64
Sécurité et société – Insee Références – Édition 2021
Encadré 1 - Champ, données de l’étude et précaution d’interprétation
Distance séparant le lieu de commission d’une infraction et le lieu de résidence
de la victime : méthodes de calculs et implications sur le champ de l’étude
En partenariat avec l’Insee, le SSMSI géolocalise des bases de données, notamment les lieux de
commission des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie, ainsi que les lieux
de résidence des victimes.
La précision et la qualité des adresses, renseignées sous forme de champs textuels, sont variables selon le
type d’infraction [SSMSI, 2019b]. Elles dépendent notamment des informations portées à la connaissance
des agents lors de l’enregistrement de la procédure, ou même de l’existence d’une résidence fixe
attribuable à la victime. L’opération de géocodage de ces adresses peut générer de l’imprécision, mais
n’induit pas de biais. Par exemple, si pour un lieu donné, le nom de la rue est retrouvé, mais que le
numéro de l’habitation est inconnu, des coordonnées géographiques sont imputées aléatoirement dans
la rue pour ce lieu. Ainsi les distances entre les lieux des atteintes et les lieux de résidence des victimes ne
sont pas systématiquement sur ou sous évaluées.
Faute d’une précision suffisante du géocodage des adresses mahoraises et d’une impossibilité de
géocoder les adresses de toutes les collectivités d’outre‑mer, les lieux de résidence et de commission
situés à Mayotte ou dans les collectivités d’outre‑mer sont exclus du champ de cette analyse. L’analyse
porte ainsi sur les crimes et délits qui se sont produits en France hors Mayotte, enregistrés par la police
et la gendarmerie nationales en 2019 et dont les victimes (personnes physiques) résident aussi en France
hors Mayotte.
Afin d’éviter une distorsion des distributions des distances entre les lieux de commission des infractions
et les lieux de résidence des victimes, les cas pour lesquels la victime réside en France métropolitaine et
l’infraction s’est produite dans un DOM, ou inversement, sont exclus du champ de l’analyse
figure.
Il en est de même lorsque l’adresse de résidence de la victime ou l’adresse du lieu de commission n’a pas
pu être géocodée.
Les distances réelles – ou chemin le plus court par la route, en voiture (ou équivalent) – entre le lieu
de commission de l’infraction et le lieu de résidence ont été calculées en s’appuyant sur les données
cartographiques d’OpenStreetMap et le moteur de recherche d’itinéraires OSRM (Open Source Route Machine).
Part des victimes exclue du champ de l’étude pour une raison géographique
en %
Victimes exclues du champ
9,4
Non géocodage de la victime
5,4
Adresse de la victime inconnue
0,3
Victimes résidant à Mayotte
0,3
Victimes résidant dans une collectivité d’outre-mer
0,9
Victimes résidant à l’étranger
3,9
Non géocodage de l’infraction
3,8
Victime résidant en métropole et infraction commise dans un DOM ou inversement
0,2
Victimes inclues dans le champ
90,6
France métropolitaine
88,4
Guadeloupe
0,5
Martinique
0,4
Guyane
0,5
La Réunion
0,8
Lecture : 88,4 % des victimes du champ de l’étude et enregistrées en 2019 résident et ont subi un vol ou une agression en
France métropolitaine.
Champ : territoire de la République française ; enregistrements de plaintes de 2019.
Source : SSMSI, bases géolocalisées des victimes, crimes et délits enregistrés par la police et gendarmerie nationales 2019.
Restriction de l’étude à quelques types de délinquance
Toutes les victimes ne portant pas plainte, l’analyse se restreint aux crimes et délits rapportés aux services
de police et de gendarmerie et plus précisément aux atteintes suivantes :
• vols sans violence contre des personnes, ou « vols sans violence » ;
• coups et blessures volontaires sur personne de 15 ans ou plus, dans et en dehors du cadre familial,
dénommés ensuite « coups et blessures volontaires » ;
65
Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Être victime à proximité ou loin de son domicile en 2019
• vols de véhicule ;
• vols violents sans arme ;
• violences sexuelles, dans et en dehors du cadre familial.
