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Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 56 1.4 Postes vacants et taux de chômage Définitions Par vacance d’emploi on entend un poste nouvellement créé, inoccupé ou devenant vacant dans un proche avenir, pour lequel l’employeur a entrepris récemment des démarches actives, afin de trouver un collaborateur externe à l’entreprise, pour lequel il est disposé à entreprendre des démarches supplémentaires, et que l’employeur a l’intention d’occuper immédiatement ou dans un proche avenir. Le taux des postes vacants (TPV) représente la proportion des postes vacants (PV) dans l’ensemble des postes occupés (PO) et vacants. Le taux de vacance correspond au nombre de postes vacants, divisé par le nombre total de postes (occupés et vacants) et représente le pourcentage des emplois vacants dans l’ensemble des emplois. 100 * ! !' !' %!' +

Pour le Luxembourg, les postes occupés représentent le nombre de salariés fournis par l’IGSS et les données sur les postes vacants ventilées par branche d’activité économique sont fournies par l’ADEM . Des travaux méthodologiques au niveau communautaire ne sont pas encore achevés car les séries sur les postes vacants ne sont établies que depuis peu par Eurostat, sur demande, entres autres, de la Banque Centrale Européenne. L’objectif des statistiques sur les vacances d’emplois est de suivre les tendances de la demande de main-d’œuvre. Actuellement, les statistiques produites sont ventilées par sections (A-O) de la NACE Rév1.1, mais avec l’entrée en vigueur du règlement, des ventilations supplémentaires (région, groupe de professions, taille en terme de nombre de salariés de l’unité déclarante), ainsi que des critères de qualité des statistiques entrent en jeu. L’obligation des patrons de signaler à l’ADEM les postes vacants, ainsi que celle d’affilier leurs salariés au Centre commun d’affiliation de la sécurité sociale permettent aux statisticiens d’avoir recours aux fichiers agrégés administratifs et d’épargner ainsi aux entreprises l’instauration d’une nouvelle enquête. Les annonces de places vacantes doivent être déclarées à l’ADEM au moins 3 jours ouvrables avant la parution dans la presse (art. 9 de la loi modifiée du 21 février 1976 concernant l’organisation et le fonctionnement de l’ADEM et loi du 12 février 1999 concernant la mise en œuvre du Plan d’action national pour l’emploi). La déclaration de places vacantes transmise par l’employeur à l’ADEM comprend, pour l’engagement d’un salarié du secteur privé, entre autres, les renseignements suivants: matricule de l’employeur, nom et adresse, description du poste à pourvoir, nombre de postes, date de l’engagement prévu, lieu de travail, catégorie de contrat de travail (CDI, CDD, saisonnier), durée et régime de travail, rémunération, aptitude, qualification et profil du collaborateur recherché. Les seuls renseignements transmis par l’ADEM au STATEC se réfèrent au nombre de postes figurant dans les fichiers à la date du relevé statistique. 1.4.1 Évolution des postes vacants Le tableau ci-dessous fait apparaître qu’au Luxembourg, l’Intermédiation financière et de l’Immobilier, location et services aux entreprises ainsi que le secteur « santé et action sociale » se montrent assez dynamiques en matière de demande de main- d’œuvre. Au cours du dernier trimestre 2005, 25% du total des offres d’emploi déclarées auprès de l’ADEM provenaient du secteur « Immobilier, location et services aux entreprises » suivi par celui de l’Intermédiation financière (11.8%), le « Commerce, réparation automobile et d’articles domestiques » (10.5%) et la « Santé et action sociale »(9.5%).

Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 57 Tableau 56: Taux des postes vacants en% 2004T1 2004T2 2004T3 2004T4 2005T1 2005T2 2005T3 2005T4 UE25 1.7 1.8 1.6 1.6 1.8 2.0 2.0 1.9 UE15 1.8 1.8 1.7 1.6 1.9 2.2 2.2 2.1 Zone euro 1.7 1.7 1.4 1.4 1.8 2.1 2.2 2.1 Luxembourg: Ensemble de l'économie 0.3 0.4 0.4 0.3 0.4 0.5 0.4 0.4 Industries manufacturières 0.2 0.2 0.3 0.2 0.2 0.2 0.2 0.2 Construction 0.1 0.1 0.2 0.1 0.2 0.4 0.2 0.2 Commerce 0.2 0.2 0.2 0.2 0.2 0.2 0.2 0.2 Horeca 0.5 1.1 0.7 0.3 0.5 0.5 0.4 0.4 Transports et communication 0.1 0.1 0.1 0.2 0.2 0.1 0.1 0.1 Intermédiation financière 0.2 0.3 0.5 0.3 0.5 0.5 0.5 0.6 Immobilier, location, services aux entreprises 0.6 0.8 0.9 0.9 0.8 1.2 1.0 1.1 Administration publique 0.2 0.2 0.2 0.1 0.1 0.1 0.2 0.1 Santé et action sociale 0.6 0.7 0.6 0.5 0.8 1.0 0.9 0.8 Estimations à partir de données non harmonisées des Etats membres suivants: AT, CZ, EE, EL, FI, FR, HU, IT, LV, LU, NL, PL, PT, SK, SI, ES, SE, UK 1 Suivant la formule: TPV = PV / (PO+PV), où PV= postes vacants et PO = postes occupés Source: STATEC-ADEM-IGSS, Eurostat-estimations 1.4.2 La courbe de Beveridge La courbe de Beveridge (également appelée courbe UV, U pour unemployment et V pour vacancy ) porte le nom de l’économiste et sociologue anglais William Beveridge qui l’a étudiée en premier au cours des années 40. Elle met en relation le taux de chômage sur l’axe horizontal et le taux des postes vacants sur l’axe vertical permettant ainsi d’étudier le marché du travail et la difficulté à apparier offres et demandes d’emploi. Ainsi, la lecture du graphique ci-dessous permet de distinguer un choc conjoncturel entre 2001 et 2003 suivi d’un choc structurel. En effet, en période de ralentissement conjoncturel, le nombres d’offres d’emploi diminuent et le taux de chômage augmente. Entre 2003 et 2005, la courbe se déplace vers la droite et vers le haut (le nombre de postes vacants augmente malgré la hausse du taux de chômage) ce qui signifie qu’il y a inadéquation de l’offre et la demande de travail. Une telle situation relève le niveau de chômage structurel et implique des tensions inflationnistes. Notons encore que pour le Luxembourg la pertinence de la courbe de Beveridge est limitée dans la mesure où le taux de chômage ne prend en compte que les seuls résidants alors que le taux des postes vacants tient compte également compte de l’emploi salarié non résident représentant 41% de l’emploi salarié total. Graphique 19: Courbe de Beveridge pour le Luxembourg de 2001 à 2005 Source: STATEC, NEWCRONOS, ADEM 2005 2004 2003 2002 2001 0.0% 0.1% 0.2% 0.3% 0.4% 0.5% 0.6% 0.0% 1.0% 2.0% 3.0% 4.0% 5.0% Taux de chômage au sens strict en % Taux de postes vacants en% En comparant l’évolution depuis les années 80 de la courbe de Beveridge de la zone Euro à celle des Etats- Unis on constate que la première glisse plutôt vers la droite et la seconde vers la gauche traduisant concrètement une aggravation du chômage en Europe et un taux de chômage relativement faible aux Etats- Unis.

Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 58 En pratique, plusieurs théories peuvent être utilisées pour expliquer ces évolutions telles la désem- ployabilité des chômeurs de longue durée et la théorie des insiders/outsiders 1 ou encore l'inadé-quation structurelle des qualifications des chômeurs. Pour tenter d’analyser l’inadéquation en termes de qualification des chômeurs, nous avons calculé un taux d’inadéquation mensuel par secteur professionnel 2 rapportant les demandes d’emploi non satisfaites aux offres d’emploi non satisfaites que nous avons confronté au nombre de chômeurs ayant un niveau de formation inférieur ou moyen 3 dans ces mêmes secteurs professionnels pour les années 2004 et 2005. En 2004, on observe des corrélations positives et significatives pour les secteurs « professions libérales, techniciens et assimilés », « directeurs et cadres administratifs supérieurs », « vendeurs », « travailleurs des transports », « artisans, ouvriers » et « hôtellerie et restauration ». En 2005, ces corrélations sont moins fréquentes et n’existent plus que pour les artisans, ouvriers et pour l’Horeca. 1.5 Les jeunes sur le marché du travail Il est généralement admis que la situation des jeunes générations entrant sur le marché du travail n’est guère enviable. Leur situation se caractériserait par des taux de chômage plus élevés, une proportion importante d’emplois non permanents et par des phénomènes dits de déclassement se reflétant dans des divergences entre niveau de qualification acquis et qualification réelle du poste occupé. La variable clef à prendre en compte ne serait pas directement l’âge mais l’ancienneté sur le marché du travail mesurée à partir de la date se sortie du système scolaire 4. Les EFT contenant une information sur l’année d’obtention du dernier diplôme, cette ancienneté sur le marché du travail peut être calculée. Sont pris en considération les 15 à 34 ans. Taux de chômage Ce taux de chômage est particulièrement important chez ceux qui viennent de quitter le système scolaire (29.9%). Il l’est encore chez ceux présents sur le marché du travail depuis un an (12.8%). Plus cette ancienneté devient importante, plus le taux en question a tendance à baisser. Tableau 57: Taux de chômage des jeunes de 15-34 ans selon l’ancienneté Ancienneté sur le marché du travail en emploi au chômage Taux de chômage 0 1414 604 29.9% 1 3672 540 12.8% 2 3352 303 8.3% 3 4058 277 6.4% 4 4445 273 5.8% 5 4925 244 4.7% 6 4270 175 3.9% 7 4993 223 4.3% 8 4140 68 1.6% 9 3940 268 6.4% 10 3934 106 2.6% Total 43143 3081 6.7% Source: STATEC, EFT 2005 Ancienneté sur le marché du travail = 2005-année d'obtention du dernier diplôme 1.5.2 Permanence de l’emploi Pour apprécier la pertinence des chiffres donnant la proportion d’emplois non permanents selon l’ancienneté sur le marché du travail, il ne faut pas perdre de vue que les CDD et assimilés concernent également les stagiaires du secteur public dont la précarité de l’emploi n’est que toute relative. Globalement on constate que la ‘précarité’ semble effectivement beaucoup plus accentuée lors des premières années suivant la sortie du système scolaire. Il apparaît également que les universitaires et assimilés seraient moins touchés.


