipliant par n/n-1. Ces calculs n’apportent pas de véritables changement de valeurs des indices (changements à la 5 e décimale) [Dixon PM, Weiner J, Mitchell-Olds T, Woodley R. Boot-strapping the Gini coefficient of inequality. Ecology, 1987; vol. 68, pp.1548-1551.] et [Mills JA, Zandvakili A. Statistical inference via bootstrapping for measures of inequality. Journal of Applied Econometrics, 1997; vol. 12, pp.133-150.] 2 Sen A. On Economic Inequality. Oxford: Clarendon Press 1973. [ Prix Nobel d’Economie en 1998]. 3 pour 2004: (30 431,29 x 25,6%)/12 = 649,2 (pour 2003: (28 306,97 x 27,5%)/12 = 648,7 ). Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 78 Tableau 86: Les coefficients de Gini nationaux en 2003 et 2004 (en%) Gini UE-25 UE-15 NEM-10 BE DE FR LU UK DK NO EL 2003 29 30 29 28 28 27 28 34 25 26 35 2004 30 30 30 26 28 28 26
24 25 33 Source : Eurostat, Newcronos. ; Remarque : Eurostat présente des coefficients arrondis. En général, la publication des indicateurs de Gini ne tient pas compte des intervalles de confiance. C’est pourquoi, on ne peut véritablement comparer les chiffres donnés entre les années pour chacun des pays ou groupes de pays. Par exemple, pour le Luxembourg on ne peut affirmer l’existence d’une baisse de l’inégalité de répartition des revenus entre 2003 et 2004, les indices étant quasi identiques. On peut simplement observer le début d’une éventuelle tendance à la baisse ou à la hausse de l’inégalité de distribution des revenus par pays (à la baisse pour le Luxembourg). En revanche, il est quelque fois possible de comparer pour une année donnée les coefficients de certains pays entre eux. On peut ainsi retenir que le Danemark (25) a une inégalité de répartition des revenus probablement plus faible que la moyenne des pays de l’UE15 (30) (de même pour le Danemark vis-à-vis de la Grèce (35)). Il n’est en revanche pas possible de comparer par exemple le Danemark (25) au Luxembourg (28) ou à la Norvège (26), les chiffres n’étant pas suffisamment différents. Le tableau 87 donne les coefficients de Gini illustrant l’importance de l’inégalité de la répartition des revenus équivalents 1 pour les hommes et les femmes. Il propose aussi une valeur du coefficient de Gini corrigée du temps de travail. Le temps partiel ne modifie pas l’inégalité de répartition des revenus équivalents masculins. En revanche, le travail à temps partiel montre une tendance à l’accroissement de l’inégalité de répartition des revenus des femmes. Tableau 87: Coefficients de Gini et Genre au Luxembourg en 2004 Gini et Genre Coefficient (en %) Revenu moyen annuel Effectifs Hommes 26.01 34 645 111 873 dont travail à temps plein 26.59 36 645 77 295 Femmes 24.47 32 644 59 460 dont travail à temps plein 23.17 34 163 27 721 Source : STATEC, Enquête EU-SILC Tableau 88: Coefficients de Gini et Types de professions au Luxembourg en 2004 Directeurs, cadres supérieurs et dirigeants 22.29 46 793 36 464 dont travail à temps plein 21.23 48 209 27 101 Hommes 22.11 47 377 26 197 dont travail à temps plein 21.55 49 039 20 775 Femmes 22.42 45 301 10 267 dont travail à temps plein 19.42 45 482 6 326 Profession intermédiaire, techniciens 21.05 37 946 33 665 dont travail à temps plein 20.57 39 220 23 827 Hommes 22.48 39 386 20 720 dont travail à temps plein 22.34 40 925 15 556 Femmes 18.03 35 641 12 944 dont travail à temps plein 15.87 36 013 8 270 Employés administratifs 23.89 33 852 19 841 dont travail à temps plein 23.50 34 261 12 908 Hommes 23.12 34 536 10 566 dont travail à temps plein 23.77 35 615 8 473 Femmes 24.65 33 074 9 275 dont travail à temps plein 22.20 31 673 4 435 Travailleurs manuels 21.68 26 566 81 362 dont travail à temps plein 22.54 26 462 41 179 Hommes 21.49 26 727 54 388 dont travail à temps plein 22.20 26 737 32 489 Femmes 21.97 26 241 26 973 dont travail à temps plein 23.46 25 433 8 690 Source: STATEC, Enquête EU-SILC Gini et Type de profession Revenu équivalent moyen annuel Effectifs Coefficient (en %)
1 Les revenus négatifs ont été exclus pour des raisons techniques. Des revenus négatifs peuvent en effet être déclarés par des personnes exerçant une activité indépendante. Leur maintien dans le calcul des coefficients de Gini conduirait à des valeurs du coefficient supérieures à 1.