D’autres indicateurs ne sont pas retenus. Par exemple, les homicides et les vols avec arme présentent de
trop faibles volumes pour l’analyse, les escroqueries, notamment bancaires, s’effectuent dans 56 % des
cas lors d’un achat sur Internet, et les cambriolages de logement principal se produisent par nature au
domicile des victimes. Ainsi, les personnes morales, les cyber‑infractions et les atteintes dans la sphère
familiale – à l’exception des violences sexuelles et des coups et blessures volontaires – sont exclues du
champ de l’étude.
Précaution d’interprétation des distances entre le domicile des victimes
de violences sexuelles et le lieu de commission des crimes et délits
Pour les violences sexuelles, les délais d’enregistrement des crimes et délits, c’est‑à‑dire le temps écoulé
entre la date de commission des violences et la date d’enregistrement par la police ou la gendarmerie
nationale, peuvent prendre plusieurs mois, voire années, notamment avec les mouvements de libération
de la parole qui poussent à déclarer des violences subies par le passé. Plus précisément, 44 % des
violences sexuelles enregistrées en 2019 datent de plus de 6 mois, dont 34 % de plus d’une année. Par
ailleurs, le délai médian d’enregistrement – soit le délai au bout duquel 50 % des victimes ont porté
plainte ou ont été enregistrées par les services de sécurité – est un peu plus de 105 jours pour les
violences sexuelles en 2019, alors qu’il n’est que de quelques jours pour les autres types de crimes et
délits [SSMSI, 2020]. Ainsi, la distance entre le lieu de commission des violences sexuelles et le lieu de
résidence des victimes est plus à même d’être affectée par un déménagement de la victime entre la date
du fait et la date du dépôt de plainte, et ce d’autant plus que l’éloignement géographique peut favoriser la
libération de la parole.
1. Distance entre le lieu de résidence de la victime et le lieu de commission du vol
ou de l’agression (hors cadre intrafamilial), en 2019
Vols sans violence
contre des personnes
Coups et blessures volontaires
hors cadre familial1
Vols de
véhicule
Vols violents
sans arme
Violences sexuelles
hors cadre familial
Distances (en kilomètres)
Moyenne
56,3
24,3
21,3
35,0
39,7
1er décile
0,0
0,0
0,0
0,1
0,0
2e décile
0,4
0,0
0,0
0,7
0,4
3e décile
1,4
0,5
0,0
1,2
1,2
4e décile
2,5
1,3
0,1
2,1
2,2
Médiane
4,1
2,4
0,6
3,4
3,9
6e décile
6,7
4,2
2,0
5,4
6,7
7e décile
11,9
7,3
4,8
8,7
12,0
8e décile
25,7
13,9
10,1
16,3
23,0
9e décile
131,8
32,5
25,9
44,1
62,4
Part d’infractions se produisant sur un territoire différent du territoire de résidence de la victime (en %)
Départements différents
24
12
11
22
17
Communes différentes
54
41
34
52
50
1 Sur personne de 15 ans ou plus.
Note : distance réelle en voiture (ou équivalent).
Lecture : parmi les enregistrements de 2019, les 10 % de vols de véhicule les plus éloignés du domicile de la victime se sont
produits à plus de 25,9 kilomètres de leur résidence (9e décile).
Champ : France hors Mayotte, enregistrements de plaintes de 2019.
Sources : SSMSI, bases géolocalisées des victimes, crimes et délits enregistrés par la police et gendarmerie nationales 2019 ;
données cartographiques OpenStreetMap, calculs des distances avec OSRM.
Les coups et blessures volontaires perpétrés en dehors de la sphère familiale se produisent dans 30 %
des cas, à moins de 500 m du domicile de la victime et dans la moitié des cas à moins de 2,4 km.