1 Il s'agit d'un modèle théorique néo-keynésien des années '80 visant à analyser certaines rigidités à l'embauche sur le marché du travail. 2 Regroupements des demandes d’emploi par secteur professionnel tel que défini par l’ADEM. 3 Niveaux de formation tels que définis par l’ADEM à savoir: niveau inférieur correspondant à la scolarité obligatoire et niveau moyen à la 4 e – 1 ère (10 e – 13 e ) de l’enseignement secondaire (technique). 4 Voir IRES ‘Les mutations de l’emploi en France’.

Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 59 Tableau 58: Type de contrat selon l’ancienneté sur le marché du travail et le niveau d’instruction des 15-34 ans en 2005 Niveau d'instruction Ancienneté sur le marché du travail CDD ou assimilé CDI ou assimilé Total Primaire 3 100.0% 0.0% 100.0% 6 100.0% 0.0% 100.0% 7 100.0% 0.0% 100.0% 8 73.5% 26.5% 100.0% 9 30.8% 69.2% 100.0% 10 0.0% 100.0% 100.0% Secondaire inférieur 0 48.9% 51.1% 100.0% 1 42.2% 57.8% 100.0% 2 29.2% 70.8% 100.0% 3 30.3% 69.7% 100.0% 4 13.7% 86.3% 100.0% 5 9.8% 90.2% 100.0% 6 23.0% 77.0% 100.0% 7 2.8% 97.2% 100.0% 8 6.1% 93.9% 100.0% 9 6.7% 93.3% 100.0% 10 9.3% 90.7% 100.0% Secondaire supérieur 0 63.2% 36.8% 100.0% 1 41.8% 58.2% 100.0% 2 28.8% 71.2% 100.0% 3 5.1% 94.9% 100.0% 4 12.3% 87.7% 100.0% 5 18.0% 82.0% 100.0% 6 2.6% 97.4% 100.0% 7 9.7% 90.3% 100.0% 8 5.0% 95.0% 100.0% 9 4.0% 96.0% 100.0% 10 2.3% 97.7% 100.0% Supérieur 0 47.5% 52.5% 100.0% 1 28.8% 71.2% 100.0% 2 25.0% 75.0% 100.0% 3 14.7% 85.3% 100.0% 4 12.1% 87.9% 100.0% 5 2.7% 97.3% 100.0% 6 2.9% 97.1% 100.0% 7 4.8% 95.2% 100.0% 8 3.6% 96.4% 100.0% 9 2.6% 97.4% 100.0% 10 2.0% 98.0% 100.0% Source: STATEC, EFT 2005 Ancienneté sur le marché du travail = 2005-année d'obtention du dernier diplôme 1.5.3 Déclassements? Le déclassement se jugerait d’après le niveau de qualification du poste de travail occupé. Seraient à considérer comme non qualifiées les professions classées comme telles dans la Classification internationale type des professions (CITP). Aucun universitaire ne serait concerné. Le fait que l’on n’observe pas une réduction de la part des emplois en question au fur et à mesure que l’ancienneté augmente chez ceux n’ayant pas dépassé le secondaire, mais que c’est le contraire que l’on constate, mérite une analyse plus profonde.