Les vols violents sans arme et les vols sans violence contre des personnes se produisent généralement
plus loin, dans la moitié des cas respectivement à plus de 3,4 km et 4,1 km du domicile de la victime.
66
Sécurité et société – Insee Références – Édition 2021
Plus de la moitié de ces vols interviennent dans une commune différente de la commune de résidence
des victimes. C’est également le cas des violences sexuelles subies en dehors du cadre familial. Dans
la moitié des cas, elles ont eu lieu à plus de 3,9 km du domicile de la victime. Néanmoins, 20 % de ces
violences se produisent à moins de 400 m du domicile de la victime. La distance entre le domicile de la
victime et le lieu de commission, plus particulièrement celle des violences sexuelles, qu’elles se soient
déroulées dans ou en dehors du cadre familial, peut être affectée par les délais de dépôt de plainte
plus importants
encadré 1, notamment lorsque la victime a déménagé entre l’agression et le dépôt
de plainte.
Par ailleurs, certaines victimes qui résident à l’étranger déposent plainte auprès des forces de l’ordre
françaises, essentiellement pour des vols sans violence, notamment dans l’agglomération parisienne
encadré 2.
Encadré 2 - Les victimes domiciliées à l’étranger subissent des vols
avec ou sans violence en grande partie dans l’agglomération parisienne
Pour les crimes et délits retenus dans ce dossier, un peu plus de 43 000 victimes résidant à l’étranger ont
été enregistrées en 2019 par la police et la gendarmerie nationales. Elles ont essentiellement subi des
vols sans violence : dans 90 % des cas lorsque les victimes résident dans un pays frontalier à la France
(respectivement 94 % pour celles domiciliées dans un pays non frontalier). 7 % de ces victimes ont subi un
vol violent sans arme ou un vol de véhicule (respectivement 5 %).
Environ une victime de vols sans violence sur deux qui réside à l’étranger est domiciliée dans des
pays non‑frontaliers à la France (hors Royaume‑Uni et Pays‑Bas), particulièrement en Asie de l’Est,
essentiellement au Japon, en Chine et en Corée du Sud, ainsi qu’en Amérique du Nord. 4 % d’entre elles
sont de nationalité française
figure A. En outre, 10 % des victimes résidant à l’étranger et domiciliées
dans un pays frontalier à la France, au Royaume‑Uni ou aux Pays‑Bas, sont de nationalité française.
A. Répartition des pays de résidence des victimes de vols sans violence domiciliées
à l’étranger
en %
Répartition par pays
ou zone de résidence
Part des Français parmi
les victimes résidant à l’étranger
Pays frontaliers, Royaume-Uni et Pays-Bas
47
10
Allemagne
10
7
Royaume-Uni
9
9
Italie
7
3
Espagne
5
6
Belgique
5
21
Suisse
4
23
Pays-Bas
4
10
Brésil
2
2
Autres pays frontaliers
1
39
Région non-frontalière
53
4
Asie de l’Est
15
1
Amérique du Nord
11
5
Europe du Nord et de l’Ouest
5
6
Asie du Sud et du Sud-Est
5
3
Europe de l’Est
4
3
Océanie
3
3
Asie centrale et de l’Ouest
3
6
Amérique latine
3
4
Afrique
3
11
Europe du Sud
2
6
Ensemble
100
7
Lecture : 4 % des victimes enregistrées en 2019 de vols sans violence et domiciliées à l’étranger résident en Suisse, 23 %
d’entre elles sont de nationalité française.
Champ : victimes de vols sans violence en France hors Mayotte et domiciliées à l’étranger, enregistrements de plaintes de 2019.
Sources : SSMSI, bases géolocalisées des victimes, crimes et délits enregistrés par la police et gendarmerie nationales 2019.
67
Insee Références – Édition 2021 – Dossiers – Être victime à proximité ou loin de son domicile en 2019
50 % des violences conjugales ont eu lieu au domicile même de la victime
Les coups et blessures volontaires sur personne de 15 ans ou plus subis dans la sphère familiale
prennent majoritairement la forme de violences conjugales (90 %). Les violences conjugales se
produisent un peu moins fréquemment que les autres violences physiques intrafamiliales au domicile
de la victime, notamment parce qu’elles peuvent être commises par un ex‑conjoint. Ainsi, 50 % des
violences conjugales ont eu lieu au domicile même de la victime (contre 60 % pour les autres violences
subies dans la sphère familiale), et dans 30 % des cas à plus de 1,3 km de chez elle
figure 2.
Les violences sexuelles dans le cadre familial se produisent dans 30 % des cas au domicile de la
victime. Cette part s’élève à 40 % parmi les victimes de 15 ans ou plus au moment des faits. Par ailleurs,
dans 30 % des cas, la commune où se sont déroulées ces violences est différente de la commune
de résidence de la victime. Cependant, en raison des délais généralement plus importants entre le
moment des faits et le dépôt de plainte en cette matière, les distances entre les deux lieux ont pu être
altérées par des éventuels déménagements des victimes.
Les victimes de violences sexuelles de moins de 15 ans ont, quant à elles, subi les agressions à
leur domicile dans 20 % des cas, et ce indépendamment du lien de parenté avec l’auteur présumé.
Les non‑résidents sont plus exposés aux vols sans violence dans certains départements : Paris concentre
une grande part des vols sur des personnes domiciliées à l’étranger (61 %), pour une part plus faible
du nombre de nuitées en hôtel de tourisme ou en camping (22 %)
figure B. Dans une moindre
mesure, ce phénomène est également observé dans le Val‑d’Oise et en Savoie. Au contraire, certains
départements concentrent moins de vols sans violence sur des personnes vivant à l’étranger que de
nuitées. C’est notamment le cas de départements de la côte atlantique (Landes, Gironde, Vendée,
Finistère, Charente‑Maritime), de la côte méditerranéenne (Var, Hérault, Pyrénées‑Orientales), ou encore
de départements franciliens (Seine‑et‑Marne, Hauts‑de‑Seine).
B. Répartition des vols sans violence sur non-résident selon le département
de commission de l’infraction, et répartition des nuitées en hôtels de tourisme
ou camping des non-résidents en France
Part des infractions
(en %)
Part de nuitées des non-résidents (hôtellerie et camping)
(en %)
Écarts
(en points)
Paris
60,8
21,7
39,1
Paris et petite-couronne
64,6
26,7
37,9
Val-d’Oise
2,7
1,2
1,5
Savoie
2,5
1,4
1,1
Charente-Maritime
0,3
1,4
– 1,1
Hauts-de-Seine
1,2
2,3
– 1,1
Pyrénées-Orientales
0,4
1,5
– 1,1
Dordogne
0,1
1,3
– 1,2
Finistère
0,1
1,3
– 1,2
Vendée
0,1
1,3
– 1,2
Gironde
1,1
2,5
– 1,4
Calvados
0,2
1,6
– 1,4
Landes
0,2
1,9
– 1,7
Hérault
1,0
3,2
– 2,2
Var
1,2
3,6
– 2,4
Seine-et-Marne
1,4
5,3
– 3,9
Note : seuls les départements les plus sur ou sous représentés sont listés.
Lecture : 60,8 % des vols sans violence enregistrés en 2019 sur personne domiciliée à l’étranger ont eu lieu à Paris ; 21,7 %
des nuitées en hôtels de tourisme ou camping des non-résidents en France se sont passées dans ce département.
Champ : victimes, domiciliées à l’étranger, de vols sans violence en France hors Mayotte, enregistrements de plaintes
de 2019.
Sources : SSMSI, bases géolocalisées des victimes, crimes et délits enregistrés par la police et gendarmerie nationales
2019 ; Insee, base des fréquentations des hébergements collectifs touristiques.